Seppenko Monogatari t. 1 : Masshiro Ni, Léa Silhol

Quatrième de couverture

Au début il y avait eu, nous dit-on, la lueur d’yeux anciens entre les feuilles, la trace d’un wakizashi, et la longue marche d’un rônin pourchassé par l’hiver. Puis le fil droit, génération après génération, de bushis, de poètes, de forgerons de sabres et de céramistes, de duellistes toujours : les Izôkage, la lignée des ‘enfants de Seppen’, âmes doubles éternellement traquées par une antique vindicte.

Il faut suivre le conte des Seppenko depuis le début, étranger, pour comprendre. Pour démêler le faisceau d’énigmes qui constitue cette fresque de sang et de flocons, d’hier à aujourd’hui, de Kyoto à Frontier.

Derrière les contes d’encres et de neige, derrière la pluie du Grid, derrière ces âmes morcelées qui toujours se retrouvent ; strate après strate, comme les plis d’un éventail… ce n’est pas sans raison que nous sommes les racines et le bouclier de notre pays. Et avant le ‘pourquoi’, voici le ‘comment’ : ma famille sait tout du prix à payer pour être, et demeurer, extraordinaire.

Mon avis

Un souffle hivernal en cet été chaud et ensoleillé, ça vous dit ? Me voici de retour sur les sentes tracées à l’encre par Léa Silhol. Seppenko Monogatari n’est pas sa seule série d’ouvrages marquée par l’Hiver – j’espère d’ailleurs trouver le temps de lire son autre série hivernale cet été, mais vous connaissez le problème : so many books, so little time… Tellement de livres, si peu de temps libre !

Bref, revenons à ce premier volume de Seppenko Monogatari. Il s’agit d’un recueil de nouvelles, comportant 6 textes dont 2 inédits (les textes précédemment parus étant indisponibles depuis longtemps). La particularité de ces nouvelles, c’est que, rassemblées en un même ouvrage, elles offrent la mise en place de la lignée des Izôkage, avec notamment l’origine de leur malédiction. Le sommaire ne présente pas dans l’ordre chronologique les différents membres de cette lignée, mais permettent d’entamer l’emboîtage des pièces du puzzle formé par cette famille japonaise marquée du sceau de l’Hiver.

Nous entamons le recueil avec Différentes couleurs (Cinq prières japonaises). Ce texte, formé de cinq très courts récits, chacun autour d’une couleur, sont comme les éclats de verre colorés offrant un prisme, d’un point de vue différent, avec un motif différent, sur la saga familiale qui va nous être contée au fil de cette série.

La Loi du Flocon est la nouvelle suivante. Où un rônin raconte au narrateur son histoire, une histoire terrible, celle de ses affrontements réguliers avec la Yuki Onna, la femme des neiges, affrontements singuliers car ils ne nécessitent ni lame, ni combat physique… Cette nouvelle narre, également, le point de départ de la lignée des Izôkage. Pétrie du folklore hivernal japonais, cette histoire à la fois magnifique et terrible porte en elle les germes des événements qui frapperont les descendants de ce rônin.

La novella Gold nous projette quelques siècles plus tard, au début du XXe siècle très précisément. Cette novella figurait dans le recueil Sacra, où j’avais pu la lire précédemment. Où l’on retrouve un descendant lointain du rônin de La Loi du Flocon. La marque de l’Hiver s’y fait discrète, le sujet principal du roman étant l’art et ce qui en découle : les affres de la création, les effets pervers du succès, le refus de la compromission quand elle implique la trahison de la conception de ses oeuvres… mais elle transparaît, elle est rappelée subtilement au fil du texte. Comme à la précédente lecture, j’ai beaucoup aimé ce texte riche en réflexions, fort bien écrit et sans concession.

Honne Cantata est le premier inédit de ce recueil. C’est aussi la seconde novella. Nous retournons dans le passé, cette fois au moment où un pacte est noué entre les fays occidentaux de Seuil, sous la houlette d’Angharad (personnage principal de La Sève et le Givre, qui initie l’autre série de romans hivernaux de l’autrice dont je vous parlais en préambule) et ceux du Japon. Quand un samouraï issu de la lignée des Izôkage rencontre une souveraine fay. Une histoire d’amour tragique, une histoire qui forme aussi un pivot. Pour celles et ceux qui auront lu Le Maître de Kodo, l’importance de cette histoire leur sautera aux yeux. Si vous ne l’avez pas lue, pas d’inquiétude, elle figure au sommaire du second volume de la série Seppenko Monogatari. Malgré la mélancolie et la fatalité qui planent sur ces personnages, j’ai aimé cette novella aux airs de tragédies anciennes, avec son écriture poétique, ciselée, presque détachée, comme un conteur rapporterait une légende ancienne, mais à la portée aussi intense qu’intacte.

Macula Lutéa est une courte nouvelle qui fait écho au récit centré autour du jaune, dans le texte en préambule. Une nouvelle triste, autour du deuil d’un amant.

Le recueil se clôt sur Black Ice, nouvelle cyberpunk qui augure de la suite de la série, sise dans un contexte où le Grid prend le pas sur la réalité. Mais le virtuel est-il exempt de glace, d’hiver ? Rien n’est moins sûr…

Au final, ce recueil placé sous le signe de l’Hiver comme du Japon est un régal qui se savoure à petites bouchées. Un premier volume qui promet une belle série et nous permet d’y entrer par des textes plus ou moins courts.

Éditions Nitchevo Factory, 191 pages, 2019.

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