Borne, Jeff VanderMeer

Quatrième de couverture

J’ai trouvé Borne quand l’ours géant Mord est venu rôder près de chez nous par une belle journée couleur bronze. Pour moi, au début, Borne n’était qu’un objet de récupération. J’ignorais quelle importance il aurait pour nous. Je ne pouvais pas savoir qu’il changerait tout. Y compris moi.

Mon avis

Ce livre a été lu dans le cadre d’un service presse. Merci aux éditions Au Diable Vauvert ainsi qu’à Babelio pour leur confiance !

J’avais adoré la Trilogie du Rempart Sud de Jeff Vandermeer. Ces romans inclassables, si ce n’est en new weird, m’avaient fait une forte impression. J’ai donc plongé dans la lecture de Borne, sa dernière parution en français, en m’attendant à nouveau à un OLNI (Objet Livresque Non Identifié). Je n’ai pas été déçue !

L’action se déroule dans une ville dévastée, sans nom, dans un monde agonisant (ou plutôt : déjà mort et où survivent encore quelques pauvres hères). La Compagnie n’est pas étrangère à cette déliquescence et continue d’offrir autant de désastres que de trésors aux récupérateurs. Rachel, la narratrice, survit en récupérant des objets ou de la biotech (des organismes biologiques artificiels). C’est ainsi qu’un jour, alors qu’elle escaladait Mord endormi (un ours géant volant, terrifiant) pour fouiller sa fourrure où s’accrochent divers trucs, Rachel ramasse Borne.

J’ai mis du temps à rentrer dans le contexte. Cet univers post-apo, avec la biotech, n’était pas si facile à appréhender malgré le nombre réduit de personnages principaux. Comme d’habitude, Jeff VanderMeer propose en effet son genre propre. Ce n’est pas du post-apo comme on en a l’habitude, ni du fantastique pur et dur. C’est du post-apo new weird, si je puis dire. Ou du new weird tout court, mais à un stade de décomposition avancé.

Mais ne fuyez pas ! Si, au début, on peut se sentir oppressé par les ruines de cette civilisation et les extrémités auxquels en sont réduits les survivants, l’arrivée de Borne va tout chambouler, et pas seulement la narratrice !

Qu’est Borne ? Est-ce une plante ? Un objet ? Un animal ? Une personne ? Ce qui est certain, c’est que Borne ne ressemble qu’à lui-même. Protéiforme, changeant, il démontre rapidement ses capacités de communication et de parole. Et un inquiétant appétit pour les lézards.

Borne est bizarre. Borne est monstrueux. Borne est l’enfant adopté de Rachel, qui s’efforcera d’abord de l’éduquer comme ses propres parents l’on fait avant de s’adapter à l’être étrange qu’il est, qui ne peut être éduqué de la même manière.

J’ai aimé ce roman. Je me suis attachée à Borne, malgré son côté extraterrestre, insaisissable. J’ai aimé voir Rachel développer pour lui une sorte d’instinct maternel. Sans être mère moi-même, j’ai approuvé quand la narratrice réalise que ce n’était pas seulement ce qu’elle avait voulu transmettre à Borne qui l’avait façonné, mais bien tous ses actes, son existence. Un parent montre aussi à son enfant par sa façon de vivre.

Mais, plus que tout, j’ai aimé comment, malgré ce monde démoli, où chaque jour se place sous le signe de la survie, nous suivions une sorte de famille. Borne (le roman) se place en effet à la hauteur de Rachel et place les sentiments humains au premier plan. Rachel, qui forme une sorte de couple avec Wick. Dans ce monde trop dur pour les sentiments, ils ne le conçoivent pas ainsi, mais pourtant c’est que moi, lectrice, j’ai perçu. Il y a Borne, l’enfant ramené, l’enfant qui n’en est pas un.

Tous trois vont former une drôle de famille, avec ses disputes et ses élans d’affection. Tous trois vont former les lumières (parfois noires, ces lumières) dans ce monde livré à la sauvagerie et à la mort.

Borne est inclassable, à l’image de son personnage-titre. Si j’ai mis du temps à rentrer dedans, j’ai dévoré le dernier quart, où les événements s’accélère tout à coups, et les révélations tombent.

Ce livre me laisse une impression bizarre, comme celle que laisse Borne sur Rachel. Je l’aime bien mais ne suis pas sûre d’avoir pleinement apprécié ses qualités, indéniables. Une chose est sûre : je ne suis pas prête d’oublier Borne. Et je lirai sans hésiter le prochain opus de Jeff VanderMeer !

Éditions Au Diable Vauvert, 2020, 459 pages

6 réflexions sur « Borne, Jeff VanderMeer »

    1. En ce cas tu devrais te régaler ! Le début est un peu anxiogène, avec son côté fin du monde, mais l’arrivée de Borne et l’approfondissement du sujet des relations entre les personnages principaux apportent une humanité bienvenue là-dedans (même si c’est une humanité bizarre).

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