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Chapardeuse, Rebecca Makkai

26 Déc

Chapardeuse de Rebecca MakkaiQuatrième de couverture

Lucy, célibataire pas encore trentenaire, est bibliothécaire dans une petite ville perdue du Middle West. Ian, dix ans, fils unique de chrétiens fondamentalistes homophobes, est son plus fidèle lecteur. Un beau matin, elle le découvre sur son lieu de travail réfugié parmi les livres. Contre toute attente, elle ne va pas le ramener tout de suite à ses parents. Ensemble, ils vont parcourir plusieurs États de cette Amérique post-11-Septembre. Pour ce gamin rêveur, c’est la découverte du vaste monde ; pour elle, l’occasion de s’interroger sur ses origines russes, le déracinement de ses ancêtres et leurs aspirations à plus de liberté.

Mon avis

Au départ, j’avais emprunté ce roman à la bibliothèque. Mais j’ai été tellement emballée par ma lecture qu’une fois la dernière page tournée, je me suis empressée d’ajouter le livre à mes étagères ! 🙂 (pas l’exemplaire de la bibliothèque, voyons! Celui-là je l’ai rendu. Je n’ai pas l’âme d’une voleuse de livres, même si l’héroïne de Chapardeuse a tendance à chaparder ^^). Mais revenons-en au roman de Rebecca Makkai. On suit la narratrice, Lucy, bibliothécaire jeunesse de son état. Elle apprécie l’un de ses petits lecteurs, véritable rat de bibliothèque. Ian Drake, c’est son nom, est le fils d’un couple de chrétiens fondamentalistes. La mère de Ian, devant sa boulimie livresque, a d’ailleurs pris la précaution de donner à Lucy une liste d’ouvrages que son fils a interdiction de lire. Sur cette liste, tout livre sur la magie est ainsi proscrit, et Harry Potter un auteur (sic) à bannir. C’est dire que le pauvre gosse n’aurait pas beaucoup de lectures divertissantes si Lucy, qui l’encourage à lire, ne passait pas outre cette interdiction en lui prêtant des livres sous le manteau. L’autre drame de Ian, c’est que malgré ses dix ans, nombre d’adultes (ses parents les premiers) sont persuadés qu’il est un jeune homosexuel. La réaction des parents inquiets ? L’emmener à des séminaires religieux pour le “remettre sur le droit chemin”. Le petit Ian, qui ne comprend pas vraiment tout, finit par réagir violemment et se réfugie à la bibliothèque, où Lucy le découvre, et le chaparde bien malgré elle… C’est qu’elle-même est fille d’émigrés russes qui ont fui le régime soviétique, et que les histoires racontées par son père, un filou chapardeur, lui aussi, sont assez brouillonnes concernant la vie en Union Soviétique…

Voilà, en gros, le résumé de ce roman dont l’intrigue – on s’en rend compte à quelques indices glissés ici et là  – se situe dans l’Amérique de George W. Bush, après le 11 septembre, à l’époque du Patriot Act (loi qui comprend, entre autres écornements de libertés et vie privée, l’autorisation pour les autorités de fouiller dans les archives de prêt des lecteurs. Pour information, chez nous, si des statistiques chiffrées de prêt existent, il n’y a pas trace des noms des lecteurs emprunteurs. C’est interdit, et c’est bien normal.)

Les thèmes brassés sont éloquents : l’homosexualité, le poids de l’histoire et des secrets familiaux, la fuite en avant, et, bien sûr, la lecture. Les livres accompagnent nos personnages tout au long de leur périple, Lucy mentionnant des titres ou des lectures en fonction de leurs péripéties. Les livres sont présents en filigrane, discrets, mais bien là.

La façon de l’auteur d’aborder le thème de l’homosexualité pourrait surprendre au premier abord : pourquoi attribuer une orientation sexuelle à un enfant qui, vu son âge et comme le souligne la narratrice la première fois qu’elle mentionne cette orientation, ne peut être qualifié comme tel ? Mais au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire, on se rend compte que l’auteur a choisi cette façon de faire pour mieux appuyer le sentiment de révolte qui nous prend lorsqu’on apprend que Ian doit aller à des ateliers religieux destinés à l’empêcher de devenir homosexuel. Un lavage de cerveau, en somme. Pour les plus incrédules, sachez que ces séminaires existent vraiment – ils tentent même de s’installer en France.
A travers le personnage de Ian et les regrets de Lucy concernant un vieil ami disparu, homosexuel lui aussi, Rebecca Makkai nous montre les dégâts que peuvent faire l’homophobie, même incarnée dans des remarques qui semblent anodines. Un thème plus que d’actualité par chez nous, en ces temps de débat concernant le mariage pour tous.

L’autre sujet principal du roman, c’est Lucy qui le porte, à travers son histoire familiale, sur laquelle pèse l’Union Soviétique et ses goulags, et les non-dits entourant tels membres de la famille ainsi que les circonstances de la fuite de son père. Le périple de Lucy et Ian ne vise pas seulement à fuir l’ire des parents fondamentalistes, mais tout du long du trajet, au fil des rencontres, la jeune bibliothécaire détricotera son passé, son présent, l’histoire de sa famille, et ira de découverte en découverte. Sur elle-même aussi.

Chapardeuse est donc, pour ma part, un gros coup de coeur ! 🙂 Un livre qui reste frais malgré les thèmes abordés, l’auteur ne sombrant jamais dans le pathos et gardant une plume alerte, presque légère. En tous les cas captivante. L’éditeur parlait de book-movie et c’est exactement ça : un road-movie mouvementé mais plein d’humanité, de drôlerie comme de tristesse, de solitude comme de tendresse, avec divers ouvrages comme compagnons de route, en arrière-plan.

Coup de coeur, je vous disais ! 🙂

Éditions Gallimard, 2012, 367 pages.

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Publié par le 26 décembre 2012 dans Lecture

 

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