Red as Blood or Tales from the Sisters Grimmer, Tanith Lee

Mon avis

À l’instar de Redder than Blood, mais dont la parution est plus ancienne, Red as Blood or Tales from the Sisters Grimmer rassemble des nouvelles qui ont toutes en commun de réécrire un conte. Et si je ne vous mets pas la quatrième de couverture, c’est tout simplement parce qu’il n’y en a pas sur mon édition !

Red as Blood est un recueil que j’avais déjà lu il y a plusieurs années. J’avais alors adoré toutes les nouvelles, chacune étant, à sa manière, un véritable enchantement – parfois teinté de noirceur. La plume de Tanith Lee y fait des merveilles, et certains contes se voient revisités de façon très subtile et frappante. Ma relecture m’a permis de les retrouver avec bonheur !

Le sous-titre du recueil peut induire en erreur, si plusieurs nouvelles présentées sont en effet inspirées de contes des frères Grimm, d’autres sont issues de contes de Charles Perrault ou encore Gabrielle-Suzanne de Villeneuve.

Paid Piper reprend le conte Le joueur de flûte de Hamelin. Cleci vit à Lime Tree, une ville qui révère Raur, un dieu-rat, à qui les habitants attribuent leur statut florissant. Cleci, elle, est pauvre. Un jour, elle rencontre un vagabond, un musicien dont les mélodies emplissent d’un bonheur extatique. Un texte enchanteur, qui pointe admirablement le caractère ambigu du joueur de flûte, avec un twist final aussi amer que doux.

Red as Blood revisite Blanche-Neige en usant du thème du vampire. Blanche comme la neige, rouge comme le sang… Blanche-Neige est ici un être vampirique et sa belle-mère, une reine qui s’efforce de soigner le royaume du mal que répand la fillette. Un retournement des rôles qui n’est pas aussi manichéen qu’on pourrait le croire au premier abord, comme le final le démontrera ! Mais je n’en dit pas plus pour ne pas gâcher l’intrigue. Un très beau texte, une fois de plus, qui conserve l’esprit du conte, mais le bascule sur un autre angle d’interprétation. Un joli tour de force !

Thorns reprend la Belle au Bois Dormant. On y suit un prince, qui voyage depuis longtemps en cachant son identité. Alors qu’il approche une terre étrange, où une épaisse forêt d’épines encercle une ville légendaire, il lui est offert le choix de changer de route. Le prince décline. Le reste… sait-on vraiment tout le reste ? Tanith Lee pointe ici du doigt quelque chose auquel on ne pense pas toujours, concernant ce conte et là encore, la fin est douce-amère – mais tellement logique !

When the Clock Strikes est une revisite de Cendrillon qui bascule dans un ton beaucoup plus maléfique et coup de poing, avec une part féministe plutôt intéressante, qui fait la part belle à la part obscure de la psyché. Et si la mère de Cendrillon avait été une sorcière, qui enseignait à sa fille comment pratiquer la magie noire, dans un but de vengeance assumée ? Une sorcière qui finit condamnée pour sa pratique et, pour poursuivre son oeuvre, sa fille feint alors la folie et le repentir en se couvrant de cendres… Une revisite aux relents de soufre, mais qu’on lit avec régal, car le motif de vengeance est ici, pour une fois, non pas liée à une agression sexuelle, mais à des intrigues de palais.

The Golden Rope offre une réinterprétation de Raiponce sur un principe similaire : la sorcière qui élève Raiponce (ici appelée Jaspre) et lui transmet son art le fait dans un but égoïste. Jaspre, qui n’a jamais connu d’autres vies que celle enclose dans la maison et son jardin, est heureuse et accepte l’enseignement magique de la sorcière. Tout bascule le jour où le dessein véritable de la sorcière se dévoile et où Jaspre échoue à le remplir… Moins tourné vers la magie noire que le texte précédent, cette nouvelle reste profondément imprégnée de magie. On se régale jusqu’au bout, et certains passages m’ont rappelé le Dit de la Terre Plate de la même autrice (dont je n’ai lu qu’un tome pour le moment, mais c’était un enchantement également !).

The Princess and Her Future est une de mes nouvelles favorites ! Elle revisite Le prince grenouille d’une façon… eh bien aussi originale que glaçante. La fin donne véritablement le frisson, pour autant le texte entier est un régal ! Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher l’intrigue, mais encore une fois, Tanith Lee nous laisse pantois.

Wolfland est mon texte préféré du recueil ! Il faut dire qu’il reprend Le Petit Chaperon Rouge en le mêlant au thème du loup-garou (ma créature fantastique préférée) et cette fois, sous un angle profondément féministe. Lisel doit se rendre auprès de sa grand-mère, Anna la Matriarche. Une convocation à laquelle elle répond à contrecoeur, tant en raison de la réputation de la vieille femme que le lieu reculé où elle vit. Mais elle s’y rend, désireuse d’être dans les bonnes grâces de cette riche veuve, afin d’être couchée sur son testament. Sauf que l’héritage qu’Anna souhaite lui transmettre n’est peut-être pas celui auquel Lisel pense… Ici, le loup n’est pas forcément celui que l’on croit et la féminité puissante et sauvage a la part belle ! Un superbe texte qui m’a régalée une nouvelle fois 🙂

Celui que j’aime le moins, sans pour autant être dénué de qualités, c’est Black as Ink. Reprise du Lac des cygnes, sa fin respecte celle de l’histoire, mais pas comme on pourrait le penser. Il m’a manqué quelque chose – déjà à l’époque de ma première lecture – pour pleinement apprécier ce texte. Peut-être en raison de l’absence complète de magie ou de surnaturel, même si Tanith Lee instille une forme de magie dans ses descriptions, ici l’intrigue est très terre-à-terre – peut-être trop.

Enfin, Beauty clôt le recueil… eh bien en beauté ! Tanith Lee situe le conte de La Belle et la Bête (la version de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve) dans un contexte futuriste, la Bête étant une créature extraterrestre. Magnifique nouvelle où la tolérance, l’apprentissage de l’Autre et l’enrichissement mutuel via leurs différences sont élégamment mis en valeur. C’était l’une de mes préférées à l’époque, et elle le reste encore aujourd’hui.

Pour résumer, chaque nouvelle vaut d’être lue. L’autrice a su y garder la trame du conte originel, sa signification profonde, tout en mettant en lumière des aspects nouveaux de ces histoires que l’on croyait connaître. Un recueil époustouflant que je vous recommande vivement !

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Challenge Winter short stories of SFFF organisé par Au pays des cave trolls

Éditions Daw Books, 186 pages, 1983

4 commentaires sur « Red as Blood or Tales from the Sisters Grimmer, Tanith Lee »

      1. Alors, il ne s’agit pas du tout d’un plagiat : le plagiat, c’est quand on reprend le matériel d’un autre artiste. Dans ton cas, ça n’a rien à voir : tu a puisé inspiration dans un conte (qui appartient au domaine public) et tu l’as traité sous l’angle vampirique. Que d’autres auteurs aient réinterprété le conte sous le même angle n’en fait pas des plagiats – chacun à sa façon de traiter ce conte et ce thème précis, sa voix, son style. Je peux ainsi te citer Neil Gaiman (qui a lui aussi imaginé une Blanche Neige vampire, mais son texte n’a rien à voir avec l’ambiance et les thèmes de celui de Tanith Lee), il en existe sûrement d’autres. Ton propre texte possède sa propre originalité, il n’aborde pas la revisite vampirique de la même manière que Tanith Lee (ni celle de Gaiman). Bref, le terme plagiat n’est pas du tout approprié ! 🙂 En revanche, celui de réinterprétation convient très bien 🙂

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