Sous le lierre, Léa Silhol

Quatrième de couverture

Par-delà un simple mur écroulé, au fond du parc d’un manoir anglais, s’étendent des bois immenses, ceinturés de légendes et d’étranges interdits. L’héritière de cette antique demeure, Ivy Winthorpe, ne se définit que par le regard sarcastique qu’elle jette sur toutes choses, les livres qu’elle lit en cachette, sa nature de centaure et, par-dessus tout, les bois vers lesquels elle ne cesse de s’évader, contre toute opposition et obstacle.
C’est la plume de celle qui se définit elle-même comme “un petit système ensauvagé” qu’endosse l’auteure, le temps d’un hymne barbare, à la charnière entre les jardins d’une aristocratie moribonde et les étendues de la millénaire forêt de Savernake, noyée de mystère et de vivants secrets.

Un voyage passionnel et féroce dans le grand vert de l’implacable nature, filigrané par la figure énigmatique du Green-Man, le pas des cavaliers, et hanté par l’ombre obsédante du Heathcliff d’Emily Brontë.

Mon avis

Ce roman m’attendait sur mes étagères depuis quelque temps, et Léa Silhol faisant partie de mes autrices favorites, je savais, en me plongeant dans sa lecture, que j’en savourerais chaque page.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que je serais tellement happée par le roman que je le dévorerais en 3 jours seulement, alors qu’il s’agit d’un pavé !

Sous le Lierre nous entraîne dans l’Angleterre rurale du début du XXe siècle. L’héroïne et narratrice, Ivy, a toujours été attirée par les bois sauvages du domaine familial, en dépit de l’interdiction formelle de s’y rendre. Une interdiction dont elle n’a cure : Ivy a beau être élevée comme une jeune fille de classe sociale aisée, elle possède un caractère fort, intraitable, et surtout observe son entourage comme la société d’un oeil incisif. Un jour, elle rencontre Fern, fils bâtard d’une duchesse et élevé par le forgeron local. Fern, qui aime aussi à se promener dans les bois interdits.

Sous le Lierre marie différents genres – c’est à la fois une romance impétueuse et sauvage et un roman de réalisme magique, infusé de folklore féerique.

La romance entre Ivy et Fern est superbe, honnêtement, tous deux sont magnétiques, j’ai littéralement été suspendue, le souffle coupé, par la force des sentiments qui les lient comme par la tension créée par les obstacles qui s’abattent entre eux, et la crainte d’une fatale destinée.

Léa Silhol aborde, dans ce roman, plusieurs thématiques qui m’ont complètement transportée. Les anciennes croyances païennes, le folklore féerique et sa survivance, le dévoiement de certaines traditions, la rigidité des codes sociaux qui étouffent et enferment les individus, la place de la femme dans la société – aussi peu désirable qu’elle soit de l’aristocratie ou du commun – la lutte des classes, et bien d’autres, apparaissent au fil des pages, sous la voix acerbe et lucide d’Ivy, qui ne s’en laisse pas compter.

Sous le Lierre est quasiment un huis-clos, à ciel ouvert, certes, mais la majorité du récit se situe dans le comté du Wiltshire. Un lieu qui vit en vase clos, renforçant la sensation d’étouffer d’Ivy, qui se débat comme un cheval trop plein de vie pour rester au sein d’une stalle étriquée.

Pour mon plus grand bonheur, l’ouvrage fait ouvertement référence aux soeurs Brontë (notamment le roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë), aux poètes Yeats, Whitman et Wordsworth – Fern déclame même, vers le début, l’un de mes vers préférés de Yeats :

Marche doucement, parce que tu marches sur mes rêves.

Tread softly because you tread on my dreams.

Des vers qui capturent le coeur d’Ivy – et qui ont achevé de conquérir le mien, déjà bien harponné par la mention d’Ivy qui annonce avoir préféré les oeuvres des soeurs Brontë à celle de Jane Austen (je suis une inconditionnelle de Jane Eyre). Ce n’était alors que les premières pages, et j’étais plus que conquise ! Je le suis restée jusqu’au bout !

Je regrette juste que nulle part, dans les avis que j’ai trouvés ou la présentation de ce très beau roman, le mot « romance » ne soit prononcé – alors qu’il peut tout à fait être classé aussi dans ce genre, du fait de la relation passionnée et interdite entre Ivy et Fern, qui a une place centrale, Ivy et Fern que tout le monde s’échine à vouloir séparer. Cela n’a rien d’un gros mot, et c’est bien dommage car Sous le Lierre est bien une preuve supplémentaire que la romance a ses chefs-d’oeuvres littéraires !

Car oui, pour moi, Sous le Lierre est un chef-d’oeuvre. Profondément ancré dans le folklore féerique des bois, j’y ai retrouvé avec plaisir, même si sa présence n’était que fugace, l’un de mes personnages préférés de Vertigen (mais le roman est tout à fait indépendant de la saga Vertigen). La plume de Léa Silhol est toujours aussi poétique, pleine de références, notamment à Shakespeare, dont les tragédies influencent l’atmosphère de l’histoire.

En résumé, Sous le Lierre est un roman impétueux et sauvage, comme les bois millénaires, et ancré dans le folklore féerique forestier ; un roman dont on peine à quitter les pages, happés par l’étreinte aussi passionnée que végétale de la plume de l’autrice comme par la relation forte qui se tissé entre les personnages. Un énorme coup de coeur absolu !

Édition Nitchevo Factory, 2016, 486 pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Rêvasser, catégorie Songe d’une nuit de printemps.

Retrouvez d’autres avis, tous aussi enthousiastes, sur ce roman : Zoé prend la plume et Psycheinhell.

9 commentaires sur « Sous le lierre, Léa Silhol »

  1. Très bel avis ! A chaque fois que j’en lis un nouveau sur ce roman (que j’ai moi aussi dévoré en 3 jours), j’ai envie de le relire et de réécrire ma chronique (une des toutes premières de mon blog). Tu as tout à fait raison de souligner l’aspect « romance » et de dire qu’il ne s’agit pas d’un gros mot. Je pense que si cet aspect très important du roman a été négligé sur les avis, c’est parce que tout ce qui l’entoure est plus qu’un décor. Je crois que l’aspect romance (dans le sens histoire d’amour passionnée qui dépasse tout le reste) est présente dans beaucoup de romans de Léa Silhol. Mais effectivement, Sous le Lierre fait partie de mes préférés, avec la Sève et le Givre, le premier volume de Sacra et les recueils Avant l’Hiver et Contes de fées, contes de failles ! Je trouve que c’est vraiment dans le mélange réalisme magique/romantisme/féérie que l’auteure est à son sommet.

    1. Merci pour ton retour ! 🙂 J’ai quasi tout lu (ou presque) de Léa Silhol, mais la romance m’a beaucoup frappée (en bien ^^) dans Sous le lierre. Je ne pense pas que le fait que tout ce qui entoure la romance étant fouillé retire la validité du classement dans ce genre – après, je ne suis sans doute pas objective, car j’écris moi-même des romances qui sortent des codes habituels ^^ Mais j’ai souvent remarqué que c’est un terme qui suscite des réactions parfois épidermiques, alors qu’il n’y a pas lieu d’être. Et là, franchement, dans Sous le lierre, j’étais juste en mode « wahou ! » face à l’ampleur des émotions que Léa Silhol fait naître quand on lit l’histoire d’Ivy et Fern !
      Comme toi, Sous le lierre rejoint mes préférés de cette autrice ! J’ai également beaucoup aimé Sacra, Avant l’hiver et La Tisseuse (l’autre nom du recueil que tu cites) – ce dernier reste d’ailleurs dans mes chouchous car c’était mon premier Léa Silhol ! 🙂
      Ravie de voir que tu es fan aussi ! 🙂

      1. Je ne saurais dire au niveau des codes en eux-mêmes ^^ » (Zoé en parle bien mieux que moi pour La Captive de Dunkelstadt, dans sa chronique ici : https://zoeprendlaplume.fr/magali-lefebvre-la-captive-de-dunkelstadt/), mais pour donner un exemple, dans ce récit, je joue avec le cliché de la demoiselle en détresse.
        Et plusieurs lectrices qui les ont lu (ou bêta-lu, pour Bad Queen qui paraîtra en fin d’année) ne sont pas des amatrices de romances habituellement et ont aimé, alors que ces textes s’inscrivent pourtant dans ce genre.
        (pour Bad Queen, je pourrais te dire en quoi je sors des codes, mais ce serait spoiler l’intrigue ^^ »).

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