Publié dans Livre jeu

Sator Arepo Tenet Opera Rotas

Présentation de l’éditeur

Le Puits des Pécheurs de l’antique bibliothèque cache en son sein des textes sacrés et hérétiques d’une valeur inestimable. Chaque livre a un emplacement précis et a été rangé selon des rituels dont le but est d’empêcher les forces du mal de s’échapper du Puits. Seul le Conservateur connaît la position exacte de chacun des volumes, car il est le seul à avoir accès aux secrets du « Sator ». Sator Arepo Tenet Opera Rotas est le sceau du Puits des Pécheurs…

Mais la force du vieux Conservateur se fait moindre et le vent des condamnés a éparpillé les volumes qui composent le « Sator » aux quatre coins du labyrinthe. Le Conservateur a donc confié à ses 4 Acolytes la tâche de récupérer les livres sacrés qui ont été dispersés. Le premier qui réussira à les retrouver deviendra le nouveau Conservateur !

Une course passionnante contre le temps : pour battre ses adversaires, il faut modifier, à son propre avantage, les passerelles et ponts mobiles suspendus et enchevêtrés sur les abysses du labyrinthe…

Mon avis

Photographie personnelle
Photographie personnelle

Sator Arepo Tenet Opera Rotas. Derrière ce nom malaisé à retenir se cache, à l’origine, un carré magique. Mais Sator Arepo Tenet Opera Rotas (que j’appellerai Sator tout court dans le reste de l’article, ce sera plus simple ^^ ») c’est aussi un jeu de société ! Et c’est de ce dernier dont je vais vous parler aujourd’hui 😉

L’action se déroule dans une bibliothèque sise au-dessus d’un puits maudit. Des livres sacrés qui composent, ensemble, le « Sator », permettent aux forces maléfiques contenues dans le puits d’y rester. Mais le Conservateur se fait vieux, les volumes sont dispersés n’importe où dans la bibliothèque et les forces emprisonnées dans le Puits sont à deux doigts de s’échapper… l’un des Acolytes du Conservateur parviendra-t-il à retrouver les quatre volumes composant son « Sator » personnel, devenant ainsi Conservateur à la place de l’ancien ?

Voilà pour l’univers de Sator – et vous comprendrez d’office pourquoi il a sa place sur le blog ! 🙂 Pour ma part, et vu les illustrations qui les représentent, j’aurai parlé de Moines plutôt que d’Acolytes, mais enfin… Il est vrai qu’ils usent d’outils bien peu catholiques pour parvenir à leurs fins – des formules latines qui frôlent la sorcellerie, des gargouilles pour bloquer leurs adversaires… une vraie bataille pour obtenir le poste convoité de Conservateur ! (Dans la vraie vie, il suffit de passer un concours de la fonction publique pour devenir conservateur. Ce qui manque nettement de sel, il faut bien l’avouer…)

On installe d’abord le jeu avant de démarrer la partie : chaque joueur tire une carte au sort, indiquant où se trouve les quatre livres de sa couleur sur le plateau. Puis, chaque joueur dispose ses tuiles (des ponts suspendus faits de pierre, de bois, de marbre ou de fer), en suivant les règles édictées. De fait, aucune partie ne se ressemble vu que la disposition de départ change tant en fonction de la carte tirée que du nombre de joueurs.

Chaque joueur se voit attribuer un Moine (j’ai du mal avec le terme d’Acolyte) et un certain nombre de cartes Incertus Movet in Aere Sospeso (de leur petit nom Incertus Movet). Chaque joueur dispose également de cartes Liber Fidei (ils ont tous le même nombre de cartes de ce type, et les cartes sont identiques, hormis leurs couleurs), qu’ils ne pourront jouer qu’à partir du 2e tour. Et pour cause : si les cartes Incertus Movet permettent d’agir sur les ponts suspendus, les cartes Liber Fidei comporte des formules latines en forme de gros coup de pouce. On pourra ainsi, avec une carte Liber Fidei, faire apparaître une gargouille de pierre, déplacer des adversaires, ou encore marcher dans le vide tel Indiana Jones dans La Dernière Croisade.

Neque Animus Neque Corpus a Vobis Aberit !
Neque Animus Neque Corpus a Vobis Aberit !

Bien entendu, les mouvements permis par les cartes Incertus Movet respectent des règles précises (que certaines cartes Liber Fidei peuvent éventuellement contourner). À noter que le nombre de cartes Liber Fidei dans sa main ne peut dépasser le nombre de trois. L’usage des cartes Incertus Movet permet à chacun de se constituer des Points Mouvements. Pour une carte Incertus Movet jouée, le joueur peut avancer son Moine d’une case, et ainsi de suite. Mais ces cartes Incertus Movet ont toutes un coût (de même que les cartes Liber Fidei), indiqué par un petit engrenage. Or, chaque joueur dispose, à son tour, de 6 points d’action (correspondant aux engrenages), pas plus. À chacun de dépenser intelligemment ses points d’action afin d’être le premier à mettre la main sur ses livres sacrés !

On s’en doute, les autres joueurs ne vous laisseront pas gagner facilement. Déjà, ils recherchent aussi leurs propres livres sacrés et comme ces derniers ne sont pas forcément rangés près des vôtres, il se peut qu’ils démolissent votre joli chemin tout tracé en voulant créer le leur. Donc même involontairement, ils peuvent vous mettre leurs cannes dans vos pieds ! (Souvenez-vous, on incarne des moines vieillissants ^^)

Égarés dans la bibliothèque infernale... *air connu*
Quatre moines à la recherche de leurs livres perdus. (Photographie personnelle)

J’ai joué à 2 et à 4 joueurs à ce jeu et je dois dire que dans les deux cas, retrouver mes livres ne fut pas aisé ! Même si on ne cherche pas à embêter ses adversaires, on finit invariablement par lui couper le pont sous le pied (si je puis dire). Résultat : un plateau qui change constamment, des plans soigneusement élaborés qu’il faut revoir à chaque fois que revient son tour, et des livres sacrés qui, alors qu’ils semblaient si proches l’instant d’avant, se retrouvent séparés de notre pion Moine par un abysse infranchissable l’instant d’après.

Avec un tel pitch, on ne peut s’empêcher de penser au Nom de la Rose, et notamment au film qui a été tiré du roman éponyme d’Umberto Eco. Entre les moines incarnés par les joueurs, la bibliothèque qui recèle de sombres secrets, et le côté labyrinthique du plateau, il y a de quoi ! (Points de meurtres, cependant, ni de Sean Connery à l’horizon dans la partie. Et c’est heureux, on peine déjà suffisamment à courir (lentement) après nos livres !). Des joueurs ont également évoqué les escaliers mouvants de Poudlard, en raison des mouvements fréquents des ponts suspendus. De fait, le jeu pourra donc plaire au plus grand nombre ! 🙂

Une partie de Sator peut, d’après la boîte, durer entre 45 minutes et 1h. Mais entre le temps d’installation et l’assimilation des règles, puis selon le nombre de joueurs, la partie peut rapidement durer plus longtemps sans que l’on s’en rende compte – on est trop occupés à revoir comment se tracer un chemin vers le prochain livre après chaque coup de ses adversaires !

Joueurs jouant à Sator, illustration.
Sator version Grandeur Nature

Plus les joueurs se mettent dans la peau de leurs personnages, plus le jeu en devient drôle – personnellement, j’aime déclamer les formules latines des cartes Liber Fidei quand je les joue, façon incantation magique. Que les non-latinistes se rassurent, d’ailleurs, tout ce latin n’est là que pour soigner l’univers du jeu. Chaque carte montre par un dessin très clair l’action qu’elle permet et les cartes Liber Fidei disposent, en plus, de la traduction de leur formule et d’une explication supplémentaire dans le livret de règles. Il n’est donc pas obligatoire d’avoir pris des cours de latin pour prendre plaisir au jeu. C’est mon cas (je n’ai pas fait de latin) et je m’amuse follement à chaque fois ! 🙂 Dernière précision : bien qu’étant édité par un éditeur italien (qui s’appelle… Scribabs !), le livret de règles est en différentes langues, dont le français.

Ajoutez à ça que le design de la boîte la fait ressembler à un vieux manuscrit aux parchemins fripés et vous aurez un très chouette jeu pour amoureux des livres ! (ou pour tout amateur de jeux, d’ailleurs).

Sator est actuellement indisponible à la vente, sauf sur le marché de l’occasion, mais rassurez-vous : l’éditeur prévoit de le rééditer à la fin de l’année avec, en prime, une extension intitulée Malleus Maleficarum. Au menu de cette dernière : des cartes supplémentaires, de nouvelles règles et… un Moine Noir !

Un jeu de Federica Rinaldi et Enrico Pesce, éditions Scribabs, pour 2 à 4 joueurs, 2008.

Pour en savoir plus

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Biblios

BibliosPrésentation de l’éditeur

A la tête d’un monastère au Moyen Age, vous vous mesurez avec les autres monastères pour avoir la plus belle bibliothèque. Pour constituer votre collection, il vous faudra acquérir les pigments nécessaires à la confection des enluminures, recruter les meilleurs copistes et reproduire les œuvres les plus prisées. Pour cela, vous aurez à votre disposition une quantité d’or limitée. Toute l’astuce sera de vous séparer des éléments de votre collection au bon moment et de payer au plus juste les pièces qui rendront les autres envieux tout en composant avec les caprices des évêques pour parvenir à vos fins.

Mon avis

Dans la vie, je ne suis pas seulement une dingue de livres et de mots. J’aime aussi jouer. Alors quand certains jeux de société marient le jeu au livre (ou à l’élaboration d’histoires) inutile de dire que je suis ravie ! 🙂 De tels jeux ont donc leur place sur ce blog, et je vais commencer par Biblios, car sa thématique est bel et bien celle du livre.

Comme indiqué par la présentation de l’éditeur, dans Biblios le joueur incarne le moine qui s’occupe d’un scriptorium (nom du lieu où officiaient les moines copistes, avant l’arrivée de l’imprimerie). En concurrence avec d’autres scriptoria, il lui faudra réunir les ingrédients et le savoir-faire, puis produire les plus beaux ouvrages pour prétendre au titre de plus belle bibliothèque dans un domaine précis. Pour ce faire, le jeu utilise la mécanique des enchères, le tout à l’aide de cartes.

Il y a plusieurs types de cartes : les cartes Or, les cartes Église et les cartes de Catégorie (Pigments, Moines (les copistes), Grimoires Interdits, Livres sacrés et Manuscrits – à noter que ces deux derniers étant respectivement symbolisés par une icône « livre relié » et « rouleau », j’ai tendance à les renommer « codex » et « volumen« . Oui, je suis tatillonne ! ;)).

Le jeu se divise en deux phases : dons et enchères. Lors de la phase de don, le joueur pioche autant de cartes qu’il y a de joueurs plus une. Il choisit ensuite une carte pour lui, une qu’il placera dans la pile pour les enchères et les autres face visible pour que les autres joueurs se servent ensuite, en commençant par celui situé à gauche du joueur. À noter que les cartes Église sont jouées immédiatement – eh oui, l’Église gérant les monastères, elle fait la pluie et le beau temps sur le cours de certains ingrédients/savoir-faire/types de manuscrits.

Car il y a aussi des dés, placés sur le Scriptorium (nom de la zone de jeu où sont placés les dés). Ces dés donne le cours des Catégories – sachant que les joueurs concourent pour une ou plusieurs Catégories, il leur faut veiller à ce que la Catégorie qu’ils briguent aient un cours au beau fixe ! Et donc, la face la plus élevée possible du dé.

Une fois la phase de don terminée (quand il n’y a plus de cartes dans la pioche), place aux enchères ! Toutes les cartes qui ont été mises de côté par les joueurs lors de la phase de don sont mélangées puis dévoilées, une par une, et livrées aux enchères. Les cartes Catégorie et Église se monnayent avec de l’Or (forcément – on notera le soudoiement possible des ecclésiastiques ^^) tandis que les cartes Or se payent avec… des cartes, peu importe leur type, mais face cachée.

Lorsque la phase d’enchère est terminée, c’est l’heure des comptes ! Chaque joueur dévoile ses cartes Catégorie. Celui qui a le plus de points dans une Catégorie remporte le dé correspondant. Pour calculer ces points, on utilise les chiffres notés sur la carte ou, en cas d’égalité, voir le joueur qui a la lettre la plus proche du début de l’alphabet (noté sur la carte également). Celui qui a le plus de points au(x) dé(s) remporte la partie.

biblios_jeu

Biblios est un jeu passionnant par cette compétition et ces enchères où chacun essaie de l’emporter dans une Catégorie donnée. Par ailleurs, l’auteur du jeu a su rendre via sa thématique des enjeux réels et historiques. Les illustrations des cartes reflètent plutôt fidèlement les sources de pigments, les moines copistes et les productions de l’époque, ainsi que le poids de l’Église dans la société médiévale. J’ignore par contre si un tel esprit de compétition agitaient les responsables de scriptoria de l’époque mais qui sait…

Les parties durent environ une demi-heure, rassemblent 2 à 4 joueurs (à partir de 12 ans) ce qui permet de s’offrir une bonne petite partie de temps en temps sans avoir à bloquer une soirée complète. Les règles s’assimilent très facilement et les illustrations sont vraiment très sympas (oui je sais, je l’ai déjà dit ^^). Le seul bémol, c’est l’odeur bien chimique qui s’échappe du jeu neuf lorsqu’on vient de le déballer – pour l’immersion olfactive, on repassera. Mais vu le plaisir de jeu, c’est vraiment un tout petit bémol et ça passe au bout d’un moment.

En tout cas, voilà un jeu idéal à offrir à tout passionné de livre qui se double d’un amateur de jeux ! 🙂 Pensez juste à ôter le plastique du jeu, aérer la boîte et y glisser un petit sachet « odeur de vieux parchemins » avant d’offrir, pour plus de réalisme et moins d’inconfort odorant. Car au fait, je ne vous ai pas dit : la boîte elle-même se présente comme un livre ! 🙂

Un jeu de Steve Finn, éditions Iello, pour 2 à 4 joueurs, 2011.

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