Entretien avec Marianne Ciaudo

Comment, vous pensiez que la campagne Ulule de la Ligue des Écrivaines Extraordinaires étant terminée (avec succès !), il en était de même pour les entretiens avec les autrices participant à ce projet ? Que nenni ! Bien que les romans en question ne paraîtront qu’en 2020, je poursuis de mes questions toujours indiscrètes les dites-autrices. Voilà qui permettra de patienter en attendant de découvrir les folles aventures de la Ligue !

Aujourd’hui, c’est Marianne Ciaudo qui m’a gracieusement répondu :

Bonjour Marianne Ciaudo, bienvenue sur ce blog et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions ! 🙂 Tout d’abord, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Terrienne (jusqu’à preuve du contraire), Parisienne, et dilettante à plein temps. Je suis adepte des activités chronophages et piètrement rémunérées. Autrice vaguement compétente, photographe amateur, dessinatrice du dimanche et blogueuse épisodique.

Comment as-tu rejoint La Ligue des Écrivaines Extraordinaires ?

J’ai été contacté par Melchior Ascaride. J’ai trouvé le projet fun, osé, mais aussi sacrément courageux. Je n’ai donc surtout pas réfléchi et j’ai accepté !

Qu’est-ce qui t’a plu dans ce projet ?

Le concept : chercher des écrivaines classiques, les confronter au fantastique ou à l’horreur, et surtout le faire dans le cadre d’une série uniquement écrite par des autrices. Le milieu du livre en France reste sexiste, choisir de mettre en avant des femmes, surtout dans une littérature de genre réputée masculine, est un acte engagé. Il suffit de regarder les proportions d’autrices invitées en salon par rapport à leurs collègues masculins pour voir l’étendue du problème. Si le sujet vous intéresse, voici un lien de 2016 :
https://www.actualitte.com/article/monde-edition/les-auteurs-francais-en-une-infographie/65803

La Ligue propose des romans mettant en scène des autrices classiques luttant contre des monstres légendaires (parfois issus de leurs propres œuvres). Peux-tu nous parler de ton roman en particulier, de son autrice-personnage et de son adversaire ?

Je prends en charge Jane Austen contre le loup-garou. Si je connaissais bien l’œuvre, j’avoue que j’étais très ignorante sur la femme. Les sources historiques que nous avons se composent d’échanges épistolaires partiels, sa sœur ayant brûlé la majorité de leur correspondance. La première biographie a été rédigée par un neveu dont on peut douter de l’objectivité ! Nous avons donc une image très biaisée de Jane.
J’ai choisi de placer l’action en 1800, alors que Jane a 24 ans, juste avant qu’elle ne quitte Steventon, son village natal. Après cette année-là, elle a traversé une longue période de page blanche. Je voulais introduire ma fiction dans la trame de sa vie, même si mon texte n’a rien d’un roman historique ! Nous avons donc une jeune femme célibataire, qui pour l’époque n’est plus de première fraîcheur. Elle a toujours vécu dans cette campagne, au milieu d’une société assez confinée, avec des livres à profusion. Son quotidien est bien tranquille, plan-plan même. L’irruption du mal se fait de façon à la fois violente — une enfant disparaît — et sournoise.
La figure du loup-garou me fascine en tant que monstre, une thématique que j’affectionne beaucoup. Je suis partie de mythes existants, notamment piochés dans le livre « Elle courait la garou » de Claude Lecouteux. Une mine d’or pour les amateurs de légendes ! Puis j’ai ajouté d’autres caractéristiques psychologiques particulières. J’avais une idée très précise de l’adversaire.

Quelle est ton autrice classique favorite et pourquoi ?

Alors, déjà je ne lis que peu de classique. Austen est une exception. Ensuite, je suis incapable de répondre à ce type de question. Par contre, je peux donner quelques noms d’autrices que j’apprécie particulièrement : Ogawa Yoko, Ellen Kushner, Anna Gavalda, J.K. Rowling, Sekiguchi Ryoko, Mayzumi Madoka, Ursula Le Guin, Sylvie Laînée, Virginia Woolf (qui rentre peut-être dans la case classique), et ma lecture en cours Le désert de la grâce de Claude Pujade-Renaud.
Enfin, je nomme Angela Carter pour la Compagnie des loups. Sans elle, mon texte n’existerait pas.

As-tu un monstre légendaire chouchou ?

Cf. question du dessus ! Je suis intéressée par deux types de monstres assez antinomiques : ceux qui sont humains ou avec des caractéristiques humaines, et ceux qui n’appartiennent pas à l’humanité, qu’on ne peut pas appréhender. Je ne me jamais remise de mes lectures de Lovecraft à l’adolescence. Depuis, j’avoue, j’ai un faible pour les tentacules.

La question-piège : quel est ton livre préféré ?

Je n’ai déjà pas de couleur préférée, alors un livre… Ça dépend de mon humeur, du sens du vent, du cycle de la lune, de ce qu’il y a dans mon frigo. Bref, impossible de répondre. Par contre, je peux citer quelques bouquins qui ont eu un impact réel dans ma vie : Sur l’onde de choc de John Brunner, Two Boys Kissing de David Levithan, L’éloge de l’ombre de Tanizaki, Lettres d’Ogura de Hubert Delahaye.

Pour finir, aurais-tu un ou des conseils à donner à d’autres autrices ?

Je me contenterai de répéter les conseils de pros que j’applique à la lettre.
Le premier c’est de lire. De lire, de lire et de lire encore.
Le second c’est de lire aussi ce qu’on n’aime pas ! On écoute les conseils de personnes compétentes qui louent la qualité d’un bouquin de façon objective et hop, on s’y met. Même si le sujet nous dérange, même si ce n’est pas le genre ou le style qu’on apprécie. Une lecture ne doit pas être forcément facile et simple. Lire du divertissement apprend, mais lire de grands auteurs avec une voix nous apporte une ouverture, une conscience de ce qu’il est possible de faire.
Lire, c’est aussi du boulot !
J’ajouterai qu’il est important de distinguer si on écrit pour soi (ce qui est à la portée de tous) ou pour être publié. S’exprimer, par l’écriture, le dessin, la danse, la cuisine ou autre, est libérateur, épanouissant. Le faire avec un objectif professionnel demande de l’effort, mais aussi, une étincelle, un truc qui ne s’acquière pas toujours pas le travail et l’effort.
Il n’y a pas de justice dans ce domaine.
Même si on adore danser, on ne pourra peut-être jamais devenir pro. Mais rien ne nous empêche cependant d’en éprouver une grande joie et de continuer ! Même sous les moqueries.

Merci pour tes réponses et à bientôt, au détour d’un livre ! 🙂

Un grand merci à toi pour ton implication dans la lutte contre les forces du Mal !

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