Ravinger et Ward t. 1 : La licorne assassinée, Céline Badaroux

Quatrième de couverture

Ian Ravinger, blaireau de son état, revient de la Grande Guerre contre les humains. Il rejoint Londynia, la capitale du Monde des Fées, pour se trouver un petit appartement et mener une vie paisible. Le hasard, ou le destin, le mène au 881b Pastry Street, où vit le jeune et curieux renard Digby Ward. Ce dernier va lui faire oublier ses envies de retraite et le mener au cœur d’enquêtes aussi folles qu’inattendues. À peine assis dans son nouveau fauteuil, il doit se rendre sur le lieu d’un crime : une licorne a été assassinée. Ravinger va se prendre au jeu et suivre son colocataire sur la piste de leur future némésis.

Mon avis

Attirée par sa couverture colorée et la promesse d’un récit enlevé et gourmand, je me suis lancée dans le premier tome des aventures de Ravinger et Ward. Et je n’ai pas été déçue du voyage ! 🙂

Nous sommes dans de la fantasy animalière – Ravinger est un blaireau, Ward un renard. Au début du roman, Ravinger répond à une annonce, pour trouver un logement, et rencontre Ward, dont il va partager le logis, ainsi que Madame Egerton, cuisinière de talent. Mais voilà qu’une licorne est assassinée à la bibliothèque, suscitant l’intérêt de Ward. Nos deux héros se lancent donc dans l’enquête !

Si ce pitch vous fait lever une oreille, c’est normal : Ravinger et Ward est un hommage à Sherlock Holmes. Parler de revisite serait cependant réducteur, car La licorne assassinée nous plonge dans un univers féerique (au sens qu’il ne s’agit pas du monde humain !) original, un univers empli de personnages animaux anthropomorphes, agrémenté d’une touche de steampunk.

Ravinger a été marqué par son expérience de la guerre. Quant à Ward, il est en permanence en train d’expérimenter de nouvelles méthodes d’investigation criminelle – au risque que ses tentatives de fabriquer des produits de détection d’empreintes ne fassent exploser son logis ! Ces deux personnages aux personnalités contrastées vont pourtant s’entendre très vite, et nous allons tout aussi rapidement nous attacher à eux (notamment Ravinger, qui se régale des pâtisseries de Madame Egerton à l’heure du thé ! Car oui, nous sommes à Londynia, variante féerique de Londres, on prend donc le thé tous les jours, c’est une institution).

Comme il s’agit d’un premier tome, l’enquête a tendance à passer régulièrement en arrière-plan, à mesure que nous découvrons tant l’univers construit par l’autrice que les situations personnelles des deux héros (leurs familles, leurs amis, leur passé…). Céline Badaroux a bâti un univers aussi loufoque que cohérent, qui donne envie de l’explorer davantage lors des prochaines aventures de Ravinger et Ward.

Le roman est parsemé de clins d’oeil et de références, participant au côté humoristique du livre, si bien que cela devient un véritable jeu de piste que de toutes les repérer (un schéma, à la fin, donne des indices et invite à cocher ce qu’on a trouvé) ! Je pense que j’ai du en rater certaines, mais j’ai bien ri quand j’en ai trouvé !

D’ailleurs, j’ai bien ri tout court de façon régulière – au point que mon mari me demandait parfois ce qui me faisait tant pouffer dans ma lecture ! 🙂 J’ai aussi eu envie de faire des biscuits – les descriptions des gâteaux dégustés par Ravinger à l’heure du thé mettent l’eau à la bouche. En plus, c’est un ancien pâtissologue, autant dire que le roman va vous donner faim !

Ravinger et Ward est, au final, un roman inclassable. Fantasy, humour, enquête policière, se mélangent sous une plume enlevée et pleine de malice, si bien qu’à la dernière page, on ne peut s’empêcher de former une moue déçue, car on aurait bien poursuivi l’aventure…

Mais ça tombe bien, deux autres tomes sont parus ! Deux tomes que je lirai avec plaisir, car ce premier volume m’a bien plu. À noter qu’il s’adresse aux jeunes lecteurs à partir de 15 ans, mais qu’il ravira aussi les plus grands, amateurs d’Objets Littéraires Non Identifiés.

189 pages, 2020

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Rêvasser, catégorie Entre élucubration et divagation.

Retrouvez l’avis détaillé et enthousiaste du Syndrome Quickson sur ce roman.

Le Reflet brisé, Nina Gorlier

Quatrième de couverture

Au cœur du royaume de Steinburg, la rumeur se propage : il se dit que la nouvelle reine serait affreusement laide.

Wilhelm II vient de prendre pour épouse Kirsten von Schaffen. Mais l’union n’est que politique, nécessaire pour calmer les tensions avec Brückenberg, la contrée ennemie. Sitôt mariée, la jeune princesse subit de plein fouet la cruauté de la cour. Étrangère au pays, défigurée, sans famille ni amis, elle est une cible facile pour Wilhelm et ses partisans.

Pourtant, en silence, malgré la douleur, la reine calomniée endure et se bat pour exister. Pour prendre la place qui lui revient. Jour après jour, son reflet s’adoucit dans les yeux de son confident : Weiss, son beau-fils. Le prince héritier s’affirme comme l’exact opposé de son père. Il est érudit, altruiste et séduisant. La relation qui se tisse entre les deux jeunes gens, discrète et puissante, brise la solitude de la souveraine.

Mais dans l’ombre de sa chambre, à l’abri des regards, le miroir offert par son époux comme une ultime moquerie murmure à l’oreille de Kirsten …

De lui viendra son ascension ou sa perte.

Mon avis

Qui ne connaît pas la Méchante Reine ? Antagoniste iconique du conte Blanche-Neige, elle aura marqué durablement les esprits, que ce soit via le conte ou l’une de ses multiples adaptations – sans parler de la célèbre et terrifiante version de Walt Disney.

C’est un personnage qui me fascine beaucoup, sur un plan personnel, au point, d’ailleurs, que je lui ai consacré un roman.

Aussi, lorsque j’ai appris qu’il s’agirait de l’héroïne de la prochaine revisite de conte de Nina Gorlier, j’étais impatiente de découvrir son interprétation du personnage. Les précédentes réécritures de contes de cette autrice m’avaient plu par leur originalité et leur sensibilité, et son plus récent roman, La Mélodie des limbes, m’avait même émue aux larmes.

J’ai donc pré-commandé Le Reflet brisé, et en ai entamé la lecture peu après l’avoir réceptionné. J’ai commencé ma lecture un dimanche matin… bien m’en a pris ! Car l’intrigue m’a happée si bien que j’ai été incapable de lâcher l’ouvrage, ou presque, et que j’ai poursuivi jusqu’au soir, tard, refusant de fermer l’oeil avant d’en avoir tourné la dernière page et d’en connaître le dénouement.

L’histoire commence alors que Kirsten von Schaffen arrive dans le royaume de Steinburg, pour y épouser Wilhelm II. La jeune reine, défigurée par une vilaine cicatrice, y subit de plein fouet moqueries, mépris et jeux d’intrigues. Au milieu de toute cette toile, il y a cependant Weiss, son beau-fils, qui a le même âge, une sensibilité et un grand coeur. Weiss, qui pourrait être une lumière au milieu de tout cela… à moins qu’il ne s’agisse d’un leurre. Et, dans sa chambre, Kirsten prête l’oreille à son miroir.

L’ouvrage démarre d’emblée en se posant comme de la fantasy historique – vous ne trouverez pas, ou très peu, de magie dans ce roman. Sis dans un XVIe siècle imaginaire (dans le sens où les royaumes décrits le sont, car au niveau des moeurs ou des costumes, on s’y croirait !), le récit nous entraîne dans cette cour pleine de manoeuvres. Car le pouvoir est l’objet de bien des convoitises !

Le pouvoir, c’est là le thème central du Reflet brisé. Le pouvoir, et ses conséquences – sur ceux et celles qui le désirent, sur ceux et celles qui le subissent, ou encore qui le rejettent. Le pouvoir qui corrompt, qui attisent les pires parts de soi… ou les meilleures ?

Construit en trois actes, telle une pièce dramatique, le roman déploie au fur et à mesure toute sa complexité, comme ses personnages, certains ne faisant leur entrée que tardivement – sans pour autant être de moindre importance.

Kirsten n’est pas une femme simple à appréhender. Complexe, mystérieuse, elle se dévoile petit à petit, au fil des pages, jusqu’à révéler son véritable visage. Autour d’elle, intrigues, complots et trahisons se multiplient, en écho aux parties d’Hespérides, ce jeu de réflexion mêlant échecs et mythologie qui ponctue le récit. Les personnages qui y jouent s’y entraînant ainsi, à petite échelle, aux véritables jeux de pouvoirs qui s’accomplissent entre les murs de ce château.

Nina Gorlier a choisi de faire de Blanche-Neige un homme, Weiss, ce qui permet de donner à sa revisite du conte un angle intéressant. Elle interroge ainsi la différence entre hommes et femmes, face au pouvoir, et explore un arc narratif original, teinté de romance, qui permet de sublimer davantage la personnalité de Kirsten. Une personnalité que l’on est pas prêts d’oublier, et qui laisse des frissons dans l’échine.

Le roman est parsemé de petits détails qui font toute sa richesse et rendent son intrigue d’autant plus profonde et solide. On retrouve les éléments du conte – le fameux miroir, indissociable de la reine, les pommes, la fuite, le chasseur, un nain… Des éléments à la fois familiers et qui apparaissent, ici, sous un jour nouveau, mais pourtant très cohérent avec la symbolique du conte telle qu’on la connaît.

D’une plume grandiose et parfaitement maîtrisée, Nina Gorlier nous offre une version aussi fascinante que terrifiante de la Méchante Reine. Une revisite de conte en forme de chef d’oeuvre, un véritable coup de coeur !

Avertissement de contenu : ce livre comporte des scènes de meurtres, de persécution de sorcière, de violences sur animaux et évoque des viols. (surlignez pour voir les éléments mis en spoiler)

Éditions Magic Mirror, 2022, 413 pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Rêvasser, catégorie Songe d’une nuit de printemps.

Sous le lierre, Léa Silhol

Quatrième de couverture

Par-delà un simple mur écroulé, au fond du parc d’un manoir anglais, s’étendent des bois immenses, ceinturés de légendes et d’étranges interdits. L’héritière de cette antique demeure, Ivy Winthorpe, ne se définit que par le regard sarcastique qu’elle jette sur toutes choses, les livres qu’elle lit en cachette, sa nature de centaure et, par-dessus tout, les bois vers lesquels elle ne cesse de s’évader, contre toute opposition et obstacle.
C’est la plume de celle qui se définit elle-même comme “un petit système ensauvagé” qu’endosse l’auteure, le temps d’un hymne barbare, à la charnière entre les jardins d’une aristocratie moribonde et les étendues de la millénaire forêt de Savernake, noyée de mystère et de vivants secrets.

Un voyage passionnel et féroce dans le grand vert de l’implacable nature, filigrané par la figure énigmatique du Green-Man, le pas des cavaliers, et hanté par l’ombre obsédante du Heathcliff d’Emily Brontë.

Mon avis

Ce roman m’attendait sur mes étagères depuis quelque temps, et Léa Silhol faisant partie de mes autrices favorites, je savais, en me plongeant dans sa lecture, que j’en savourerais chaque page.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est que je serais tellement happée par le roman que je le dévorerais en 3 jours seulement, alors qu’il s’agit d’un pavé !

Sous le Lierre nous entraîne dans l’Angleterre rurale du début du XXe siècle. L’héroïne et narratrice, Ivy, a toujours été attirée par les bois sauvages du domaine familial, en dépit de l’interdiction formelle de s’y rendre. Une interdiction dont elle n’a cure : Ivy a beau être élevée comme une jeune fille de classe sociale aisée, elle possède un caractère fort, intraitable, et surtout observe son entourage comme la société d’un oeil incisif. Un jour, elle rencontre Fern, fils bâtard d’une duchesse et élevé par le forgeron local. Fern, qui aime aussi à se promener dans les bois interdits.

Sous le Lierre marie différents genres – c’est à la fois une romance impétueuse et sauvage et un roman de réalisme magique, infusé de folklore féerique.

La romance entre Ivy et Fern est superbe, honnêtement, tous deux sont magnétiques, j’ai littéralement été suspendue, le souffle coupé, par la force des sentiments qui les lient comme par la tension créée par les obstacles qui s’abattent entre eux, et la crainte d’une fatale destinée.

Léa Silhol aborde, dans ce roman, plusieurs thématiques qui m’ont complètement transportée. Les anciennes croyances païennes, le folklore féerique et sa survivance, le dévoiement de certaines traditions, la rigidité des codes sociaux qui étouffent et enferment les individus, la place de la femme dans la société – aussi peu désirable qu’elle soit de l’aristocratie ou du commun – la lutte des classes, et bien d’autres, apparaissent au fil des pages, sous la voix acerbe et lucide d’Ivy, qui ne s’en laisse pas compter.

Sous le Lierre est quasiment un huis-clos, à ciel ouvert, certes, mais la majorité du récit se situe dans le comté du Wiltshire. Un lieu qui vit en vase clos, renforçant la sensation d’étouffer d’Ivy, qui se débat comme un cheval trop plein de vie pour rester au sein d’une stalle étriquée.

Pour mon plus grand bonheur, l’ouvrage fait ouvertement référence aux soeurs Brontë (notamment le roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë), aux poètes Yeats, Whitman et Wordsworth – Fern déclame même, vers le début, l’un de mes vers préférés de Yeats :

Marche doucement, parce que tu marches sur mes rêves.

Tread softly because you tread on my dreams.

Des vers qui capturent le coeur d’Ivy – et qui ont achevé de conquérir le mien, déjà bien harponné par la mention d’Ivy qui annonce avoir préféré les oeuvres des soeurs Brontë à celle de Jane Austen (je suis une inconditionnelle de Jane Eyre). Ce n’était alors que les premières pages, et j’étais plus que conquise ! Je le suis restée jusqu’au bout !

Je regrette juste que nulle part, dans les avis que j’ai trouvés ou la présentation de ce très beau roman, le mot « romance » ne soit prononcé – alors qu’il peut tout à fait être classé aussi dans ce genre, du fait de la relation passionnée et interdite entre Ivy et Fern, qui a une place centrale, Ivy et Fern que tout le monde s’échine à vouloir séparer. Cela n’a rien d’un gros mot, et c’est bien dommage car Sous le Lierre est bien une preuve supplémentaire que la romance a ses chefs-d’oeuvres littéraires !

Car oui, pour moi, Sous le Lierre est un chef-d’oeuvre. Profondément ancré dans le folklore féerique des bois, j’y ai retrouvé avec plaisir, même si sa présence n’était que fugace, l’un de mes personnages préférés de Vertigen (mais le roman est tout à fait indépendant de la saga Vertigen). La plume de Léa Silhol est toujours aussi poétique, pleine de références, notamment à Shakespeare, dont les tragédies influencent l’atmosphère de l’histoire.

En résumé, Sous le Lierre est un roman impétueux et sauvage, comme les bois millénaires, et ancré dans le folklore féerique forestier ; un roman dont on peine à quitter les pages, happés par l’étreinte aussi passionnée que végétale de la plume de l’autrice comme par la relation forte qui se tissé entre les personnages. Un énorme coup de coeur absolu !

Édition Nitchevo Factory, 2016, 486 pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Rêvasser, catégorie Songe d’une nuit de printemps.

Retrouvez d’autres avis, tous aussi enthousiastes, sur ce roman : Zoé prend la plume et Psycheinhell.

Les soeurs Hiver, Jolan C. Bertrand

Quatrième de couverture

Il y a très longtemps, il y avait deux hivers : la Grande, avec ses froids polaires et ses blizzards, et la Petite, avec ses glissades joyeuses et ses batailles de boules de neige.

Mais depuis que la Petite a disparu, tout est détraqué au village de Brume ! Les adultes sont inquiets, plus personne ne rit aux bonnes farces d’Alfred et, surtout, les trolls passent leur temps à voler des objets, qu’ils emportent à tout jamais dans la taïga.

Lorsque l’oncle d’Alfred se porte volontaire pour rapporter les objets volés et qu’il disparait sous ses yeux, avalé par la tempête, c’en est trop : il faut partir à sa recherche, coûte que coûte, braver les dangers de la forêt boréale, et affronter la Grande Hiver…

Mon avis

Je lis rarement des romans jeunesse, mais son sujet me plaisait bien et j’avais eu l’occasion de découvrir des extraits de celui-ci ! J’ai donc craqué dès sa sortie et l’ai aussitôt lu – résultat : j’ai adoré ! 🙂

Adressé à un lectorat de 8-11 ans, Les soeurs Hiver ravira aussi les plus grands lecteurs. Le roman nous entraîne dans un village Viking. Alfred, qui aime faire des farces à tout le monde (en hommage à Loki), est inquiet : voilà des années que la Petite Hiver a disparu, suscitant chagrin et colère chez la Grande. Or, cela n’est pas sans conséquence pour les habitants de Brume. Lorsque l’oncle d’Alfred s’élance dans la forêt enneigée, Alfred le suit et assiste, sidéré, à sa disparition. Voilà le petit garçon entraîné dans une série d’aventures, mais le temps compte – non seulement pour son oncle, mais aussi pour lui, car voilà qu’il se change lentement en renard !

Mené tambour battant, le roman se lit avec plaisir. Les personnages sont attachants, le récit nous entraîne chez les Vikings comme les Sames. Il est imprégné de culture nordique et fait de belles références au folklore comme à la mythologie de ces contrées. Il fait aussi montre d’une belle inclusivité, j’ai ainsi beaucoup apprécié le fait qu’un personnage est introduit comme étant trans, sans que cela ne fasse l’objet d’une grande affaire. Entourage comme habitants du village ont accueilli la nouvelle avec bienveillance, permettant ainsi à Ragnar de s’épanouir. Par ailleurs, Alfred, qui est orphelin, éprouve régulièrement des accès de tristesse qu’il ne s’explique pas – le roman ne proposera pas d’explications, mais glisse, à travers la relation très forte qui existe entre Alfred et son oncle, l’importance de tenir compte des émotions de l’autre et de l’écouter.

Ce sont là des thèmes abordés de façon subtile, simple, et qui apportent justement toute sa profondeur à ce récit d’aventures – c’est pourquoi, à mon sens, je le trouve tout autant susceptible de plaire au jeune lectorat comme aux plus âgés !

J’ajoute à cela que l’objet est particulièrement soigné – de très belles illustrations couleur accompagnent le texte et la couverture porte des reflets argentés de toute beauté.

Cela a vraiment été un régal de lire ce roman de Jolan Bertrand, et une preuve supplémentaire que la littérature jeunesse ne s’adresse pas qu’aux enfants – du haut de mes 37 ans, j’ai dévoré avec grand plaisir les aventures et mésaventures d’Alfred ! 🙂

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Cold Winter Challenge, menu Cocooning hivernal, catégorie Bonhomme en pain d’épices.

Éditions L’école des loisirs, 2021, 225 pages

L’ours et le rossignol, Katherine Arden

Quatrième de couverture

Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Mon avis

Vous le savez, les contes de fées et le folklore féerique, j’adore ! Alors quand on me parle d’un roman fantasy qui a pour sujet le folklore féerique russe, forcément, je ne résiste pas !

Sis en Russie, à l’époque médiévale, le récit nous emmène au coeur des forêts sauvages et nordiques, là où les créatures surnaturelles rôdent encore, et où les traditions côtoient la religion chrétienne. Nous suivons Vassia, fillette sauvage capable de voir les esprits féeriques. Fillette qui ne se reconnaît pas dans les deux seules voies proposées aux personnes de son sexe : devenir épouse (et donner des garçons robustes à son mari) ou entrer au couvent. Non, Vassia, elle, aime chevaucher, gambader dans la forêt, et elle n’a pas peur des créatures qu’elle rencontre, même lorsque ces dernières sont dangereuses.

J’ai beaucoup aimé ce roman fortement imprégné de culture russe et de folklore féerique. Il pose aussi, en filigrane, la question de la place de la femme dans la société d’alors, et aborde également le thème de la cohabitation difficile entre religion chrétienne orthodoxe et croyances séculaires locales – ainsi, alors que le village mélangeait les deux, l’arrivée d’un nouvel homme de foi fermement décidé à arracher toute coutume païenne va ouvrir la porte à bien des problèmes… Ce n’est bien sûr par les seuls thèmes abordés, et ils le sont souvent en sous-texte, mais ce sont les deux qui m’ont le plus frappée.

De manière générale, j’ai aimé suivre Vassia, de l’enfance à l’adolescence, ses liens avec sa famille – conflictuels avec son père, malgré l’affection qui les lie ; carrément hostiles avec sa belle-mère ; emplis de complicité avec l’un de ses frères et sa demi-soeur. J’ai aimé rencontrer avec elle toutes ces créatures fantastiques, certaines sympathiques, d’autres bien plus terrifiantes. J’ai aimé découvrir et redécouvrir les esprits de ce pays – domovoï, russalka, et autres esprits de l’hiver. J’ai aimé frissonner, de froid comme de peur.

Très chouette roman hivernal et féerique, L’ours et le rossignol est le premier tome de la Trilogie d’une nuit d’hiver. Cependant, l’arc narratif se boucle à la fin, je n’ai donc pas éprouvé de frustration, arrivée à la dernière page. Mais je lirai la suite, n’en doutez pas, j’ai hâte de retrouver Vassia comme le peuple féerique qui l’entoure ! 🙂

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Cold Winter Challenge, menu Sorcellerie hivernale, catégorie Baba Yaga.

Retrouvez d’autres avis sur ce roman : Albédo, Au Pays des Cave-Trolls, Just a Word, Blog-o-livre, Zoé prend la plume, Les Mots de Mahault, Light and Smell, Les carnets d’une livropathe, Yuyine et Le bibliocosme.

FolioSF, 2020, 447 pages