Publié dans Monde du livre

ReLIRE : la mobilisation continue

Resist ReLIRE (Source)
Resist ReLIRE (Source)

J’ai déjà parlé en ces lieux de ReLIRE, cette entreprise portée notamment par la BnF et à laquelle l’État a prêté son concours en pondant une petite loi qui modifie le Code de Propriété Intellectuelle. Entreprise qui consiste à numériser les oeuvres du XXe siècle qui ne sont plus disponibles et a les commercialiser.  Sans l’accord des auteurs.

Eh oui : si ceux-ci ont 6 mois pour s’opposer, la tâche ne leur est pas facilitée ! Jugez plutôt : la communication est quasi inexistante. Malgré les informations affichées sur le site de ReLIRE, rien ou presque n’a filtré. Moi-même, la seule référence à ReLIRE que j’ai trouvée dans le magazine professionnel des métiers du livre (et comme ReLIRE concerne pas mal de ces métiers, j’aurai cru qu’un petit article y aurait été glissé), n’est qu’une simple brève et encore ! Il s’agit simplement d’une citation du billet de François Bon, l’un des auteurs qui protestent contre ReLIRE.

Pour pallier à cette absence d’informations, la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédias) a mis en ligne un FAQ destiné aux auteurs.

J’ajoute à cela qu’en plus d’une communication qui pèche par sa quasi- absence, tous les auteurs concernés ou leurs ayants-droits n’ont pas forcément accès à Internet, ou n’y vont que pour consulter leurs emails… Autant dire que beaucoup d’entre eux n’ont absolument pas conscience du pillage qui va être commis sur leurs oeuvres.

Par ailleurs, la démarche à faire pour s’opposer à la main-mise de ReLIRE sur ses oeuvres relève du parcours du combattant. Il faut effectuer la même démarche à partir de zéro pour chaque texte. Il faut apporter la preuve de sa paternité d’auteur (imaginer la blessure supplémentaire infligée aux auteurs…) en la certifiant sur l’honneur, joindre une pièce d’identité.  Pour *chaque* texte. Et encore, si ReLIRE n’égare pas les pièces en question… (cf ci-dessous le tweet de Michèle Kahn, auteur)

Comme je l’ai exprimé auparavant, je trouve scandaleux ce foulage aux pieds du droit le plus élémentaire des auteurs. A cela s’ajoute la déviance d’un service public et le mépris des lecteurs. Car croyez-moi, ReLIRE n’est absolument pas fait dans le but de partager la culture.  Si tel était le cas, pourquoi les bibliothèques (dont c’est le rôle) sont-elles perdantes dans l’affaire ? Pourquoi même des bibliothécaires (et il n’y a pas que moi) sont-elles opposées à cette entreprise abjecte qu’est ReLIRE ? Par ailleurs, les oeuvres numérisées par ReLIRE seront *commercialisées*.  Tout est dit.

Je ne m’étalerai pas davantage quant à mon opinion sur le sujet (j’en ai déjà parlé ici et ). Si j’évoque, une fois de plus, le sujet, c’est que la mobilisation continue. Parce que tant que ReLIRE persistera dans son entreprise de pillage, il faut résister.

Résister à relire : tel est le propos d’ailleurs du logo du twitter @Recaler_ReLIRE (repris ci-dessus, avec leur accord), qui rassemble les nombreux cris de protestations qui s’élèvent contre ReLIRE.

Ainsi, le Droit du Serf – collectif opposé à ReLIRE depuis sa gestation – a laissé en ligne la pétition qu’il a lancé pour protéger le droit d’auteur. Il est toujours possible de la signer.

La pétition contre ReLIRE initiée par Hélène Pedot, lectrice de coeur, est toujours en ligne également et ouverte aux signataires (attention le nombre de signatures recueillies ne s’affiche pas forcément).

Mais la mobilisation se fait aussi sur d’autres fronts. Ainsi la Nitchevo Agency est active de nombreuses façons : communication de l’avis de Léa Silhol (auteur), un avis sans concession et venant des tripes ; page informant en anglais de ReLIRE et des démarches à faire pour s’y opposer, pour les auteurs étrangers concernés par le pillage de ReLIRE.

Car oui, des auteurs étrangers sont *aussi* concernés. Et non seulement ReLIRE ne communique pas, mais en plus toutes les informations disponibles sur le site sont uniquement en français.

De fait, il semblerait que ReLIRE, suite à la mobilisation étrangère qui démarrait, a fait machine arrière. Mais ainsi qu’il est détaillé dans ce billet de Léa Silhol, ce pas en arrière n’est peut-être pas une si bonne nouvelle en soi. ReLIRE prenant modèle sur Google Books (qui avait été tant décrié à l’époque, je le rappelle), la méfiance est de mise.

Enfin, la Nitchevo Agency a mis en place un Wiki concernant ReLIRE, rassemblant en anglais et français les infos sur l’affaire, les auteurs/éditeurs/illustrateurs contactés et informés, ainsi que les actions en cours.

Si je rédige ce billet – le 3e sur le sujet – ce n’est pas seulement parce qu’en tant que scribouilleuse, bibliothécaire et lectrice, je m’oppose à ReLIRE, c’est aussi à cause du manque flagrant de communication de ReLIRE (qui, à mes yeux, ne les rend que d’autant plus coupable de leur pillage – les criminels ne crient pas sur les toits ce qu’ils savent être un vol). Et parce que le respect de l’auteur en tant qu’artiste mais aussi en tant qu’être humain, est important à mes yeux et que ReLIRE le bafoue totalement. Egalement parce que je considère que les lecteurs ne doivent être pris ni pour des vaches à lait, ni pour des moutons dénués de conscience. ReLIRE veut numériser et commercialiser en masse, pas mettre en valeur des textes, leur offrir un écrin ou une nouvelle vie. Non. Où est le respect du lecteur, là-dedans ? Je ne le vois pas.

Affaire à suivre, donc. Et de près.

EDIT : le collectif le Droit du Serf a déposé un recours pour Excès de Pouvoir auprès du Conseil d’État.

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