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Bidoche : l’industrie de la viande menace le monde, Fabrice Nicolino

15 Jan

Bidoche de Fabrice NicolinoQuatrième de couverture

Comment des animaux sont-ils devenus des morceaux, des choses, des marchandises ? Pourquoi des techniciens inventent-ils dans le plus grand secret des méthodes pour « fabriquer » de la « matière » à partir d’êtres vivants et sensibles ? Comment peut-on accepter la barbarie de l’élevage industriel ? Pourquoi laisse-t-on la consommation effrénée de ce produit plein d’antibiotiques et d’hormones menacer la santé humaine, détruire les forêts tropicales, aggraver la famine et la crise climatique ? L’industrie de la viande menace le monde, et personne ne semble s’en préoccuper.

Mon avis

Premier essai chroniqué sur ce blog. Premier essai, mais qui ne sera pas le dernier ! Il s’agit d’un livre que j’ai emprunté à la bibliothèque, mais son contenu me semble si essentiel à partager que je le chronique ici, plutôt qu’ailleurs.

Cela fait déjà pas mal de temps, une paire d’années si ce n’est plus, que je suis sensibilisée aux dégâts de l’industrie agro-alimentaire. Et c’est cette sensibilisation qui m’a fait me tourner vers quelques ouvrages sur le sujet. Je les ai, pour la plupart, dénichés via les bons conseils de Fa, dont le blog est une mine autant sur ce sujet que sur bien d’autres, tous Earth- & Human-friendly. Parmi ces titres, j’avais lu Faut-il manger les animaux ? [Eating Animals en V.O.] de Jonathan Safran Foer (éditions de L’Olivier, 2010, disponible en poche chez Points depuis 2012). J’avais beaucoup apprécié le fait que cet ouvrage ne se voulait pas donneur de leçon, mais bien un livre pour informer, ouvrir les yeux. Qui plus est, écrit par un citoyen comme vous et moi. Mon seul reproche avait été que, étant écrit par un américain ayant enquêté par ses propres moyens, tous ou presque les exemples cités étaient américains. De fait, les lecteurs français auraient pu penser que le problème ne les concernait pas. Moi-même, naïvement, j’avais cru que certaines pratiques (l’injection en masse d’antibiotiques) étaient interdites en France.

Et puis j’ai lu Bidoche, que Fa avait très justement qualifié de « pavé de rumsteack dans la mare« . Dans cet essai, Fabrice Nicolino livre des exemples français. Beaucoup. Quelques firmes internationales aussi, mais dans un monde occidental capitalisé et mondialisé, il n’y a rien d’étonnant à cela. Envolée ma naïveté. Durant ma lecture, j’ai été révoltée. Révulsée. Scandalisée. Car en France comme ailleurs, le consommateur de produits carnés est vu ni plus ni moins comme une vache à lait. Et oui, chez nous aussi les animaux destinés à la consommations sont gavés de médicaments. Pas seulement pour leur santé : mais aussi parce que ces antibiotiques leur font développer plus de chair… plus de poids.. donc plus d’argent pour l’industriel. Mais ce n’est là qu’infime partie de ce qui se cache derrière les emballages plastiques fièrement estampillés « viande française » ou autres Labels rouges…

Fabrice Nicolino nous présente tout l’envers du décor. Ce que cachent les images d’Épinal. Et si vous pensez que seul le traitement abject réservé aux animaux est abordé, vous vous trompez. Les conséquences négatives de l’industrie agro-alimentaire, au niveau de la production de viande & poisson, sont bien plus larges, bien plus étendues que cela. Bien plus noires. Et concernent autant les hommes que les animaux. Ainsi de ces Indiens massacrés car ils refusent de céder leurs terres pour que les industriels s’en servent comme source de nourriture pour le bétail occidental.

Je ne vais pas lister ici jusqu’où les firmes produisant viandes et poissons vont, jusqu’à quelles extrémités elles vont, souvent avec l’accord des autorités. Il vaut mieux que vous vous plongiez dans l’ouvrage. Ne soyez pas surpris d’un tableau aussi sombre. Je rappelle ce que j’ai dit un peu plus tôt : pour ces industriels, le consommateur est une vache à lait. À sous. Peu leur importe votre santé ou la vie des victimes collatérales de leur industrie, l’important, c’est le profit. Et rien d’autre.

L’auteur, non content de nous brosser le véritable portrait de toutes ces firmes qui n’ont rien à envier aux entreprises les plus rapaces, nous montre aussi comment une telle façon de concevoir la production de nourriture a pu s’installer dans notre pays, pourtant porteur de traditions gastronomiques fortes. Des chapitres qui pourront être rébarbatifs pour certains lecteurs mais qui mettent en lumière certains rouages politiques et l’incroyable mauvaise foi dont font preuve les industriels.

Je précise d’ailleurs que Fabrice Nicolino, qui pense à son lecteur, ouvre chaque chapitre par une sorte de résumé. Ainsi, si vous préférez sauter les passages politiques ou historiques pour plutôt vous plonger dans les dégâts divers commis par les firmes agro-alimentaires, vous pouvez le faire. De même, les âmes sensibles se voient prévenues des chapitres les plus violents (c’est le cas pour celui où l’on suit le quotidien d’un employé d’un abattoir industriel. Je l’ai tout de même lu, malgré l’avertissement de l’auteur, pour chroniquer l’ouvrage en bonne conscience, et j’avoue avoir eu la nausée et des cauchemars). Donc, pas  de culpabilité si vous sautez quelques chapitres.

Bidoche est véritablement à mettre en toutes les mains (il est d’ailleurs disponible en poche). Il ouvre les yeux, il montre ce qu’est *vraiment* cette industrie qui nous fait avaler nombre de couleuvres. L’auteur s’appuie sur des données fiables et cite plus d’une fois ses sources, gage de sérieux dans son enquête. De plus, à l’instar de Jonathan Safran Foer, et même si son ton est souvent d’une ironie et d’un cynisme mordant, il ne se pose pas en donneur de leçons au lecteur. Il avoue lui-même, en préface, continuer à manger de la viande, mais en moindres quantités.

Non, l’intérêt de cet ouvrage, c’est de vous ouvrir les yeux sur ce que l’industrie de la viande vous cache. Et, on s’en doute, non seulement ce n’est pas joli, mais c’est tout simplement scandaleux. Inacceptable.

Après avoir lu Bidoche, vous saurez. Ensuite, libre à vous de changer ou non votre régime alimentaire. Mais vous saurez. Et, déjà, rien que ça c’est un grand pas.

Pour aller plus loin

Pour aller encore plus loin

Éditions Actes Sud (Babel), 2011, 380 pages.

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7 Commentaires

Publié par le 15 janvier 2013 dans Lecture

 

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7 réponses à “Bidoche : l’industrie de la viande menace le monde, Fabrice Nicolino

  1. Fa Cryptomeria

    15 janvier 2013 at 9:55

    Bon sang, de lire ta chronique, des souvenirs remontent, j’en ai des frissons…
    Merci pour tes liens (merci pour les animaux surtout 🙂 ). Je suis entièrement d’accord avec ta conclusion : il faut commencer par savoir. On ne peut pas faire de choix éclairé sans avoir connaissance de la réalité de l’élevage et de la condition animale. On ne choisit pas, quand on ne sait pas, en fait. Les personnes qui prétendent choisir de consommer des animaux en toute connaissance de cause, ne sont je pense pas au fait de ces réalités-là, si exhaustivement rapportées dans Bidoche, et si incroyables, si barbares que de toute façon on a du mal, dans un premier temps, à en admettre la véracité.

    En y repensant et en te relisant, ce qui m’a le plus choqué dans cette enquête ce n’est pas tellement le consommateur qu’on prend pour une vache à lait (c’est certes choquant mais je vois la même attitude mercantile dans tous les secteurs de la vie), c’est l’indifférence crasse, et surtout l’ignorance béante, de la maltraitance des animaux. De l’ampleur du massacre. ça je l’ai vraiment pris en pleine poire. ça ne m’a jamais quittée… comme tu sais. 🙂

    Donc oui, ma ptite liste biblio animalière a Bidoche pour socle, c’est certain. Je devrais rajouter un ouvrage récent, en wishlist, dont le thème est vraiment passionnant et très axé toutélié : « Le lien », un essai sur le lien violence envers les animaux / violence envers les humains. Avec 37 auteurs différents, tout ça. Professionnellement, personnellement, et tout, ça m’intéresse vraiment. Si je le chope (et que j’ai le temps de le lire, gniii) je viendrai en dire un mot !

    Bises yeux ouverts ❤

     
    • Lullaby

      17 janvier 2013 at 3:05

      Merci pour ton commentaire – et je comprends les frissons qui reviennent ! Ma lecture n’a pas été de tout repos, même si je connaissais certains faits, d’autres m’ont fait bondir au plafond, prise au coeur, donner envie de hurler… bref, j’en suis encore remuée, de cette lecture ! Mais au moins Bidoche m’a permis d’être moins naïve sur certains points et de conforter solidement ma décision (tu sais laquelle ;)). Bon, elle n’en avait pas vraiment besoin, d’être confortée, mais ça l’a encore plus renforcée. Je te rejoins complètement : on a du mal à y croire, au début et puis au fur et à mesure qu’on lit, qu »on voit les données et les sources et bien si, on se rend compte que c’est vrai. Terrible mais vrai.

      Et je comprends aussi ta réaction vis-à-vis des comportements face à la souffrance animale. Le chapitre sur les oies, qui pour ma part a été suivi par les fêtes, est un exemple d’horrible mauvaise foi (pardon pour le mauvais et involontaire jeu de mots…). Inutile de te dire que pendant les fêtes, je ne suis pas restée muette quand la question du gavage est venue dans la conversation !

      Bref, Bidoche a été une bonne claque et j’espère qu’il sera encore lu par un grand nombre de lecteurs !

      Ton livre, « Le lien », m’intéresse grandement (toutestlié ! ;)), il est édité chez qui ? Je mettrai bien la main dessus… J’ai pas mal d’autres titres de ta biblio à bouquiner aussi, d’ailleurs 😉 – certains, comme La solidarité chez les plantes, les animaux, les humains, rejoindront sans doute ma bibliothèque perso. Je guette aussi, si tu trouves le temps, ton avis sur « Le lien » même si le sujet m’interpelle grandement aussi ! 🙂

      Bises tout plein

      Lulla

       
  2. Fa Cryptomeria

    18 janvier 2013 at 2:49

    Oui je sais quelle décision. Je suis super fière de toi ! (Beaucoup moins de moi-même, comme je le disais à l’instant sur le Psychopompe d’Hel, et de mes errances, paradoxes, relâchements et lâchetés diverses).

    Ah, le foie des fêtes… c’est curieux mais depuis que « nous sommes à l’herbe » comme dit mon aïeule utilisant l’expression d’habitude réservée aux petits veaux, étrangement nous n’avons plus fait de réveillon dans un côté de la famille. L’autre côté, bien plus réduit, s’est adapté. Du coup je n’ai pas tant eu l’occasion de porter le fer de lance car aucun foie gras ne m’est passé sous les yeux, encore. (Je ne cours pas après une telle occasion…)

    Alors, Le lien, voici un article très détaillé des Cahiers AntiSpécistes :

    http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article420

    Je devrai mettre à jour ma biblioliste, mais ce sera bien plus tard. Je dois filer, et oui promis, dès que j’ai chopé lu et réfléchi au Lien, je t’en parle ! 🙂

    Bises floconneuses

     
    • Lullaby

      19 janvier 2013 at 12:19

      Merci (*rougis*) mais tu sais, tu devrais être fière aussi de toi, malgré les contradictions (je les ressens aussi par le fait que je continue les produits laitiers, même si je tâche soit de les faire moi-même, soit, s’ils sont tout prêts, de prendre du bio, je ne peux m’empêcher de penser à la vache et son veau décrits dans Bidoche…), je comprends bien ce que tu ressens mais ce que tu fais est déjà un tel grand acte, et tu as les yeux (et l’âme, le coeur) grands ouverts, c’est aussi quelque chose. C’est sûr qu’on se sent un peu schizo, avec ces contradictions, qu’on a l’impression (enfin, c’est la mienne, d’impression) de se trahir quelque part, de trahir tout court, mais avoir fait ces pas-là, avoir pris de telles décisions, c’est une telle avancée ! Tout du moins, à mes yeux, peut-être encore un peu naïfs ou trop optimistes.

      Merci pour le lien vers les Cahiers, très intéressant, et donc j’ai encore plus bien envie de mettre la main sur l’objet ! 🙂 Mais je vais d’abord continuer à explorer ta biblioliste, comme je disais plus haut, j’ai de quoi lire, déjà 😉

      Plein de bises de gel (mais pleines de chaleur) et de big hugs du fond du coeur

      Lulla

       
  3. Fa Cryptomeria

    19 janvier 2013 at 2:28

    Oui, ce n’est pas grand chose, ce que nous faisons, à mes yeux ^^ » Disons que je te rejoins sur le grand pas effectué, et bien sûr aussi sur le malaise à prendre conscience de nos paradoxes. Mais plus j’y pense et plus je me dis que c’est un tout petit pas, une étape, nécessaire sûrement, mais non une arrivée. On en a beaucoup parlé sur Psychopompe (le blog d’Hélène, précision pour tes lecteurs 🙂 ), de ce sentiment de non aboutissement, d’absence totale d’apaisement de la conscience, au contraire…

    Bon, peut-être tu es trop optimiste et moi trop pessimiste, qui sait 🙂

    Alors les Cahiers sont une véritable mine, chroniques de livres et d’essais, interviews, enquêtes, articles de fond, et tout le contenu disponible en ligne. C’est très sérieux, j’aime beaucoup 🙂 (même si, comme tu le relevais, certaines lectures sont un coup de poing à l’estomac)

    Bises neige fondue, déjà

    Fa

     
  4. Fa Cryptomeria

    19 janvier 2013 at 2:33

    Ah oui et voilà justement pourquoi je m’étais remise devant mon écran pour te répondre, en fait (au fil du clavier j’ai oublié :o) ) : j’ai longtemps et souvent clamé mon admiration pour le travail de Fabrice Nicolino, et souligné l’impact déclencheur de la lecture de Bidoche dans notre passage soudain de omnivore à végétaliens – oui ça a été sans doute très soudain.

    Et là, depuis ce matin, j’ai un peu tweeté que je suis toute chose d’un de ses derniers billets, qui ne concerne pas du tout la condition animale ni l’écologie, càd des sujets habituels de son travail, mais qui se préoccupe de la situation des enfants dans les couples gays, comme le veut le débat actuel. J’ai été intensément déçue, je n’ai même pas eu envie d’aller débattre en commentaires, car les comm étaient à l’avenant, et je peux dire que je suis tombée de haut. Je l’admirais et l’appréciais vraiment. Je le trouvais et le trouve toujours, sur les sujets sur lesquels il enquête, sérieux, documenté, pugnace, nécessaire. Et là, sur un sujet totalement différent, sans aucune expertise que l’avis personnel et subjectif… Très très déçue. C’est la première fois que je pense et dis quelque chose de négatif le concernant. Et comme tu vois, c’est tout frais.

    Donc bon. Cela ne doit pas empêcher de faire la pub de Bidoche, qui est une enquête excellente, édifiante, remuante et indispensable pour avancer dans la défense de la vie animale. Pour le reste, là depuis ce matin je suis bien plus réservée.

     
    • Lullaby

      20 janvier 2013 at 2:24

      Ah oui, je tombe de haut aussi… Je ne me serai pas attendu de ça de sa part oO Le pire, c’est que ce n’est pas la première fois que je croise l’argument écologiste = tu ne devrais pas être pour l’adoption pour tous. Sauf que je ne l’avais entendu que dans mon entourage, d’une personne seulement, qui a dit vis-à-vis de moi et de mes positions (favorables) : « toi qui te dis écolo, tu devrais être contre »… euh bah non. Je ne vois pas le rapport. Mère Nature est autrement plus ouverte là-dessus.
      Bref, merci de cette info, je ne suivais pas de suffisamment près son blog pour l’avoir noté mais ça me surprend (et me désole) beaucoup aussi.
      Reste en effet que Bidoche est un must-read, tout à fait !

      Bises de neige toute fraîche

       

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