La Cité des Saints et des Fous, Jeff VanderMeer

Quatrième de couverture

Peuplé de meurtriers, d’artistes fous, de Saints Vivants, de calmars géants intelligents ou d’étranges créatures furtives semblables à des champignons, ce livre-univers d’un Rabelais qui aurait lu Nabokov, grotesque, tragique et parfois déchirant dessine un des plus beaux portraits de ville de la littérature moderne : Ambregris, métropole tentaculaire où toutes les folies trouvent refuge.

Mon avis

Ce livre a été lu dans le cadre d’un service presse. Merci aux éditions Au Diable Vauvert ainsi qu’à Babelio pour leur confiance !

Quand je me lance dans un roman de Jeff VanderMeer, je me doute que le voyage sera placé sous le signe du bizarre. Depuis sa Trilogie du Rempart Sud, où j’ai découvert le genre new weird qu’il affectionne et a contribué à créer, j’ai pu explorer quelques autres de ses oeuvres. Mais malgré cela, je n’étais pas du tout prête à l’expérience que fut La Cité des Saints et des Fous !

La cité du titre, c’est Ambregris. Pour nous la faire visiter, Jeff VanderMeer nous égrène, au fil de nouvelles, les aventures de Dradin, amoureux. Une première nouvelle qui donne à voir la folie amoureuse d’un missionnaire revenu de la jungle, mais sa folie semble trouver un pendant dans les us et coutumes des habitants de la ville. Où l’on découvre, un peu étonné, un univers aussi étrange que grotesque, parfois obscène. Et puis, les choses se corsent ensuite : le Guide Hoegbotton de l’Ambregris des Premiers Temps nous offre l’extrait d’un livre d’Histoire fictif, qui permet de découvrir les origines d’Ambregris comme de ses autochtones, les champigniens (des êtres mi-champignons, mi-humanoïdes), accompagné de notes de page de l’historien des plus caustiques pour ses confrères ! La forme rend la lecture intéressante, surtout avec les notes.

Vient ensuite mon texte préféré du recueil, La transformation de Martin Lac. Le texte marie cette fois plusieurs formes, alternant la nouvelle classique avec des extraits d’une biographie critique de l’artiste, rédigée par une critique littéraire. Le parallèle entre les deux est des plus passionnants, car il permet de voir tout le fossé entre la réalité de ce qu’à vécu Martin, artiste peintre, et l’interprétation donnée à ses oeuvres, parfois à côté de la plaque ! Cela m’a rappelé tous ces cours où l’on disséquait des oeuvres littéraires, et où je me demandais, parfois, si l’auteur avait vraiment mis tout cela derrière ses mots, où s’il s’agissait de simples hypothèses de ma professeure.

On termine la partie « recueil classique » (vous comprendrez plus tard pourquoi je la décris ainsi) avec L’étrange cas de X, où cette fois on plonge plus loin encore dans le délire : l’auteur met en scène un double de lui-même, qui se serait perdu dans sa propre création, Ambregris. J’avoue avoir été un peu dérangée par ce texte. Quand on crée ses propres univers, comme je le fais (je suis autrice), l’idée de pénétrer pour de vrai dans ses mondes peut paraître alléchante sur le papier, mais est en réalité terrifiante, et ce texte rend bien cette ambivalence que l’on peut ressentir, en tant que créateur, face à ses oeuvres.

On arrive ensuite à la seconde partie, nettement plus expérimentale : notes, lettres, textes courts, reproductions d’un texte fictif illustré de gravures et orné de commentaires de textes, bibliographie fictive (!) pour conclure un essai tout aussi fictif, Jeff VanderMeer a décidé de nous montrer son laboratoire littéraire. Tout tourne toujours autour d’Ambregris, sa ville fictive, et l’on explorer ainsi un peu plus cette Cité qui, en effet, comporte autant de Saints (vulgaires et obscènes) que de Fous (criminels ou artistes).

J’avoue avoir eu du mal avec ce livre. Sa forme, certes remarquable par son originalité et la diversité de ses aspects, rendait la lecture fatiguante. Par ailleurs, Ambregris m’a déplu. Trop grouillante, trop mortelle, trop grotesque, trop obscène, trop inhumaine. J’ai été plutôt soulagée de tourner la dernière page et de quitter Ambregris, qui m’a mise très mal à l’aise.

Autant j’avais apprécié mes autres lectures de cet auteur, autant celle-ci m’a laissée de côté. Je pense que ce livre est à réserver aux aficionados de l’auteur, aux amateurs de littérature expérimentale ou à ceux qui ont envie de visiter un cité fictive complètement barrée (et mortelle).

Éditions Au Diable Vauvert, 2021

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