Parution dans Géante Rouge

Ce fut la bonne surprise de l’automne : la nouvelle de science-fiction que j’avais soumise à la revue Géante Rouge était acceptée ! Ensuite, tout est allé très vite et le numéro est arrivé dans ma boîte aux lettres il y a peu 🙂

Jusqu’alors, je m’étais peu aventurée en science-fiction – en tant qu’autrice, j’entends. En début d’année, je me questionnais d’ailleurs au sujet de ma légitimité à en écrire alors que je suis une littéraire pur jus et que je n’ai pas de formation scientifique. De nombreux encouragements m’ont alors permis de m’ôter cette idée reçue de la tête ! Et Muse m’a ensuite proposé plusieurs projets de romans s’inscrivant dans ce genre, que j’ai inclus dans mon planning d’écriture 2022. Alors, quand Pauline Bhutia m’a contactée pour m’annoncer que ma nouvelle était acceptée, j’y ai vu un signe de l’univers m’encourageant dans cette voie ! 🙂

De quoi parle donc ce texte ? Voici la présentation qui en est faite dans la revue :

Sur Eta Cassiopeiae IV, Josh, un ancien militaire devenu mercenaire, se retrouve en bien mauvaise posture. Avec son cadre à première vue militariste, Étoiles solidaires nous emmène pourtant sur des sentiers inattendus et rarement empruntés. On y découvre les images dépaysantes d’un environnement pourtant hostile, la ténacité des personnages et les liens émouvants qui se nouent entre eux.

Étoiles solidaires est un texte qui me tient à coeur, et je suis d’autant plus heureuse de le voir partager le sommaire avec de belles plumes comme Émilie Querbalec, Dominique Lémuri ou encore Charlotte Bona.

Voici le sommaire des nouvelles figurant dans ce numéro :

  • Glitchovsky de Léa Fizzala
  • Autre monde de Jean-François Chaussier
  • Étoiles Solidaires de Magali Lefebvre
  • Code-barres de Pierre Gévart
  • Téracoaster de Dominique Lémuri
  • Sutures de Xavier Watillon
  • Floraisons de Emilie Querbalec

NOUVELLES, SECONDS ACCESSITS PRIX ALAIN LE BUSSY

  • Origine de Luc Malaval
  • Un Noël pas comme les autres de Neige Barry
  • Gabrova, du « P.A.N » au crime de Louis Haentjens
  • Sous le soleil de Charlotte Bona
  • ʞk de Brice et Romain Le Roux
  • Stan de Odile Thibaud

Le numéro propose également un entretien avec Émilie Querbalec, ainsi que plusieurs articles. Vous pouvez retrouver le sommaire complet ici.

Géante Rouge, numéro 29, 2021, 11 euros (format papier) ou 4,90 euros (format numérique) (cliquer ici pour le commander)

Le Chant des Ronces, Leigh Bardugo

Quatrième de couverture

Si l’amour s’exprime avec des fleurs, la vérité exige des épines.

Six contes où règnent passion, trahison et vengeance.

Mon avis

C’est une collègue qui m’a recommandé ce recueil de Leigh Bardugo. Je serai probablement passée à côté, sans cela, et ç’aurait été bien dommage !

Le Chant des Ronces est un recueil de contes situés dans l’univers Grisha – cet univers qui rassemble la trilogie Grisha, la duologie Six of Crows et King of Scars – mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu ces romans pour savourer ces contes, à mon sens.

Leigh Bardugo nous propose ici six histoires, six contes de son cru, teintés de noirceur, et où l’on devine, en filigrane, les contes classiques et les légendes qui l’ont inspirée. Six contes riches en retournements de situation et en révélations – j’ai beau être une férue de contes, je me suis faite souvent avoir et n’ai pas vu venir certaines révélations ! 😅

Leigh Bardugo s’est approprié tout ce terreau pour créer ses propres récits, originaux et fort bien écrits ! On retrouve ainsi des références au Minotaure (Ayama et le Bois aux Épines), au Roman de Renart (Le Renard trop rusé), à Hansel et Gretel et au Petit bonhomme de pain d’épice (La Sorcière de Duva), à Casse-Noisette (Le Prince Soldat), à La petite sirène et la légende d’Ys (Quand l’eau chantait le feu).

Illustration pleine page du conte Ayama et le Bois aux Épines par Sara Kipin

Mais si l’on discerne, entre les lignes, ces contes originaux, Leigh Bardugo nous en propose une vision toute personnelle. Une vision où les héroïnes se détachent des rôles trop étriqués qu’on leur propose, où les sorcières ne sont pas aussi maléfiques qu’on le pense, où les rois sont peu regardant envers les désirs de leurs proches, où les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit et où les véritables valeurs sont récompensées. Une vision nuancée, qui offre toute une palette d’émotion et de teintes à ces récits. Autant le dire, j’ai été séduite à chaque page ! 🙂

Outre le fond, la plume de l’autrice étant toujours aussi belle, la forme est superbe : une frise illustrée se déploie au fil des pages, pour s’achever sur une magnifique illustration pleine page, toutes signées Sara Kipin ! Quant à la couverture, l’illustration en tête d’article rend malheureusement très mal l’effet de la couverture reliée, avec ses reflets métalliques au niveau du titre et des éléments figurant dans chaque coin.

Le Chant des Ronces est donc un régal tant pour les yeux que pour l’esprit et ravira autant les amateurs de contes revisités que ceux de la plume de l’autrice. Et comme les contes d’antan, ils ne sont pas à mettre entre toutes les mains : à réserver pour un public Jeune adulte ou Adulte !

Éditions Milan, 2018, 288 pages

La Mélodie des Limbes, Nina Gorlier

Quatrième de couverture

« Comment vivre sans rêver ? »

Elisabeth Branwen souffre depuis longtemps d’un vide dans le cœur qu’elle ne parvient pas à nommer. Ses proches la trouvent fantasque et réservée, le médecin de famille s’inquiète de sa santé mentale. Seul son ami imaginaire, Frederik, un être aveugle, mi-homme mi-corbeau, adoucit ses peines. La jeune-fille le rejoint chaque nuit : capable de faire des rêves lucides, elle se réfugie dans les songes pour fuir cette réalité qui ne lui correspond pas.

Son monde bascule le jour où elle croise le chemin de l’Entrepasseur, l’étrange entité qui régit le monde onirique. Son défi est implacable : elle a sept jours pour trouver trois clés qui la mèneront au plus profond de ce royaume. Si elle ne réussit pas avant le temps imparti, Frederik devra mourir.

Dans ce royaume à l’automne éternel, à qui pourra-t-elle se fier ? Confrontée au jeu cruel de l’Entrepasseur, Elisabeth devra faire un choix : renoncer au confort de ses rêves ou prendre le risque de rester à jamais prisonnière de ces Limbes.

Mon avis

Il est des livres si puissants, émotionnellement, que lorsqu’on les a refermés et qu’on tente de lire un autre roman, peu importe notre choix, ceux-ci nous paraissent fades. Si je suis une lectrice sensible, que des histoires qui m’emportent et me remuent, j’en connais beaucoup, rares sont pourtant les livres qui m’ont à ce point bouleversée que les larmes ont coulé. La Mélodie de Limbes de Nina Gorlier fait partie de ces livres.

Il s’agit du second roman de cette autrice, paru aux éditions Magic Mirror qui est spécialisé dans les réécritures de contes – une thématique qui me plaît beaucoup ! Son roman précédent, et son premier, ne m’avait pas convaincue car on sentait encore la jeunesse de sa plume. Mais déjà, j’avais décelé, à l’originalité et la fraîcheur de sa revisite d’un conte célèbre, un grand potentiel chez cette autrice. J’ai donc surveillé ses parutions, et précommandé son nouveau titre : La Mélodie des Limbes.

Elisabeth, quatorze ans, est incomprise de son entourage. Perdue dans un monde onirique, où elle rencontre Frederik, mi-homme mi-corbeau, que tous lui disent être son ami imaginaire, elle se refuse à le considérer comme tel. Mais quand elle rencontre l’Entrepasseur, étrange et terrifiante fillette, qui lui annonce qu’elle n’a que sept jours pour trouver trois clés et ainsi libérer Frederik, tout bascule. Car si elle échoue, Frederik mourra. Et cela, Elisabeth ne peut le supporter. Elle se lance alors dans une quête désespérée, dans un royaume onirique où l’automne ne meurt jamais et où rien n’est ce qu’il paraît.

Le roman revisite le conte des Sept corbeaux des frères Grimm. Je l’avais lu il y a fort longtemps, et ne m’en rappelait guère, mais les éditions Magic Mirror insèrent toujours le conte originel à la fin. Je l’ai lu deux fois : une première avant d’entamer le récit de Nina Gorlier, afin de me remettre l’histoire en mémoire, et une seconde à la fin, ce qui m’a permis de voir comment l’autrice a su réutiliser chacun de ses éléments, de façon fine et poétique.

Le Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich

Elisabeth possède une personnalité atypique. Elle n’est pas nommée et, n’étant pas spécialiste en la matière, je me garderai bien de tenter de lui attribuer une étiquette. Mais j’ai trouvé agréable de suivre les aventures d’une héroïne neuroatypique. Elle est attachante, d’autant que les liens qu’elle possède avec sa famille comme Frederik sont forts et qu’elle est prête à tout pour ce dernier.

La plume de Nina Gorlier a gagné en maîtrise et coule désormais sans accroc. Elle forme une mélodie qui nous emporte, avec délicatesse et poésie, dans ce monde onirique où se perd Elisabeth. C’était presque comme si je pouvais percevoir le son de la flûte, instrument si cher au coeur d’Elisabeth ! De fait, le récit, empreint d’une ambiance automnale, se déploie comme un morceau de musique. Ses notes s’égrènent et nous emportent, aux côtés d’Elisabeth qui tente le tout pour le tout pour sauver Frederik des griffes de la mort. Une musique qui touche et envoûte, puisque c’était au point où, même quand je posais l’ouvrage pour vaquer à mes occupations, une partie de mon esprit restait perdu, là-bas, dans cet univers onirique où s’aventurait Elisabeth.

Le récit réutilise les éléments du conte de façon intelligente et poétique, jouant avec les symboles, et j’ai beaucoup aimé également les références artistiques qui parsèment le récit. L’atmosphère, très automnale, sied parfaitement pour une lecture de saison.

Comme vous le savez, je suis autrice. Et je sais que, quoi qu’on fasse, on met toujours un bout de soi dans nos textes. Dans La Mélodie des Limbes, Nina Gorlier a mis beaucoup plus que cela. Elle y a mis toute son âme, elle y dévoile, avec des mots d’une poésie déchirante, l’épreuve qu’elle a traversée et qui se devine, entre les lignes. Cela renforce l’émotion déjà présente. Ainsi, certains passages m’ont serré le coeur, avant la partie finale, où l’émotion monte et monte, comme les larmes. Le roman est si poignant, qu’il est difficile, après pareille lecture, de retrouver le cours de son quotidien comme avant !

Parfait équilibre entre conte poétique, onirique et récit émouvant ; entre délicatesse et force des émotions ; entre récit personnel et histoire à la portée universelle, La Mélodie des Limbes permet à Nina Gorlier de dévoiler tout son talent.

Une chose est sûre, je vais continuer à la suivre de près !

Éditions Magic Mirror, 2021, 277 pages

Point Plume – Novembre

Photo CC0 by Clark Young via Unsplash

Après un mois d’octobre consacré au repos, convalescence oblige, j’étais très motivée pour reprendre l’écriture en Novembre, d’autant plus que c’est le mois du NaNoWriMo – un défi international qui consiste à écrire 50 000 mots en un mois, soit l’équivalent d’un court roman ! Défi que j’ai relevé 6 fois (en comptant cette année), mais je n’ai franchi le cap des 50 000 mots que 2 fois.

Car le NaNo, je le vois comme un mois où l’émulation provoquée par tous ces auteurs et toutes ces autrices en pleine écriture nous donne de l’élan, mais pas comme une obligation, ni une contrainte. Et c’est une position que je soigne d’autant plus depuis ma terrible crise créative de 2019. Peu importe qu’on atteigne ou non les 50 000 mots, chaque mot écrit est une belle avancée.

En 2020, j’avais explosé tous mes records avec Bad Queen, ce roman qui tient une place tellement à part tant dans mon parcours d’autrice que personnel (il paraîtra fin 2022, ça me semble tellement loin !).

Qu’en est-il donc de cette année ?

Écriture

J’avais l’intention de boucler le tome 2 de Bérénice Libretti au cours de ce NaNo, d’autant que le tome 1 était le produit de mon premier NaNo réussi 🙂

Mais c’était sans compter sur l’IRL… Alors que j’étais bien partie, novembre s’est avéré, sur le plan personnel, un mois pourri. Sérieusement, quasiment chaque semaine, une mauvaise nouvelle tombait. Ce n’était pas toujours facile à gérer émotionnellement, alors j’ai levé le pied sur l’écriture.

Sur un plan plus positif, novembre a été aussi le mois des dernières relectures du tome 1 de Bérénice Libretti, ce qui m’a bien occupée ! 🙂

J’ai donc terminé le NaNo avec 14 046 mots ajoutés au tome 2 – et avec tout ça, je suis à peine à la moitié ^^ »

Mais je suis tout de même heureuse de ce bilan, car en choisissant de me ménager, j’ai maintenu intact le plaisir d’écrire, et c’est l’essentiel !

Prévisions pour décembre

Décembre, c’est le mois de la sortie du tome 1 de Bérénice Libretti, que j’ai eu la surprise et la joie de voir figurer dans la sélection d’ActuSF des sorties numériques de décembre ! Il paraîtra le 17 décembre au format numérique et le 20 décembre au format papier. Je vous préparerai donc un article pour l’occasion 😉

Mais si vous avez l’occasion de passer du côté de Langeais le 11 décembre, vous pourrez mettre la main sur le roman en avant-première, et avec une dédicace 🙂

Côté écriture, je compte boucler mon tome 2 ce mois-ci. La motivation est là, décembre s’annonce un mois positif, en contrepied de novembre, et les premiers retours enthousiastes du tome 1 me donnent un élan supplémentaire pour que l’attente entre les 2 tomes soit la plus courte possible ! 🙂

Et vous, comment s’est passé votre mois de novembre ?

Circé, Madeline Miller

Quatrième de couverture

Fruit des amours d’un dieu et d’une mortelle, Circé la nymphe grandit parmi les divinités de l’Olympe. Mais son caractère étonne. Détonne. On la dit sorcière, parce qu’elle aime changer les choses. Plus humaine que céleste, parce qu’elle est sensible. En l’exilant sur une île déserte, comme le fut jadis Prométhée pour avoir trop aimé les hommes, ses pairs ne lui ont-ils pas plutôt rendu service ? Là, l’immortelle peut choisir qui elle est. Demi-déesse, certes, mais femme avant tout. Puissante, libre, amoureuse…

Mon avis

TW : viol

La figure de la sorcière me fascine depuis de nombreuses années, mais jusqu’à il y a peu, rares étaient les romans que j’ai lus qui abordaient ce sujet de façon intéressante, à mes yeux. Ces dernières années, et pour mon plus grand plaisir, la sorcière est revenue en force sur le devant de la scène, et pas seulement littéraire ! S’il y a, comme souvent lorsque un thème devient récurrent, des reprises mercantiles sans âme, il y a cependant des chef-d’oeuvre qui s’approprient avec brio cette figure.

C’est le cas de Circé de Madeline Miller. Circé, l’enchanteresse qui, dans l’Odyssée d’Homère, change les hommes d’Ulysse en pourceaux, avant de nouer une relation amoureuse avec le célèbre héros aux milles ruses. Circé, l’une des plus anciennes des sorcières – ainsi que l’a dépeinte Julie Proust Tanguy, dans la partie consacrée à l’Antiquité de son ouvrage Sorcières !, ouvrage que je vous recommande vivement. Circé, si ambivalente, et pourtant si fascinante !

Mais le roman de Madeline Miller ne s’attache pas qu’à ce célèbre épisode de l’Odyssée comme de la vie de Circé. Elle nous dépeint sa vie, depuis sa naissance, jusqu’à, après une lente et longue évolution, la présenter face à un choix majeur.

Circé (enchanteresse) par Edmund Dulac

Outre ma fascination pour la figure de la sorcière, je suis aussi férue de mythologie. Autant dire qu’avec Circé, j’en ai eu largement pour mon comptant ! 🙂 Madeline Miller a une solide culture antique – elle enseigne d’ailleurs le latin, après avoir suivi un cursus de latin et de grec ancien. Tout en respectant les éléments connus du mythe de Circé comme de sa généalogie divine – Circé est fille d’Hélios, le Soleil, et de Persé, une Océanide – Madeline Miller tisse sa propre trame à partir de ces mythes, plus ou moins connus. Ainsi, outre les fameux épisodes avec Ulysse, Scylla et Glaucos, on retrouvera le Minotaure, Dédale, et bien d’autres. Un régal !

Certains détails, d’ailleurs, je les ai découverts grâce à ce roman. J’ai beau connaître la mythologie, je n’en ai pas forcément toutes les parties en tête ! J’ai aimé découvrir ces éléments, ces petits détails, au point d’ailleurs que j’allais régulièrement compulser mes livres sur le sujet pour explorer davantage les dits-détails, même si Madeline Miller les aborde également. Une sorte de retour aux sources, si vous voulez ! ^^

De sa plume à la fois fluide et poétique, Madeline Miller nous peint, au fil des siècles qui s’écoulent en un instant pour Circé, l’immortelle, le portrait d’une femme née déesse mais au coeur de mortelle. Une femme qui, dès la prime jeunesse, ne se sent pas à sa place dans le palais de son père.

Circe Invidiosa par John William Waterhouse

Certaines parties du récit pourraient paraître s’étirer en longueur mais, à mes yeux, elles ne font que refléter le positionnement de l’héroïne, qui est ballottée par les événements et ne prend pleinement en mains son pouvoir que tardivement. J’ai aimé, d’ailleurs, que l’autrice choisisse de ne pas faire de Circé une femme sûre d’elle dès le départ. Cela la rendait plus nuancée, plus imparfaite. Plus humaine. Cela lui donnait l’espace de s’affirmer et d’évoluer.

Son évolution, tout au long du livre, est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt du roman, en plus des différents épisodes de la mythologie réinterprétés par Madeline Miller. De femme passive, elle finit par prendre en main son destin. Ses connaissances magiques – basées sur ses connaissances des plantes – s’affûtent à mesure que son assurance grandit.

Le seul bémol que j’aurais à apporter à ce roman, que j’ai adoré malgré tout, reste le trope du viol dans lequel est tombée l’autrice. Fallait-il vraiment user de ce poncif pour justifier les actions de Circé ? Il ne s’agit certes que d’un paragraphe sur toute l’histoire, mais à mon sens, cet épisode était tout à fait inutile pour expliquer la volonté de Circé de transformer les hommes en pourceaux. Avant même l’agression, leur simple attitude à la fois méprisante et concupiscante, de même que le traitement dont avait fait l’objet Circé auparavant (le fameux double standard, là où Circé est condamnée à l’exil pour sa sorcellerie, son frère Æétès ne l’est pas), comme les maltraitances de sa famille, en particulier son père, tout cela suffisait amplement à provoquer ce choix.

Circe offrant la coupe à Ulysse par John William Waterhouse

Le premier quart du roman pose également la question du pouvoir, de façon très subtile. Et, en ce sens, le double standard entre Circé et Æétès souligne bien comment, quand une femme use du même pouvoir qu’un homme, celle-ci est punie mais pas lui. Parce qu’elle ose se saisir d’une puissance, loin de la place où la société voudrait que son sexe la cantonne. J’ai apprécié que cette thématique soit abordée, tout comme le fait que Madeline Miller pose la problématique créé par des longévités différentes – entre les dieux, pour qui les millénaires ne sont que des heures, et les mortels avec qui ils usent comme de jouets, si éphémères et si fragiles, comment tisser son destin pour Circé, déesse qui s’attache à des mortels ?

On n’est donc pas loin du coup de coeur, pour ce roman, seul le trope du viol l’en prive. Car hormis ce bémol, je me suis vraiment régalée à lire Circé ! Au point, d’ailleurs, que je ne vais pas tarder à lire son autre roman mythologique, Le Chant d’Achille, consacré quant à lui au célèbre guerrier et à son amant Patrocle. J’ignore si un troisième roman est en préparation (il s’est écoulé 7 ans entre les deux parutions, et Le Chant d’Achille lui a pris 10 ans de rédaction), mais une chose est sûre, je surveillerai sa prochaine sortie de très près ! 🙂

Vous aurez noté que cette chronique est agrémentée de plusieurs portraits de Circé. Quand je vous disais en ouverture que la figure de la sorcière figurait parmi mes préférées, je ne vous avais pas dit une chose : dans mes cinq sorcières favorites, figure justement Circé ! 😉

Esquisse de Circé par John William Waterhouse

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, menu Automne frissonnant, catégorie Double, double toil and trouble.

Éditions Pocket, 571 pages, 2019