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Les annales du Disque-Monde : Les Petits Dieux, Terry Pratchett

02 Fév

les-petits-dieuxQuatrième de couverture

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Élu :
« Psst ! »
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. « Pardon ? » lança-t-il.
C’était une belle journée du printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin, l’Élu :
« T’es sourd, mon gars ? »
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’église que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…

Mon avis

Je poursuis ma balade dans le Disque-Monde imaginé par sir Terry Pratchett avec Les Petits Dieux. On y suit Frangin, un novice au sein d’un gigantesque monastère qui, un beau jour, entend une tortue lui parler. Une tortue qui ne serait autre que le grand dieu Om, celui-là même qui est révéré par la communauté à laquelle appartient Frangin. Sauf qu’il n’est pas censé être sous la forme d’une tortue. Et que Frangin, malgré sa mémoire phénoménale, est un être simple. Ajoutez à cela le fait que le diacre Vorbis, exquisiteur, prévoit un voyage dans la contrée d’Éphèbe, et que rien ne va vraiment se passer comme prévu. Ou peut-être que si. Et vous aurez un roman plein de pépites d’humour, d’action, de dialogues croustillants, de frissons, de surprises, bref, un livre que j’ai adoré lire ! 🙂

Vous l’aurez compris, la religion tient une grande place dans ce roman. Mais on a affaire à l’inénarrable Terry Pratchett ! Et il démontre là tout son talent. Car il ne fait pas que faire preuve d’humour. Outre la parodie, l’auteur sait proposer une vision critique de thèmes aussi sérieux que la religion et l’intolérance, en utilisant le rire (tiens, d’ailleurs, ce n’est pas sans me rappeler un passage du Nom de la rose, sur le rire et la religion, justement ^^). Ainsi, le personnage de Vorbis, particulièrement cruel et inquiétant, incarne clairement l’obscurantisme religieux, le rigorisme dans la croyance, et l’intolérance extrême mêlée à une ruse terrifiante. À l’autre bout du spectre, nous avons Frangin. Frangin qui a été élevé dans les préceptes omniens, mais qui entend la voix du dieu Om. Et, même s’il ne le croit pas au début, il reste ouvert d’esprit à ce qui se produit, bien que ballotté par les événements.

Terry Pratchett avance aussi des réflexions sur la divinité – souvent empreintes d’humour, évidemment ! Et s’attaque également à la philosophie. Les passages se situant à Éphèbe offrent ainsi de vrais moments d’anthologie ! 🙂 Inutile, d’ailleurs, d’avoir fait de longues études en philosophie pour comprendre tout le sel de ces passages parodiques, même si je pense qu’un bagage minimum (= les cours dispensés en terminale) est nécessaire.

On trouve aussi, pêle-mêle, une petite réflexion sur le destin (l’introduction sur l’expression « C’était écrit », qui m’a régalée !) et sur les bibliothèques (un passage en particulier m’a rappelé la bibliothèque d’Alexandrie – inutile de dire que ce passage-là est mon préféré du livre ;))

Rarement j’avais vu un aussi bel équilibre entre la parodie et l’esprit critique, engageant la réflexion, dans un roman de fiction. En ce sens, Les Petits Dieux montre que Terry Pratchett n’a pas volé son statut d’écrivain de talent.

Le hasard a fait que j’ai achevé ma lecture de cet ouvrage fin 2014/début 2015, soit quelques jours avant l’attaque dans les locaux de Charlie Hebdo. De fait, cette lecture m’est apparue sous un jour encore plus actuel, puisque, bien que la religion omnienne soit calquée sur la religion chrétienne, le thème de l’intolérance religieuse et de la violence perpétrée au nom de celle-ci, traité sous l’angle de l’humour, faisait tristement écho à la réalité.

Éditions L’Atalante, 390 pages, 2012.

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4 Commentaires

Publié par le 2 février 2015 dans Lecture

 

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4 réponses à “Les annales du Disque-Monde : Les Petits Dieux, Terry Pratchett

  1. Dominique

    5 février 2015 at 10:21

    Je découvre ton blog, et ce billet fait bien envie ! J’ai lu du Terry Pratchett par le passé, mais le monsieur est prolifique…

     
    • Lullaby

      6 février 2015 at 9:21

      Bienvenue donc en ces lieux ! 🙂 Oui, Terry Pratchett est *très* prolifique (35 volumes pour les Annales du Disque-Monde !) mais vu son état de santé, hélas, cela ne durera pas… Pour ma part, j’ai choisi de picorer un roman par-ci, par là (on peut lire dans le désordre, enfin plus ou moins); ça fait moins peur ^^

       

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