Jolies Mary, Gwendolyn Kiste

Quatrième de couverture

Vous la trouverez au bord d’une route déserte, faisant du stop à minuit. Elle se fait appeler Rhee, mais tout le monde connaît son autre nom : Resurrection Mary. Et quand elle rentre chez elle à l’aube, dans un manoir décrépi au milieu de nulle part, elle n’est pas seule.

Dans le miroir ancien, Bloody Mary apparaît si vous prononcez son nom trois fois. Dehors, erre Mistress Mary dans son jardin de fleurs vénéneuses, une chansonnette qui a pris vie d’une sinistre manière. Et dans la cave, une autre comptine – Mary Mack – est obligée de fabriquer son propre cercueil jusqu’à la fin des temps. Enfin, ruminant dans son coin, il y a Mari Lwyd et son crâne de cheval.

Elles sont les Mary, l’incarnation des légendes urbaines et des peurs enfantines. Chaque matin, elles se réunissent autour de la table pour partager les cauchemars comme s’il s’agissait d’un bon vin, savourant la saveur de ceux qu’elles ont terrifiés. Jusqu’au jour où leur existence même est menacée…

Mon avis

Étant pas mal fatiguée en ce moment, je privilégie le format court pour mes lectures. J’ai donc lu dernièrement Jolies Mary de Gwendolyn Kiste, paru aux éditions du Chat Noir dans la collection F.nigripes, dédiée aux novellas.

Mary, dite Rhee, est un fantôme. Elle hante un bout de route, où elle effraye les conducteurs qui la prennent en stop. Quand point le jour, elle regagne la maison qu’elle partage avec Bloody Mary, qui hante les miroirs, Misstress Mary, qui règne sur le jardin et la maisonnée… Cinq Mary cohabitent ainsi. Mais un danger les guette, et menace leur existence. Qui pourrait ainsi effrayer des spectres ? Qui pourrait être assez puissant pour tuer un fantôme ?

Jolies Mary part d’un postulat qui m’a bien plu de base. Les personnages de ce texte sont en effet issus des nursery rhymes, ces comptines anglo-saxonnes très connues en terres anglophones. Certaines d’entre elles sont passées dans nos légendes urbaines, comme Bloody Mary ou la fameuse Dame Blanche, ici incarnée par Rhee. J’ai beaucoup aimé retrouver ces personnages de comptines ici, après en avoir croisé plusieurs dans le comic Fables et le jeu vidéo qui en est tiré, The Wolf Among Us. L’idée de rassembler plusieurs Mary est géniale, et si l’on connaît mal les comptines, outre un rappel subtil au fil de l’histoire, les comptines en question figurent à la fin.

La plume de l’autrice est superbe, elle nous emporte aussitôt et nous place à merveille dans la peau de Rhee, la Dame Blanche. Les métaphores titillent nos sens, en particulier le goût. Car Rhee et ses comparses se nourrissant désormais de la peur qu’elles suscitent, Gwendolyn Kiste attribue à cette nourriture immatérielle des saveurs différentes. Elle le fait si bien qu’on ne peut s’empêcher de percevoir les arômes de ces émotions !

Sa plume parvient aussi à susciter des frissons, nés du danger encourus par les Mary. Des frissons adoucis par la poésie de ses phrases. L’histoire frôle parfois l’épouvante, mais cette touche de douceur me fait penser que ce récit fantastique, en dépit de quelques scènes fortes (et pour cause, nous suivons des spectres dont l’objectif est de créer l’effroi chez les mortels !), pourra plaire même aux personnes qui craignent d’ordinaire ce genre.

En un mot, j’ai adoré cette lecture et je lirai certainement d’autres récits de Gwendolyn Kiste !

Éditions du Chat Noir, 121 pages, 2022

7 commentaires sur « Jolies Mary, Gwendolyn Kiste »

  1. D’accord, ça me convainc. Plume + aspect comptines : je suis intriguée. J’attendais des retours, parce que je n’avais pas été très très fan de Plumes et ciguë.

    1. Je me rappelle en effet que tu n’avais pas été convaincue par le roman. La novella est très chouette, j’ai bien aimé les références aux comptines, et l’aspect « être dans la peau des spectres ». Et la plume joue bien sur les sens, ce n’est pas souvent qu’on a ce genre d’associations goût/émotion.

      1. ça me plaît cet aspect sensoriel. Ce n’est pas tant qu’il ne m’avait pas convaincue que je l’avais trouvé très très sombre; au moment où je l’ai lu cela m’avait paru trop pour moi. Mais je l’ai gardé et le relirai volontiers un jour, pour le voir d’un autre œil.

      2. Je me souviens que tu avais parlé du côté très sombre de ce roman. Jolies Mary n’est pas non plus un truc joyeux, mais de mon ressenti, ça n’est pas hyper sombre, c’est plus délicat (bon, hormis les quelques scènes « gores », mais elles m’ont plutôt fait penser à Beetlejuice, car on est côté fantôme et leur but est d’effrayer). ça devrait te plaire davantage, je pense !

      3. bon honnêtement le chat noir c’est jamais léger et rarement joyeux 🤭
        Merci pour ton retour, je vais me le procurer pour l’automne alors !

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