Fairest : Les Belles et la Bête, Bill Willingham

fairest_belles_beteQuatrième de couverture

Parmi la galerie de personnages féériques que compte la communauté des Fables, il en est un des plus énigmatiques : le Miroir Magique. Sa grande discrétion n’a d’égale que son omniscience, car bien qu’isolé dans l’un des bureaux de Fableville, le Miroir Magique voit tout, sait tout mais ne révèle ses secrets qu’à de très rares occasions. Aujourd’hui, il consent à nous raconter l’une de ses histoires, celle de Cendrillon et de l’incroyable enquête qui la mena sur les traces du plus dangereux assassin que les Royaumes aient connu.

Mon avis

Avant de commencer la chronique de ce volume de Fairest, la série spin-off de Fables, je rappelle que si vous n’êtes pas à jour de la série-mère, la chronique contient des spoilers. En effet, Les Belles et la Bête se situe chronologiquement après le volume 22 de Fables. Vous êtes donc prévenus !

Bien que non numéroté, ce volume du spin-off Fairest se situe entre les tomes 4 et 5. En tout cas, il est préférable de lire avant le tome 5, ce dernier évoquant les événements qui ont lieu dans Les Belles et la Bête.

Deux intrigues parallèles – mais qui finissent par se rejoindre – ont cours dans ce volume qui a ceci de particulier que chaque chapitre est dessiné par un artiste différent. L’effet est plutôt sympa et rappelle 1001 nuits de neige, la préquelle de la série-mère. La première intrigue, racontée sous la forme d’un texte illustré, suit le Miroir Magique. C’est lui qui raconte l’intrigue principale, depuis les Bureaux qui ont été perdus suite au combat contre Mister Dark.

La seconde intrigue, la principale donc, nous voit suivre une fois de plus Cendrillon. Celle-ci est chargée d’enquêter sur un tragique double meurtre : celui de Morgane (la fameuse fée du mythe arthurien) et de Mme Ford (une femme qui avait le don de prédire la mort imminente de son interlocteur). Or, Cendrillon est bien plus douée comme espionne que comme détective et le mystère s’épaissit lorsque les corps de Mlle Lune et de Rose-Rouge sont retrouvés et que l’unique témoin, le Renart, affirme que c’est Blanche Neige la coupable. Celle-ci aurait-elle succombé à la folie après la perte de son mari et de deux de ses enfants ? Débrouiller les fils de ces meurtres, les premiers d’une longue série qui ne touchent quasiment que les plus jolies filles des Royaumes, va être une tâche complexe pour Cendrillon !

Sous la forme d’une enquête à rebondissements, entrelacée du récit du Miroir, Les Belles et la Bête est un excellent cru de Fairest. Il permet en effet de faire revenir un antagoniste que l’on avait laissé pour mort dans la série-mère – mais les Fables étant, comme on le sait, potentiellement immortels selon leur popularité chez les communs, le doute restait permis ! Cendrillon, malgré ses difficultés, fait face avec son entrain habituel à la tâche. Et, pour couronner le tout, on a droit à quelques révélations sur la vie passée d’Églantine (la Belle au Bois Dormant) ainsi qu’à la découverte de l’épée Regret. Le tout, entrecoupé du récit du Miroir dont la voix nous manquait !

Les Belles et la Bête est donc une nouvelle et passionnante aventure de Cendrillon que je ne peux que vous recommander, surtout si vous aimez le personnage ! 🙂 Et cette fois, le spin-off n’aura jamais aussi bien porté son nom puisqu’il sera question de ces célèbres personnages de conte célébrés pour leur beauté 😉

Éditions Urban Comics, 160 pages, 2015

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Fairest t. 2 : Le royaume caché, Bill Willingham, Lauren Beukes et Inaki Miranda

fairest2Quatrième de couverture

Pour Raiponce, la pousse (trop) rapide de ses cheveux est le moindre de ses soucis. Sa belle-mère ne voit en elle qu’une lamentable dépravée, un sinistre message lui a récemment été apporté par un oiseau de papier, et les fantômes de son passé la poussent bientôt à gagner les terres du Soleil Levant. Sur place, deux rencontres risquent fort de bouleverser sa vie…

Mon avis

Le premier volume de Fairest présageait d’un spin-off de qualité et ce second volume le confirme puisqu’il relève encore plus le niveau, déjà de bonne facture.

L’histoire principale suit le personnage de Raiponce, que l’on n’avait fait guère plus que croiser ici et là dans la série-mère. Chronologiquement parlant, l’intrigue se déroule avant les événements relatés dans les premiers volumes de Fables, mais certains éléments de l’histoire risquent, à mon avis, de faire écho à des mystères soulevés dans les volumes Blanche-Neige et Camelot de Fables. Raiponce reçoit un message sous la forme d’origamis, message qui la pousse à retourner au Japon, accompagnée de Joël, son coiffeur attitré, et de Jack. Là-bas, elle va replonger dans un passé bien plus mouvementé qu’on pourrait le croire…

Le royaume caché nous permet donc de découvrir plus avant le personnage de Raiponce. Ici, on va bien plus loin que les pans connus de son histoire. Raiponce, étant une Fable, a un passé aussi long que chargé et c’est tout un pan de celui-ci qui nous est dévoilé, lié au Japon.

Jusque là totalement absent de l’univers de Fables – qui reprend les contes de fées – le folklore japonais fait une entrée fracassante dans cet opus ! Et quelle entrée ! Le traditionnel se mêle au moderne de manière fluide, enrichissant considérablement l’univers de cette série de comics. Kappa, kitsune, et bien d’autres créatures de la mythologie japonaise emplissent les pages de ce volume, avec à leurs côtés des créatures issues des légendes urbaines modernes, comme cette référence au spectre qui hante le film Ring de Nakata. Ce mélange détonnant est, par ailleurs, un bon reflet de la société japonaise qui marie ses traditions à des technologies de pointe.

Je puis le dire, j’ai été absolument ravie de découvrir enfin l’univers des contes japonais dans cet opus, de la même façon que le tome Les Mille et une Nuits (et jours) de la série-mère m’avait plu par son exploration des Fables issus des Mille et une Nuits. Avec Le royaume caché, l’équipe créatrice de Fables continue de montrer que le terreau de leur oeuvre, les contes, n’a pas de limites géographiques et c’est tant mieux !

C’est d’autant meilleur que le scénario a été confié à Lauren Beukes, romancière déjà couronnée par le prix Arthur C. Clarke en 2011 et le British Fantasy Award en 2014 – excusez du peu ! Avec une plume pareille, le scénario est garanti de qualité et en effet, l’intrigue offre une richesse et un lot d’émotions qui font de ce volume une vraie pépite. En plus d’offrir d’intéressantes hypothèses quant à certaines questions encore en suspens dans la série-mère, Lauren Beukes nous offre une vision de Raiponce toute en nuances et en profondeur. Elle aborde également des thèmes aussi forts que la maternité, les relations difficiles entre mère et fille, les relations amoureuses (et ici, peu importe qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles), la trahison, le mensonge ou le poids des erreurs et de la culpabilité.

Un volume dense, donc, servi par un dessin impeccable et illuminé ici et là d’un peu de légèreté grâce au personnage de Jack, qui n’a pas d’autre utilité que faire l’idiot tête-à-claques (comme d’habitude, me direz-vous ^^ ») mais qui permet au lecteur de respirer, tant Le royaume caché est riche en émotions.

Un second tome de très, très bon niveau et j’en attends avec d’autant plus d’impatience la suite de ce spin-off ! 🙂

Éditions Urban Comics, 168 pages, 2014

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Winter Mythic Fiction.

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Fairest t. 1 : Le grand réveil, Bill Willingham, Phil Jimenez

fairest_1Quatrième de couverture

Héroïne incontestée de la guerre menée par la petite communauté des Fables contre l’Adversaire, la Belle au Bois Dormant n’en a pas moins payé le prix fort. Plongée dans un profond sommeil, elle attend depuis le baiser de l’amour véritable. Qui aurait pu prévoir que l’heureux élu serait le célèbre et présomptueux Prince des voleurs, Ali Baba ? Accompagné d’un odieux petit génie, tous trois doivent à présent trouver le moyen d’échapper au bras droit de l’ennemi vaincu : la glaçante Reine des Neiges.

Mon avis

Si vous ne connaissez pas la série de comics Fables, que les contes de fées revisités vous plaisent, je vous conseille d’arrêter là la lecture de cet avis de lecture et de filer chez votre libraire ! 🙂 En effet, Fairest est un spin-off (autrement dit, une série dérivée) de Fables et est très lié à la série-mère. Si vous ne la connaissez pas, vous risquez donc de ne y pas comprendre grand-chose. Et ne vous inquiétez pas, le tome final de Fables devant paraître dans le courant de l’année (tout du moins en VO, mais l’éditeur français étant très réactif, je ne pense pas que l’on attendra longtemps sa traduction), j’en profiterai pour faire un avis de lecture sur la série-mère. En attendant, désolée pour mes lecteurs qui ne connaissent pas (encore) cette merveilleuse série de comics…

Mais si vous connaissez Fables, alors laissez-moi vous parler de ce premier volume de Fairest ! 🙂 Le principe de ce spin-off (qui devrait comporter, au total, cinq volumes), c’est de se consacrer aux personnages féminins de l’univers des Fables. Les Fables – petit rappel au cas où – ce sont tous les personnages des contes de fées qui ont du fuir leurs royaumes respectifs suite à l’envahissement brutal et sanglant d’un mystérieux Adversaire (quoique plus vraiment mystérieux au point de la série où nous sommes ^^ »). Ce qui fait, vous vous en doutez, un paquet de personnages mais la série-mère n’en suit vraiment qu’une poignée. Alors, pour donner plus de place aux personnages féminins des contes, Fairest est né. Mais, au fil de la lecture, on va vite se rendre compte que Fairest n’est pas qu’un spin-off visant à mettre en lumière certains personnages… la série apporte véritablement à Fables en développant des personnages essentiels à son intrigue.

Parlons donc de ce premier volume ! L’action se déroule peu après le tome Super Team, où nous avions laissé Églantine, la Belle au Bois Dormant, plongée dans un profond sommeil, de même que la Reine des Neiges, victime aussi de l’enchantement. Ali Baba, à la recherche de trésors, va tomber sur un djinn piégé dans une bouteille avant de découvrir les deux femmes. Et, vous vous en doutez, il va les réveiller d’un baiser, comme dans le conte. Mais la Reine des Neiges ne va pas se réveiller du bon pied !

Histoire principale de ce premier volume, les péripéties d’Ali Baba et de la Belle au Bois Dormant face à la Reine des Neiges vont surtout permettre d’approfondir nos connaissances des deux personnages féminins. On découvre ainsi le passé d’Églantine et la raison de sa malédiction, tout comme les différentes nuances du caractère de la Reine des Neiges, qui jusque là n’apparaissait que comme une beauté glaciale, au coeur froid. Le grand réveil change la donne à niveau-là. Il offre aussi des répliques bien senties et pleines d’humour, pour notre plus grand bonheur, le tout servi par un dessin qui, s’il tranche un peu avec le style habituel de Fables, n’en est pas moins agréable à regarder ! 🙂

fairest_extraitLe volume se clôt par une histoire courte, contée et dessinée à la façon d’un polar des années 40, qui lève le voile sur un secret concernant la Belle et la Bête. Courte, donc, mais avec des révélations fracassantes. D’où le fait que je trouve que ce spin-off apporte quand même de sacrées pierres à la série-mère.

Un premier tome qui augure du très bon pour la suite et qui est du même niveau de qualité que Fables. À noter également que la fan de Firefly que je suis à été ravie de découvrir que le scénariste aussi regrettait la fin prématurée de cette excellente série TV de Joss Whedon, qui n’a hélas connu qu’une seule saison – un clin d’oeil a été glissé dès les premières pages ! 🙂 (cf image ci-contre)

Éditions Urban Comics, 168 pages, 2014

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Winter Mythic Fiction.winterfiction