Publié dans Lecture

Et d’Avalon à Camelot, anthologie dirigée par Lucie Chenu

Quatrième de couverture

Depuis la nuit des siècles, Arthur est en dormition dans l’île sacrée d’Avalon. Le temps est-il venu de le réveiller ? Car d’Avalon à Camelot, en passant par Brocéliande et Escalot, Londres et Camlaan, à travers le temps, de Samain à Beltane, Dames du Lac et Chevaliers de la Table ronde revivent de nouvelles aventures. Le passage des ans les aura-t-il changés ?
Tels des bardes modernes, dix écrivains de fantasy ressuscitent Arthur et Morgane, Merlin et Viviane, Guenièvre et Gauvain, Taliesin et Mordred, Perceval, Keu et Galaad. Dix récits forts et émouvants, ou drôles et distrayants, qui emportent le lecteur dans des chevauchées épiques, entre le rire et l’horreur, à travers les territoires du mythe.

Mon avis

Quatre ans après De Brocéliande en Avalon, Lucie Chenu récidive et nous propose une nouvelle anthologie centrée sur le mythe arthurien, avec une nouvelle fournée d’auteurs aussi talentueux que leurs prédécesseurs. La précédente anthologie m’avait ravie. La seconde est à la hauteur de la première et m’a également enchantée. Et, si De Brocéliande en Avalon provoquait des émotions de plus en plus fortes au fur et mesure de la lecture, Et d’Avalon à Camelot propose lui, plutôt, de passer d’une émotion à une autre, au gré du hasard – ou presque, puisque les textes ont été choisis et agencés par l’anthologiste. Cela ne dessert en rien l’émotion ressentie, bien au contraire !

Excalibur Circus de Gudule : on démarre avec l’humour mordant de Gudule, qui nous propose en guise d’amuse-gueule une histoire tendre, légère autant que forte – surtout la phrase finale. Un délice, aussi court qu’il est bon.

Trick or Treat de Yael Assia : quand j’ai vu l’auteur, je me suis attendue à être secouée de l’intérieur. Car j’avais déjà lu d’elle, alors qu’elle signait sous un autre nom, celui de Lélio, le recueil Douze heures du crépuscule à l’aube (en suivant le lien vous tomberez sur la jolie critique qu’en à fait Nienna). Et que les nouvelles de ce recueil étaient toutes, sans exception, d’une force émotionnelle énorme. Intense. Les quelques autres textes que j’ai croisés d’elle, au détour d’anthologies, ont provoqué les mêmes remous. Et pour ce texte-là, je n’en attendais pas moins. Je ne me suis pas trompée. Trick or Treat est une histoire dure, puissante, une histoire de folie et de quête d’amour. Une histoire dont la chute laisse pantelant. Fragile.

Ce que chuchotait l’eau de Anne Fakhouri : nouveau texte fort. Où l’auteur nous présente le personnage de Keu, plutôt antipathique dans les histoires arthuriennes, sous un jour différent. Humain. Et touchant, donc. S’y mêle une légende, celle d’une créature de l’eau, et vous obtenez là une histoire aussi belle que cruelle, particulièrement poignante.

Le chevalier noir de luvan : là encore, j’arpente des terres connues. Ayant lu quelques textes de luvan, je savais à quoi m’attendre : du bon. Du très bon, même. Nulle surprise, nous avons là affaire à une belle revisitation du personnage du Chevalier Noir. Belle, émouvante, éprouvante. Et originale, également, tout en étant plausible.

Voyage sans retour de Rémy Gallart : après tant d’émotions fortes, un peu de rire était le bienvenu. Rémy Gallart nous offre cette bouffée de légèreté avec un récit science-fictif où Merlin doit passer un examen bien particulier et ne s’en sors pas si bien. Surtout qu’il croise la route de Viviane, dans tous les sens du termes.

Le sacre du Nouvel An de Dean Whitlock : Lucie Chenu s’est essayée à la traduction pour cette nouvelle et s’en est fort bien tirée. D’ailleurs, je suis bien contente que ce texte figure dans l’anthologie. Il pose des personnages arthuriens connus dans notre époque moderne, avant de nous emmener par la main loin, très loin, au coeur du mythe. Une magnifique histoire, au final superbe.

L’histoire du Haut-Portail de Estelle Valls de Gomis : c’est, curieusement, le texte qui m’a le moins plu de l’anthologie. Pourtant l’auteur n’en est pas à sa première incursion en terres arthuriennes et j’avais beaucoup apprécié son Lancelot ou le Chevalier trouble mais là, la magie n’a pas eu lieu. On y croise les vampires chers à l’auteur et un descriptif du XIXe siècle pas très immersif.

Décharmé, peut-être de Léonor Lara : retour aux émotions fortes avec cette histoire magnifique qui met en scène un Perceval ayant survécu jusqu’à nos jours. Survécu, c’est le mot, car il est rongé par la culpabilité. Les gestes non faits et, surtout, les paroles non dites. Un Perceval poignant, loin du personnage naïf, voire benêt que l’on pourrait imaginer. Et si la nouvelle est longue, elle n’en est pas moins très prenante et nous offre le cheminement d’un Perceval en quête de rédemption, ainsi qu’un Merlin digne des meilleurs récits arthuriens.

Fata Morgana de Sara Doke : voici la vision d’une Morgane et d’un Arthur différente de ce que l’on peut croiser d’habitude. Un texte court mais très fort, où l’on découvre les sentiments d’une soeur pour son frère et les injustices qu’elle reçoit pour tout retour de sa profonde affection.

Une légende est née de Nicolas Cluzeau : pour clore l’anthologie, une longue nouvelle qui présente Guenièvre sous un autre jour. Une Guenièvre plus active dans son destin, qui part en quête de rédemption et vivra maintes péripéties sur sa route. Une très bonne histoire aux accents marqués de fantasy celtisante mais qui respecte le mythe. Et qui, vu son final, ne pouvait que se situer à la fin du sommaire de cette anthologie.

J’ai vraiment beaucoup aimé Et d’Avalon à Camelot  et les différentes visions du mythe arthurien que l’ouvrage offre. Un parfait complément de De Brocéliande en Avalon, puisque les deux anthologies ne se ressemblent que dans le thème, pas dans les différents angles d’attaque du sujet par les auteurs. Une lecture plus que recommandée aux amoureux du cycle du roi Arthur – et à ceux qui apprécient les légendes celtes ou la fantasy celtisante, tout court.

Et d’Avalon à Camelot

Anthologie dirigée par Lucie Chenu

Editions Terre de Brume, 2012, 234 pages

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