Publié dans Lecture

La Vague montante, Marion Zimmer Bradley

La Vague montante, Marion Zimmer BradleyQuatrième de couverture

En 1955, Marion Zimmer Bradley imagine une société d’abondance frugale soustraite à l’empire de la technologie.

Mon avis

Les éditions Le Passager clandestin rééditent dans leur collection Dyschroniques des nouvelles et novellas de science-fiction devenues introuvables et toujours aussi visionnaires malgré leur date. C’est en particulier le cas de La Vague montante de Marion Zimmer Bradley, qui paraît ces jours-ci.

Je suis une grande fan de Marion Zimmer Bradley. Si certaines de ses oeuvres ne m’ont pas convaincue, d’autres, au contraire, figurent parmi mes favorites. Et c’est sans hésiter que je me suis jetée sur ce titre. Après l’avoir dévoré en quelques heures – il s’agit d’une novella, de surcroît en petit format donc en plus on peut l’emmener partout – je n’ai pas à regretter cette acquisition. C’est tout bonnement du grand, du très grand Marion Zimmer Bradley.

Dans un futur lointain, l’homme a conquis l’espace. Un équipage s’en vient de Terre II pour revenir sur la Terre originelle, des siècles après le départ du vaisseau qui colonisa Terre II. Les membres du vaisseau s’attendent à découvrir une planète en avance sur eux, mais en plusieurs siècles, beaucoup de choses ont changé. Le monde qu’ils découvrent leur apparaît de prime abord primitif. Sauf que… il ne faut jamais se fier aux jugements hâtifs.

Dans ce texte qui date de 1955, Marion Zimmer Bradley pose d’ores et déjà la grande question du rapport de l’Homme avec la science et les technologies. L’approche de l’auteur est critique et, surtout, d’une acuité étonnante pour l’époque : elle prône le retour à des valeurs d’artisanats, d’entraide entre individus, de politique individualisée et non plus abstraite, d’un recours à la science éclairé et parcimonieux, au travers de cette société future de la Terre. Notre société actuelle – oui, oui, même celle de 2013 apparaît clairement dans cette critique, bien que le texte date de 1955 – notre société actuelle, donc, et son consumérisme, son avilissement aux technologies toujours plus envahissantes, son système de fonctionnement toujours plus écrasant pour les individus, sont considérés comme barbares par les habitants de cette Terre qui ont retrouvé leur équilibre après une catastrophe en remettant la science à sa place, comme le dit si bien l’un des personnages.

Une novella de science-fiction dans la plus pure tradition du genre puisqu’elle spécule sur l’avenir, pose des réflexions intéressantes à travers le prisme de la fiction sur notre réalité, et, surtout, une novella qui ne fait pas son âge puisque toujours d’une grande actualité. Le tout porté par des personnages intéressants, bien campés, qui permettent au récit de se dérouler avec une grande fluidité et sans paraître moralisateur, malgré son propos.

Un texte visionnaire et plaisant à lire, un chef d’oeuvre !

Éditions Le Passager clandestin, 2013, 138 pages.
Challenge nouvelles & novellas

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14 commentaires sur « La Vague montante, Marion Zimmer Bradley »

  1. Belle découverte. J’avais beaucoup aimé à l’époque, dans la très longue Romance de Ténébreuse (Darkover en V.O.) le mix qui apparaît à un moment entre l’ambiance originelle médiéval-fantastique assez classique, et des revirements de scénario complètement SF (avec même une racine SF au départ de l’intrigue) qui enrichissaient vraiment le tout et, comme tu dis, qui parvenaient à faire ce que seule la bonne SF sait faire mieux que quiconque ou presque : poser les bonnes questions, sous forme d’utopie, de dystopie etc, et soulever sous un abord fictionnel de grosses interrogations philosophiques, existentielles, politiques, sociologiques, spirituelles… La liste est sans fin. 🙂

    Tu m’as donné envie de me remettre à MZB !! 😉

    1. Héhé 😉 Moi aussi ça m’a donné envie de replonger dedans (enfin j’avais déjà commencé avec La trahison des dieux ! ^^). Pour Ténébreuse, je n’ai pas encore tout lu, juste quelques tomes, mais j’aimerai tout dévorer d’un coup – il ne me manque plus qu’un tome et ce sera bon 😉 – histoire de voir la saga se dérouler sous mes yeux 🙂
      Même si je n’ai pas tout aimé d’elle, MZ Bradley a du talent et nous a laissé des chef-d’oeuvres. La Vague montante, clairement, je la place dans cette catégorie ! 🙂
      (et je te rejoins totalement sur la SF et ses questionnements somme tout très actuels ! :))
      Bises dyschroniques

  2. Quelle critique ! Il faut vraiment que je lise enfin du MZB, ne pas connaître ses oeuvres est une vraie lacune… 😦

    1. Comment, tu n’en as jamais lu ? oO Rattrape-toi immédiatement ! Entre La Vague montante, le cycle de Ténébreuse (réédité chez Pocket tout récemment, c’est le moment d’en profiter ! Une excellente saga de science-fantasy), celui des Dames du lac (mythe arthurien), La trahison des dieux (sur la légende de Troie) tu as du choix 😉 Bien sûr, il y a bien d’autres oeuvres, mais celles-là sont majeures à mes yeux.

  3. Trouvé en édition marabout dans les années 70 je l’avais perdu et j’ai mis plus de trente ans à le retrouver (en édition Marabout)
    Pour moi une des nouvelles phare du 20° siècle dont on voit les implications seulement maintenant.
    Dépêchons nous de la lire ……. et de la comprendre !

    1. Merci ! 🙂 J’ai lu ta chronique, elle est très chouette (et le ton est… comment dire… savoureux ^^).
      A bientôt au détour d’une chronique !

      1. Hé bien tu m’en vois ravi ! J’aime lire des retours qui me disent que mes efforts sont payants !
        A bientôt j’espère ! (je me suis abo à ton blog au passage 😉 )

  4. 60 ans après la publication du livre, on peut toutefois se demander si un tel changement de trajectoire est réalisable. La société dépeinte semble non seulement avoir vu ses valeurs évoluer, mais paraît avoir aussi construit une capacité de réflexion à une échelle collective. Est-ce encore possible lorsque les changements techniques paraissent se compliquer et s’accélérer ? C’est aussi supposer que les populations puissent s’extraire des dépendances produites par les macro-systèmes techniques. Qui aurait envie d’abandonner le confort de l’eau, de l’électricité, de l’Internet semblant arriver directement à domicile ? Je n’ai guère trouvé d’auteur(e)s qui imaginent la période de transition.

    1. C’est une réflexion intéressante et des questions intéressantes également, que vous posez. Et auxquelles je ne peux pas répondre hélas.
      Il existe peut-être des ouvrages de SF traitant d’une période transitoire, je ne saurai dire là-dessus.
      Cependant, votre commentaire confirme que la SF, en extrapolant sur des bases réelles pour créer des récits, offre toujours ce prisme de réflexion sur des sujets d’actualité. Elle ne nous donne pas forcément les solutions toutes faites mais, au moins, à le mérite d’ouvrir les yeux, de faire réfléchir, en plus de faire rêver. Et, à mon sens, s’ouvrir à ces pistes de réflexion – même sans avoir ensuite des clés concrètes – est déjà un grand pas en soi.
      Bien évidemment, tout cela reste mon humble avis 🙂

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