Là où réside l’hiver, Laetitia Arnould

Quatrième de couverture

À l’approche de ses dix-sept ans, Edda Nightingale est une jeune fille solitaire et hypersensible. Orpheline, elle vit avec sa belle-mère et la fille de cette dernière. Même mise à l’écart, elle veille chaque jour sur le manoir de son enfance et les bois de Moonland.

Garant des glaciers, Jack Frost est la quintessence de l’hiver. Pourtant, qui connaît encore son nom? Invisible pour les hommes et délaissé des fantômes, Jack oeuvre sans relâche : il roussit les feuilles, souffle le givre et fait danser les flocons…

Est-ce l’aurore boréale qui va créer un pont entre leurs deux mondes ? Ou le renard blanc, l’hermine et la chouette harfang ?

Quand les rêves de neige disparaissent et que la Terre est en surchauffe, Edda et Jack devront s’apprivoiser et s’allier aux Veilleurs de l’An pour que demeure l’équilibre des saisons…

Mon avis

J’avais déjà noté de me pencher sur les réécritures de contes de Laetitia Arnould sans en avoir eu l’occasion, mais quand son roman Là où réside l’hiver a été édité via une campagne Ulule, je n’ai pas hésité ! Folklore féerique de l’hiver, plume remarquée par ailleurs, ce roman me parlait avant même que je l’ai entre les mains.

Je l’ai lu ce mois-ci, profitant de la saison froide. Et j’ai aussitôt été embarquée dans les pas de Jack Frost et d’Edda ! Jack, qui fait danser les flocons, à l’humeur aussi espiègle que faussement dégagée, et Edda, jeune fille hypersensible, qui croit au merveilleux et proche des bois de Moonland. Ses bois, ceux près desquels elle a grandi et qui recèlent tant de souvenirs…

Je dois avouer avoir préféré la version de Jack de Laetitia Arnould que celle de la série de comics Fables – c’était d’ailleurs ma crainte, en commençant le roman, ce personnage connu pour son caractère disons, insupportable (mais c’est là un trait connu de cet archétype), avait été vraiment imbuvable pour moi dans le comics. Mais ce n’est pas le cas dans Là où réside l’hiver. Laetitia Arnould adoucit quelque peu le caractère piquant du personnage, lui apportant profondeur, tendresse et éclat de chagrin. Une belle reprise d’un personnage du folklore féerique, à la fois respectueuse de son essence tout en lui insufflant des couches supplémentaires de personnalité qui en font un héros auquel on s’attache très vite !

Edda est également un personnage pour lequel on ressent très vite de l’empathie. Hypersensible, elle a gardé son âme d’enfant en dépit des épreuves de la vie et son regard sur le monde devrait, à mon sens, être davantage partagé par tous. Elle croit en la magie, au cycle des saisons, elle est sensible à son environnement naturel, aux vies qui habitent les bois, qu’elles soient de plumes ou de poils.

Là où réside l’hiver n’est cependant pas qu’une belle revisitation des folklores féeriques hivernaux – même si ce thème seul a ravi l’amatrice de ces sujets que je suis ! 🙂 On sent que Laetitia Arnould maîtrise ce sujet et le revisite avec sa sensibilité propre, sans en trahir la moëlle. Non, le roman va plus loin, en l’ancrant dans des problématiques modernes : les bouleversements climatiques, la perte de nos liens avec la Nature qui nous entoure, et notamment ses cycles. Il n’y a plus ces fêtes qui ponctuaient l’année, marquant les passages des saisons. Quelques traces subsistent dans les célébrations actuelles, mais tellement ténues que peu peuvent encore les discerner. Qui fête encore les premiers signes du printemps, ou la fin de l’automne ? Pourtant, l’humanité a longtemps vécu au rythme des saisons.

Le message écologique est fort, pas parce qu’il est martelé, mais parce que Laetitia Arnould nous place face aux conséquences sur la population, sur des personnes comme sur la faune et la flore : pluies diluviennes, difficulté pour les écosystèmes de subsister, etc.

Au final, j’ai passé un très beau moment de lecture avec ce roman, qui est aussi beau sur le fond que la forme. Si vraiment je devais pinailler, c’est peut-être au sujet de l’antagoniste humaine, la belle-mère d’Edda, que j’ai trouvé un peu trop caricaturale par moments. Mais comme ce n’était pas elle l’ennemi principal, mais bien les bouleversements climatiques induits par l’homme, j’ai préféré ne pas trop m’attarder sur elle.

Le roman n’offre pas de solution tout faite à cette problématique moderne, il nous invite à renouer avec la danse des saisons, à retrouver cet émerveillement qui nous faisait, autrefois, célébrer les différentes saisons et conserver ainsi une conscience aigue de notre humble place au sein des écosystèmes, au lieu de vouloir les dominer.

Un très beau mélange de folklore féerique et de problématique actuelle, le tout dans un fort joli écrin – reliure rigide, illustrations en noir et blanc.

Il ne m’a manqué que le givre et la neige à ma fenêtre pour que la lecture devienne parfaite – mais cela n’était pas du ressort de l’autrice, qui a su donner dans son histoire un bel hommage à la saison froide !

Si vous aimez l’hiver, le folklore féerique, si vous souhaitez retrouver dans un roman émerveillement et sensibilisation, Là où réside l’hiver est fait pour vous !

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Cold Winter Challenge, menu Sorcellerie hivernale, catégorie Yule.

Éditions Twinkle, 424 pages, 2021

8 commentaires sur « Là où réside l’hiver, Laetitia Arnould »

  1. Très belle chronique qui donne indubitablement envie de découvrir une histoire qui a l’air d’être à la hauteur de la beauté de l’objet livre. Je trouve intéressant ce mélange de folklore avec la thématique de l’écologie bien plus concrète. J’étais déjà tentée, je le suis encore plus !

    1. C’est une très chouette lecture, et un bel objet aussi, en effet ! Je pense qu’il pourra te plaire ! 🙂 (et c’est une lecture parfaite de saison, aussi, je le relirai avec plaisir l’hiver prochain)

  2. On est du même avis (je ne suis pas surprise ^^) ! Quelle beauté ce livre, l’objet, le récit, la douceur qui y habite… Comme toi, j’ai trouvé Mrs Glastings très caricaturale, j’ai moins accroché à cette mini intrigue, mais comme tu le dis si bien, ce n’est pas l’enjeu central du roman.
    Cela dit, en y repensant, elle a ce petit côté marâtre de Cendrillon, et peut-être que c’était fait exprès ce clin d’œil à d’autres archétypes de contes.
    Je ris intérieurement, parce que je me dis que sur le facebook du CWC, on aura pas mal inondé le fil de discussion avec ce livre 😀

    1. Tiens, je n’y avais pas pensé mais c’est vrai que ça fait penser à Cendrillon ! D’ailleurs, j’ai apprécié que la relation entre les demi-soeurs ne verse pas dans la rivalité pure et simple, ça m’a plu que l’autrice choisisse plutôt de créer un lien entre elles deux.
      Ah oui, j’ai vu que le roman a été pas mal lu dans le cadre du challenge mais dans le même temps, il s’y prête si bien ! C’est vraiment une chouette lecture hivernale !

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