Redder Than Blood, Tanith Lee

Mon avis

Tanith Lee figure parmi mes autrices favorites ! Dès le premier texte que j’ai lu d’elle, je suis tombée sous le charme de sa plume riche, qui convoque tous nos sens, et des ambiances de contes qu’elle insuffle dans ses histoires. Il n’est donc pas étonnant, avec un tel style, qu’elle ait régulièrement revisité des contes de fées, que ce soit au format long ou court !

J’avais déjà été enchantée par un premier recueil de nouvelles reprenant uniquement des contes – Red as Blood, que je suis en train de relire et qui sera l’objet de ma prochaine chronique. Lorsqu’un nouveau recueil est sorti sur le même thème, en 2017, j’ai donc été ravie !

Avant de me lancer dans un retour nouvelle après nouvelle, quelques mots généraux sur ce recueil. Je ne vous en livre pas la quatrième de couverture, qui s’ouvre en annonçant une revisite vampirique de Blanche-Neige, absente du recueil – mais présente au sommaire de Red as Blood. Les nouvelles sont regroupées par conte revisité, ce qui permet de voir les différentes variations de Tanith Lee autour d’un même conte – mais le revers, c’est que pour certains, cela fini par faire redite. Il est à noter également que ce recueil n’est pas à mettre entre toutes les mains : comme les tons sombres et écarlates de la couverture le laissent présager, l’autrice aborde en effet des thèmes durs, tels que les abus sexuels ou l’inceste. Ces thèmes ne sont pas étonnants en eux-mêmes – Tanith Lee ne fait que révéler au grand jour les horreurs tapies entre les lignes de certaines contes (tout du moins leur version originelle), mais mieux vaut en être averti au préalable !

Quelques coquilles sont venues gâcher ma lecture, notamment dans les premiers textes, mais elles restent peu nombreuses. À présent, découvrons les nouvelles une à une ! 🙂

Redder Than Blood ouvre le recueil auquel il donne son titre, et avec quelle magnificence ! Dans cette revisite toute métaphorique de Blanche-Neige, nous découvrons l’histoire légendaire d’une femme aussi belle que spirituelle, qui s’émancipe de sa famille dépravée. Un beau récit, bien que ses liens avec le conte d’origine soient un peu lâches (hormis la fameuse énigme autour du rouge !). Cette énigme – qu’est-ce qui est plus rouge que le sang ? – est à la fois la clé de la liberté de Cremisia et la source d’une réflexion philosophique intéressante.

Snow Drop est un texte que j’avais déjà lu ailleurs, qui revisite Blanche-Neige dans un contexte légèrement futuriste. Cristena est obsédée par les peintures de la précédente épouse, décédée, de son mari, peintures qui reflètent l’enfant que cette première épouse n’a jamais pu avoir. Mais quand elle découvre la publicité d’un cirque où l’une des artistes ressemble trait pour trait à cette adolescente fantasmée, Cristena perd toute notion de contenance comme de rationalité. J’avais déjà lu ce texte dans une anthologie rassemblant des revisites de contes de fées. Elle reste toute aussi perturbante lors de cette nouvelle lecture !

Magpied reprend le conte du Joueur de flûte de Hamelin. Un talentueux musicien est appelé à l’aide par une ville qui, la nuit, vit dans la terreur de ses jeunes, qui s’adonnent au vin, au vol et au crime. Un texte court et grinçant, sur l’abandon parental face à des jeunes difficiles, dont le dénouement vaut le détour.

She Sleeps in a Tower revisite La Belle au Bois Dormant en en exhumant la version originelle – point de baiser romantique ici. Nous découvrons une mère qui prostitue ses filles, après avoir elle-même été victime d’abus sexuels. Un texte coup de poing, mais qui ne fait que rappeler que la version originelle du conte comporte un viol.

Awake arrive en contrepoint bienvenue au texte précédent ! Il revisite le même conte, mais cette fois, point de viol ni d’abus. Roisa, chaque nuit depuis cent ans, s’éveille. Treize fées l’emportent alors avec elle, lui faisant visiter un monde figé dans le temps et découvrir mille merveilles. Tanith Lee imagine ici que Roisa, toute endormie qu’elle est, bénéficie en fait de la fameuse malédiction – qui n’en est pas une. Sauf que… les fées avaient un but, en agissant ainsi. Et Roisa devra faire un choix. Fera-t-elle le bon ? Qu’aurions-nous choisi, à sa place ? Difficile de répondre à cette question !

Love in Waiting est le texte le plus court du recueil : une demi-page seulement ! De fait, je me contenterai de dire qu’il s’agit de la troisième revisite de La Belle au Bois Dormant, car impossible d’en dire davantage sans spoiler. Si la chute et originale, je ne comprends pas ce qu’un texte aussi court fait là – on croirait lire le pitch d’une nouvelle, pas un texte abouti ! Comme il s’agit d’un des trois textes inédits, et qu’il est paru plusieurs années après le décès de l’autrice, je soupçonne qu’il s’agisse d’un fonds de tiroir. J’ai du mal à croire que Tanith Lee aurait considéré un tel texte comme achevé.

The Reason for Not Going to the Ball (A Letter to Cinderella from her Step-Mother) nous conte, sous forme de lettre, la version de la belle-mère de Cendrillon quant à ses actes. Des actes qui nous apparaissent sous un jour différent, alors qu’elle lève le voile sur certains dangers dont elle a cherché à préserver Cendrillon. Un texte sombre, encore, où les personnages féminins subissent les abus des hommes de leur entourage, mais qui a le mérite de donner la parole à l’antagoniste de l’histoire – et qui donne, pour une fois, le mauvais rôle à la marraine.

Midnight revisite aussi le même conte mais là encore, comme pour la Belle au Bois Dormant, de façon lumineuse. Que se passerait-il si Cendrillon décidait de rester au bal après les douze coups de minuit et la disparition de ses beaux atours ? Ce texte vous apporte la réponse 🙂

Empire of Glass est la troisième revisite de Cendrillon. Situé dans un contexte mi-fantasy mi-steampunk, il est centré autour du prince, qui cherche une épouse non pas au seul regard de sa beauté, mais en prenant en compte aussi la situation politique de son pays par rapport aux autres. Une histoire que j’ai trouvé sympathique à lire, même si, parmi les trois revisites de Cendrillon, j’ai préféré Midnight.

Rapunzel est la première revisite de Raiponce. Un très beau texte que j’ai beaucoup aimé, où une simple histoire d’amour devient un récit légendaire. Le texte offre aussi une réflexion sur le besoin d’histoires, mais aussi son excès et ses conséquences.

Open Your Window, Golden Hair reprend lui aussi Raiponce, mais de façon horrifique. Un homme en voyage est attiré par une tour d’où pend une belle chevelure soyeuse et dorée. À l’auberge où il passe la nuit, on le met en garde contre cette tour, mais il choisit de s’approcher tout de même. Une revisite aussi originale qu’elle glace le sang !

Kiss, Kiss reprend le conte Le prince grenouille. Une fillette perd dans la mare sa balle dorée, cadeau somptueux de son père. Terrifiée à l’idée de la correction qu’elle risque de recevoir, elle accepte à contrecoeur le pacte proposé par une grenouille, qui lui ramène l’objet. Progressivement, l’animal devient son seul ami. Jusqu’au jour où la fillette, devenue jeune femme, doit épouser un homme contre son gré… et la grenouille lui explique, alors, que si elle l’embrasse, il redeviendra prince. Ce conte possède un dénouement surprenant, et aussi grinçant que d’autres nouvelles précédentes. Là, encore, Tanith Lee fait mouche en épinglant certains comportements masculins.

Into Gold est l’un de mes textes préférés du recueil ! Dans cette revisite de Rumplestiltskin (le Nain Tracassin en français – mais la première fois que j’ai entendu cette histoire, petite, dans une cassette audio vendue avec Astrapi, il s’appelait Rumplestiltskin – Tanith Lee nous entraîne dans une histoire d’où la magie exsude de chaque page, et où la frontière est floue entre l’ennemi et l’allié. Une très belle nouvelle, à la fin douce-amère, qui présente tout ce que j’aime chez cette autrice : plume sensuelle, univers aussi chamarré que magique, inspiration forte et détournement malin du conte, personnages aux motifs complexes.

Bloodmantle fait aussi partie de mes favoris. Cette reprise du Petit Chaperon Rouge se mêle à la légende du loup-garou et aux secrets de famille, dans une ambiance onirique et hypnotique teintée de sauvagerie.

Wolfed figure parmi mes déceptions du recueil, avec Love in Waiting. Récit d’un gigolo nommé Wolfgang embauché par une jeune femme pour sa grand-mère, quarantenaire, c’est certes un très bon récit érotique, mais le conte paraît plaqué artificiellement dessus, et je trouve qu’il détonne par rapport aux autres textes.

My Life as a Swan figure parmi mes préférés et contrebalance donc la déception précédente. Revisite du Lac des Cygnes, il offre une version où la vie d’Otila en tant que change-forme lui permet de goûter à une liberté et une puissance sauvage que sa vie ordinaire, très pauvre et à l’écart de tout comme de tous, ne lui permettait même pas d’espérer. Un texte doux-amer, encore une fois – Tanith Lee n’est pas une adepte des happy end, à quelques exceptions près, en tout cas pas dans ce recueil ! – et superbe.

The Beast renoue avec l’ambiance horrifique. Dans cette revisite de La Belle et la Bête, le coup de foudre entre Isobel et Vessavion paraît présager un véritable conte de fée (dans le sens métaphorique), mais on se doute, au titre, que quelque chose de peu ragoûtant se dissimule derrière les chatoiements de cette parfaite histoire d’amour… et avec raison. Glaçant, là aussi.

Dans The Beast and Beauty, Tanith Lee inverse les rôles : nous avons affaire ici au Beau et à la Bête (mais de façon métaphorique). Une approche originale, mais qui m’a laissé un goût d’inachevé. Il m’a manqué quelque chose pour pleinement apprécier cette histoire.

Enfin, Below the Sun Beneath clôt en beauté ce recueil ! C’est d’ailleurs un de mes préférés aussi ! 🙂 Il reprend le conte Le bal des douze princesses (connu aussi sous le titre Les Souliers usés à la danse) de fort belle façon. Comme dans Into Gold, le texte est rédigé d’une plume riche, un régal pour les yeux comme l’esprit, et met en scène des personnages fascinants, évoluant dans des paysages magiques que l’on se plaît à découvrir. Yannis, le héros de cette histoire, est l’un des rares personnages masculins du recueil à offrir un comportement respectueux, et la fin, ah, la fin, je la trouve encore meilleure, même, que celle du conte d’origine ! Il y souffle un vrai vent de liberté et de respect mutuel que j’ai adoré !

Pour résumer, si j’ai trouvé ce recueil plus inégal que Red as Blood (qui lui, était sans faute), il contient tout de même plusieurs pépites et de nombreuses nouvelles de qualité. Je vous le recommande donc si vous aimez les contes revisités, dans des ambiances sombres, voire très sombres !

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Challenge Winter short stories of SFFF organisé par Au pays des cave trolls

Éditions Daw Books, 314 pages, 2017

5 commentaires sur « Redder Than Blood, Tanith Lee »

    1. Il est très chouette ! Après, elle a aussi fait un autre recueil de réécritures de conte que je trouve meilleur (ma chronique arrive bientôt ;)) mais celui-ci est très bon aussi ! (et bien plus sombre ^^ »)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :