Contes hybrides, Lionel Davoust

Quatrième de couverture

« J’ai passé en revue chaque hypothèse vraisemblable au moins deux ou trois fois. Je suis certain de ce que j’ai vu, mais je ne sais pas quel sens y accorder.
Dans ma jeunesse, quand j’ai commencé à lire, dans ce flou bienheureux où se mélange la construction du monde de l’enfant et son acceptation primaire de toutes les histoires, je croyais sincèrement aux créatures fantastiques, aux enchantements. Adolescent, je n’avais évidemment rien rencontré de tel, mais je me suis mis à penser que j’étais un des rares à croire encore et que l’absence de preuves n’invalidait pas la magie. »

Mon avis

J’avais déjà pu lire des nouvelles de Lionel Davoust au fil d’anthologies, notamment dans Lancelot, où son texte Le meilleur d’entre eux faisait partie de mes préférés de l’ouvrage. Contes hybrides rassemble trois nouvelles, précédemment parues dans des anthologies que je n’avais pas lues, sous une couverture pastel qui détrompe énormément ! ^^

Le sang du large ouvre le recueil avec un texte placé sous le signe du fantastique. Paul Whittemore, écrivain à succès de fantasy, vit seul sur une île canadienne. Un isolement choisi. Mais Paul déprime. Il a perdu l’inspiration, le feu sacré, ce qui l’avait poussé à écrire, en somme. Un jour, alors qu’il promène son vague à l’âme le long du rivage, il perçoit un chant. Un chant si beau qu’il va en chercher l’origine et découvrir l’incroyable.

Au tout début du texte, j’étais un peu sceptique. La problématique de l’auteur en panne a déjà été vue ailleurs et je craignais de trouver du lu et relu. Bon. J’aurais du davantage faire confiance à l’auteur car j’ai eu bien tort ! ^^ » Le sang du large s’avère un superbe texte, à la fois mélancolique et porteur d’espoir. Un texte qui analyse avec délicatesse et subtilité le rapport de l’auteur (ou autrice) avec sa muse ainsi que l’importance de conserver un peu de magie dans son quotidien. Bref, malgré mon appréhension de départ, j’ai très vite été conquise par ce belle nouvelle, si subtile et à la chute si belle !

Changement radical d’ambiance avec Point de sauvegarde. Ici, nous sommes dans le registre de la science-fiction et d’emblée plongés dans l’action. Nous suivons un trio de cyborgs envoyés dans la jungle pour y mater une rébellion. Ces soldats augmentés vont cependant, petit à petit, être confrontés à des incidents anormaux.

Derrière ce côté « action » et science-fiction militaire brute de décoffrage, Lionel Davoust nous entraîne petit à petit vers une réalité plus glaçante et nous glisse, mine de rien, la question de la mémoire et de la manipulation. En lisant ce texte finalement bien plus profond qu’il n’y paraît, je me suis également interrogée sur les limites dans la recherche de l’efficacité militaire, la façon dont sont formés les soldats… Une chose est sûre, Point de sauvegarde est un texte qui secoue tant par la tension guerrière qui l’habite que par toutes les réflexions sous-jacentes qu’il fait naître.

Le recueil se termine avec Bienvenue à Magicland, une nouvelle de fantasy où nous suivons Garam, un troll passionné par les licornes. Il travaille au zoo Magicland, qui rassemble toutes sortes de créatures magiques dont des licornes, et son rêve est de devenir soigneur de ces magnifiques bêtes. Des bêtes dangereuses, car les licornes sont de redoutables carnivores…

J’avoue, en lisant ce texte cynique, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au niveau spécial de Diablo III où, au lieu de massacrer démons et autres morts-vivants, vous devez éliminer de mignons (et redoutables) oursons ainsi que des licornes (toutes aussi redoutables). Une comparaison qui m’a fait sourire, car ce niveau m’avait bien plu. Mais Bienvenue à Magicland nous réserve bien des surprises. Texte cynique, j’ai dit, et en effet, il l’est ! Garam souffre de se sentir incompris, d’être confronté à un public d’ignares, de ne pouvoir travailler avec les licornes comme il le voudrait… Il est si fasciné par ces animaux !

La chute est un délice… Noir, mais un délice quand même. Le sourire que j’avais étais un peu cruel, je l’avoue, mais on sent tellement le plaisir qu’a pris l’auteur à écrire ce texte et à nous offrir une telle chute qu’il est difficile de ne pas la savourer !

Trois textes, trois genres, trois ambiances complètement différentes mais la qualité de la plume, elle, reste égale tout du long. J’ai lu ce recueil comme on boit du petit-lait, avec un régal renouvelé à chaque nouvelle ! 🙂

Éditions 1115, 2019, 139 pages.

2 réflexions sur « Contes hybrides, Lionel Davoust »

  1. Merci de cette critique ; épaté par le seul texte de Lionel Davoust que j’ai eu l’occasion de lire, je note ce titre pour le jour où les librairies r’ouviriont 🙂

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.