Publié dans Lecture

Mordred, Justine Niogret

Mordred, Justine NiogretQuatrième de couverture

La légende veut que Mordred, fruit des amours incestueuses d’Arthur et de sa sœur Morgause, soit un traître, un fou, un assassin. Mais ce que l’on appelle trahison ne serait-il pas un sacrifice ?
Alité après une terrible blessure reçue lors d’une joute, Mordred rêve nuit après nuit pour échapper à la douleur. Il rêve de la douceur de son enfance enfuie, du fracas de ses premiers combats, de sa solitude au sein des chevaliers. Et de ses nombreuses heures passées auprès d’Arthur, du difficile apprentissage de son métier des armes et de l’amour filial. Jusqu’à ce que le guérisseur parvienne à le soigner de ses maux, et qu’il puisse enfin accomplir son destin.

Mon avis

J’avais déjà entendu parler de Justine Niogret comme d’une auteur de talent – d’ailleurs, deux de ses romans ont été primés. J’avais pu lire des nouvelles d’elle, et j’avais grandement apprécié son écriture. Les romans, je ne m’y étais pas penchée pour cause d’atmosphère très âpre qui risquait d’être incompatible avec mes goûts. Mais, quand j’ai su que Justine Niogret sortirait à la fin de cet été un roman consacré à un personnage phare du mythe arthurien, je n’ai pas réfléchi. J’ai craqué directement et, après lecture, le coup de coeur est là, net, franc.

Mordred, c’est celui par qui la fin d’Arthur arrive, celui qui le blesse mortellement, obligeant le roi à s’en aller en Avalon où, dit-on, il se repose de cette blessure et d’où il reviendra lorsque l’Angleterre aura besoin d’être sauvée. Mordred n’a rien d’un Lancelot ou d’un Galaad, c’est le personnage noir du cycle arthurien, le « méchant ». Un personnage intéressant pour Justine Niogret, au vu de ses antécédents littéraires.

Le roman s’avère être intimiste. Mordred est blessé, contraint de garder le lit depuis de longs mois, vrillé par une douleur insupportable. Alors son esprit s’égare vers le passé, vers l’enfance et les souvenirs de son apprentissage de chevalier. Petit à petit se dessine le portrait d’un homme peu liant, solitaire, proche de la nature, de sa chère forêt où il passa son enfance, un homme durci par les combats, mais qui reste nostalgique de ce temps où, petit, il vagabondait comme un animal sauvage entre les buissons et les arbres.

Justine Niogret apporte de nombreuses nuances au personnage de Mordred. Elle en fait un être humain, loin du « méchant » cantonné à ce seul rôle, un être qui a ses failles, ses qualités, aussi. Sous nos yeux, celui qui semblait être le traître, l’homme à abattre, devient un héros tragique, digne d’un drame de Shakespeare.

L’écriture de Justine Niogret apporte grandement à l’histoire. Poétique mais sauvage, crue mais lyrique, c’est un régal de parcourir ces phrases, on laisse les mots couler comme du miel un peu relevé d’épices. En voici un petit exemple :

C’était le coeur de l’été, un jour de chaleur et de pluie. L’eau tenait encore tout entière dans le ventre du ciel, sombre, presque fumante. Une grossesse de gouttes tièdes. La terre se faisait douce sous les pieds, prête à accueillir l’averse qui allait la frapper de ses doigts épais. Les feuilles semblaient s’étirer pour boire au mieux cette pluie tant attendue

Point d’action échevelée dans ce roman, même si quelques passages le sont, mais le portrait intime d’un personnage trop souvent cantonné au méchant de service sans plus de nuance. Le portrait d’un homme somme toute comme les autres, peut-être un peu plus nostalgique, un peu plus secret, un peu plus seul. Un portrait qui, une fois la dernière page tournée, laisse une impression d’inéluctabilité, de tristesse aussi.

Vraiment, un gros coup de coeur pour ce roman qui ravira notamment les passionnés du cycle arthurien, roman qui s’intéresse de si près à Mordred, moins représenté dans la littérature arthurienne que les autres chevaliers de la Table Ronde que sont Lancelot ou Perceval.

Éditions Mnémos, 2013, 165 pages.

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3 commentaires sur « Mordred, Justine Niogret »

  1. Oh mon dieu ça a l’air formidable. Déjà que je suis une fan incontestée de la légende arthurienne, mais j’adore tout ce qui est écriture autour de celle-ci (as-tu lu le cycle de Marion Zimmer Bradley ?)

    1. Si tu es fan de la légende arthurienne et a apprécié les Dames du lac de MZ Bradley, tu devrais aimer Mordred 🙂
      Oui, j’ai lu le cycle de Marion Bradley (sauf la partie qui dérive en Atlantide, celle écrite en partie par une autre écrivaine après le décès de Marion Bradley), il y a très longtemps, et je crois même que c’est par ce cycle que j’ai commencé à m’intéresser (et à aimer !) la légende arthurienne ! 🙂

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