Publié dans Lecture

Noëls d’hier et de demain, anthologie dirigée par Pierre-Alexandre Sicart

Noëls d'hier et de demain, Pierre-Alexandre SicartQuatrième de couverture

Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver…

Voici Saint Nicolas, venu annoncer la période des fêtes, accompagné de ses rennes, de ses lutins, et parfois du Père Fouettard. Voici la Befana, qui le remplace en Italie. Voici les rois mages, sur le chemin qui les mènera jusqu’à l’enfant Jésus, qui ignore encore qu’il mourra sur la croix. Voici le temps des fêtes, qui font rêver enfants et commerçants. Voici le temps des cadeaux et des bonbons, de la chaleur familiale, et des sans-logis qui, sous le grand manteau blanc, lentement meurent de froid.

Voici le temps des histoires – au coin du feu, ou dans une lointaine station spatiale où il ne neige jamais que des étoiles.

Mon avis

Noël, c’est dans quelques jours. Il est donc de bon ton de se plonger une lecture de circonstance ;). Et quoi de mieux qu’une anthologie intitulée Noëls d’hier et de demain ? Concoctée par Pierre-Alexandre Sicart, cette anthologie qui revisite Noël est destinée à un public adulte – vous y trouverez de la science-fiction, du fantastique, de la fantasy, de l’inclassable, du réaliste et, surtout, du rire autant que de l’effroi, des larmes et des frissons. Mais rien d’enfantin, rien qui ne soit destiné aux plus jeunes. C’est une anthologie de Noël pour les grands ! 🙂

Et une excellente : plusieurs coups de cœur parsèment l’ouvrage, certains textes m’ont provoqué de beaux cauchemars, d’autres m’ont absolument ravie, d’autres encore m’ont bien fait rire – quand ils ne me serraient pas le cœur.

En avant pour un avis texte par texte :

Quand Jésus descend par la cheminée de Ian Watson : c’est le soir de Noël. Face à son enfant qui refuse de se coucher, une mère décide de lui raconter l’origine du Père Noël et de la fête de la Nativité. On démarre avec le rire – certes teinté d’ironie – avec cette histoire où vous découvrirez bien des choses, même si vous pensiez tout savoir sur ces sujets ! Une nouvelle désopilante, agrémentée d’une vision critique de notre société mercantile et individualiste d’aujourd’hui. Premier coup de cœur. L’antho démarre très bien 🙂

La Méthode Noël de Nicolas Saintier : Noël Claus dirige un orphelinat mais il est bien difficile de gérer autant d’enfants avec peu de moyens. Lorsqu’une petite fille lui exprime le désir de posséder une poupée, il va avoir une idée qu’il estime géniale pour être sûr que les orphelins demeurent sages en toutes circonstances – et travailleurs… Un texte sans joie, cette fois, sur l’exploitation et les maltraitances des enfants. Qui n’est pas sans rappeler certains usages encore en cours de par le monde, hélas !

Noël en solitaire de Léa Silva : le héros de cette nouvelle, agacé par le côté commercial de Noël, décide de faire un contre-réveillon. C’était sans compter ce vieil homme chargé de cadeaux et perdu dans la ville… une jolie histoire qui commence dans l’amertume et se finit… et bien lisez-la pour le savoir 🙂

Du sang sur des mains de givre d’Olivier Boile : en Russie, la fille du Père Noël, ulcérée par la façon dont il la traite, en vient au crime. Cette histoire ancrée dans le folklore russe ne m’a pas vraiment convaincue car je n’ai pas saisi le pourquoi du comment de toute l’histoire. En fait, je n’ai pas réussi à saisir le conte d’origine dont s’inspirait l’auteur, ce qui fait que, à mes yeux, l’histoire manquait de profondeur. On appréciera cependant le changement de décor et la découverte de cette jeune fille des neiges issue du folklore russe, malgré son cœur plein de haine. EDIT l’auteur a fourni un lien vers la légende d’origine. Je vous conseille de la lire après Du sang sur des mains de givre (pas avant, pour ne pas ruiner la découverte du texte), au cas où vous souhaiteriez creuser la question, car elle apporte un éclairage à la version d’Olivier Boile.

Befana d’Anne Rossi : dans un futur pas si lointain. Un petit garçon qui vit surprotégé, enfermé dans l’immeuble, aime à voir sa vieille et excentrique voisine. Un soir, celle-ci l’invite à la suivre à l’extérieur, via une caméra. L’enfant va alors découvrir que derrière les mur, là où le monde est si pollué qu’il en est mortel, vivent des gens, des enfants qui n’ont pas les moyens de vivre protégés. Une histoire qui témoigne à la fois d’un futur possible et du fait que la chaleur humaine, la compassion et l’amour de son prochain restent l’espoir. Le tout avec la Befana, qui, en Italie, fait office de Père Noël 🙂

Le Sauveur d’Alain Rozenbaum : dans un futur pas si lointain (encore). Un vieil homme bougon s’apprête à fêter Noël – même s’il déteste ça. En plus, l’appareil qui synthétise de la nourriture n’a plus assez de carburant ! Le repas de Noël va solliciter tout ce qu’il reste et pour son anniversaire à venir, le vieux n’aura pas son gâteau préféré… C’est alors qu’arrive le Père Noël. Un texte horrible, par son humour noir et son personnage principal égoïste et insupportable, sans parler de sa fin… Un monde tout aussi glaçant. Ici, point d’esprit de Noël ! La technologie a supplanté toute émotion dans les coeurs. Brrr !

Miriam, Messie de Dean Whitlock : Miriam, jeune fille encore célibataire vivant à l’époque romaine, est visitée par l’ange Gabriel qui lui annonce un destin extraordinaire. Ce texte, un énorme coup de cœur pour ma part, nous raconte la Nativité. Mais pas vraiment celle enseignée au catéchisme. La Nativité de Dean Whitlock, cela donne une nouvelle prenante, aux personnages bien vivants, avec une réflexion des plus intéressantes sur le patriarcat qui règne de façon si présente dans les plus grandes religions du monde, rabaissant le rôle de la femme à un rôle mineur ou lié au Mal. Une vraie réussite, le tout sans un ton moralisateur. C’est véritablement un texte prenant, à la chute douloureuse, mais magnifique dans sa façon de voir la Nativité. Quelque soit votre confession, un texte fort qui devrait vous aller droit au coeur. Bravo M. Whitlock pour cette belle vision, malgré son final pessimiste, et pour cette réflexion fort intéressante présentée d’une aussi belle et forte manière !

Gloire éternelle de Meddy Ligner : Première Guerre Mondiale. Noël. Un jeune homme, qui s’est engagé pour devenir un héros adulé, est confronté à l’horreur des tranchées. Mais ce soir, c’est Noël. Tout peut arriver… vous pensez connaître la suite de l’histoire ? Je le pensais aussi. Mais Meddy Ligner fait plus original que ça 😉 Une histoire en forme de conte cruel, dont j’aime particulièrement la chute. Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher ! Un coup de coeur.

Poupée et vieux journaux de David Baquaise : deux femmes, deux soeurs, s’apprêtent à affronter, comme tous les ans, leur esprit de Noël. Celui de leur soeur décédée petite fille, sans avoir pu ouvrir son cadeau. Mais cette année, leur mère n’est plus là pour les accompagner dans cette épreuve… une histoire douce-amère pour ce conte fantômatique de Noël. Les thèmes de l’enfance sont là, mêlés à la tragédie, et forment une belle histoire poignante.

Nuit de Noël à l’Octogone de Jean-Marc Ligny : un sans-abri cherche un refuge contre le froid. Il se rend à l’Octogone, un vieux bâtiment dont on n’a pas percé tous les secrets. Sauf que c’est la nuit de Noël… une histoire déroutante mais qui a le mérite de donner une légende à ce monument qui existe réellement.

Le Don de Damien X. Nortier : un petit garçon trop curieux va voir son grand-père dans son bureau. Il y apprend l’histoire des rois mages… une très jolie nouvelle qui revisite la venue des Rois Mages de façon très prenante, en y mêlant la légende d’un quatrième visiteur. Je me suis régalée à lire, j’ai aimé ce petit garçon féru de lecture dans lequel je me suis revue, petit rat de bibliothèque (oui, bon, on ne se refait pas ^^), et ce conte du Grand-Père, et cette fin mystérieuse autant que magique… Coup de coeur là aussi !

À nos espoirs d’Ophélie Bruneau : soir de Noël. Une adolescente qui n’a guère envie de réveillonner seule avec sa mère (ses parents ont divorcé) décide de vadrouiller un peu en ville. Elle croise un jeune homme étrange, qui se dit originaire de Polynésie. Pendant ce temps-là, une brigade très spéciale est chargée de récupérer un fugitif spécial lui aussi. Peu de suspense dans ce drôle de récit, mais l’histoire est si rigolote qu’on s’en fiche pas mal. Un conte de Noël qui sort complètement des sentiers battus et une brigade que j’espère recroiser à l’occasion – j’aime bien ses membres, ils ont l’air sympa, et j’aimerai en savoir plus sur cet univers. Si l’auteur m’entend…

Un Jour par an de Claude Mamier : un soir de désespoir, un homme veut se jeter par la fenêtre. Il en est empêché par le Père Noël. Le vrai. Mais c’est un Père Noël qui jure comme un charretier et qui lutte contre d’effroyables créatures : les lutins maléfiques de Noël. Un texte noir, très noir, qui m’a laissé toute remuée. Âmes sensibles, s’abstenir !

A Christmas Carol de Pierre Gévart : Noël dans l’espace, ça vous dit ? Ce sera le cas avec ce petit texte sympathique qui vous emmène dans une station spatiale, où l’équipage va faire une drôle de rencontre.

Le Village de M. Noël d’Élodie Meste : une petite fille reçoit, comme chaque jour, un nouveau jouet. Mais le soir de Noël, il lui faudra tout rendre. C’est qu’elle vit dans le village où se fabriquent les jouets, là où travaillent ses parents. Sauf que… à mesure que l’histoire avance et que l’envers du décor se dévoile, on s’aperçoit que derrière la jolie couche de neige blanche il y a des choses bien sales ! Une histoire qui marque, qui fait réfléchir et qui vous embarque tout en même temps dans ce monde de science-fiction pas si irréaliste que ça, voilà le tour de force que réalise Elodie Meste ! Une auteur à suivre.

Le Voeu secret des anges de Léo Lamarche : une petit enfant trop conscient des difficultés financières de ses parents ne sait que demander dans sa lettre au Père Noël. Une histoire où l’innocence fraye avec les soucis prosaïques du quotidien, où l’enfant plie sous le poids des soucis des adultes mais où les anges propagent l’esprit de Noël.

Le Père Noël de Muriel Essling : dans une voiture, deux enfants et leurs parents en route pour fêter Noël avec les grands-parents. Dans une autre, un homme qui vient d’être largué par sa petite amie après l’avoir trompée, furieux. Rien de magique ni d’irréel dans ce texte fort qui vous laissera le coeur en miettes. D’autant plus fort qu’ancré dans une triste réalité. La route et ses dangers frappe quelque soit le jour. Hélas.

Pour une pincée de poussière d’Orson Scott Card : on clôt l’anthologie sur une note d’espoir, une note plus lumineuse. Un petit garçon vient d’apprendre qu’il va déménager en Arizona, loin, très loin de là, dans l’espoir que le changement de climat sauvera sa mère atteinte d’une grave maladie. Resté seul dans un magasin de jouets qui périclite, il suit une fillette bizarrement coiffée jusqu’à une mystérieuse porte cachée. Derrière cette porte l’attend tout un univers étrange, où les écureuils sont mortels et où une poignée de poussière magique peut tout guérir… une jolie histoire, sur le thème de l’enfance, des mondes merveilleux cachés derrière les plus banals objets, des épreuves traversées et de l’espoir que, malgré tout, l’histoire se termine bien, malgré le temps qui passe et l’âge qui vient éparpiller les rêves d’enfants.

Une anthologie de circonstances, avec des explorations de la Nativité, des contes lumineux, des récits futuristes plus tristes mais teintés d’espoir et des textes franchement horrifiques, le tout sur le thème de Noël. Une anthologie de Noël qui parcourt toute une gamme d’émotions et ne vous laissera pas indifférent. A lire en ce moment, à relire aux prochaines fêtes de fin d’année, une tasse fumante dans les mains, un frisson – de froid, de peur ou de joie – qui court sous l’échine malgré le plaid tout chaud et le chat ronronnant, avec les flocons qui tombent au dehors…

Bon Noël à toutes et tous ! 🙂

Éditions Argemmios, 2013, 391 pages.

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7 commentaires sur « Noëls d’hier et de demain, anthologie dirigée par Pierre-Alexandre Sicart »

  1. Merci Lulla pour cette chronique ! Je me demandais justement qui avait lu cette antho au sommaire très alléchant. Et ton billet donne vraiment envie de la lire, donc je la note sur ma liste 😀
    Passe de belles et bonnes fêtes de fin d’année !!!

    1. Merci Hatsch, passe également de très bonnes fêtes de fin d’année ! 🙂
      Concernant l’antho, elle complète très bien celle des Moutons électriques – que je le relirai l’an prochain, tiens – bonne lecture ! 🙂

  2. « une brigade que j’espère recroiser à l’occasion – j’aime bien ses membres, ils ont l’air sympa, et j’aimerai en savoir plus sur cet univers »

    Ça tombe bien, ils sont les héros d’un de mes futurs romans. 😉

  3. Merci de cette critique, que m’a indiquée Nathalie et que j’ai transmise à tous les contributeurs de l’antho (en traduisant pour les auteurs anglo-saxons les paragraphes les concernant).

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