Publié dans Livres animés

Vous avez un mess@ge, Nora Ephron

Affiche de Vous avez un mess@geParu à la fin des années 90, Vous avez un mess@age est une comédie romantique qui est en fait le remake d’un autre film, The Shop Around the Corner, paru en 1940 et réalisé par Ernst Lubitsch. Ce dernier était lui-même l’adaptation d’une pièce de théâtre ! Mais le film de Nora Ephron transpose l’action dans une librairie (quand il s’agissait d’une maroquinerie dans le premier film). Par ailleurs, Nora Ephron avait déjà fait ses preuves dans le domaine de la comédie sentimentale avec Nuits blanches à Seattle (1993), qui d’ailleurs avait pour couple vedette… Tom Hanks et Meg Ryan !

On retrouve donc les deux mêmes acteurs pour ce nouveau couple vedette, cette fois-ci étant respectivement une libraire indépendante spécialisée dans la littérature jeunesse et un PDG travaillant pour une chaîne de librairies discount. Dans la vraie vie, ce sont des ennemis, mais ils correspondent sans le savoir (leur identité étant dissimulée par leur pseudonyme) via Internet… correspondance à travers laquelle ils nouent un début d’affection.

Pour le côté comédie romantique, on en restera là. De même pour le côté nostalgique qu’il y a à retrouver la connexion Internet de l’époque, avec son bruit caractéristique que les personnes ayant connu l’essor d’Internet reconnaîtront dès les premières notes ! (eh oui, j’en fait partie aussi ^^ »). Non, si je parle de ce film en ces lieux, c’est à cause des métiers des personnages principaux.

D’un côté, nous avons Kathleen Kelly. Elle dirige une librairie pour enfants, The Shop Around the Corner, que tenait sa mère avant elle. Elle dispose d’une petite équipe de trois personnes avec qui elle entretient des liens très amicaux, d’une clientèle fidèle, réalise des animations (lecture de contes). De l’autre, il y a Joe Fox. Sa famille est PDG de Fox Books, une chaîne de magasin qui vend des lives à prix cassés et qui propose aussi espace cafétéria, etc… Or, l’arrivée d’un magasin Fox Books dans le quartier de la librairie de Kathleen va menacer son commerce. Vous voyez maintenant où je veux en venir…

Ce que j’apprécie beaucoup dans ce film, c’est la peinture sans fards et tout à fait véridique de ce qu’est la librairie indépendante, des menaces qu’elle peut encourir. En France, et dans d’autres pays, vous ne trouverez pas de chaînes du type de Fox Books. Et pour cause : grâce à la loi qui fixe un prix unique au livre, tous les revendeurs de livres, qu’ils soient libraires indépendants, grandes chaînes de vente de livres ou supermarchés n’ont pas le droit de pratiquer une réduction de plus de 5% du prix du livre. Chez nous, cette loi est appelée loi Lang, du nom de Jack Lang, alors ministre de la Culture (c’était en 1981). Une loi qui permet d’éviter la concurrence déloyale et qui explique les procès réguliers lancés contre Amazon et autres cybermarchands dont les frais de ports gratuits sont considérés comme une réduction déguisée, donc illégale, du prix du livre. (Pour en savoir plus sur les pratiques déloyales d’Amazon, qui vont bien au-delà de cette affaire de frais de ports, jetez un oeil à ce billet).

Kathleen Kelly (Meg Ryan) ouvre sa librairie © Warner Bros Entertainment
Kathleen Kelly (Meg Ryan) ouvre sa librairie © Warner Bros Entertainment

Malheureusement, aux États-Unis, il n’existe pas de loi semblable. D’où l’existence de chaînes du type de celle de Fox Books, qui propose des livres à des prix pouvant aller jusqu’à moins 40%. Une catastrophe pour Kathleen Kelly, qui ne peut pas se permettre de telles réductions avec sa librairie. Et qui devra malheureusement fermer boutique… la scène où elle vide ses stocks, puis ferme définitivement le rideau est un crève-coeur. Tant pour elle – la librairie avait été lancée par sa mère, ses employés étaient des amis, nombre de ses clients avaient connu la librairie enfants et ont eux aussi le coeur brisé de voir la librairie fermer – que pour nous. Nora Ephron montre l’aspect humain qui règne dans cette petite librairie : l’équipe qui connaît bien la clientèle, la relation parfois très ancienne entre ces derniers et la librairie, le professionnalisme des libraires, qui connaissent parfaitement la littérature enfantine, le côté douillet et chaleureux de la boutique même. Alors qu’en face, Fox Books évoque un grand magasin du livre, vaste et froid, où le client est livré à lui-même, se cale dans son coin pour lire en sirotant un café, sans contact ni avec les autres clients, ni avec l’équipe de vendeurs.

Et si je parle de vendeurs, c’est qu’il s’agit bel et bien de cela. Pas de libraires. Dans une scène, nous voyons une femme chercher un livre pour son enfant. Elle n’en connaît pas l’auteur, ni le titre exact. Le vendeur est incapable de lui répondre. Kathleen, qui passait par là, les larmes aux yeux après avoir fermé boutique et qui veut savoir à quoi ressemble le magasin qui a causé sa perte, répond alors et donne l’auteur, le titre, et tous les titres de la série écrite par le même auteur ! Le vendeur lui demandera même d’épeler le nom de l’auteur. Et c’est non seulement une scène représentatrice de la différence entre une librairie et un site de grande distribution, mais c’est aussi véridique. J’ai vécu moi-même cette scène. Un jour que je flânais dans une enseigne de grande distribution culturelle, j’ai entendu une jeune femme demander un livre à une vendeuse. Elle ne se souvenait plus de l’auteur, ni du titre exact. Devant l’ignorance de la vendeuse, mon sang de bibliothécaire n’a fait qu’un tour et j’ai mis les pieds dans la conversation, donnant titre et auteur.

Ce qui fait l’intérêt de Vous avez un mess@ge, ce n’est donc pas seulement l’histoire d’amour. C’est aussi cet hommage rendu aux librairies indépendantes par la réalisatrice, qui touchera tous les spectateurs, même ceux qui, d’habitude, ne prêtent guère attention à l’endroit où ils achètent leurs livres. Un joli film, qui tire quelques larmes autant que des sourires, un joli hommage à tous ces libraires passionnés qui tentent de garder leur commerce à flots, malgré la concurrence des gros marchands qui, eux, sont intéressés surtout par le profit.

You’ve Got Mail
Réalisé par Nora Ephron, scénario de Nora et Delia Ehpron, 1998, 1h55

Bande-annonce

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s