Publié dans Monde du livre

#payetonauteur ou Pourquoi les auteurs sont en colère

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous n’avez pas manqué de me voir partager plusieurs posts estampillés des hashtags #payetonauteur et #auteursencolère. Il est à présent temps de me fendre aussi d’un petit billet explicatif sur le sujet.

Le point de départ de #payetonauteur date du Salon du Livre de Paris (je n’arriverai jamais à dire « Livre Paris » qui me semble le comble de l’économie de mots alors qu’il s’agit d’un salon dédié au *livre* !). Les auteurs ont découvert, deux semaines avant l’ouverture du Salon, qu’ils ne seraient pas rémunérés pour leurs différentes prestations (conférences, ateliers, etc). Petit rappel de chiffres : la majorité des auteurs français exerce un autre métier en plus de celui d’auteur, les revenus de ce dernier ne leur permettant pas de vivre (source). Autrement dit, de nombreux auteurs présents au Salon du Livre ont pris des congés pour ce faire et sacrifient leurs jours de repos pour leur autre métier, celui d’auteur, le tout sans être rémunéré pour cette activité. Sans parler des frais de déplacement et d’hôtel qui ne sont pas toujours pris en charge par le Salon ou les éditeurs (les petits éditeurs, par exemple, n’en ont pas les moyens). Or, préparer une conférence ou un atelier reste aussi un travail à part entière. Qu’il s’agisse d’un métier exercé par passion ne doit pas occulter le fait qu’il s’agit d’un *métier*.

En France, le statut des auteurs est assez particulier. C’est un métier qui fait rêver mais, hélas, un métier qui ne paie pas. Samantha Bailly et Miya ont réalisé deux petites BDs pour mieux expliquer ce que c’est qu’être auteur en France et la précarité de leur situation, ainsi que la menace qui plane sur ce statut suite aux réformes à venir (cliquez sur les vignettes pour lire les BDs en entier).

 

Plusieurs réformes pendent en effet au nez des auteurs et non seulement elles sont inquiétantes pour l’avenir du métier, mais en plus le gouvernement semble ignorer complètement l’inquiétude légitime des auteurs. Le 22 mai auront lieu les États généraux du Livre, qui proposeront des tables rondes sur le sujet. Les différents ministères concernés ont bien entendu été conviés à l’événement mais, à l’heure actuelle, aucun n’a daigné répondre à l’invitation. Aucun n’a même consulté les auteurs pour évoquer ces réformes qui les concernent pourtant.

Pour tout dire et pour paraphraser Perceval : on en a gros.

Confidence : depuis toute petite, le métier que je désire faire, c’est auteure. Uniquement auteure. Bibliothécaire est un objectif de carrière qui est venu plus tard, bien plus tard, suite aux conseils de ma mère qui s’inquiétait – à juste titre – car « écrivain, ce n’est pas ça qui paiera ton loyer ». Elle avait raison. Hélas. Certes, j’ai la chance d’exercer un métier lié au livre, à ma passion. Certes, c’est pratique quand je suis en phase de recherches pour un roman, car j’ai tout sous la main au boulot. Mais cela signifie qu’auteur reste un métier précaire, un métier qui fait rêver mais qui reste, dans la pratique, inaccessible en tant que tel. Car trop précaire.

À moins, bien sûr, de s’appeler Guillaume Musso ou Marc Lévy. Mais pour un auteur de best-sellers, combien d’auteurs, dans l’ombre, ne gagnent même pas le SMIC ? Combien n’atteignent même pas les 100 euros par mois ?

À l’heure où se profilent des réformes qui vont davantage fragiliser le statut d’auteur, déjà peu solide, la colère des auteurs est légitime. Une colère qui concerne tous les acteurs des métiers du livre. Car sans auteurs, pas de livres. Et qui dit pas de livres dit : pas d’éditeurs, pas d’imprimeurs, pas de libraires, pas de bibliothécaires, pas de lecteurs.

De nombreuses personnes sont déjà mobilisées. Si vous souhaitez apporter votre aide au mouvement, n’hésitez pas à signer la pétition mise en ligne pour interpeller le gouvernement et à la partager.

La lettre ouverte du Conseil Permanent des Écrivains au gouvernement

Pour en savoir plus

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