Publié dans Lecture

La trilogie du Rempart Sud t. 1 : Annihilation, Jeff VanderMeer

rempartsud1Quatrième de couverture

La Zone X, mystérieuse, mortelle. Et en expansion. Onze expéditions soldées par des suicides, meurtres, cancers foudroyants et troubles mentaux. Douzième expédition. Quatre femmes. Quatre scientifiques seules dans une nature sauvage. Leur but : ne pas se laisser contaminer, survivre et cartographier la Zone X.

Mon avis

Aller plus loin que la quatrième de couverture pour parler de l’histoire serait inutile. Car si le mystère concernant la Zone X est épais, il ne connaîtra pas de résolution dans ce premier tome (sans que ce soit un bémol, bien au contraire !). Mais en dire plus risquerait aussi d’en dévoiler trop et ce serait priver le lecteur d’une découverte de taille, puisque ce qui fait la grande qualité de ce livre, c’est qu’il s’agit d’un véritable voyage, d’une exploration. Je vais quand même essayer d’en parler, sans trop spoiler, car ma lecture m’a vraiment marquée.

Nous suivons la biologiste au travers de son journal. Son récit est une description clinique mais prenante de la Zone X. Tellement prenante que j’ai rapidement été prise dans le piège de cette Zone X jusqu’à ne plus distinguer frontières entre réalité et fiction, ayant la sensation d’être contaminée par cette atmosphère aussi étrange que pesante. Il faut dire que l’environnement est très bien décrit – on s’y croirait, cinquième membre invisible, observateur, collé aux pas de la biologiste et de cette expédition.

D’ailleurs, ce brouillage des frontières est tel que j’ai eu une impression d’étrangeté après ma lecture, comme si je revenais d’un long et bizarre voyage ou d’un rêve particulièrement prégnant. Annihilation propose un vrai labyrinthe mental – autant pour la biologiste que pour le lecteur. C’est l’effet de la zone X – en tout cas, celui qu’elle a eu sur moi. Un effet sans doute aidé par la personnalité de la biologiste : ce personnage principal est solitaire, introverti, ce qui fait que je m’y suis un peu reconnue, mais ce ne sera pas forcément le cas de tous les lecteurs.

Il y a beaucoup de Lovecraft dans ce roman, par ces choses effrayantes que l’on ne fait que deviner, par la non-description (parce qu’elle est impossible ?) du Rampeur et l’augmentation diffuse d’une certaine angoisse face à tant d’inconnu, d’étrangetés. Mais pas seulement : il y a aussi cette introspection de la biologiste qui transparaît entre deux passages sur la Zone X, le lien du couple qu’elle forme avec son mari qui se fait de plus en plus prégnant au fil du roman. Cela apporte une autre émotion, bienvenue celle-là, une humanité qui était presque absente par manque de noms dans l’histoire. La référence à Lovecraft n’est pas innocente – outre le fait qu’on la ressent par les mystères de la Zone X, le roman se classe dans le courant récent du new weird, courant qui est entre autre influencé par cet auteur.

Au-delà du mystère de la Zone X, Annihilation m’a également donné l’impression d’aborder, en filigrane, d’autres mystères – bien réels ceux-là ! – et c’est sans doute aussi la raison pour laquelle on se laisse si facilement immerger dans cette Zone X ! Par le regard de la biologiste, nous sommes confrontés au mystère de la nature, que l’homme ne pénétrera jamais. Et si la biologiste garde une observation neutre des faits, on la sent attachée à et fascinée par l’environnement qui l’entoure, par l’incroyable adaptabilité de cette faune qu’elle a l’habitude d’observer pour tenter d’en percer les secrets. Une attitude qu’elle conserve lorsqu’elle explore la Zone X.

Le mystère des mots est également abordé, avec ces messages étranges laissés dans la Tour et quelques réflexions laissées ici et là :

Connaître aussi intimement la signification des mots pouvait être trop pesant pour n’importe qui, je m’en aperçois, maintenant.

Annihilation est véritablement une expérience de lecture particulière. On est lentement pris au piège de cette Zone X, jusqu’au final qui est époustouflant. Par ailleurs, ce tome se suffit à lui-même et si des questions demeurent, cela participe à toute l’impression d’étrangeté, de mystère qui a pesé tout le long du récit. Bien sûr je lirai la suite avec plaisir, mais j’ai trouvé que ce premier tome ne nous laissait pas sur un cliffhanger insoutenable et j’apprécie. C’est aussi un livre à lire d’une traite de préférence (il est relativement court) car ainsi l’immersion est encore plus forte.

Oserez-vous passer la frontière pour pénétrer dans la Zone X ?

Éditions Au Diable Vauvert, 221 pages, 2016

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Je suis écléctique (catégorie Fantastique) du forum Mort-Sûre.

challenge_jesuiseclectique2016

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7 commentaires sur « La trilogie du Rempart Sud t. 1 : Annihilation, Jeff VanderMeer »

  1. J’ai rencontré la plume de VanderMeer avec « Cité des Saints et des Fous » et j’avoue être très intriguée par ce premier tome au point de le prendre plusieurs fois entre les mains dans les librairies. Mais j’aimerai bien aussi dévorer la trilogie en une seule fois (Ah, cruel dilemme du lecteur)

    1. Il est vraiment bien ce premier volume, et je trouve que l’auteur prend soin de son lecteur en évitant le cliffhanger insoutenable à la fin (on a envie de lire la suite, sans pour autant trépigner de frustration – enfin, c’est mon cas ^^). Je n’ai pas lu la Cité des Saints et des Fous, faudra que je tente un jour ! 🙂 De VanderMeer, je connaissais juste son guide d’écriture (très sympa). Mais avec Annihilation, je me dis qu’il devrait être traduit plus souvent, le monsieur a une plume intéressante ! 🙂

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