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Voler (de ses propres ailes), Cécile Duquenne

Voler (de ses propres ailes), Cécile DuquenneQuatrième de couverture

Le docteur Edwards a longtemps attendu cette soirée : ce membre éminent de l’Association de Découvertes Archéologiques de Floride est en passe de récolter des fonds pour présenter une somptueuse collection d’artefacts sud-américains : le trésor de Cortés en personne. Olivia, une délicieuse jeune femme, lui propose l’aide financière de son mystérieux patron pour parvenir à ses fins. La curiosité du professeur est attisée. Mais Olivia — et surtout son employeur — ont une autre idée en tête, dont ils se gardent bien de parler avec Edwards. Car derrière les motivations archéologiques se dissimulent les échos d’un combat qui dure depuis des siècles, pour lequel Olivia va devoir utiliser ses pouvoirs et risquer sa vie.

Mon avis

Voici un nouveau texte reçu via le blog Un papillon dans la Lune et son challenge Je Lis des Nouvelles et des Novellas, qui propose aux challengers en faisant la demande une sélection de nouvelles numériques parues aux éditions Walrus. De Cécile Duquenne, je n’avais lu jusque là que sa nouvelle dans l’anthologie Or et sang parue aux éditions du Petit Caveau.

C’est le pitch de cette histoire qui m’a attirée, ainsi que la critique qu’en a faite la blogueuse d’Un papillon dans la Lune. Et je n’ai pas été déçue, au contraire ! J’ai même eu une bonne petite surprise (bien noire) à la fin 😉

On suit une voleuse un peu spéciale, puisqu’elle peut se métamorphoser en pie – vous me voyez venir, déjà, avec un métamorphe à bord, ce texte avait de quoi me plaire ! Elle est chargée de dérober une pièce particulière et doit réussir sous peine de perdre la vie. Mais la relique en question n’est pas si anodine que cela…

Un peu de policier, un zeste d’Indiana Jones (pour l’aventure) et une pincée de mythe, le tout saupoudré d’un peu de ténèbres, et voilà une nouvelle de fantasy urbaine à tendance terrifique (vers la fin). Une nouvelle palpitante, qui embarque le lecteur sans aucun souci dès les premiers mots.

Une nouvelle qui m’a bien plu et que je recommande aux amateurs d’aventure et de frissons ! 🙂

Éditions Walrus, 2013, 22 pages.

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Challenge nouvelles & novellas

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En Adon je puise mes forces, Dominique Lémuri

En Adon je puise mes forces, Dominique LémuriQuatrième de couverture

Elthya est une prêtresse phénicienne qui pleure son roi défunt. Mais alors qu’elle récite ses oraisons, un vent étrange se met à souffler sur le tombeau. Pendant ce temps, Vjlir se lance à la poursuite d’un redoutable criminel qui vient d’échapper à sa vigilance et à celle de ses gardiens. Le fugitif, Majjaar, a volé une capsule de sauvetage du vaisseau qui les transportaient tous vers le bagne de Mamm et a dirigé ses propulseurs vers une petite planète. Quel rapport entre les deux ? Et bien Elthya s’apprête à faire une incroyable rencontre.

Mon avis

Le blog Un papillon dans la Lune, organisateur du challenge Je lis des nouvelles et des novellas, organise la semaine Walrus. Walrus est un éditeur qui propose une collection (la collection Micro) composée de nouvelles seules et, étant partenaire du challenge, il proposait d’en recevoir une au choix parmi une liste durant un certain laps de temps – une offre réservée aux challengers, bien sûr.

J’ai choisi, entre autres, En Adon je puise mes forces qui figurait déjà sur ma wishlist avant cette offre donc j’aurai mis la main dessus tôt ou tard de toute façon 😉 Et je n’ai pas eu à le regretter !

L’auteur nous emmène tout d’abord en Phénicie, il y a très longtemps de cela. On suit Elthya, prêtresse qui accompagne la dépouille du roi défunt dans son voyage dans l’au-delà. L’ambiance est tout de suite posée : contrée et temporalité exotiques (le Proche Orient de l’Antiquité), découverte des rites funéraires de l’époque, j’ai été emmenée là-bas très vite, me suis attachée aux pas d’Elthya.

La chute fut d’autant plus rude lorsque soudain, au détour d’un paragraphe, je me suis retrouvée au milieu d’une course-poursuite spatiale entre un criminel en fuite et un policier, tous deux de races extraterrestres ! ^^ Le temps de faire le point dans ce grand écart technologique et mon visage s’était paré d’un petit sourire – Dominique Lémuri n’a pas fait que m’emmener par la main dans un joli voyage dans l’Antiquité phénicienne, elle veut aussi me secouer un peu et me surprendre. Et ma foi, je n’ai pas eu à m’en plaindre ! 🙂

Je n’en dirai pas plus pour ne pas ôter la surprise aux futurs lecteurs. En Adon je puise mes forces est un texte très agréable à lire, divertissant (amateurs d’Antiquité ou de science-fiction, ou des deux, vous serez ravis !), mais qui évoque également des faits historiques – là-dessus, ne m’y connaissant pas très bien, je vous invite à lire cette critique plus fournie sur le sujet – une petite note de bas de page, à la fin du texte, aurait sans doute été la bienvenue pour évoquer ce côté historique aux néophytes comme moi. Et une nouvelle enrichissante, donc, puisque j’y ai appris ces faits-là.

En bref, un texte très sympa, qui se lit vite et avec plaisir, et réunit avec brio l’Antiquité et les extraterrestres ! (Indy, prends en de la graine ;))

EDIT : l’auteur vient de livrer le making-of de son texte sur son blog. C’est à découvrir par ici ! 🙂

Éditions Walrus, 2013, 20 pages.

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Nino l’esquisseur, Ophélie Bruneau

Nino l'esquisseur, Ophélie BruneauQuatrième de couverture

Nino Rezon n’est pas un collégien comme les autres : héritier d’un don rarissime, il passe son temps libre à observer les fées pour le compte des archivistes de Soleil-du-Diable. En ce jour où un loup-garou a mis le village en émoi, la prudence s’impose, mais Nino ne suit que son instinct. Peut-on aller trop loin pour une esquisse ?

Mon avis

Nino l’esquisseur est une nouvelle qui se déroule dans l’univers (et en même temps que l’histoire) de L’Ouroboros d’argent, roman de loups-garous. À ce titre, je pense que la nouvelle s’adresse plus aux lecteurs du roman, du fait que le cadre nous est connu.

Nino est un lorgnefée, à savoir qu’il est capable de voir les êtres féeriques. Or, ce n’est pas un don donné à tout le monde – l’un des loups-garous du roman possédait aussi ce don et la nouvelle nous permet donc d’approcher de plus près cette capacité, via un autre personnage. On le suit alors qu’il dessine le portrait d’une fée-fleur, à Soleil, la ville de sorciers qui apparaît également dans L’Ouroboros d’argent.

Nino l’esquisseur est une jolie nouvelle rafraîchissante, brève, qui nous balade à Soleil et dans sa nature verdoyante, auprès des fées et des ruisseaux. On ne cherchera pas autre chose et c’est bien assez. Un petit texte comme ça, plein de nature et de magie, fait suffisamment du bien à lire, pourquoi en demander plus ? Et comme il s’agit d’un texte court, on appréciera d’autant plus cette bouffée de soleil et de verdure – surtout quand la saison froide est présente.

Vous noterez qu’à la fin de cette chronique, un nouveau logo fait son apparition : je participe en effet au challenge Francofou, organisé par le blog La Magie des mots. Francofou consiste à lire de la SFFF francophone. Et si vous fréquentez souvent les lieux, vous n’aurez pas manqué de noter que j’en lis pas mal, de la SFFF francophone ! À noter, d’ailleurs, qu’une nouvelle page a fait son apparition dans le menu situé sous l’image d’en-tête du blog. Cette page, intitulée Avis de lecture, recense toutes les chroniques parues. Voilà qui facilitera un peu mieux la navigation sur le blog 🙂

Éditions du Chat Noir, 2013, 12 pages.challenge-francofou
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Virus, anthologie dirigée par Magali Duez

Virus, anthologie dirigée par Magali DuezQuatrième de couverture

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8 virus détectés.

Mon avis

Voici venue la dernière anthologie en date des éditions Griffe d’Encre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle arrive au bon moment : l’automne est là et les virus et autres microbes se frottent les mains car c’est leur saison, avec l’hiver. Rhumes, grippes et compagnie font la fête. Et les virus, c’est justement la thématique de cette anthologie ;). À noter que des virus informatiques se sont aussi glissés dans le sommaire – ils ont même fait planter la 4e de couverture, les bougres.

C’est partis pour 8 textes vérolés à souhait :

H5N1 de Frédérique Lorient : le virus H5N1 s’étant répandu dans le monde, les oiseaux sont désormais pourchassés et tués sans pitié. Seuls les bâtiments fermés permettent aux humains de poser leurs masques respiratoires. Alors qu’une mère et sa fille – qui ignore donc à quoi ressemble un oiseau – visitent un musée, une mésange s’introduit dans les lieux… On commence avec un premier texte fort. H5N1 est un virus existant, qui fait déjà planer son ombre depuis quelques années – la fameuse grippe aviaire. Frédérique Lorient imagine un futur pas si lointain où le monde vit dans la peur d’être contaminé, suite à une pandémie. À tel point que la vie quotidienne en est transformée – masques respiratoires, chasse à l’oiseau et autre chose que je vous laisserai découvrir dans ce texte court, mais glaçant.

Rouge cerise à pois blancs de Véronique Pingault : le rédacteur d’articles humoristiques est pris d’un début de rhume, une catastrophe pour lui puisque son inspiration lui vient de bains quotidiens. Mais le rhume anodin en question va s’avérer différent, particulier. Et se propager aussi rapidement que le rhume commun. C’est un rhume qui va mettre le monde sans dessus dessous, un rhume créatif. Après le terrifiant H5N1, un bon éclat de rire, ça fait du bien ! Ici, le virus mis en scène est imaginaire (ou pas, ça expliquerai certaines personnalités fantaisistes et donnerait l’espoir que même le plus austère peut être pris de folie créatrice 😉 ) et provoque des situations cocasses, où l’imaginaire de la personne atteinte est décuplé. Un petit grain de folie bien innocent et très rafraîchissant, on aimerait en voir plus souvent des virus comme ça 🙂 (enfin, avec modération quand même, trop de fantaisie peut aussi nuire à la santé…)

Utopie en sursis de Isabelle Guso : dans un monde où tout a un sens, une jeune enquêtrice a affaire avec une mystérieuse mort : il semblerait que la victime se soit suicidée. Impensable, dans un monde où tout est traqué avant naissance pour empêcher ce genre de déviance. Oui mais… les cas se multiplient, des cas de folie grandissante, et la fille même d’Audrey se retrouve atteinte du mal. Que se passe-t-il donc ? Retour dans une histoire qui fait froid dans le dos avec ce monde utopique qui cache, on s’en doute, un revers de médaille bien sombre. Si, arrivé à un certain point, on devine très vite où l’auteur veut en venir (j’ai notamment pensé aux Sims), cette longue nouvelle n’en est pas moins fort bien construite au niveau de ses personnages, avec une fin qui prête à réflexion quant aux inventions intelligentes de l’homme, leur statut et leur devenir.  Sans compter une autre réflexion mais je vous laisse la découvrir.

Mise à jour de Pénélope Chester : un droïde domestique doit être mis à jour, sa maîtresse attendant un enfant. Mais le droïde ne veut pas, de peur d’être infecté par un virus informatique. Tant de cochonneries traînent, de nos jours… nouvelle alternance, on retourne à l’humour avec ce petit texte qui s’amuse à inverser les rôles et fait vraiment sourire. J’ai beaucoup apprécié ce droïde qui m’a rappelé ces personnes qui évitent tout contact de crainte d’attraper un microbe.

Quand les clowns en treillis font gémir la musique de Fabien Clavel : une mystérieuse épidémie transforme physiquement les personnes atteintes en simulacre de clown. Celles-ci sont mises au ban de la société, même après qu’un traitement ait été trouvé. Dans ce texte, on retrouve en filigrane de la science-fiction bien des aspects sombres de notre réalité contemporaine, comme la façon dont sont souvent perçues les personnes séropositives ou l’accès non égal aux soins selon sa fortune. Une nouvelle de science-fiction qui étreint le coeur car elle rappelle bien notre société réelle.

Intrafolie de Raymond Iss : quand son implant est infecté par un virus informatique, un homme se voit obligé d’entendre en boucle Itsi Bitsi Petit Bikini de Dalida. Retour à l’humour, mais bien grinçant cette fois ! Ou quand les objets de technologie de pointe, ces gadgets dont tout le monde raffole, deviennent un enfer ambulant. Et comme en plus, je suis plutôt du genre anti-gadget dernier cri, je dois dire que les mésaventures de ce pauvre homme m’ont bien fait rire. Même malgré sa fin. Comme quoi, mieux vaut toujours se méfier des nouvelles technologies, surtout quand elles sont marketées à qui mieux mieux !

Flocon rouge de David Osmay : dans un monde où l’on a pu trouver un remède à la vieillesse, car la science a découvert qu’un virus en était à l’origine, virus que tous portent à la naissance, vit une fillette de douze ans. Physiquement. Car, vaccinée par son père, elle n’a plus vieilli d’un pouce depuis plusieurs années. Or, voici qu’un nouveau virus fait son apparition. Qui n’atteint que les Vaccinés. Et leur redonne le poids des ans. Entre réflexion sur la quête d’immortalité et sur le fait d’être bloqué dans un corps immuable, un très beau texte qui rappelle tout l’intérêt de vivre au jour le jour, de voir le temps laisser ses marques. Délicat et sensible, un texte qui laisse son empreinte.

Contagion de Bruce Holland Rogers : pour terminer, un texte bref d’un auteur américain. Dans un futur proche, une pandémie explose. Les médias ne cessent de décrire le mal et de donner les conseils afin d’éviter la contagion. Dans le secret du gouvernement, politiques, militaires et PDG se rencontrent. Eux connaissent la véritable identité du virus et savent que si la vérité venait à se répandre, le monde serait intenable pour eux… pour clore l’anthologie, ce petit texte se pose parfaitement ! Je n’en dirai pas grand-chose pour ne pas en déflorer l’intrigue, si ce n’est qu’il laisse rêveur et souriant 🙂

Au final, une anthologie qui, si elle est brève, n’en est pas moins composée que de pépites. On passe du rire à l’effroi, et vice-versa, on découvre une palette de virus biologiques et informatiques, ainsi que les réactions variées des contaminés ou proches de contaminés. 8 textes dont je serai bien incapable de dire que j’en moins apprécié un, tellement tous sont de qualité. Une anthologie à recommander ! À l’exception des lecteurs hypocondriaques, cependant, ils auraient là de quoi craindre d’autres maux.

Éditions Griffe d’Encre, 2013, 141 pages.

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La Vague montante, Marion Zimmer Bradley

La Vague montante, Marion Zimmer BradleyQuatrième de couverture

En 1955, Marion Zimmer Bradley imagine une société d’abondance frugale soustraite à l’empire de la technologie.

Mon avis

Les éditions Le Passager clandestin rééditent dans leur collection Dyschroniques des nouvelles et novellas de science-fiction devenues introuvables et toujours aussi visionnaires malgré leur date. C’est en particulier le cas de La Vague montante de Marion Zimmer Bradley, qui paraît ces jours-ci.

Je suis une grande fan de Marion Zimmer Bradley. Si certaines de ses oeuvres ne m’ont pas convaincue, d’autres, au contraire, figurent parmi mes favorites. Et c’est sans hésiter que je me suis jetée sur ce titre. Après l’avoir dévoré en quelques heures – il s’agit d’une novella, de surcroît en petit format donc en plus on peut l’emmener partout – je n’ai pas à regretter cette acquisition. C’est tout bonnement du grand, du très grand Marion Zimmer Bradley.

Dans un futur lointain, l’homme a conquis l’espace. Un équipage s’en vient de Terre II pour revenir sur la Terre originelle, des siècles après le départ du vaisseau qui colonisa Terre II. Les membres du vaisseau s’attendent à découvrir une planète en avance sur eux, mais en plusieurs siècles, beaucoup de choses ont changé. Le monde qu’ils découvrent leur apparaît de prime abord primitif. Sauf que… il ne faut jamais se fier aux jugements hâtifs.

Dans ce texte qui date de 1955, Marion Zimmer Bradley pose d’ores et déjà la grande question du rapport de l’Homme avec la science et les technologies. L’approche de l’auteur est critique et, surtout, d’une acuité étonnante pour l’époque : elle prône le retour à des valeurs d’artisanats, d’entraide entre individus, de politique individualisée et non plus abstraite, d’un recours à la science éclairé et parcimonieux, au travers de cette société future de la Terre. Notre société actuelle – oui, oui, même celle de 2013 apparaît clairement dans cette critique, bien que le texte date de 1955 – notre société actuelle, donc, et son consumérisme, son avilissement aux technologies toujours plus envahissantes, son système de fonctionnement toujours plus écrasant pour les individus, sont considérés comme barbares par les habitants de cette Terre qui ont retrouvé leur équilibre après une catastrophe en remettant la science à sa place, comme le dit si bien l’un des personnages.

Une novella de science-fiction dans la plus pure tradition du genre puisqu’elle spécule sur l’avenir, pose des réflexions intéressantes à travers le prisme de la fiction sur notre réalité, et, surtout, une novella qui ne fait pas son âge puisque toujours d’une grande actualité. Le tout porté par des personnages intéressants, bien campés, qui permettent au récit de se dérouler avec une grande fluidité et sans paraître moralisateur, malgré son propos.

Un texte visionnaire et plaisant à lire, un chef d’oeuvre !

Éditions Le Passager clandestin, 2013, 138 pages.
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