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Afrique-s, anthologie dirigée par Sandrine Gaquerel

20 Avr

Afriques_sandrinegaquerelQuatrième de couverture

« Afrique » est un mot magique, un mot dont la force d’évocation alimente nombre de fantasmes, idylliques ou sordides. Treize auteurs ont répondu à l’appel et pétri cette matière à rêves pour y sculpter leurs visions.

Le temps d’un livre, écoutez nos griots raconter un petit morceau d’Afrique, des contes, des exploits, des blessures, des racines, des ramifications et des possibles.

Dans le passé, le présent, et l’avenir, venez découvrir les masques et les atours dont les auteurs de cette anthologie ont paré une Afrique réinventée, riche de magies et de mystères encore jamais décrits.

Mon avis

Il n’existe pas beaucoup d’ouvrages, en SFFF (= Science-Fiction Fantastique Fantasy), qui font la part belle au continent noir. C’est dommage, car ces terres disposent d’un terreau légendaire riche et propice aux histoires. C’est en raison de cette thématique peu fréquente que je me suis laissée tenter par l’anthologie Afrique-s parue aux éditions Parchemins & Traverses. Une fois refermé le livre, j’avais d’abord eu un sentiment de déception. Pourquoi ? Parce qu’aucun texte n’appartient au genre de la fantasy, alors même que j’aurai cru en trouver, au vu des nombreuses légendes africaines. Mais, passé cette déception – momentanée, il faut l’avouer ! – j’ai eu envie de me replonger dans ces textes, sans autre attente, cette fois, que de goûter à nouveau à l’Afrique vue par ces auteurs. Ce qui est plutôt bon signe ! Avoir envie de relire, cela veut dire, pour ma part, que j’ai aimé ma lecture.

Et c’est une fort belle anthologie que celle-ci, ancrée dans l’avenir ou dans le fantastique, où la magie de la savane se mêle aux tragédies d’aujourd’hui, où le sang versé hier à des conséquences sur le présent. Si fantasy il n’y a pas, enchantement, émotion, y sont, et c’est bien là le principal ! 🙂 Oui, passé cette petite déception, Afrique-s m’a bien plu, et c’est pourquoi je partage ici mes impressions.

En avant pour une revue texte par texte :

Toumaï transfert de Don Lorenjy : le texte d’ouverture trouvera sa conclusion dans un texte en avant-dernière position, Toumaï tango. C’est pourquoi je me garderai de résumer même en deux phrases, de peur d’en dévoiler trop. Quant à ce que j’en ai pensé, autant le dire tout net : je n’ai pas aimé. Du tout. Même en ayant la clé du mystère. Trop cynique pour moi ? Sans doute. En tout cas, je n’y ai trouvé aucun plaisir de lecture, aucune autre émotion que du dégoût ou de l’ennui. Comme ouverture, ça commençait mal…

Les crimes des aïeux de Réjane Durand : Nantes, belle ville de France, fit jadis partie de ces villes par où passait la traite des esclaves… Un commerce odieux qui hante encore les lieux. On rehausse tout de suite le niveau avec cette belle nouvelle qui prend au coeur, où les atrocités passées se répercutent sur les bourreaux, même plusieurs siècles après. Une nouvelle fantastique qui évite avec brio l’écueil du manichéisme pour un résultat tout en émotions et humanité.

Au pied du fromager de Ebatbuok : quant l’auteur d’un poème cherchant sa rime touche au coeur de l’âme africaine, cela donne un récit surréaliste, où le réel se mêle au fantasmé, où l’on ne sait plus où trouver ses repères mais où l’on se perd avec délice dans ce dialogue entre le narrateur, une divinité (enfin, je crois que c’en est une) et une autre vie. Un joli texte, aussi enchanteur et tremblant qu’un mirage, mais un mirage qui vire au vrai.

La reine de Kaily Caine : en voyage au Maroc où vécut, enfant, son compagnon, Claire n’arrive pas à suivre le troupeau de touristes guidé par le voyage organisé. Malade – mais l’est-elle vraiment ? – elle est en proie à des visions étranges… Dans ce texte qui pointe du doigt la dictature apparaît l’âme du pays. Une nouvelle sous le signe du fantastique, sur une femme qui refuse de fermer les yeux et qui rencontre bien plus qu’elle ne pensait durant ce voyage sous tension. Entre folie et vérité, une nouvelle que je place dans mes coups de coeur.

Ebola de Eve Oemor : le titre est assez évocateur à lui tout seul pour qu’il n’ait pas besoin de résumé. Triste écho aux actualités, cette nouvelle agite le spectre de la pandémie avec le virus du titre. Un virus redoutable, dont le berceau est en Afrique et contre lequel n’existe aucun traitement. Inutile de dire qu’entre la situation actuelle (une épidémie sévit à ce jour dans certains pays du continent noir) et la tension induite par l’auteur, Ebola est un texte qui fait mouche. Hypocondriaques, s’abstenir.

Yurugu de Gabriel Féraud : ma préférée de l’anthologie ! 🙂 Un homme blanc, élevé par des Dogons, est mis au défi par un Malien après une discussion où ce dernier affirme que tout Blanc, même élevé dans la brousse, ne sentira jamais les mystères du continent noir. Une nouvelle très prenante, par laquelle transpire toute la magie africaine, au travers de ce duel peu commun.

Sous l’aile de l’ange de Yves-Daniel Crouzet : au début, je me suis demandée ce que le texte faisait là. Puisqu’il démarre dans la France rurale des années 50. Mais, bientôt, j’ai compris. Une belle histoire d’ange gardien, très différente de ce à quoi l’on pourrait s’attendre. Une histoire positive, malgré les passages difficiles qu’elle contient, et qui laisse une certaine chaleur à l’âme une fois terminée.

Singeries de Meddy Ligner : quid de la faune africaine ? La voilà enfin avec un groupe de singes qui, sous les yeux éberlués des scientifiques, vont développer un étranger comportement… un texte à chute – et qui a marché sur moi, j’ai été surprise (et ravie) de la tournure inattendue et caustique des choses ! Très sympathique à lire et qui, mine de rien, invite à la réflexion.

Issue de la glaise de Sophie Dabat : coup de coeur pour cette nouvelle qui se situe en Haïti. Haïti ? Mais quel est le rapport avec l’Afrique, me direz-vous ? Il y en a deux : l’esclavage (l’histoire se déroule dans une plantation, à l’aube de l’indépendance) et la magie – celle du vaudou, qui trouve ses racines en Afrique. Le résultat ? Un texte émouvant, imprégné de vaudou, donc, et qui prend aux tripes. Je n’en attendais pas moins de Sophie Dabat ! 🙂

Mirages de Pierre Cuvelier : dans le désert se trouvent les mirages et les nomades. Encore un coup de coeur pour ce texte à l’écriture poétique qui se déroule dans un désert de légende et qui suit une fille, parmi les nomades, en tous points étrange. Un texte comme un vieux conte oublié, un peu flou mais à la trame forte, avec un parfum de grains de dune entre les lignes.

Dala et madame Scar de Perrine Le Querrec : une petite fille qui grandit en portant la même robe et qui, bientôt, subira une initiation, une scarification ; une femme blanche qui se laisse charmer par un autochtone. Une histoire envoûtante, où la chaleur de la savane brouille tout, au point que je ne suis pas sûre d’avoir saisi toute l’intrigue. Reste des impressions, une ambiance, une fournaise, celle du climat et des sens ainsi qu’une senteur âcre, celle du sang et de la peur.

M’bakiri de Fred Guichen : je me plaignais du manque de fantasy, mais voilà un peu de fantasy urbaine ! 🙂 Dans cette nouvelle, des sorciers – vous savez, ceux qui vous laissent leurs cartes de visite promettant succès en tout domaine – s’occupent d’un M’bakiri, un éléphant miniature, vestige d’une légende très ancienne. Une nouvelle réjouissante – oui, c’est encore un coup de coeur ^^ – autant que triste, qui mêle nos villes modernes aux anciens secrets de la jungle. Avec, en prime, une chute à tomber par terre 😉

Toumaï tango de Don Lorenjy : je ne m’étendrai pas sur ce texte, en ayant parlé plus haut puisqu’il s’agit de la suite de Toumaï transfert.

Qui suis-je ? dit le klapoutcheewoc de Timothée Rey : on termine en apothéose ! Un étrange animal, le klapoutcheewoc, interroge tous les animaux de la savane pour connaître son identité. La révélation sera des plus surprenantes… et très triste pour nous autres, humains. Entre conte léger et réflexion grave sur l’un des gros défauts de l’humanité, Timothée Rey nous offre un fort joli texte et je ne suis pas prête d’oublier le fameux klapoutcheewoc ! Inutile de préciser que c’est encore un coup de coeur 🙂

Au final, une anthologie qui comporte nombre de bons textes – voire même excellents – et seulement deux qui m’ont absolument déplu. Un bilan plus que positif 🙂 Pour ceux qui souhaiteraient en lire davantage sur le thème de l’Afrique dans la SFFF, ActuSF en a listé ici. J’irai aussi puiser dans cette liste des idées de lecture.

Et devinez quoi ? Bien sûr que l’anthologie Afrique-s y a sa place 😉

Éditions Parchemins & Traverses, 206 pages, 2010logo_orange_dimanche_jlnn

 

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2 Commentaires

Publié par le 20 avril 2014 dans Lecture

 

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2 réponses à “Afrique-s, anthologie dirigée par Sandrine Gaquerel

  1. Escrocgriffe

    25 avril 2014 at 5:33

    Quelle belle idée d’anthologie ! Merci pour l’article.

     

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