La famille de l’Hiver et le Roi-Fée, Élisabeth Ebory

Quatrième de couverture

Chaque nuit, son bien-aimé le sauve des flammes d’un dragon et pourtant, Marcus ignore son identité.

Condamné pour son homosexualité, le jeune magicien s’exile d’un XXe siècle étriqué en compagnie de son amie de toujours, la fée Orégane, à la recherche de ce héros mystérieux dans les terres du Sidh.

Pour découvrir enfin leur place, les deux parias devront vaincre la méfiance du peuple féerique et de son roi insaisissable, apaiser des spectres furieux et déjouer les manigances d’une menace oubliée et, surtout, affronter leur propre part de ténèbres.

Entre quête d’amour et d’identité, de destin individuel et collectif, la féerie se heurte aux tourments contemporains au cours d’un récit épique et enivrant.

Mon avis

J’attendais avec beaucoup d’impatience ce nouveau roman de Élisabeth Ebory. Elle figure parmi mes autrices préférées depuis ses premières parutions chez les regrettées éditions Griffe d’Encre. Avec La Famille de l’Hiver et le Roi-Fée, elle continue de me ravir, comme à chacune de ses publications. Cette lecture a, par ailleurs, marqué pour ma part la fin d’une panne de lecture. J’ai en effet lu ce roman dans des circonstances personnelles particulières.

Marcus quitte l’Angleterre de 1910 pour accompagner son amie Orégane, une fée, dans le Sidh. Le voilà précepteur des enfants de Madame, fée des morts. À ses côtés, nous explorons Corifaè, la ville sur laquelle règne Sean, le Roi-Fée, et qui, la nuit, devient le terrain de jeu du marchand de sable. Mais les choses ne sont pas aussi magiques qu’on pourrait le croire : Sean cache de sombres secrets, Orégane doit faire face à son passé, le brouillard-qui-rit menace l’équilibre fragile de Corifaè, à moins que ce ne soit un autre ennemi, plus retors… et Marcus, tout à sa quête, a lui aussi fort à faire !

La réponse qu’il attendait depuis la parution de son invitation était écrite à l’encre baveuse sur les caractères poisseux.

J’ai adoré ce roman. Elisabeth Ebory compose ses courts chapitres comme une mosaïque, on progresse ainsi dans l’intrigue par fragments, jusqu’à la dernière partie, où les événements prennent une telle ampleur, un tel impact émotionnel, que je n’ai pas pu le lâcher avant d’en avoir tourné la dernière page, le coeur serré, en dépit de l’heure tardive.

J’ai adoré suivre Marcus, Orégane, Madame, Sean, Juno, le marchand de sable. Chacune des apparitions de ce dernier, d’ailleurs, était un ravissement (c’était mon personnage préféré, mais j’avoue les avoir tous aimés). Je ne sais si c’est lié, d’ailleurs, mais il s’avère qu’après des mois d’insomnies, je n’ai retrouvé un sommeil digne de ce nom qu’en lisant ce livre, chaque soir. Comme si les étoiles semées par le marchand de sable soignaient petit à petit mon sommeil cabossé par le chagrin.

Quel que soit l’orage que tu braves, je t’assure que tu peux le chasser. Tu es le soleil qui dissipe la nuit.

Car, bien que le deuil ne soit pas un thème majeur du roman (encore que, entre les fées des morts et les enfants spectres sans repos, il apparaît tout de même en filigrane), lire ce roman m’a fait du bien. C’est un roman qui évoque plusieurs thèmes – trouver sa place, surmonter ses démons intérieurs, prendre soin des liens qui nous unissent à ceux qui nous sont chers, et bien d’autres – mais, à mon sens, celui du de la perte et du deuil en est un autre.

Mention spéciale, aussi, au personnage de Madame. Mère célibataire (je n’ai pas vu l’ombre d’une figure paternelle) de deux enfants, fée des morts, membre du conseil de Corifaè, j’aimerais plus souvent voir des personnages comme elle.

Comme je le disais, j’ai aimé tous les personnages de ce roman : Madame, qui assume de nombreuses responsabilités ; Orégane qui doit affronter ses démons pour avancer ; Marcus en quête d’un amour inconnu et qui va trouver bien plus que cela ; Sean le Roi-Fée si fuyant et pourtant, aux motivations claires ; le marchand de sable, à la fois solaire et pourtant confronté à des âmes sans repos, et bien d’autres. On sent, au fil des phrases, toute la tendresse de l’autrice pour ses personnages, une tendresse que l’on partage sans retenue.

La plume d’Elisabeth Ebory est toujours aussi ensorcelante. Lyrique, elle fait appel à nos sens (notamment l’odorat et le goût), offrant des comparaisons aussi imagées que poétiques. Les phrases possèdent une vraie musique, comme un sortilège, et une pointe d’humour enveloppe certaines. J’en ai noté plusieurs, et en noterai d’autres lors de mes relectures.

La douceur de l’enlumineur nocturne arrache une aigre risette au roi-fée.

Vraiment, une pépite de la rentrée littéraire de l’imaginaire, que j’ai savourée soir après soir, et dans laquelle je me replongerai avec plaisir, à l’occasion. Lisez-le.

Éditions Les Moutons électriques, 2022, 461 pages.

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10 commentaires sur « La famille de l’Hiver et le Roi-Fée, Élisabeth Ebory »

    1. La plume d’Elisabeth Ebory est vraiment un délice ! Et ses personnages ont tous leurs aspects attachants comme leurs aspérités. On les aime d’autant plus !

  1. Et bien j’étais déjà intrigué par le résumé de ce roman mais ton avis donne encore plus particulièrement envie. Merci pour cette enthousiaste et alléchante chronique.

  2. Je ne connais pas non plus cette autrice (je n’ai malheureusement pas tout lu, chez Griffe d’Encre) mais tu donnes sacrément envie de découvrir sa plume, et ce titre en particulier.
    L’epub est un peu cher mais je le place quand même en wish-list, au cas où.

    1. C’est un roman à lire, entre la plume superbe et les personnages, et la fin, bref, oui, tu fais bien de le mettre en wishlist ! (peut-être que l’epub sera en promo à un moment donné ?)

      1. Je surveillerai… après, l’avantage de 7Switch, c’est qu’on peut lire le début des romans et c’est souvent ce qui est facteur d’achat pour moi. Si j’accroche et que j’ai envie de poursuivre, je ne vais pas attendre une éventuelle promo.

  3. Tout comme toi, j’ai adoré l’onirisme de ce récit, la bienveillance des personnages et l’histoire en elle-même est très belle. Elle donne à réfléchir sur la poursuite de nos rêves et la quête d’identité. Cela n’a pas été un coup de coeur mais une bonne lecture quand même.

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