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Le bal des loups-garous, anthologie dirigée par Barbara Sadoul

14 Mai

Le Bal des loups-garous, dirigée par Barbara SadoulQuatrième de couverture

Immortalisé au cinéma par des films aussi différents que Wolfen, Le Loup-garou de Londres ou Hurlements, le loup-garou est avec le vampire et le fantôme une des figures centrales du fantastique. Prenant racine dans le folklore de quasiment tous les pays de l’hémisphère Nord, le loup qui dévorait les cadavres du Moyen Âge et décimait les troupeaux des bergers a toujours été associé au mal… Symbole de la résurgence de l’animalité prédatrice chez l’homme civilisé, symbole du lien homme-animal en tant que retour aux racines, la lycanthropie a toujours alimenté la littérature. Des auteurs aussi marquants que Jim Harrison, Stephen King, C.S. Lewis mais aussi Jack Williamson en ont fait la figure centrale d’un de leurs livres.

Mon avis

Les loups-garous, voilà un thème que j’adore ! Plus largement, les métamorphes sont l’un de mes thèmes favoris et, donc, les loups-garous. Alors une anthologie consacrée au thème et qui explore d’autres concepts que le sempiternel récit d’horreur avec une bête qui hurle à la pleine lune, ça ne pouvait que me plaire.

Et en effet, un régal que cette antho ! 🙂 Entrez dans la danse des loups, quand la lune pleine inonde la Terre de ses rayons d’argent, révélant la bête qui dort…

Opération éfrit de Poul Anderson : les États-Unis sont en guerre contre les Sarrasins. Leurs armées magiques s’affrontent depuis longtemps sans qu’il y ait de vainqueur, encore.  Le capitaine Matuchek, loup-garou de son état, et une sorcière sont envoyés en mission secrète pour neutraliser un éfrit que l’ennemi compte utiliser… On démarre fort l’anthologie avec ce texte très sympa, situé dans un monde alternatif où la magie remplace la science, où les troupes aériennes sont composées de dragons et autres sorciers/sorcières monté(e)s sur balai. Notre loup-garou y arbore une bien sympathique figure, le récit comporte son lot d’humour et sort des sentiers battus avec cette histoire de guerre magique.

L’Horreur immortelle de Manly Wade Wellman : un homme trouve refuge pour la nuit dans une cabane isolée. Pour se distraire, il lit des papiers qu’il a trouvé sous le plancher moisi. Le récit qu’il découvre va le glacer d’horreur… retour aux grands classiques avec ce récit horrifique où le loup-garou terrorise autour de lui et ne peut être tué définitivement que d’une certaine façon. L’auteur parvient très bien à rendre l’angoisse montante du narrateur, et ce même si l’on devine le dénouement. Frissons garantis.

Coupable de Stephen Laws : un jeune homme aviné descend de l’autobus de nuit. S’étant trompé d’arrêt, il se retrouve dans la campagne. Quand une ombre menaçante commence à le suivre… entre classique du loup-garou terrifiant et vendetta familiale, une histoire pétrie de fantastique et de désespoir.

Le Loup de Saint-Bonnot de Seabury Quinn : lors d’une soirée, les convives organisent une séance de spiritisme. Peu de temps après, l’une des jeunes femmes présentes est prise d’étranges crises de somnanbulisme. Elle est vue errant la nuit avec un gros loup. Pour Jules de Grandin, détective spécialiste en surnaturel, tout est vite clair… Loup-garou et spiritisme, voilà un joli cocktail qui sort des sentiers battus du récit horrifique lupin. Allié à une atmosphère de début de siècle fort délicieuse, cela donne un joli récit où le frisson se dispute le plaisir de la lecture.

La Proie de Roberta Lannes : un jeune homme s’arrête pour la nuit dans une maison en piteux état. Il propose de la retaper. La famille – une bande de loup-garou – qui voulait le dévorer séance tenante, diffère le repas lorsqu’un de leurs membres, une jeune femme, se dit hantée par une intuition… Cette fois, le récit se situe du point de vue du loup-garou. On découvre des bêtes qui agissent en bande, dissimulées parmi les humains. Une histoire à la fois terrible et triste, par son évolution et son dénouement. Être un loup-garou n’offre pas du bonheur, la narratrice le découvrira bien vite.

Norne de Lireve Monet : Mary Rose adore sa tante Norne. Celle-ci, par son étrangeté, a toujours su gagner l’affection de sa nièce adorée. Puis les années passent, et Mary Rose, en grandissant, s’éloigne de Norne. Mais cette dernière n’a pas dit son dernier mot… encore un texte qui s’éloigne des sentiers battus. Si l’on devine facilement la véritable identité de chacun, le combat de Mary Rose contre ces personnages qui veulent l’évincer serre le coeur et infuse toute la tension nécessaire pour dévorer le récit jusqu’à la dernière page, souffle suspendu. Un texte intéressant aussi par sa vision métaphorique de la famille lorsque celle-ci comporte des membres dit « toxiques ».

La Marque de la bête de Kim Antieau : un jeune homme passe quelques semaines chez un ami de son père pour se remettre de sa mélancolie. Cet ami, marié à une toute jeune fille qu’il déteste de toute évidence, aime à chasser du loup… encore une histoire plus ou moins cousue de fil blanc, mais qui s’amuse aussi à brouiller les pistes. Le loup, ici, n’est pas celui que l’on croit et le dénouement offre un bel hommage à ce qu’est véritablement le loup-garou comme l’homme. Je n’en dit pas plus pour ne pas déflorer cette fin que j’ai adoré. Elle est vraiment magnifique.

La Main de la fille O’Mecca de Howard Wandrei : Elof veut la main de la fille O’Mecca. Après deux rencontres, le voilà parti de nuit, ivre, pour se déclarer. Récit horrifique classique, mais avec une pointe d’humour noir qui change tout – la fin, surtout, vaut son pesant d’or en la matière !

Le Changement de Ramsey Campbell : un homme écrit sur les loups-garous. Il peine à avancer dans son roman car, de sa fenêtre située tout près d’un arrêt d’autobus, il voit aller et venir la foule et se retrouve constamment dérangé. Ici, l’originalité est au rendez-vous. On assiste au stress de cet écrivain qui, incapable de conserver sa concentration pour écrire à cause de la foule à l’arrêt d’autobus, se voit progressivement atteint des symptômes d’un stress intense autant que d’un étrange changement. Les frontières se brouillent vite avec le surnaturel… Un récit horrifique glaçant, en tous points de vue.

Au sud d’Oregon City de Pat Murphy : aux États-Unis, pendant ces temps dits du « Far-West », un jeune métis dont la mère était amérindienne rencontre une jeune femme qui se vêt en homme et voyage seule. Il se propose comme époux et l’invite  à vivre avec lui dans sa cabane isolée au milieu des bois. Pour clore cette anthologie, un magnifique récit empreint de nature, de sauvage liberté et de paix. Où l’homme et la bête vivent côte à côte en toute sérénité. Une ode au loup-garou tel que vu dans d’autres sociétés (notamment amérindiennes), à la nature lorsqu’elle est encore un vaste espace intouché.  Superbe.

En une dizaine de nouvelles sélectionnées par ses soins, Barbara Sadoul nous offre un panel de lycanthropes qui collent autant aux classiques qu’ils s’en éloignent, offrant un portrait tout en nuances de cette créature devenue classique parmi les figures du fantastique. Un régal pour tous les amateurs de loups-garous mais aussi pour ceux qui recherchent une excellente anthologie de fantastique – même si la fantasy s’y invite quelque peu.

Éditions Denoël, 1999, 280 pages.

Challenge nouvelles & novellas

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1 commentaire

Publié par le 14 mai 2013 dans Lecture

 

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Une réponse à “Le bal des loups-garous, anthologie dirigée par Barbara Sadoul

  1. LN-Carmy

    20 mai 2013 at 2:05

    *s’en va chez son libraire en trottinant gaiement chercher cette antho fort intéressante* ^^

     

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