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Daisy : lycéennes à Fukushima, Reiko Momochi

20 Juil

Quatrième de couverture

Daisy tome 1, Reiko momochi
Depuis le terrible tsunami qui a frappé Fukushima, Fumi n’ose plus sortir de chez elle. Trop inquiète pour sa santé, à cause des éventuelles radiations émises par la centrale. Pourtant, en dernière année de lycée, il faudra bien qu’elle se décide à retourner en cours. Mais est-il seulement possible de recommencer à vivre et de faire comme si de rien n’était, quand même une simple pluie représente la menace d’une contamination radioactive ? Heureusement, elle pourra compter sur Moé, Ayaka et Mayu, ses trois meilleures amies. Ensemble, elles comptent bien profiter de la vie, et surtout sortir toutes diplômées du lycée ! Elles décident alors de créer un groupe de musique, Daisy, pour se redonner du courage. Mais très vite, la réalité les rattrape et…

Mon avis

Le 11 mars 2011, un tsunami meurtrier balayait une partie du Japon après un tremblement de terre. Avec pour conséquence la destruction partielle de la centrale nucléaire de Fukushima.

2014. Les médias ont cessé de couvrir la catastrophe, de parler de la centrale toujours endommagée (et toujours pas sous contrôle). Pourtant, là-bas, des gens vivent encore dans les zones irradiées. Que deviennent-ils ? Comment vivre après pareil choc et sous une menace invisible, impalpable ? C’est ce qu’à voulu savoir Reiko Momochi après avoir lu le roman Pierrot. La mangaka n’a pas hésité et s’est rendue sur place. Elle a interrogé les habitants, jeunes et moins jeunes, et de tous ces témoignages en a tiré un manga en 2 volumes : Daisy. Les personnages y sont fictifs mais leurs émotions, leurs interrogations, leurs rêves et leurs questions quant à l’avenir sont réels.

On découvre une bande de quatre amies, quatre lycéennes qui devront choisir leur voie professionnelle. Dès les premières pages, le ton est donné : Fumi assiste à une dispute entre une mère et sa propre mère, la vieille femme souhaitant que son petit-fils puisse jouer dehors tandis que la mère craint pour sa santé. La pluie affole tout le monde. Tel est le quotidien des Japonais vivant dans la zone habitée près du site dangereux. Au fil des pages, on s’attache à ces jeunes adolescentes qui, somme toute, sont aussi préoccupées par des sujets de leur âge : amour, petits copains, mode, amitié, musique… mais, hélas, des sujets graves reviennent régulièrement dans leur conversations, dans leur vie. Car à quoi peut-on rêver lorsque l’on vit près de Fukushima ? Peut-on même rêver d’un avenir ?

Daisy n’est pas le genre de manga que l’on lit pour se détendre. C’est un manga profondément touchant, émouvant, qui serre le coeur. Il rappelle que là-bas, loin de nous, des personnes vivent, rêvent, espèrent, pleurent et rient, avec au-dessus de leur tête un nuage invisible de radiations. Des gens oubliés par les médias. Et Daisy a le mérite de les rappeler à notre souvenir, car les oublier serait une erreur impardonnable.

Si l’éditeur à l’indélicatesse d’utiliser comme slogan publicitaire pour cette mini-série « Le premier shôjo post-Fukushima », sachez que l’intrigue amoureuse est ici en filigrane. Elle n’est pas le sujet principal du récit. Non, l’intrigue tourne autour de la question suivante : qu’est-ce qu’être adolescent à Fukushima aujourd’hui ?

On aimerait que ces jeunes filles se préoccupent d’autre chose que leur santé et celle de leurs proches, qu’elles n’endossent pas toutes ces responsabilités qui ne sont pas de leur âge, qu’elles ne grandissent pas aussi brutalement, aussi vite, pressées par la situation. On aimerait qu’elles jouent, rient, s’amusent avec insouciance comme toutes les autres jeunes filles de leur âge.

Daisy tome 2, Reiko MomochiOui, Daisy est véritablement un manga poignant. L’auteur a su restituer avec finesse et pudeur les états d’âme des habitants de Fukushima, n’épargnant pas au lecteur de véritables faits, terribles – comme ce Tokyoïte qui préfère quitter sa petite amie de peur d’être irradié ou ce vieil homme qui a tout perdu et se suicide. Malgré tout, une petite lumière se fait le jour, une lueur d’espoir ainsi qu’une profonde solidarité qui évite au manga de sombrer dans le pathos. Une note positive dans une situation désastreuse qui, là aussi, invite le lecteur à s’interroger, mieux : à agir.

Je ne saurai quoi dire d’autre sur ce manga qui m’a profondément touchée. Je trouve qu’il traite avec beaucoup de soin un sujet difficile, brosse un beau portrait de jeunes filles, avec véracité, et interpelle bien le lecteur sur le sujet de la catastrophe comme celui du nucléaire en général. L’éditeur a fait également un bon travail, malgré sa publicité maladroite, en ajoutant des postfaces riches d’informations à la fin de chacun des deux volumes. Il a par ailleurs changé son système de catégorisation pour un autre, plus clair,accompagné de mots-clés. Daisy est ainsi destiné à un public adolescent, mixte et comporte comme mots-clés Quotidien, Société, Écologie.

Une lecture qui, pourtant, conviendra aux adultes comme aux ados, et je la recommande particulièrement à ces derniers, qui se reconnaîtront sans doute dans le portrait de ces 4 jeunes filles face à une situation trop grave pour leur âge.

Un manga pour ne pas oublier, un manga qui, d’ores et déjà, fait partie des essentiels.

Si vous souhaitez un aperçu, l’éditeur propose le premier chapitre en lecture en ligne.

Delcourt, collection Akata, 2014, 2 volumes (série terminée)

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7 Commentaires

Publié par le 20 juillet 2014 dans Lecture

 

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7 réponses à “Daisy : lycéennes à Fukushima, Reiko Momochi

  1. Manihola

    20 juillet 2014 at 12:54

    Ton article donne envie, j’ai eu la chance d’être allée au Japon avant la catastrophe et cela m’a d’autant plus touché quand c’est arrivé. Je me laisserai surement tenter par ce manga, surtout s’il n’est qu’en 2 tomes !

     
    • Lullaby

      20 juillet 2014 at 8:27

      Oh, quelle chance en effet ! Oui, le manga est d’autant plus fort qu’il est court (je pense que tout son sens aurait été perdu s’il avait été plus long). N’hésites pas à revenir par ici pour parler de ton ressenti, si tu te laisses tenter.

       
  2. Escrocgriffe

    20 juillet 2014 at 3:32

    J’ai parcouru les premières pages, c’est vraiment touchant. J’espère retourner un jour au Japon…

     
    • Lullaby

      20 juillet 2014 at 8:28

      Je te le souhaite. Pour ma part, je rêve d’y aller.

       
  3. girlkissedbyfire

    20 juillet 2014 at 4:18

    ça a l’air vraiment bien comme manga, faudrait que je le trouve !

     
    • Lullaby

      20 juillet 2014 at 8:30

      Le tome 2 est sorti au début du mois donc la série devrait être trouvable facilement.

       

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