Les sorcières de la littérature, Taisia Kitaiskaia et Katy Horan

Quatrième de couverture

30 ensorcelantes écrivaines qui ont marqué leur époque, reconnues ou injustement oubliées, illustrées et racontées dans toute leur puissance.
Toni Morrison, Virginia Woolf, Emily Dickinson, mais aussi María Sabina, Audre Lorde, Yumiko Kurahashi, Octavia E. Butler… Alchimistes du verbe, elles nous emportent dans un envoûtant tour du monde et révèlent le pouvoir des femmes de lettres.

Mon avis

C’est par hasard que je suis tombée sur ce livre. Après l’avoir feuilleté en librairie, conquise, je l’ai emporté chez moi et, pour une fois, il n’aura pas traîné longtemps dans ma PAL !

J’ai d’abord craint que le qualificatif de sorcière, employé dans le titre, ne soit là que pour surfer sur une tendance. Mais, à peine après quelques pages, j’ai vite eu la certitude que non, ce terme de sorcière n’avait pas été galvaudé pour ce livre. D’ailleurs, le portrait final, celui de Zora Neale Hurston, présente une autrice qui a également réalisé des recherches sur la sorcellerie vaudou et pratiqué des rituels vaudous !

Les sorcières de la littérature présente 30 femmes de lettres. Certaines ont marqué de leur empreinte le monde de la littérature et sont désormais bien connues. C’est le cas d’Agatha Christie, Emily Brontë ou encore Mary Shelley. D’autres le sont moins mais j’avais déjà pu lire certaines de leurs oeuvres : Shirley Jackson, Angela Carter… et d’autres, encore, inconnues ou trop peu connues, oubliées alors que leurs oeuvres possèdent une véritable puissance. Toutes ces femmes ont en commun leur maîtrise de l’encre et des mots.

Le livre a ceci de particulier qu’il célèbre ces autrices en offrant, pour chacune, un portrait surréaliste réalisé par Katy Horan.

Angela Carter vue par Katy Horan

Sur la page en regard, trois parties distinctes, sous une épithète qui résume de façon poétique la personnalité de l’autrice concernée. Par exemple, pour Audre Lorde :

Sorcière guerrière de l’altérité, des corps électriques et de la sororité

La première partie est une sorte de fiction biographique surréaliste qui mêle éléments véridiques ayant fait partie de la vie de l’autrice et imagerie née de la créativité de Taisia Kitaiskaia. Ces récits surréalistes montrent bien l’hommage que rend l’autrice à toutes ces femmes qui représentent beaucoup pour son propre parcours d’artiste comme celui de nombreuses autres femmes. Ensuite se trouve une courte biographie, plus classique, puis une petite sélection d’oeuvres à lire.L’ensemble offre une très belle promenade dans cette galerie de portraits. Une promenade inspirante, qui a parlé à l’autrice en moi et titillé mon imagination, mais aussi une formidable ressource de lectures. J’ai découvert là nombre d’autrices dont j’ignorais jusqu’à l’existence comme Joy Harjo, poétesse amérindienne ou Anne Carson, poétesse canadienne. On notera également l’effort de l’autrice en matière de diversité dans le choix de ces 30 écrivaines.

Au final ce livre, dont j’ai savouré chaque portrait, m’a confortée dans l’idée que nombre de femmes de lettres existent ou ont existé, en dépit de leur absence cruelle dans les ouvrages classiques sur la littérature. Les sorcières de la littérature, en plus d’avoir drastiquement enrichi ma LAL, me donne envie de continuer à creuser, à chercher des traces de toutes ces femmes qui ont marqué de leurs mots et de la magie de leur encrier les Lettres. Avec un grand L.

Un petit bijou à recommander à tout amateur et amatrice de littérature, mais aussi aux amoureux et amoureuses de surréalismes, pour ces portraits (en image et en mots) qui rendent hommage à de bien puissantes « écrivaines aux pouvoirs extraordinaires » ! 🙂

Édition Autrement, 123 pages, 2019

3 commentaires sur « Les sorcières de la littérature, Taisia Kitaiskaia et Katy Horan »

  1. Je lis votre commentaire et suis assez étonnée par ce que vous écrivez sur le portrait de Zora Neale Hurston. Peut-on franchement se réjouir de savoir que pour des initiations au vaudou, un chat noir ait été plongé vivant dans de l’eau bouillante? Il s’agit d’un acte d’une très grande cruauté, qui ferait horreur à la douceur de Virginia Woolf, et à celle de tant d’autres. Ce dernier portrait revient vers tant de clichés et de pratiques de la sorcellerie, que la pensée et l’intelligence des écrivaines citées dans ce livre intéressant, il est vrai, ont fort heureusement permis de dépasser.

    1. Je ne me réjouis pas de l’acte en lui-même (qui est, comme vous le soulignez, d’une grande cruauté), je faisais simplement le lien avec le titre du livre « Les sorcières de la littérature ». Les sorcières étant à la mode, le terme est parfois utilisée à tort et à travers, ma remarque visait simplement à signaler qu’une des autrices présentées avaient réellement effectué des recherches et pratiques dans ce domaine, que le titre n’était donc pas galvaudé (contrairement à certains livres de développement personnel, par exemple).
      En creusant un peu (et c’est dommage que le livre ne l’ait pas précisé, car il est vrai que l’acte choque et, comme vous le soulignez, rappelle bien des clichés), il s’avère que les écrits concernant ces pratiques sont infusés d’imaginaire, elle n’aurait donc pas réellement pratique un tel acte barbare.
      Rassurez-vous, je suis une amie des animaux, en aucun cas je ne me réjouis des actes de maltraitance animale !

  2. Je vous remercie de votre réponse. Et j’apprécie vraiment votre blog.

    Tout cela renforce tout de même mon sentiment: si cet acte est bien imaginaire, pourquoi avoir inventé une telle horreur? D’autant plus que, si on lit la quatrième de couverture, le livre est présenté comme une merveilleuse manière « de réveiller la sorcière qui est en soi »!

    Je suis donc tout à fait d’accord avec vous quant à l’usage galvaudé du terme, mais la fin de ce livre me laisse plus que perplexe.
    L’autrice renoue exactement avec tout ce que le travail de Mona Chollet, par exemple, dénonce: les stéréotypes relatifs aux femmes et à leurs animaux soi-disant maléfiques. Quelle horreur. On retombe en pleine misogynie, dans le fond, dans un livre qui était censé promouvoir les femmes indépendantes de la littérature et oubliées à tort par une histoire littéraire largement masculine.

    De plus, c’est ignorer complètement que Nora Huston entreprit ces initiations non par désir de les perpétuer, mais dans le cadre d’une étude anthropologique bien institutionnalisée et universitaire, et qui donna lieu à une publication qui évoque bien les rituels et « les horreurs » du vaudou.

    En tout cas, les femmes indépendantes se trouvent encore bien reliées à des pouvoirs maléfiques et des expériences cruelles, qui n’ont rien à voir avec ce pour quoi elles ont été haïes, traquées, violentées, pendant tant de siècles – y compris chez des autrices qui pensent les dénoncer… Et c’est bien embarrassant. On n’en est pas encore sorti!

    Bon courage à vous.

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