Publié dans Lecture

Skin Trade, George R. R. Martin

Quatrième de couverture

Il fut un temps où cette ville était au centre du monde. Un temps où sa puissance se nourrissait du sang et du fer. Mais aujourd’hui elle n’est plus que rouille et elle attend la ruine. C’est un territoire parfait pour Willie Flambeaux et Randi Wade. Lui est agent de recouvrement, elle, détective. Mais lorsqu’une série de meurtres particulièrement atroces ensanglante cette ville qu’ils croyaient si bien connaître, ce n’est plus dans le labyrinthe des rues qu’ils auront à mener l’enquête, mais dans les recoins les plus sombres de leurs propres passés. Là où se cachent leurs plus grandes peurs.

Mon avis

Les métamorphes (et donc les loups-garous), j’adore ! Mais attention : je ne raffole pas de cette figure quand elle est utilisée comme élément d’épouvante dans certains films d’horreur. Non, ce que j’aime, c’est découvrir ces créatures au fil de mes lectures, leur symboliques – et, pourquoi pas, au détour d’un bon film qui creuse un peu la signification de cette ambivalence homme-animal.

Skin Trade était donc fait pour prendre place sur mes étagères. Écrite par G.R.R. Martin, cette novella a tout pour plaire ! Une écriture maîtrisée, un mélange de polar, de fantastique et de terreur. L’intrigue se déroule dans une ville qui n’aurait pas déparé dans un film noir : ville en chute libre, où le chômage explose, où la splendeur passée n’est plus que ruines et rouille. Et puis la pluie, qui tombe encore et encore, trempant les personnages principaux jusqu’aux os.

Ajoutez une détective privée – Randi – et une mort mystérieuse (une jeune handicapée massacrée dans une pièce fermée) et vous avez là le côté polar. Pour ce qui est du fantastique (on pourrait aussi parler de fantasy urbaine, puisque la figure du loup-garou est très vite démasquée (je ne spoile donc personne) mais comme elle fait partie du panthéon des créatures de la littérature fantastique, je classe la novella là-dedans. M’enfin bon, les étiquettes, hein, elles sont là surtout pour pouvoir être mélangées ! ;)). Bref, revenons à nos loups-garous, qui sont donc l’élément fantastique du récit. Et on en croise, du loup-garou ! Du « gentil » qui ne mange pas les gens aux enragés qui boulotteraient bien tout ce qui leur passe sous la dent. Avec un peu de nuance entre les deux, sinon ce n’est pas drôle.

Et pour ce qui est de la terreur, c’est tout simple. Un loup-garou qui attaque, qui dévore, ça n’a rien de très poétique. Et pour ce qui est de dépeindre la violence, G.R.R. Martin est maître, comme le savent les lecteurs de sa série Le Trône de Fer (lequel a d’ailleurs droit à un dossier, à la fin de la novella, qui n’a pas vraiment de rapport avec l’intrigue… à part peut-être les direwolves des Stark mais encore, c’est vraiment parce que je cherche pourquoi un tel dossier est venu se glisser dans ce livre ?)

Dans les petits bémols, on notera le défaut récurrent de Martin (qui m’agace déjà dans Le Trône de Fer, mais les tomes en étant plus épais, cela reste très dilué), à savoir l’emploi un peu trop gros et surtout trop fréquent de ce que les anglophones appellent cliffhanger (en gros, le suspense laissé à la fin d’un chapitre pour pousser le lecture à continuer). Comme là, nous avons affaire à une novella (donc un roman court), le procédé est trop gros pour être avalé avec autant de facilité que dans un roman plus long.

Heureusement, c’est là le seul bémol de Skin Trade et il est largement compensé par la qualité de l’intrigue ! Car non, vous n’aurez pas le dernier mot de l’énigme même quand vous penserez que si. Et, ce qui m’a énormément plu, c’est l’appropriation par Martin de la figure du loup-garou. Dans Skin Trade, le loup-garou est à la fois conforme aux poncifs qui lui sont attachés et original. En d’autres termes, l’auteur les a repris à sa sauce tout en respectant certains traits ultra-connus. De quoi donner une certaine fraîcheur à la lecture car, un peu comme les vampires, les loups-garous ont eu droit à pléthore d’oeuvres (notamment cinématographiques) et cela devenait lassant de revoir la même chose à chaque fois.

Ici nous avons un apport personnel, une touche d’originalité qui fait du récit un vrai régal ! Et le mariage au polar n’est pas dépareillé, au contraire, on est happé par les événements dès les premières pages. Petit avertissement aux âmes sensibles : quelques scènes sanglantes risquent de vous valoir des cauchemars (surtout si vous les lisez un soir de pleine lune).

Une très bonne novella, qui plaira autant aux amateurs de loups-garous que de polars bien noirs, qu’aux lecteurs à la recherche d’un bon récit fantastique mariant originalité et classicisme.

Éditions ActuSF, 2012, 236 pages

Challenge nouvelles & novellas

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