Publié dans Lecture

Halloween, anthologie dirigée par Paula Guran

Quatrième de couverture

Shivers and spirits…the mystical and macabre…our darkest fears and sweetest fantasies…the fun and frivolity of tricks, treats, festivities, and masquerades mixed with the deepest and most profound of frights. Halloween is a holiday filled with both delight and dread, beloved by youngsters and adults alike. Celebrate the most magical season of the year with this sensational treasury of seasonal tales — spooky, suspenseful, terrifying, telling, and teasing — harvested from a multitude of master storytellers.

Mon avis

Photographie personnelle
Photographie personnelle

Rien de tel comme lecture halloweenesque qu’une anthologie intitulée Halloween ! Celle-ci réunit des textes – non inédits – de pointures comme Lovecraft, Bradbury, de Lint ou Straub et des noms moins connus mais non moins talentueux. Tous se déroulent lors de la fameuse nuit d’Halloween. En avant pour un festival d’Halloweens !

Conversations in a Dead Language de Thomas Ligotti : on ouvre le bal avec un texte qui laisse volontairement un certain flou régner. Au lecteur de comprendre, au final, où se trouve l’horreur. Un texte dans la plus pure veine du fantastique, halloweenesque à souhait. Et que les non anglophones se consolent, il est disponible en français dans le tout récent recueil de l’auteur paru chez Dystopia.

Monsters de Stewart O’Nan : quand un malheureux incident se produit le jour même d’Halloween… point de fantastique dans ce texte qui n’en remue pas moins les tripes, puisqu’il est à hauteur d’enfant et que l’on y ressent ce que peut ressentir le dit-enfant lors de pareil incident. Poignant.

The Halloween Man de William F. Nolan : retour au fantastique pur jus avec cette nouvelle où une petite fille trop imaginative se laisse convaincre de l’existence du Halloween Man. Les conséquences en seront terrifiantes.

The Young Tamlane de Sir Walter Scott : un poème autour de Tamlin, où un homme, capturé par la Reine des fées, ne pourra en être délivré que si celle qui l’aime remplit avec exactitude plusieurs conditions. Et seule la nuit d’Halloween pourra permettre cette libération, puisqu’en cette nuit les portes entre les royaumes – féeriques et humains – sont grandes ouvertes. Si la lecture est quelque peu ardue en VO du fait que Sir Walter Scott est écossais et qu’il s’agit d’un anglais plutôt vieillot, l’histoire, très féerique et ancrée dans le folklore anglo-saxon, est fort agréable à découvrir (ou redécouvrir).

Pork Pie Hat de Peter Straub : un jeune homme interviewe une légende du jazz qui raconte un souvenir d’enfance, un Halloween qui le dégoûta à tout jamais de cette fête. Si l’auteur est célèbre pour ses oeuvres horrifiques, je dois dire que j’ai été quelque peu déçue par ce texte. L’action met longtemps à se mettre en place, trop longtemps, et je pense que le texte aurait gagné à être un peu plus épuré car il est vraiment long. Une première déception pour cette anthologie jusque là de très bon niveau.

Three Doors de Norman Partridge : une variation sur le fameux conte de la Patte de singe, où s’exprime la douleur de la perte de l’être aimé et l’un des aspects d’Halloween, seule nuit de l’année où le voile entre le monde des morts et des vivants, de la magie et de la réalité, disparaît.

Auntie Elspeth’s Halloween Story (or The Gourd, The Bad, And The Ugly) de Esther Friesner : quand l’horreur rencontre l’humour. Se retrouvant avec ses trois neveux-nièces sur les bras, tante Elspeth, pas très contente de ce fait, leur raconte une histoire. Mais une histoire d’Halloween ! Où l’on suit les péripéties d’une petite citrouille, qu’un hibou a convaincu qu’être choisie pour devenir une « jack o’ lantern » était la meilleure chose qui soit. Le final sera bien loin de ce que vous pensez et vous, adultes, en sourirez malgré vous en songeant aux enfants qui écoutent pareille histoire. Sacrée tante Elspeth !

Struwwelpeter de Glen Hirshberg : un jeune adolescent, aussi intelligent que malicieux, propose à ses amis, tous fascinés par ses actes défiant l’ordre établi, d’aller faire sonner la cloche qui trône dans le jardin d’un vieil homme acariâtre. Cloche qui, à l’en croire, réveillerait les morts. Un texte qui prend son temps pour bien poser la psychologie de ses personnages et avec raison, car ce sont eux qui donnent toute sa puissance à ce texte qui mêle avec brio surnaturel et réel, horreur bien humaine et celle née de l’occulte. L’histoire n’est pas sans rappeler Monsters, que l’on découvrait plus tôt dans l’anthologie, mais avec des personnages plus âgés.

Hallowe’en in a Suburb de H.P. Lovecraft : encore un poème – oui, Lovecraft a aussi écrit des poèmes ! Je le découvre avec cette pièce, sympathique à lire, qui contient notamment des goules que l’on croise dans d’autres oeuvres du même auteur.

On the Reef de Caitlin R. Kiernan : dans cette nouvelle aux airs lovecraftiens (d’où son placement dans le sommaire), Halloween est l’une des nuits de l’année où d’étranges pélerins se réunissent à un certain endroit bien connu des amateurs de l’oeuvre de Lovecraft – Innsmouth. Ou plutôt devrai-je dire, les ruines d’Innsmouth. Pour y faire quoi ? Je vous laisse le découvrir…

The Sticks de Charlee Jacob : quand Halloween se mêle au vaudou… voici comment l’on pourrait résumer cette nouvelle dont l’action se déroule au sein de The Sticks, un petit bourg planté dans les marais, et où, chaque Halloween, les habitants souffrent de trois nuits de fléaux, l’apex étant la nuit d’Halloween qui verra disparaître un enfant. Ceux-ci, abandonnés des adultes qui déambulent grimés en morts, doivent donc veiller toutes bougies allumées, en priant pour ne pas être celui choisi cette année. Un texte original et puissant.

Riding Bitch de K.W. Jeter : je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi de ce texte qui mêle deuil, motos et croque-morts. Mais si je suis plutôt passée à côté de l’intrigue, la tristesse qui émane de son personnage principal a été assez bien rendue pour que je perçoive les émotions de cette nouvelle.

Memories of el Dia de los Muertos de Nancy Kilpatrick : un très court texte évoquant la célébration mexicaine du Jour des Morts. Subtil, mais fort.

Halloween Street de Steve Rasnic Tem : l’auteur imagine toute une rue dédiée à Halloween, pas moins ! Je vous laisse découvrir son univers original, introduit par cette nouvelle, et dont l’exploration se poursuit avec Tricks & Treats: One Night on Halloween Street, texte situé juste après dans le sommaire et qui rassemble, sous la forme de douze vignettes, autant d’aperçus de cette rue très spéciale.

Memories de Peter Crowther : retour à l’horreur avec ce texte, qui contient majoritairement un dialogue téléphonique. L’horreur n’en est que plus présente, le surnaturel s’infiltrant à pas de loup. Méfiez-vous des ombres, lors de la nuit d’Halloween, et de votre mémoire. Il se pourrait que des souvenirs importants, des personnes même, en aient été effacés…

Ulalume de Edgar Allan Poe : un troisième poème, cette fois signé par Poe. On y retrouve un thème identique à celui du fameux poème Le Corbeau, le poème évoquant un voyage onirique du narrateur, qui a perdu l’être aimé, voyage qui, se déroulant une nuit d’octobre, lui rappellera la triste réalité de son deuil.

Mask Game de John Shirley : une famille américaine – mère divorcée, deux enfants, le beau-père, le petit dernier que le père a eu avec sa nouvelle femme et une amie – attend l’arrivée de la cousine Neva qui, pour cette année, propose un jeu avec des masques qu’elle a elle-même confectionnés. Très beau texte, qui aborde habilement le sujet des secrets familiaux et de la force des traditions – ici, la puissance magique liée à Halloween est évoquée d’une façon qui rappelle le paganisme. Quant au masque, il est également utilisé avec tout ce qu’il symbolise, notamment le fait qu’il révèle autant qu’il dissimule.

By the Book de Nancy Holder : un peu de légèreté avec cette réjouissante nouvelle où une mère au foyer dépassée va trouver une bouée via… un livre du type « romance Harlequin ». Si Halloween ne figure là qu’en fête provoquant de multiples préparatifs, le texte prête à sourire – et même à rire, rien que de repenser à une certaine image, vers la fin de la nouvelle, je m’esclaffe ! – et offre une pause bienvenue. Tout en rappelant, mine de rien, que prendre du temps pour soi (par exemple en lisant une romance… ;)) de temps en temps peut avoir des conséquences aussi sympathiques que… surprenantes !

Hornets de Al Sarrantonio : si vous avez la phobie des frelons, passez votre chemin pour aller directement au texte suivant. Si vous ne l’avez pas, je gage que vous l’aurez une fois terminée la lecture de ce texte, avec l’impression persistante d’entendre la bestiole du titre vrombir aux alentours. Quant au rapport entre les frelons et Halloween, vous le découvrirez en lisant cette nouvelle. Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler – le titre donne déjà suffisamment d’indices et le texte, qui se déroule selon un schéma somme toute classique, joue surtout sur l’ambiance qu’il instaure au fil des phrases – et je me contente de vous préciser que, pour ce qui est de vous laisser tout frissonnant d’horreur à la fin, Hornets remplit fort bien son office.

Pranks de Nina Kiriki Hoffman : un ton plus léger avec ce texte qui nous invite à suivre la nuit d’Halloween d’un esprit malin qui prend la forme d’un petit garçon qui adore les farces – mais n’a aucune conscience des conséquences que les dites farces peuvent prendre. Ton plus léger, certes, mais c’est Halloween et la noirceur n’est jamais bien loin.

Pumpkin Night de Gary McMahon : on repart sur un texte très fort, là encore sur le deuil de l’être aimé, mais aussi sur les jack o’ lantern, ces citrouilles sculptées. Que peut-il arriver si celles-ci revêtent le visage de la disparue ? Un texte dont l’horreur n’est pas tant due à l’action qu’à la terrible perte vécue par le personnage principal. Le final achève complètement le lecteur sur ce point.

The Universal Soldier de Charles de Lint : décidément, il faudra que je me procure un jour un recueil de cet auteur. On retrouve un texte magique, empli de tendresse malgré son sujet – la guerre et ses fantômes, dont l’un revient un soir d’Halloween – et qui évoque la force des histoires au travers de deux personnages très particuliers – mais, en l’occurrence, des histoires humaines. Un très beau texte qui figure parmi mes préférés de cette anthologie et qui offre un vibrant plaidoyer pour la paix et l’importance de garder en mémoire les destinées passées.

Night Out de Tina Rath : très bref, très classique aussi, ce texte m’a rappelé une célèbre série télévisée. Se lit agréablement malgré son dénouement des plus téléphonés.

One Thin Dime de Stewart Moore : un texte qui, je pense, aurait mérité un peu plus de développement. Le thème du cirque et des monstres de foire y est évoqué, mais je n’ai pas saisi le lien avec Halloween – bien que l’action se déroule durant cette nuit-là. En fait, j’ai eu l’impression qu’il me manquait des morceaux pour pleinement appréhender cette histoire et c’est dommage.

Man-Size in Marble de E. Nesbit : célèbre pour ses récits pour enfants, Edith Nesbit a également commis des textes fantastiques pour les grands. Elle nous offre ici un texte classique pour le genre, avec un charmant côté suranné, et une approche de la nuit d’Halloween totalement dénuée de citrouilles et autres trick or treats – mais pas de spectre, loin de là !

The Great Pumpkin Arrives at Last de Sarah Langan : deux jeunes gens s’apprêtent à effectuer une séance de spiritisme la nuit d’Halloween. Un texte qui monte en puissance au fil des phrases et s’achève sur un final horrifique.

Sugar Skulls de Chelsea Quinn Yarbro : on retrouve la célébration mexicaine avec cette belle tranche de vie, bien que marquée par le deuil et la misère, d’une grand-mère et de sa petite-fille en train de confectionner les célèbres crânes en sucre. J’aurai aimé que le texte se poursuive et lève davantage le voile sur la destinée de ces deux personnages, mais je pense qu’il laisse suffisamment d’indices pour se faire sa propre idée à ce sujet.

On a Dark October de Joe R. Lansdale : un texte horrifique classique, mettant en scène des hommes vénérant une créature aux appétits spéciaux. Sympa par son côté « gore classique », malgré cette énième revisitation de la face occulte du succès de certains hommes d’affaire.

The Vow on Halloween de Lyllian Huntley Harris : mêlant une intrigue convenue et des dialogues peu crédibles par leur emphase, ce texte vaut surtout par son côté suranné.

The October Game de Ray Bradbury : une nouvelle que j’avais déjà lue, en français, dans le recueil Bien après minuit. Du coup, si le dénouement m’est rapidement revenu en mémoire, j’ai cependant savouré la redécouverte de ce texte noir en VO. Avec, comme toujours, le talent de novelliste de Ray Bradbury.

The November Game de F. Paul Wilson : texte-hommage à la nouvelle précédente, il en est aussi sa suite. Je n’en dis pas plus car cela reviendrait à spoiler deux textes en un seul ^^ »

Tessellations de Gary Braunbeck : un final en forme de novella qui m’a déplu. L’histoire suit une famille tellement corrompue par son obsession de la transmission de la mémoire et par la culpabilité qu’elle en tourne au glauque – et pas qu’un peu. J’aurai préféré terminer l’anthologie sur une note moins malsaine.

Au final, Halloween s’avère un bon petit pavé – 500 pages ! – mais offre un bon bouquet d’histoires d’Halloween, souvent placées sous l’angle de la terreur et du fantastique. De fait ma petite âme sensible a trouvé qu’il y en avait un peu trop, heureusement qu’il y avait des textes plus « légers ». Comme anthologie à thème, malgré la qualité parfois inégale des textes proposés, Halloween est la lecture parfaite pour cette fête et vous permettra, ce soir-là, une lecture et des frissons d’horreur (avec quelques fous rires ici et là) garantis tout au long de la nuit.

Éditions Prime Books, 528 pages, 2011

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