Iron Widow t. 1, Xiran Jay Zhao

Quatrième de couverture

Les frontières d’Huaxia sont défendues par les Chrysalides, gigantesques machines pilotées par les énergies psychiques combinées d’un homme et de sa concubine. Hélas ! les combats sont violents, et si les hommes en réchappent, les femmes sont presque toujours sacrifiées.

Malgré cela, Zetian s’engage dans l’armée. Son objectif ? Venger sa sœur en tuant le pilote responsable de sa mort.

Sortie victorieuse de l’affrontement grâce à sa force psychique exceptionnelle, Zetian devient alors Veuve de Fer et rejoint l’élite des combattants. Elle sera dès lors associée à Li Shimin, le pilote le plus dangereux et controversé d’Huaxia.

Bien décidée à rester en vie, Zetian compte profiter de son nouveau statut pour lutter contre le système patriarcal qui régit la société. Elle s’en fait la promesse : dorénavant, les jeunes femmes ne seront plus sacrifiées…

Mon avis

Voici enfin mon retour de lecture sur ce roman que j’ai lu en avril (il était temps !). Iron Widow est un roman de science-fiction Young Adult. C’est aussi un premier tome, même si rien ne l’indiquait dans le livre… et vu le cliffhanger à la fin, ç’aurait été bien que l’éditeur le signale au moins en page de titre (oui, je grogne d’emblée, mais je suis fatiguée de ces séries qui ne sont pas annoncées comme telles).

De quoi parle Iron Widow ? Dans un univers futuriste inspiré de la culture chinoise, Zetian est une jeune fille pauvre, qui a eu les pieds mutilés et bandés. Sa soeur est morte lors d’un combat contre les Hunduns, drainée de son énergie vitale par son copilote (les humains combattent à bord de Chrysalides, des mechas qu’ils pilotent à l’aide de leur qi). Depuis, Zetian ne rêve que d’une chose : venger sa soeur !

Présenté dans la communication comme un roman inspiré de la vie de l’impératrice Wu Zetian, autant vous le dire de suite : cela n’a rien, strictement rien, d’une biographie romancée ! Le roman ne ment pas dans le sens où il s’ouvre sur un paragraphe indiquant que Xiran Jay Zhao s’est librement inspiré de la figure historique, mais en aucun cas ne souhaitait en dresser une fiction historique (même placée dans un contexte SF). De fait, hormis le nom de l’héroïne et son caractère, il n’y a guère de points communs avec Wu Zetian. Je trouve donc que le fait que la maison d’édition ait accentué cet aspect un peu mensonger…

Je ne sais que penser de ce roman. J’en ai aimé plusieurs aspects, mais d’autres m’ont déplu. Parmi les points positifs, Iron Widow est, très clairement, un roman féministe bourrin. L’héroïne est à la fois badass et dotée d’une morale douteuse, on peut même parler d’anti-héroïne à ce stade ! Narratrice interne du récit, ses saillies régulières contre la société patriarcale sont tout simplement jouissives.

J’ai beaucoup aimé aussi l’originalité avec laquelle Xiran Jay Zhao aborde le cliché YA du triangle amoureux. C’était rafraîchissant à lire ! De même, la réflexion sur le genre fait partie des thématiques que j’ai appréciées, d’autant qu’elle est abordée de façon plutôt fine.

L’univers m’a plu par son mélange de culture chinoise futuriste et traditionnelle : le fait que les pilotes de Chrysalides se connectent à celles-ci via l’acupuncture, par exemple. D’ailleurs, moi qui ne suis pas très mechas habituellement, j’ai adoré leur présence dans le roman, très bien posée !

Côté rythme, c’était un peu en dents de scie, mais la fin a clairement rattrapé les coups de mou de l’intrigue avec son action échevelée et son cliffhanger qui m’a laissée bouche bée !

Hélas, il y a autant de choses qui m’ont déplu dans Iron Widow… Pour un roman qui se dit féministe, et qui, de fait, possède des réflexions qui le sont, je trouve qu’il manque singulièrement de sororité. Zetian n’a aucune pitié pour les autres femmes, sous prétexte qu’elles perpétuent une tradition sexiste, n’hésitant pas à les sacrifier. Pour la solidarité féminine, on repassera.

La caractérisation des personnages est faible dans l’ensemble, les personnages secondaires (en dehors de ceux évoluant dans le triangle amoureux) étant carrément caricaturaux. Et puisqu’on parle des relations romantiques, j’ai regretté qu’elles évoluent par à-coups, de façon trop peu naturelle pour que je me laisse véritablement emporter. Le traitement original du triangle amoureux ne suffit pas, encore faut-il un vrai souffle, des émotions… que je n’ai pas éprouvées.

Dernier point négatif : le wordlbuilding flou. Il me manquait des détails, sur cet univers, pour pouvoir pleinement l’appréhender.

En résumé, un constat mitigé. Il y a eu des passages que j’ai adoré, d’autres que j’ai lu en levant les yeux au ciel. Je n’ai pas détesté, mais je n’ai pas vraiment aimé non plus. Je lirai tout de même la suite (parce que ce n’est pas possible de nous laisser sur un suspense pareil !), mais je l’emprunterai à ma bibliothèque, comme je l’ai fait pour ce premier tome. Somme tout, je suis déçue, car Iron Widow était prometteur, mais il a trop de défaut pour remplir les promesses attendues. Cela reste une lecture pas désagréable, avec un côté bourrin qui m’a bien plu, même si j’aurais aimé plus de nuances dans la personnalité de l’héroïne.

Éditions La Martinière Jeunesse, 461 pages, 2022

Retrouvez d’autres avis sur Iron Widow : Light and Smell, Miss Chatterton, La Page et le Mot ont adoré, Ma Lecturothèque a moins aimé et L’ours inculte pas du tout.

Apostasie : une intégrale illustrée

Les éditions du Chat Noir proposent depuis peu une campagne Ulule, dont l’objet n’est autre qu’une splendide édition illustrée du roman Apostasie de Vincent Tassy.

Il s’agira d’ailleurs d’une intégrale, puisque l’ouvrage rassemblera le roman sus-cité et le roman Loin de lui le soleil, préquelle à Apostasie. Deux textes gothiques, narrés par la plume sublime de Vincent Tassy. Deux textes que je n’avais pas encore lu de cet auteur, dont j’ai adoré Comment le dire à la nuit et Diamants (eux aussi appartenant au genre gothique).

Autre particularité de ce projet, il s’agira d’une belle édition illustrée par Mina M. La douceur mélancolique de ses oeuvres viendront épouser la prose poétique et sombre de Vincent Tassy.

Plusieurs goodies sont également proposés, comme de splendides marques-pages et affiche, l’occasion de prendre en packs les autres oeuvres des deux artistes ou encore celle de profiter des derniers exemplaires d’une autre série de livres gothiques, Les larmes rouges de Georgia Caldera, dans leur version collector illustrée.

Entre un auteur dont j’apprécie énormément la plume et une illustratrice dont j’adore le travail, c’est un projet qui m’enchante et j’ai hâte de découvre le superbe livre que nous concoctent les éditions du Chat Noir !

Si vous aimez les récits gothiques et les beaux ouvrages, je ne peux que vous encourager à jeter un oeil à la campagne Ulule et à la soutenir !

Pic de Sel, Marion B.

Quatrième de couverture

« Que nous est-il arrivé ?

Je ne sens plus l’odeur de la mer. Le temps se fige. La nuit me caresse d’angoisse, et je me pétrifie d’effroi à l’idée de la voir dans le noir…

Le village de Pic de Sel est maudit ; le mal de la Corbelle s’insinue dans mes veines, tapi entre mes os. Il me ronge comme il les a rongés… »

Mon avis

Attirée par le style artistique de Marion B. comme par la promesse d’histoires du genre littéraire fantastique, je me suis laissée tenter par son roman graphique, Pic de Sel.

A travers plusieurs récits, Marion B. nous peint, par petites touches, la ville maudite de Pic de Sel. Une ville hantée par les fantômes, les esprits et autres créatures évanescentes mais aux sombres desseins… à moins que les plus dangereuses créatures ne soient autres que les désirs obsessionnels de ses habitants.

Car des êtres surnaturels qui hantent les lieux ou des habitants très humains, la frontière entre les monstres est floue. Il y a cette sculptrice, amoureuse de son oeuvre au point de dérober le bien-aimé d’une autre pour lui permettre de prendre vie ; ce maire obsédé par l’or ; ce père violent… mais il y a aussi la Mort qui rôde ; un étang qui, non content de noyer ses victimes, en efface jusqu’au souvenir chez ceux qui leur survivent ; une sirène qui dévie un gardien de phare de son devoir…

Par fragments se dessine ainsi la cartographie de Pic de Sel comme de ses habitants, les récits s’entrecroisent, et aboutissent au journal intime du fossoyeur, point focal de toutes ces histoires, lui qui a enterré tous ceux que l’on a vu périr, au fil des pages. Lui qui ne peut pas non plus fuir ce qui hante le village. Sa malédiction.

Les récits m’ont rappelé les nouvelles fantastiques du XIXe siècle, en plus concis. Marion B. esquisse ses personnages, qui ne sont parfois même pas nommés. Elle s’attache surtout à créer une ambiance, une atmosphère à la fois sombre et mélancolique, et s’y réussit !

Le texte est sublimé par ses illustrations en noir et blanc, à la fois douces et tristes, reflets de ces histoires qui racontent, par petites touches, le destin cruel des habitants de Pic de Sel.

Un roman graphique à l’image de sa couverture, tout en nuances de noir et blanc, de frissons et de mélancolie.

Éditions Noir d’Absinthe, 98 pages, 2020

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Rêvasser, catégorie Fantasmagories.

Miranda, Nina Gorlier

Quatrième de couverture

Sur un terrain désolé, comme à l’écart du monde, s’érige une maison. Une vieille bâtisse inquiétante. Pour la seule occupante des lieux, Miranda, cette demeure représente tout ce qu’elle a toujours connu. Fantasque et romanesque, rêveuse et réservée, l’adolescente tue le temps et la solitude.

Jusqu’au jour où d’autres arrivants prennent possession de la maison… Cette famille laisse la jeune fille dans un désintérêt relatif – à l’exception d’Allen, le fils du couple Stanford. Malgré l’indifférence du nouveau venu, Miranda sent éclore en elle des sentiments inconnus, aussi volcaniques qu’obsédants.

Mais entre Allen et elle s’érigent le poids du passé, la méfiance d’une rivale et la présence d’un monstre qui rôde sans cesse autour d’elle. Peu importe : pour écrire l’histoire dont elle rêve et tromper sa solitude, Miranda est prête à tout…

Mon avis

J’avais déjà été séduite par les réécritures de contes de Nina Gorlier, aussi, quand j’ai appris qu’elle sortait une novella fantastique, ai-je été curieuse de découvrir sa plume dans ce nouveau registre. Sitôt récupéré aux Imaginales, où il était disponible en avant-première, sitôt lu le soir même ! L’avantage du format novella, qui se lit en une poignée d’heures.

Miranda hante sa maison, esseulée. Lorsque Allen emménage avec sa famille, elle se prend tout de suite d’intérêt pour le garçon. Un intérêt qui tourne rapidement à l’obsession malsaine…

Ayant lu beaucoup d’histoires de fantômes, Miranda ne m’aura pas surprise par son intrigue : j’avais deviné bien des choses dès le début. Mais ce n’est pas un reproche, car pour moi, une bonne histoire de fantôme, c’est avant tout une histoire d’ambiance !

Sur le canevas classique du récit fantomatique, Nina Gorlier tisse son propre motif. Que l’on devine ou non les événements à l’avance n’a au fond pas d’importance, l’intérêt de cette novella réside bel et bien dans son ambiance.

Au fil des pages, l’autrice instaure en effet une atmosphère oppressante, comme si les murs de la maison se resserraient lentement autour de nous. La présence envahissante de Miranda finit par déborder des pages, au point de laisser un sentiment de malaise, même une fois le livre refermé.

La présence récurrente de certains motifs – les fleurs séchées, les éléments organiques en décomposition – souligne l’une des thématiques du récit, à savoir le refus de Miranda d’admettre sa condition et son tempérament amoureux obsessionnel. J’ai aimé ce réseau symbolique, présent en filigrane, qui apportait de la solidité au texte.

Si certains retournements de situation sont somme toute classiques (comme je le disais, j’ai trop lu et vu d’histoires de fantômes pour me laisser encore surprendre), le sentiment de claustration qui naît à la lecture de ce huis clos, de même que le malaise né du comportement voyeur de Miranda, font de cette novella un récit fantastique réussi, propice aux frissons.

Une bonne histoire de fantôme, donc, que je relirai très certainement aux alentours d’Halloween !

Éditions du Chat Noir, 2022, pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Cauchemarder, catégorie Hantise.

Lullaby, Cécile Guillot

Quatrième de couverture

États-Unis, années 20.

Hazel aime écrire des histoires horrifiques et rêve de devenir écrivain. Son coeur bat pour sa jolie voisine, Blanche. Mais quand ses parents découvrent ses diverses inclinations, ils s’en indignent et décident de la faire interner à Montrose Asylum.

Là-bas, elle découvre la fougueuse Jo et la fragile Lulla. Toutes les trois vont suivre la mystérieuse berceuse qui s’élève la nuit, les menant au sein d’un jardin abandonné…

Mon avis

Lullaby est l’un des premiers titres parus dans la collection F.nigripes des éditions du Chat Noir, une collection dédiée au format novella. C’est un format que j’apprécie, car parfois je manque de temps ou d’énergie pour m’aventurer dans un roman.

Hazel aime écrire des histoires d’horreur et éprouve des sentiments amoureux pour la fille de sa voisine. Nous sommes dans les années 20, aux États-Unis, et ce comportement lui vaut d’être internée. Hazel découvre des patientes qui, comme elle, ont été placées là par des familles ou des maris désireux de se débarrasser de femmes qui refusent de rentrer dans la case imposée. La nuit, une berceuse résonne dans les couloirs. En la suivant, Hazel découvre un étrange jardin… Rêve ou réalité ?

En quelques pages, Cécile Guillot brosse un récit onirique, souligné de thèmes profonds : les traitements des patients d’asile, l’internement injustifié, la place des femmes dans la société de l’époque… La situation dépeinte est d’autant plus horrible qu’on sait qu’elle est basée sur une réalité historique (une note en fin d’ouvrage explicite d’ailleurs les faits et donne quelques pistes bibliographiques).

Mais la plume de Cécile Guillot, douce et poétique, aborde ces thèmes d’une façon qui nous permet de les deviner. L’horreur avance tapie, nous n’y sommes pas confrontés de front. Étant sensible, j’ai apprécié la manière dont l’autrice ne cache pas la vérité, sans pour autant nous l’asséner avec brutalité. Non, comme dans un rêve qui met mal à l’aise, tout est teinté d’onirisme et narré avec délicatesse. Une délicatesse qui ne retire rien à la force des thématiques traitées, bien au contraire, le contraste entre cette douce plume et l’horreur que l’on perçoit n’en est que plus fort, soulignant l’une comme l’autre.

Le récit suit une mélodie envoûtante, comme une berceuse, et nous voilà pris dans ses rets, lorsqu’il va crescendo. Jusqu’au final. C’est une novella à lire d’une traite, pour mieux ressentir cet effet (ce que son format permet, je l’ai lue en une heure !), et qui s’inscrit parfaitement dans le genre fantastique, teinté d’onirisime.

Le motif du jardin et des papillons reviennent régulièrement, émaillant le récit de leur détail, que ce soit dans l’histoire ou, de façon plus palpable, en illustration sur les pages. Des petits détails symboliques – on peut voir dans la récurrence du jardin l’image du jardin secret, de la psyché de Hazel, et dans celle du papillon de nuit la métamorphose…

Plusieurs extraits de poésies de Renée Vivien ponctuent le récit. Ils m’ont donné envie d’en lire d’autres de cette poétesse, que je ne connaissais que de nom.

En résumé, une lecture que j’ai beaucoup appréciée !

Éditions du Chat Noir, 2021, pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone et valide la catégorie Monde idéal du menu Idéaliser.

Retrouvez d’autres avis sur Lullaby : Léna Au Puits des Mots, Zoé Prends la Plume, Ombres Bones, Livraisons littéraires