Le Reflet brisé, Nina Gorlier

Quatrième de couverture

Au cœur du royaume de Steinburg, la rumeur se propage : il se dit que la nouvelle reine serait affreusement laide.

Wilhelm II vient de prendre pour épouse Kirsten von Schaffen. Mais l’union n’est que politique, nécessaire pour calmer les tensions avec Brückenberg, la contrée ennemie. Sitôt mariée, la jeune princesse subit de plein fouet la cruauté de la cour. Étrangère au pays, défigurée, sans famille ni amis, elle est une cible facile pour Wilhelm et ses partisans.

Pourtant, en silence, malgré la douleur, la reine calomniée endure et se bat pour exister. Pour prendre la place qui lui revient. Jour après jour, son reflet s’adoucit dans les yeux de son confident : Weiss, son beau-fils. Le prince héritier s’affirme comme l’exact opposé de son père. Il est érudit, altruiste et séduisant. La relation qui se tisse entre les deux jeunes gens, discrète et puissante, brise la solitude de la souveraine.

Mais dans l’ombre de sa chambre, à l’abri des regards, le miroir offert par son époux comme une ultime moquerie murmure à l’oreille de Kirsten …

De lui viendra son ascension ou sa perte.

Mon avis

Qui ne connaît pas la Méchante Reine ? Antagoniste iconique du conte Blanche-Neige, elle aura marqué durablement les esprits, que ce soit via le conte ou l’une de ses multiples adaptations – sans parler de la célèbre et terrifiante version de Walt Disney.

C’est un personnage qui me fascine beaucoup, sur un plan personnel, au point, d’ailleurs, que je lui ai consacré un roman.

Aussi, lorsque j’ai appris qu’il s’agirait de l’héroïne de la prochaine revisite de conte de Nina Gorlier, j’étais impatiente de découvrir son interprétation du personnage. Les précédentes réécritures de contes de cette autrice m’avaient plu par leur originalité et leur sensibilité, et son plus récent roman, La Mélodie des limbes, m’avait même émue aux larmes.

J’ai donc pré-commandé Le Reflet brisé, et en ai entamé la lecture peu après l’avoir réceptionné. J’ai commencé ma lecture un dimanche matin… bien m’en a pris ! Car l’intrigue m’a happée si bien que j’ai été incapable de lâcher l’ouvrage, ou presque, et que j’ai poursuivi jusqu’au soir, tard, refusant de fermer l’oeil avant d’en avoir tourné la dernière page et d’en connaître le dénouement.

L’histoire commence alors que Kirsten von Schaffen arrive dans le royaume de Steinburg, pour y épouser Wilhelm II. La jeune reine, défigurée par une vilaine cicatrice, y subit de plein fouet moqueries, mépris et jeux d’intrigues. Au milieu de toute cette toile, il y a cependant Weiss, son beau-fils, qui a le même âge, une sensibilité et un grand coeur. Weiss, qui pourrait être une lumière au milieu de tout cela… à moins qu’il ne s’agisse d’un leurre. Et, dans sa chambre, Kirsten prête l’oreille à son miroir.

L’ouvrage démarre d’emblée en se posant comme de la fantasy historique – vous ne trouverez pas, ou très peu, de magie dans ce roman. Sis dans un XVIe siècle imaginaire (dans le sens où les royaumes décrits le sont, car au niveau des moeurs ou des costumes, on s’y croirait !), le récit nous entraîne dans cette cour pleine de manoeuvres. Car le pouvoir est l’objet de bien des convoitises !

Le pouvoir, c’est là le thème central du Reflet brisé. Le pouvoir, et ses conséquences – sur ceux et celles qui le désirent, sur ceux et celles qui le subissent, ou encore qui le rejettent. Le pouvoir qui corrompt, qui attisent les pires parts de soi… ou les meilleures ?

Construit en trois actes, telle une pièce dramatique, le roman déploie au fur et à mesure toute sa complexité, comme ses personnages, certains ne faisant leur entrée que tardivement – sans pour autant être de moindre importance.

Kirsten n’est pas une femme simple à appréhender. Complexe, mystérieuse, elle se dévoile petit à petit, au fil des pages, jusqu’à révéler son véritable visage. Autour d’elle, intrigues, complots et trahisons se multiplient, en écho aux parties d’Hespérides, ce jeu de réflexion mêlant échecs et mythologie qui ponctue le récit. Les personnages qui y jouent s’y entraînant ainsi, à petite échelle, aux véritables jeux de pouvoirs qui s’accomplissent entre les murs de ce château.

Nina Gorlier a choisi de faire de Blanche-Neige un homme, Weiss, ce qui permet de donner à sa revisite du conte un angle intéressant. Elle interroge ainsi la différence entre hommes et femmes, face au pouvoir, et explore un arc narratif original, teinté de romance, qui permet de sublimer davantage la personnalité de Kirsten. Une personnalité que l’on est pas prêts d’oublier, et qui laisse des frissons dans l’échine.

Le roman est parsemé de petits détails qui font toute sa richesse et rendent son intrigue d’autant plus profonde et solide. On retrouve les éléments du conte – le fameux miroir, indissociable de la reine, les pommes, la fuite, le chasseur, un nain… Des éléments à la fois familiers et qui apparaissent, ici, sous un jour nouveau, mais pourtant très cohérent avec la symbolique du conte telle qu’on la connaît.

D’une plume grandiose et parfaitement maîtrisée, Nina Gorlier nous offre une version aussi fascinante que terrifiante de la Méchante Reine. Une revisite de conte en forme de chef d’oeuvre, un véritable coup de coeur !

Avertissement de contenu : ce livre comporte des scènes de meurtres, de persécution de sorcière, de violences sur animaux et évoque des viols. (surlignez pour voir les éléments mis en spoiler)

Éditions Magic Mirror, 2022, 413 pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Rêvasser, catégorie Songe d’une nuit de printemps.

6 commentaires sur « Le Reflet brisé, Nina Gorlier »

  1. Oh, tu as dû te faire vraiment plaisir avec cette lecture, cela se sent dans chaque mot de cette chronique.
    Autant dire que cela donne envie.
    C’est génial qu’il soit disponible en numérique, je me le mets en wishlist.

      1. J’ai lu le début sur 7Switch (gros avantage de ce site) et franchement, j’accroche le début ! Du coup, si j’arrive à épurer un peu ma PàL papier, je me l’offrirai.

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