Publié dans Lecture

Sigiriya : le Rocher du Lion, Alain Delbe

Quatrième de couverture

Au Vème siècle après J.-C., Kassapa 1er, parricide et roi de Lanka, fit bâtir, au sommet d’un immense rocher, un palais fabuleux : Sigiriya, dont l’escalier d’accès se nichait dans le corps sculpté d’un lion colossal.

De nos jours encore, on peut en visiter les ruines, classées au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, et qui forment l’un des plus célèbres sites archéologiques de l’Asie.

L’Histoire officielle donne à Kassapa le mauvais rôle, mais Alain Delbe, s’appuyant sur un ancien manuscrit dont un certain professeur Pereira lui a transmis des bribes peu avant sa mort, pense que la réalité fut bien différente…

De l’Inde du Sud à Ceylan la mystérieuse, il retranscrit pour nous les aventures de Dhola, conteur et brigand indien, et comment celui-ci a été amené à recueillir, de la bouche même de Kassapa, le récit de sa vie.

Intrigues, amours, combats, magie… Que sont les mortels dans la paume de Shiva, et que sont les mots sous la plume des hommes ?

Mon avis

Les éditions Argemmios publient, entre autres, des ouvrages ancrés ou inspirés du folklore et des mythes. Inutile de dire qu’avec pareille ligne éditoriale, ajoutée à un talent pour repérer des auteurs à la plume superbe, fait que cette maison d’édition m’a déjà permis plusieurs coups de coeur en matière de lecture. Qu’il s’agisse des Débris du chaudron de Nathalie Dau, de Masky de Viviane Etrivert ou encore des anthologies parues dans la collection Périples mythologiques, nombreuses ont été mes lectures enchantées et ravies grâce à cette petite maison que je suis de très près ! 🙂

Sigiriya : le rocher du lion ne fait pas exception. Ce roman atypique est fortement ancré dans l’histoire du Sri Lanka, une île située au Sud de l’Inde. On suit l’épopée de Dhola, conteur et brigand, en ce pays. Mais le féroce prince Moggallana va soumettre Dhola à un bien cruel dilemme. L’obliger à choisir entre tuer ou laisser ses amis se faire tuer, n’est-ce pas une certaine forme de torture ?

L’ouvrage se divise en trois parties. La seconde est celle où l’on apprend la vie de Kassapa, récit recueilli de la main de Dhola à qui il se confie. Un récit poignant, celui d’un homme soumis à un destin qu’il n’a pas forcément choisi mais qui se bat pour réaliser son rêve le plus fou : Sigiriya, un palais sur un rocher gigantesque pour honorer le dieu Shiva. Un récit qui apporte des nuances à un homme qui, comme l’indique la 4e de couverture, a d’ordinaire le mauvais rôle. Les premières et troisièmes parties sont contées de la bouche même de Dhola et l’on y suit ses aventures.

Au lecteur qui, comme moi, serait peu instruit de l’histoire et de la culture indienne, en particulier sri lankaise, j’adresse cette invite : ne surtout pas se laisser abattre par les premières pages ! Celles-ci sont truffées de mots nouveaux, de concepts étrangers. Mais l’auteur nous guide – notes de bas de page et astérisques indiquant qu’il faut se référer au glossaire nous aident à nous frayer un chemin dans cette jungle de nouveautés. La suite du récit est plus aisée à suivre. Mais le même obstacle revient durant les premières pages du récit de Kassapa. Là, encore, ne pas se laisser décourager. Après tout, la culture indienne comme sri lankaise est complexe, et bien étrangère aux yeux d’une novice comme je le suis. Il est normal d’avoir un peu de peine, au début, à saisir la significations d’un terme de vocabulaire ou d’un acte.

Mais loin de ternir le roman, cela lui apporte encore plus de solidité. Alain Delbe connaît fort bien son sujet et nous emmène par la main au coeur du Lanka du Veme siècle, grâce à ce récit haut en couleurs, véritable roman d’aventures, que traversent action, pièges, mais aussi réflexions, sagesse, passions. Il serait vraiment dommage de passer à côté de ce roman si dépaysant et prenant juste à cause de ces nouveaux concepts.

Le roman se clôt par un bonus : l’intégralité des trois contes que Dhola avaient mentionné en passant durant le roman. La Demeure de Shiva, récit de sage ;  Apsara, déeese indienne, conte truculent aussi drôle qu’il est sensuel, réservé aux plus de dix-huit ans ; Le Tigre qui voulait manger le soleil qui mêle absurdité et sagesse et n’aurait pas déparé dans Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Trois contes qui m’ont régalée ! 🙂

Sigiriya appartient davantage au genre du roman historique qu’à la fantasy, la magie y étant présente en touches légères. Mais le folklore et les croyances du pays sont si fortes et si présentes que cette magie est, quelque part, présente en filigrane tout du long. Et puis, le doute nous étreint : cet ouvrage est-il vraiment tiré d’un écrit réel ou pure imagination de l’auteur ?

Au lecteur d’opter pour l’hypothèse qui lui convient le mieux. Une chose est sûre, ce roman m’a beaucoup plu. Il m’a dépaysée, m’a emmenée en un lieu et une époque dont je connaissais peu de chose, si ce n’est rien. Il m’a ouvert les portes d’une culture complexe mais fascinante. Il m’a aussi fait rire, m’a émue, secouée parfois. Une bonne lecture !

Editions Argemmios, 2012, 351 pages

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