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L’ours : histoire d’un roi déchu, Michel Pastoureau

02 Fév

L'ours, histoire d'un roi déchu, Michel PastoureauQuatrième de couverture

Longtemps en Europe, le roi des animaux ne fut pas le lion mais l’ours, admiré, vénéré, pensé comme un parent de l’homme. Les cultes dont il a fait l’objet plusieurs dizaines de millénaires avant notre ère ont laissé des traces dans l’imaginaire et les mythologies jusqu’au cœur du Moyen Âge chrétien. De bonne heure, l’Église chercha à les éradiquer, effrayée par la force brutale du fauve, et surtout par la croyance selon laquelle il était sexuellement attiré par les jeunes filles.
Michel Pastoureau retrace les différents aspects de cette lutte de l’Église contre l’ours pendant près d’un millénaire : massacres, diabolisation, humiliation et promotion du lion sur le trône animal… Inscrivant l’histoire culturelle de l’ours dans la longue durée, il tente ainsi de cerner ce qui, jusqu’à nos jours, a survécu de son ancienne dignité royale et retrace l’étonnante transformation d’un fauve en ours en peluche, dernier écho d’une relation passionnelle venue du fond des âges.

Mon avis

J’avais repéré cet essai depuis pas mal de temps. Mais vu la taille de ma PAL et mon retard de lecture, je n’avais pas encore mis la main dessus. Puis est venu le concours Dans la peau d’un ours, et j’ai profité de l’occasion pour me plonger enfin dans l’ouvrage de Michel Pastoureau. Et si, au final, je n’ai pas participé au concours, ma lecture, elle, est terminée et je compte bien me replonger à l’occasion dans ce livre riche ! 🙂

Riche, car il retrace toute l’histoire de l’homme et de l’ours depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Si Michel Pastoureau s’attarde beaucoup sur le Moyen-Age – période où l’ours chuta de son symbolisme guerrier et adulé sous le travail acharné de l’Eglise – l’on découvre ainsi que, depuis très longtemps, l’homme entretient un rapport passionné avec l’ours. Divinisé, considéré comme le symbole de la force, de la virilité, sa silhouette générale le rapprochant de l’homme, on lui attribue même un attrait certain pour les jeunes femmes !

De fait, de nombreuses fêtes ou rites sont liés à lui : rites de passage où, pour devenir un homme/un roi, le garçon doit tuer un ours ; fêtes saisonnières liées aux périodes d’hibernation puis de réveil du plantigrade ; fêtes païennes où des hommes se déguisent en ours pour enlever des jeunes femmes… Arrive le Moyen-Age et l’Eglise, horrifiée par cette proximité animale, par cette célébration de la nature dans ce qu’elle a de plus sauvage, va entamer un travail de sape sur l’animal. L’ours, progressivement, va alors se voir humilier, massacrer, ridiculiser, affaiblir… et le lion devenir son remplaçant en tant que roi des animaux.

Michel Pastoureau est historien, il retrace donc toute cette histoire en s’appuyant sur de nombreuses sources. Mais c’est un historien qui a rédigé plusieurs ouvrages destinés à un large public, pas forcément un lectorat spécialisé, et ça se sent. L’ours est un essai très abordable, qui se lit avec grand intérêt. Les nombreuses notes servent surtout à renvoyer aux références sur lesquelles s’appuie l’auteur et l’on peut donc – pour les moins mordus – les sauter. Pour ma part, pour cette première lecture, j’ai tout parcouru – notes comprises – mais, lors des prochaines lectures, je pense que je me passerai des notes.

Le propos est clair, bien écrit, destiné à tout un chacun, que l’on soit historien ou non. Quelques idées reçues (non liées à l’ours) passent d’ailleurs à la trappe pour les non-initiés à l’Histoire. Et, surtout, l’on sent tout l’intérêt de l’auteur pour cet animal et son symbolisme, pour la relation que l’Homme a entretenue avec l’ours depuis des temps immémoriaux.

C’est donc un ouvrage que je ne saurai que recommander vivement à qui s’intéressent aux rapports de l’Homme avec l’animal, en particulier l’ours, ou même aux férus d’Histoire, de symbolisme, de traditions. Un ouvrage qui éclaire également sur les polémiques actuelles concernant la réintroduction de l’ours en France. Et un ouvrage qui, je le répète, est rédigé de façon passionnante, accessible, tout en étant riche d’informations et érudit – une gageure ! 🙂

Un petit livre (il existe en poche) qui m’a beaucoup appris sur l’étroite, longue et passionnée relation entre l’humain et l’ours. À noter que Michel Pastoureau a également écrit un ouvrage sur le cochon et un autre (en collaboration) sur les licornes. Deux ouvrages que j’espère lire un de ces jours, vu la qualité de L’ours : histoire d’un roi déchu.

Édition Points, 415 pages, 2013

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2 Commentaires

Publié par le 2 février 2014 dans Lecture

 

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2 réponses à “L’ours : histoire d’un roi déchu, Michel Pastoureau

  1. Escrocgriffe

    7 février 2014 at 12:28

    Je ne connaissais pas cette évolution de l’ours vers le lion, par la faute de l’Eglise, c’est passionnant…

     
    • Lullaby

      9 février 2014 at 10:49

      Oui, et bien raconté en plus ! 🙂 Je savais pour le remplacement des fêtes par des célébrations chrétiennes, mais j’ignorais que c’était à ce point – par exemple la Chandeleur, autrefois une fête liée au premier réveil de l’ours. Une lecture des plus enrichissantes ! Et qui, du coup, permet de mieux comprendre pourquoi la réintroduction de l’ours aujourd’hui pose tant de polémiques, après des siècles de travail de sape sur l’animal.

       

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