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La fille qui brûle, Claire Messud

Quatrième de couverture

Julia et Cassie se connaissent depuis toujours. Amies siamoises, copines jumelles, elles savent tout l’une de l’autre et se fraient ensemble leur chemin vers l’adolescence. L’été précédant leur entrée en cinquième, elles fuient leur petite ville de Royston, dans le Massachusetts, par le biais de l’imagination. Enfoui au milieu d’une forêt subsiste un ancien asile dans lequel elles s’inventent des vies dangereuses. Et puis le quotidien reprend son cours, elles ne sont plus dans la même classe, se font de nouveaux amis et s’éloignent peu à peu. Élève studieuse, Julia se prépare pour un concours d’éloquence tandis que Cassie se perd dans de mauvaises fréquentations. Julia observe, impuissante, son amie de toujours lui échapper et se fondre dans la peau, à vif, de quelqu’un qu’elle ne reconnaît pas. Jusqu’à ce que Cassie disparaisse.

Mon avis

C’est par une chaude journée d’été que j’ai dévoré, d’une traite, La fille qui brûle. Aucun rapport entre la météo et le titre, pourtant. La fille qui brûle, c’est avant tout Cassie Burns, au nom si transparent, La fille qui brûle, c’est cette jeune fille sur la couverture, si blonde, les yeux brillants – car pour une fois, la couverture reflète fort bien le contenu. La fille qui brûle, c’est un roman qui m’a happée, marquée, envoûtée. Clairement ma lecture coup de cœur de cet été !

On suit l’histoire du point de vue de Julia, narratrice à la première personne de la déliquescence de l’amitié si forte qui l’unissait autrefois à Cassie. Les premières pages posent le cadre et parle du dernier été où les deux filles étaient complices, le dernier été avant que tout bascule. Dans cette petite ville environnée d’une vaste forêt, Julia et Cassie explorent les bois et y découvrent les ruines d’un asile, où elles connaîtront plusieurs journées d’aventures passionnées, laissant libre cours à leur imagination débordante. Des jeux d’enfants, qu’elles sont encore. Puis arrive la rentrée en cinquième et là, tout change.

Tout change parce que Cassie et Julia ne sont plus dans la même classe, tout change parce que chacune grandit, entrant dans l’âge si complexe et si difficile qu’est l’adolescence. Et là où Julia pose un regard observateur, presque distancié mais pourtant sensible sur ces transformations, Cassie, elle, se lie à une nouvelle élève qui l’entraîne vers la fête, l’alcool, les excès en tous genres. Tout change.

La fille qui brûle, c’est l’histoire du chemin de deux amies qui se désagrège lentement lorsque l’adolescence surgit, chacune grandissant différemment. Étude subtile autant que juste de cet âge charnière où la personnalité se construit, le roman évoque aussi, sans aucun fard, ce que c’est qu’être adolescente. Avec un « e ». Ce que c’est que de devenir une femme, dans un monde où cela implique tant. La fille qui brûle offre aussi une peinture de la difficile construction de soi quand mensonges et omissions entoure son passé, quand aucune liberté d’être soi s’y mêle. Et Cassie se consume, au milieu de tout cela, alors que Julia, blessée d’être mise à l’écart comme un vieux jouet, bénéficie d’un entourage stable pour l’aider à se construire sans trop de heurts.

Malgré sa quatrième de couverture et le petit suspense qui court jusqu’à la dernière partie du livre, La fille qui brûle n’est pas un thriller. C’est véritablement une peinture de l’adolescence, très fine et très bien écrite. C’est aussi une description d’une amitié forte et des chemins différents que l’on peut prendre lorsqu’on grandit, mais aussi une évocation nette de la difficulté de grandir lorsque la pression des adultes s’y mêle, du regard soudainement acéré que l’on porte sur soi et les autres à mesure que l’on mûrit et de l’amère constatation que, quelle soit la force des liens, on n’est jamais sûr de connaître par cœur une personne.

La fille qui brûle, un très beau roman tel que je n’en avais pas lu depuis longtemps – en terme de littérature générale, j’entends. Un roman envoûtant, qui hante bien après que la dernière page en ait été tournée. Un roman où l’adolescence est décrite avec toutes ses nuances au moyen d’une plume remarquable.

Éditions Gallimard, 253 pages, 2018

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Illuminae t. 2 : Dossier Gemina, Amie Kaufman et Jay Kristoff

Quatrième de couverture

Sur la station spatiale Heimdall, tout le monde se prépare à la grande fête de Terra. Certains plus intensément que d’autres : la fille du commandant, Hanna Donnelly, experte en mode et en arts martiaux, aimerait bien faire la fête jusqu’au bout de la nuit.

C’est à ce moment précis que BeiTech lance son attaque, envahissant la station avec une violence inouïe. Ceux qui résistent sont éliminés. Les autres, capturés. Quant aux fuyards, ils sont traqués sans relâche.

Parmi les rescapés : Hanna et Nik, un véritable bad boy issu d’une grande famille mafieuse.

Les deux ados que tout sépare s’allient pour sauver leur peau. Pendant que s’amoncellent les cadavres, dont certains d’êtres très proches…

Mon avis

J’avais adoré le premier tome d’Illuminae et c’est avec un plaisir gourmand que je me suis plongée dans ce second volume. J’ai eu plus de difficulté à m’immerger dans l’histoire que dans le premier volume. En cause, le fait que je n’appréciais guère Hanna ni Nik au début, alors qu’ils sont pourtant les personnages principaux. Et puis… à mesure que les événements se sont précipités, ils ont révélé leur personnalité et je me suis attachée à eux, si bien que j’ai avalé les pages en quelques jours, inquiète pour leur sort et celui de leurs proches.

Autant le tome 1 d’Illuminae, Dossier Alexander, rappelait fortement la série Battlestar Galactica par cette fuite éperdue dans l’espace, autant le tome 2, Dossier Gemina, tient plutôt du huis-clos terrifiant. C’est parce que le vaisseau survivant du tome 1 s’approche que la station est attaquée, BeiTech cherchant toujours à éliminer tous les témoins de son attaque. Entre les habitants de la station Heimdall et les tueurs envoyés pour « faire le ménage », c’est une course contre la montre et pour la survie qui va s’enclencher.

Ajouter à cette ambiance déjà fortement tendue une bestiole peu ragoûtante qui rappelle (dans une moindre mesure) Alien et un trou de ver et vous aurez un roman brillant, qui utilise avec brio ces deux éléments supplémentaires pour offrir de belles nuances dans le suspense comme dans les retournements de situation. Alors que je râlais un peu sur certaines évolutions narratives cousues de fil blanc dans le tome 1, j’ai d’abord cru en retrouver ici mais j’avoue avoir été agréablement surprise, au final. J’ai aussi beaucoup aimé la façon dont sont amenées les utilisations du trou de ver. On sent que c’est bien documenté et que les auteurs ont extrapolés à partir des connaissances scientifiques existantes, sans pour autant recracher le tout de façon indigeste.

Du côté de l’intrigue sentimentale, malgré quelques développements que j’avais vus venir bien à l’avance, j’ai été ravie de découvrir que je n’avais pas toujours tout deviné. Le personnage d’Hanna, en particulier, révèle toute sa profondeur au fil du récit, effaçant mes premières impressions à son égard, qui étaient plutôt mauvaises.

Enfin, la forme est la même que le tome 1 : on a là un dossier rassemblant descriptions des caméras de surveillances, conversations par chat, extraits d’encyclopédie en ligne, communications internes et externes, pages du carnet de dessins d’Hanna, bref, une forme originale dans laquelle on se plonge, au final, plutôt facilement et qui rend la lecture de ce pavé étonnamment rapide !

Comme son prédécesseur, Dossier Gemina est donc une excellente lecture de science-fiction YA. Inutile de dire que j’attends avec impatience le tome 3 ! 🙂

Éditions Casterman, 688 pages, 2017

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Summer Star Wars : Episode VIII organisé par RSF Blog.

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Bilan du Camp NaNo


Le Camp NaNo de juillet s’est achevé, il est donc temps d’en réaliser le bilan ! 🙂 J’avais indiqué 15 000 mots comme objectifs et, comme en avril, mon emploi du temps en aura décidé autrement. J’ai terminé le Camp avec 4 808 mots au compteur, soit même pas la moitié.

Cependant, les corrections de Bibliomancienne ont bien progressé puisque j’arrive à la moitié et que je suis très satisfaite du travail effectué jusque là (ce qui n’était pas le cas lors de mes précédentes vagues de corrections sur le même projet). Autant dire que j’ai hâte de les avoir bouclées pour pouvoir soumettre le bébé à des éditeurs ! 🙂
Du côté de TCDF, c’est moins reluisant. J’avance au compte-gouttes, j’ai du mal à débroussailler mon intrigue malgré un univers qui m’enchante complètement et des personnages au destin mouvementé. Ma conclusion est que, pour ce projet-là, mes habitudes de jardinière saupoudré d’un zeste d’architecture ne conviennent pas. Il me faut davantage structurer le tout pour pouvoir poursuivre la rédaction du 1er jet de façon plus fluide. Le Camp étant terminé, je vais donc m’atteler à architecturer ce projet !

En conclusion, si le bilan est médiocre en terme de chiffre, il est plutôt positif en terme d’avancement : des corrections en bonne voie et un gros obstacle identifié, ce n’est pas rien ! Et vous, quel est votre bilan du Camp NaNo ?

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Le livre des livres perdus, Giorgio van Straten

Quatrième de couverture

Un tour du monde en huit volumes, et non en quatre-vingt jours. (…) Et à la fin du voyage, j’ai compris que les livres perdus ont quelque chose que tous les autres livres n’ont pas : ils nous laissent, à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer.
Et si, d’un côté, ils continuent de nous échapper, de s’éloigner malgré nos tentatives pour nous en emparer, d’un autre côté, ils reprennent vie à l’intérieur de nous et, à la fin, comme le temps proustien, nous pouvons dire que nous les avons retrouvés.

Mon avis

Retracer le destin de huit manuscrits qui n’ont jamais pu être offerts au regard des lecteurs, c’est l’objet de ce petit livre. Pour tout amoureux des livres, l’idée qu’un ouvrage ait pu exister avant d’être englouti par l’Histoire, arraché à tout jamais à toute lecture ultérieure, tient de la chasse au trésor légendaire.

Giorgio van Straten est un passionné des livres perdus. Tel un Indiana Jones littéraire, il aime partir sur les traces de ces manuscrits dont on pense qu’ils ont existé mais qui ont été perdus et ne peuvent pas être lus. Dans Le livre des livres perdus, il nous conte le destin de huit d’entre eux, après de longues années d’enquête à leur sujet. Des Mémoires de Lord Byron, livrés au feu par des héritiers par peur du scandale, au livre d’Hemingway perdu par sa femme lors d’un voyage en train, nous partons sur les traces de huit ouvrages qui n’auront pas pu quitter l’imaginaire de leur auteur pour rejoindre celui de nombreux lecteurs. Quelques exceptions, cependant, viennent susciter de l’espoir, comme ce manuscrit perdu de Sylvia Plath qui, peut-être, se trouve dans les archives de Ted Hughes, qui seront consultables à partir de 2022. Mais d’autres restent à jamais disparus, dévorés par les vicissitudes de l’Histoire ou par les ambitions de leur auteur, tel Gogol, toujours insatisfait de son ouvrage.

Dans ce passionnant et court essai, j’ai appris ainsi le destin tragique de nombreux livres et celui, tout aussi dramatique, de leurs auteurs. Plusieurs auteurs m’étaient connus, tel Hemingway, Plath ou Gogol mais d’autres m’étaient inconnus. La passion de Giorgio van Straten est à ce point visible dans ces lignes que j’ai dévoré l’ouvrage en peu de temps, ma curiosité piquée par ces manuscrits perdus, aux destins aussi variés que tragiques, et par ces auteurs. Entre références littéraires et analyse des affres de la création, Le livre des livres perdus n’est pas seulement un chouette petit livre qui ravira les lecteurs mordus de lecture. C’est aussi une belle façon de présenter toute la variété du lien si fort qui unit l’écrivain à son œuvre, et le lecteur à cette œuvre.

En résumé, Le livre des livres perdus est une excellente petite lecture, bel hommage à la passion des lettres. Et, qui sait, peut-être suscitera-t-il d’autres vocations, permettant d’exhumer des textes inédits ou, au contraire, de retracer l’histoire d’autres récits disparus, afin qu’à défaut d’une lecture intégrale, leur trace ne soit pas oubliée.

Éditions Actes Sud, 174 pages, 2017

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En juillet, c’est Camp Nano !

C’est reparti pour un tour ! 🙂 En juillet, le 2e Camp NaNoWriMo de l’année a lieu. L’occasion d’avancer sur ses projets d’écriture, tout en profitant de l’été (non, ça n’est pas incompatible ! ^^)

Vous vous en doutez, mon objectif est simple : avancer sur mes 2 gros projets en cours, à savoir les ultimes corrections de Bibliomancienne et l’écriture du 1er jet de TCDF ! Au vu de mon emploi du temps des mois passés, fort bien rempli, et qui risque de rester ainsi, j’ai visé raisonnable avec un objectif chiffré de 15 000 mots à écrire durant ce Camp. Mais… en vrai, je vise le bouclage des dites-corrections et une belle avancée de mon 1er jet (20 000 mots serait l’idéal, au minimum).

Et vous, participez-vous au Camp ? Quel est votre objectif ?