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Faire des sciences avec Star Wars, Roland Lehoucq

Quatrième de couverture

Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine… le bon professeur Lehoucq contait déjà ses histoires ! Ce spécialiste ès bullshit dans les films de SF (et accessoirement astrophysicien au Commissariat à l’énergie atomique de Saclay et président des Utopiales, le festival international de science-fiction de Nantes) décortique chaque trimestre dans les colonnes de Bifrost les dernières productions d’Hollywood pour démêler le vrai du faux, le crédible de l’incongru, la science de la pseudo-science.
Et lorsqu’il a fallu s’attaquer à Star Wars, il y avait de quoi faire un livre entier ! Paru pour la première fois aux éditions Le Pommier en 2005, Faire des sciences avec Star Wars revient dix ans plus tard dans une édition revue et augmentée, pour la première fois en numérique.

Mon avis

Qui n’a jamais vu la célèbre saga cinématographique Star Wars ? Alors que l’opus VIII, Les Derniers Jedi, va sortir à la fin de l’année, j’ai enfin plongé le nez dans le livre de Roland Lehoucq qui passe différents éléments de l’univers Star Wars à la loupe du scientifique. Car qui dit science-fiction dit aussi science, n’est-ce-pas ?

Tout d’abord, rassurez-vous si vous n’êtes pas scientifique dans l’âme : littéraire pur jus, je n’ai eu aucun mal à comprendre le propos de l’auteur. En effet, outre les nombreuses piques humoristiques qui font de cet ouvrage une lecture agréable, Roland Lehoucq sait expliquer les concepts à merveille. C’est là tout le propre de la vulgarisation scientifique que d’amener des concepts compliqués au niveau d’un lectorat non spécialiste, sans pour autant les dénaturer. Et l’auteur s’en sort très bien en la matière ! 🙂

Au menu, nous allons donc découvrir si les sabre-laser, les planètes imaginées dans la saga, voire même l’Étoile de la Mort sont crédibles, scientifiquement. Même la Force passe au crible de notre auteur ! 🙂 Le résultat est très plaisant. On garde de l’affection pour l’oeuvre mais on considère d’un oeil neuf certains aspects. Et, surtout, on apprend des choses de manière plaisante. En tant qu’auteur, j’ai même appris certains éléments intéressants pour rendre crédibles des planètes. C’est toujours utile !

En bref, si vous aimez la science-fiction, et a fortiori Star Wars, si vous êtes curieux ou souhaitez mieux comprendre certaines concepts scientifiques, cet ouvrage ne pourra que vous plaire. Court, écrit avec humour et dans des termes compréhensibles même au plus réfractaire aux sciences, il vous offrira un bon moment de lecture comme d’enseignement.

À noter qu’une version revue et rallongée verra le jour en octobre de cette année, toujours chez le même éditeur mais sans la couverture de Manchu.

Édition Le Bélial, 78 pages, 2015

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Votez Cthulhu : 42 propositions électorales des Super-Vilains pour la France, Guillaume Balsamo et Marthe Picard

Quatrième de couverture

Réjouissez-vous, misérables humains, vous n’aurez plus à voter pour le moins pire des prétendants à la Présidence de la République.
Le Grand Cthulhu a entendu votre détresse : il est candidat.

Soutenu par son parti, les Super-Vilains pour la France, il incarne la rupture tant attendue pour sauver la masse grouillante que vous formez.

Découvrez les 42 propositions électorales pétries de bon sens qui vont révolutionner votre quotidien.

Voter Cthulhu c’est :
– Choisir des ministres experts dans leur domaine :
Cersei Lannister, Godzilla, Judge Dredd, Dracula, Dark Vador…
– Opter pour un programme politique radical :
Semaine de travail de 85 heures, rétablissement de la servitude consentie, accélération du réchauffement climatique…
– Adopter des mesures enfin efficaces :
Un seul leader omnipotent, sacrifices humains, destruction par le feu des opposants…

Tous aux urnes pour une nouvelle France !

« Un programme pour les gouverner tous ! » Sauron (Le Seigneur des Anneaux)

Mon avis

En ces temps électoraux plutôt tendus, le rire est bienvenu ! Avec Votez Cthulhu, soyez certains que vos zygomatiques seront sollicitées ! ^^ J’ai pris connaissance de ce livre grâce à Lune et, quand je suis tombée dessus lors d’une brocante, j’en ai profité pour l’acquérir et le lire dans la foulée.

Le principe ? Le grand Cthulhu se propose comme candidat à la présidentielle. Il est aidé par les plus grands méchants que la Terre (et l’Univers) aient jamais porté et qui se sont constitués un parti, le parti des Super-Vilains pour la France (ou SVPF). Ce livre propose le programme complet de Cthulhu ainsi que ses propositions de gouvernement et des interviews de certains personnages appelés à faire partie du gouvernement de Cthulhu.

Que dire de plus ? J’ai beaucoup pouffé de rire durant ma lecture :). Entre Judge Dredd en Garde des Sceaux (parce que la Loi, c’est lui ! justifie Cthulhu) ; le Joker Secrétaire d’État à la Psychologie et la Psychothérapie et son interview à l’image du personnage ; les propositions de loi rassemblées sous des titres aussi parodiques que savoureux (ex. : L’acharnement, c’est maintenant pour les propositions sur l’Intérieur ou Ensemble, tout devient non euclidien pour les propositions autour de l’éducation) ou encore les suggestions de compositions de ministère (découvrez ci-contre la composition du Ministère de la Culture, un régal !), Votez Cthulhu est un délicieux hommage aux cultures geek tout en offrant une satire mordante de la vie politique française (le passage sur les propositions de lois autour du travail est particulièrement ironique !).

Je ne vous dévoile pas plus du programme de Cthulhu, ni des noms des vilains appelés à gouverner à ses côtés. Ce qui fait aussi le sel de ce livre, c’est la découverte 😉

Éditions Marabout, 189 pages, 2016

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Philoséries : Buffy, Tueuse de vampires, Sylvie Allouche et Sandra Laugier (dir.)

Quatrième de couverture

Entre Twin Peaks ou The Wire, plus récemment Breaking Bad ou Game of Thrones… en quelques décennies, les États-Unis ont révolutionné le genre de la série télévisée par la qualité de leur production, laquelle a suscité un important travail d’analyse dans le monde anglo-américain. La parution du premier ouvrage français consacré à la série pionnière Buffy contre les vampires (1997-2003) constitue à ce titre un jalon important dans un pays qui accuse encore du retard pour ce qui est de la recherche sur les médias et la culture populaire.
Buffy est en effet particulièrement emblématique, par sa qualité d’écriture et son intérêt philosophique, des ambitions théoriques dont sont capables les séries.
C’est ce que vise à montrer cet ouvrage riche des contributions de disciplines variées : philosophie, mais aussi anthropologie, littérature comparée, psychanalyse et sociologie.

Mon avis

Photographie personnelle

Ah ! Buffy The Vampire Slayer ! Ou Buffy contre les vampires en VF, telle que je l’ai découverte durant mes jeunes années, lorsqu’elle était diffusée dans le cadre de la Trilogie du samedi aux côtés d’autres bonnes séries. Et puis, bien plus tard, j’ai visionné la série en VO (nettement mieux ! La traduction laisse franchement à désirer, et comme l’un des ingrédients phares de la série sont ses dialogues…), en long, en large, en travers… Buffy, c’est ma série culte, celle que j’ai vu en intégralité plus d’une fois (je ne compte même plus). Celle que je revois encore et encore avec autant de plaisir. Alors quand j’ai su que Bragelonne sortait un essai sur le sujet, j’ai foncé.

Et je n’ai pas regretté ! 🙂 Jugez plutôt : j’ai englouti le livre en quelques jours. Mais d’abord, petit rappel sur la recette du succès de la série, qui a duré 7 saisons. Elle se poursuit en comics (saison 9 en cours), mais j’ai laissé tomber en cours de route ce format, échaudée par des retours plus qu’improbables de personnages censés disparus pour de bon et une incohérence de taille que Joss Whedon a lui-même reconnu (pour info, c’est lui le papa de Buffy, ainsi que d’une autre super série qui a – hélas ! – connu une durée de vie bien plus brève et c’en est très dommage, j’ai nommé Firefly).

Bref ! Je disais donc, rappel du succès de la série : de l’humour (les dialogues sont sa-vou-reux ! 🙂 ), des effets spéciaux kitschouilles volontairement (la série ne se prend pas au sérieux), une héroïne forte (à l’époque, voir une fille dérouiller du méchant, ce n’était pas courant), des personnages aussi fouillés qu’attachants et vraisemblables (et bien campés !) et surtout un aperçu métaphorique de l’adolescence  tellement vrai qu’il parle véritablement à son public. Et ce, quelque soit son âge : même maintenant, la série continue à me toucher, ne serait-ce que parce qu’au fil des 7 saisons, les personnages grandissent et mûrissent, passant progressivement de l’adolescence à l’âge adulte.

Et, donc, voilà un essai qui s’attache à creuser davantage encore dans les richesses que contient cette série. Un essai accessible même aux non-spécialistes de la philosophie, sociologie, psychologie, etc, par contre, mieux vaut avoir une bonne connaissance de la série – cela dit, je pense que seuls les aficionados liront l’ouvrage. Qu’ils foncent sans souci : l’ouvrage est vraiment passionnant ! 🙂

Après de courts articles qui exposent en quoi Buffy est une série bien plus profonde et complexe qu’il n’y paraît et comment elle a réunit les ingrédients nécessaire pour en faire une série-culte pour adolescents, on rentre ensuite dans une deuxième partie plus approfondie. Composée de trois longs articles, qui chacun se basent sur un épisode bien précis pour l’analyser avant de partir sur un champ de réflexion plus vaste, cette seconde partie témoigne à elle seule de la richesse de Buffy. Je pensais avoir une analyse personnelle plutôt bien poussée, ayant lu divers articles sur le sujet, mais ces trois analyses m’ont prouvé qu’il y avait encore beaucoup à découvrir concernant ma série préférée ! Je n’en dis pas plus pour ne pas vous ruiner la découverte, mais cette deuxième partie, après une première plutôt frustrante car reprenant des éléments que je connaissais déjà, vaut à elle seule la lecture de ce livre. On y découvre les épisodes Sans défense (Helpless, saison 3, épisode 12), Cohabitation difficile (Living Conditions, saison 4, épisode 2) et Un silence de mort (Hush, saison 4, épisode 10) sous un angle totalement nouveau. C’est à tel point qu’une fois terminée ma lecture de ces articles passionnants, je me suis demandé combien d’autres pistes toutes aussi passionnantes pouvaient être explorées, dans d’autres épisodes ?

Suit ensuite une troisième partie où sont évoquées la sexualité dans la série (loin d’être racoleur, cet article met en lumière bien des choses concernant les personnages et le fait que la série parle autant à son public) et la mythologie que Buffy s’est créée, le Buffyverse. Deux articles eux aussi très intéressants, qui concluent bien l’ouvrage – cependant, j’aurai aimé que le dernier article soit un peu plus développé, ou tout du moins se termine moins abruptement.

Gros coup de coeur, donc, pour cet essai qui traite bien d’une série-culte ! Je n’aurai que deux bémols à souligner. Le premier, c’est que, justement, c’est si passionnant et j’ai appris tant de choses que j’aurai aimé qu’il y en ait plus ! 🙂 La seconde partie m’a vraiment épatée et s’il avait été possible de faire des analyses d’autres épisodes de la même manière, ç’aurait été génial ! (ç’aurait aussi été un pavé ^^ »). Donc, bon, petit bémol en l’occurrence ^^ L’autre – plus sérieux – c’est le prix. 32 euros pour 210 pages, même si plusieurs auteurs sont au sommaire, ça fait mal au porte-monnaie. Heureusement que la qualité est au rendez-vous, sinon, il y aurait eu de quoi grincer des dents.

En tout cas, même si ce seul essai est loin de faire le tour de tout ce qu’on pourrait dire au sujet de la série télévisée, il offre aux fans francophones de biens intéressantes analyses et la preuve, s’il y en avait encore besoin, que Buffy The Vampire Slayer n’est pas devenue une série-culte à partir de rien. Elle possède d’innombrables qualités et cet essai en offre un bon aperçu ! Un livre à offrir à ou se faire offrir à tous les fans de la série 🙂

Éditions Bragelonne, 210 pages, 2014

Et pour la séquence nostalgie, voici le générique de la saison 1, avec la qualité d’image qui va avec le souvenir – enjoy ! 🙂

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L’ours : histoire d’un roi déchu, Michel Pastoureau

L'ours, histoire d'un roi déchu, Michel PastoureauQuatrième de couverture

Longtemps en Europe, le roi des animaux ne fut pas le lion mais l’ours, admiré, vénéré, pensé comme un parent de l’homme. Les cultes dont il a fait l’objet plusieurs dizaines de millénaires avant notre ère ont laissé des traces dans l’imaginaire et les mythologies jusqu’au cœur du Moyen Âge chrétien. De bonne heure, l’Église chercha à les éradiquer, effrayée par la force brutale du fauve, et surtout par la croyance selon laquelle il était sexuellement attiré par les jeunes filles.
Michel Pastoureau retrace les différents aspects de cette lutte de l’Église contre l’ours pendant près d’un millénaire : massacres, diabolisation, humiliation et promotion du lion sur le trône animal… Inscrivant l’histoire culturelle de l’ours dans la longue durée, il tente ainsi de cerner ce qui, jusqu’à nos jours, a survécu de son ancienne dignité royale et retrace l’étonnante transformation d’un fauve en ours en peluche, dernier écho d’une relation passionnelle venue du fond des âges.

Mon avis

J’avais repéré cet essai depuis pas mal de temps. Mais vu la taille de ma PAL et mon retard de lecture, je n’avais pas encore mis la main dessus. Puis est venu le concours Dans la peau d’un ours, et j’ai profité de l’occasion pour me plonger enfin dans l’ouvrage de Michel Pastoureau. Et si, au final, je n’ai pas participé au concours, ma lecture, elle, est terminée et je compte bien me replonger à l’occasion dans ce livre riche ! 🙂

Riche, car il retrace toute l’histoire de l’homme et de l’ours depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Si Michel Pastoureau s’attarde beaucoup sur le Moyen-Age – période où l’ours chuta de son symbolisme guerrier et adulé sous le travail acharné de l’Eglise – l’on découvre ainsi que, depuis très longtemps, l’homme entretient un rapport passionné avec l’ours. Divinisé, considéré comme le symbole de la force, de la virilité, sa silhouette générale le rapprochant de l’homme, on lui attribue même un attrait certain pour les jeunes femmes !

De fait, de nombreuses fêtes ou rites sont liés à lui : rites de passage où, pour devenir un homme/un roi, le garçon doit tuer un ours ; fêtes saisonnières liées aux périodes d’hibernation puis de réveil du plantigrade ; fêtes païennes où des hommes se déguisent en ours pour enlever des jeunes femmes… Arrive le Moyen-Age et l’Eglise, horrifiée par cette proximité animale, par cette célébration de la nature dans ce qu’elle a de plus sauvage, va entamer un travail de sape sur l’animal. L’ours, progressivement, va alors se voir humilier, massacrer, ridiculiser, affaiblir… et le lion devenir son remplaçant en tant que roi des animaux.

Michel Pastoureau est historien, il retrace donc toute cette histoire en s’appuyant sur de nombreuses sources. Mais c’est un historien qui a rédigé plusieurs ouvrages destinés à un large public, pas forcément un lectorat spécialisé, et ça se sent. L’ours est un essai très abordable, qui se lit avec grand intérêt. Les nombreuses notes servent surtout à renvoyer aux références sur lesquelles s’appuie l’auteur et l’on peut donc – pour les moins mordus – les sauter. Pour ma part, pour cette première lecture, j’ai tout parcouru – notes comprises – mais, lors des prochaines lectures, je pense que je me passerai des notes.

Le propos est clair, bien écrit, destiné à tout un chacun, que l’on soit historien ou non. Quelques idées reçues (non liées à l’ours) passent d’ailleurs à la trappe pour les non-initiés à l’Histoire. Et, surtout, l’on sent tout l’intérêt de l’auteur pour cet animal et son symbolisme, pour la relation que l’Homme a entretenue avec l’ours depuis des temps immémoriaux.

C’est donc un ouvrage que je ne saurai que recommander vivement à qui s’intéressent aux rapports de l’Homme avec l’animal, en particulier l’ours, ou même aux férus d’Histoire, de symbolisme, de traditions. Un ouvrage qui éclaire également sur les polémiques actuelles concernant la réintroduction de l’ours en France. Et un ouvrage qui, je le répète, est rédigé de façon passionnante, accessible, tout en étant riche d’informations et érudit – une gageure ! 🙂

Un petit livre (il existe en poche) qui m’a beaucoup appris sur l’étroite, longue et passionnée relation entre l’humain et l’ours. À noter que Michel Pastoureau a également écrit un ouvrage sur le cochon et un autre (en collaboration) sur les licornes. Deux ouvrages que j’espère lire un de ces jours, vu la qualité de L’ours : histoire d’un roi déchu.

Édition Points, 415 pages, 2013

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Bidoche : l’industrie de la viande menace le monde, Fabrice Nicolino

Bidoche de Fabrice NicolinoQuatrième de couverture

Comment des animaux sont-ils devenus des morceaux, des choses, des marchandises ? Pourquoi des techniciens inventent-ils dans le plus grand secret des méthodes pour « fabriquer » de la « matière » à partir d’êtres vivants et sensibles ? Comment peut-on accepter la barbarie de l’élevage industriel ? Pourquoi laisse-t-on la consommation effrénée de ce produit plein d’antibiotiques et d’hormones menacer la santé humaine, détruire les forêts tropicales, aggraver la famine et la crise climatique ? L’industrie de la viande menace le monde, et personne ne semble s’en préoccuper.

Mon avis

Premier essai chroniqué sur ce blog. Premier essai, mais qui ne sera pas le dernier ! Il s’agit d’un livre que j’ai emprunté à la bibliothèque, mais son contenu me semble si essentiel à partager que je le chronique ici, plutôt qu’ailleurs.

Cela fait déjà pas mal de temps, une paire d’années si ce n’est plus, que je suis sensibilisée aux dégâts de l’industrie agro-alimentaire. Et c’est cette sensibilisation qui m’a fait me tourner vers quelques ouvrages sur le sujet. Je les ai, pour la plupart, dénichés via les bons conseils de Fa, dont le blog est une mine autant sur ce sujet que sur bien d’autres, tous Earth- & Human-friendly. Parmi ces titres, j’avais lu Faut-il manger les animaux ? [Eating Animals en V.O.] de Jonathan Safran Foer (éditions de L’Olivier, 2010, disponible en poche chez Points depuis 2012). J’avais beaucoup apprécié le fait que cet ouvrage ne se voulait pas donneur de leçon, mais bien un livre pour informer, ouvrir les yeux. Qui plus est, écrit par un citoyen comme vous et moi. Mon seul reproche avait été que, étant écrit par un américain ayant enquêté par ses propres moyens, tous ou presque les exemples cités étaient américains. De fait, les lecteurs français auraient pu penser que le problème ne les concernait pas. Moi-même, naïvement, j’avais cru que certaines pratiques (l’injection en masse d’antibiotiques) étaient interdites en France.

Et puis j’ai lu Bidoche, que Fa avait très justement qualifié de « pavé de rumsteack dans la mare« . Dans cet essai, Fabrice Nicolino livre des exemples français. Beaucoup. Quelques firmes internationales aussi, mais dans un monde occidental capitalisé et mondialisé, il n’y a rien d’étonnant à cela. Envolée ma naïveté. Durant ma lecture, j’ai été révoltée. Révulsée. Scandalisée. Car en France comme ailleurs, le consommateur de produits carnés est vu ni plus ni moins comme une vache à lait. Et oui, chez nous aussi les animaux destinés à la consommations sont gavés de médicaments. Pas seulement pour leur santé : mais aussi parce que ces antibiotiques leur font développer plus de chair… plus de poids.. donc plus d’argent pour l’industriel. Mais ce n’est là qu’infime partie de ce qui se cache derrière les emballages plastiques fièrement estampillés « viande française » ou autres Labels rouges…

Fabrice Nicolino nous présente tout l’envers du décor. Ce que cachent les images d’Épinal. Et si vous pensez que seul le traitement abject réservé aux animaux est abordé, vous vous trompez. Les conséquences négatives de l’industrie agro-alimentaire, au niveau de la production de viande & poisson, sont bien plus larges, bien plus étendues que cela. Bien plus noires. Et concernent autant les hommes que les animaux. Ainsi de ces Indiens massacrés car ils refusent de céder leurs terres pour que les industriels s’en servent comme source de nourriture pour le bétail occidental.

Je ne vais pas lister ici jusqu’où les firmes produisant viandes et poissons vont, jusqu’à quelles extrémités elles vont, souvent avec l’accord des autorités. Il vaut mieux que vous vous plongiez dans l’ouvrage. Ne soyez pas surpris d’un tableau aussi sombre. Je rappelle ce que j’ai dit un peu plus tôt : pour ces industriels, le consommateur est une vache à lait. À sous. Peu leur importe votre santé ou la vie des victimes collatérales de leur industrie, l’important, c’est le profit. Et rien d’autre.

L’auteur, non content de nous brosser le véritable portrait de toutes ces firmes qui n’ont rien à envier aux entreprises les plus rapaces, nous montre aussi comment une telle façon de concevoir la production de nourriture a pu s’installer dans notre pays, pourtant porteur de traditions gastronomiques fortes. Des chapitres qui pourront être rébarbatifs pour certains lecteurs mais qui mettent en lumière certains rouages politiques et l’incroyable mauvaise foi dont font preuve les industriels.

Je précise d’ailleurs que Fabrice Nicolino, qui pense à son lecteur, ouvre chaque chapitre par une sorte de résumé. Ainsi, si vous préférez sauter les passages politiques ou historiques pour plutôt vous plonger dans les dégâts divers commis par les firmes agro-alimentaires, vous pouvez le faire. De même, les âmes sensibles se voient prévenues des chapitres les plus violents (c’est le cas pour celui où l’on suit le quotidien d’un employé d’un abattoir industriel. Je l’ai tout de même lu, malgré l’avertissement de l’auteur, pour chroniquer l’ouvrage en bonne conscience, et j’avoue avoir eu la nausée et des cauchemars). Donc, pas  de culpabilité si vous sautez quelques chapitres.

Bidoche est véritablement à mettre en toutes les mains (il est d’ailleurs disponible en poche). Il ouvre les yeux, il montre ce qu’est *vraiment* cette industrie qui nous fait avaler nombre de couleuvres. L’auteur s’appuie sur des données fiables et cite plus d’une fois ses sources, gage de sérieux dans son enquête. De plus, à l’instar de Jonathan Safran Foer, et même si son ton est souvent d’une ironie et d’un cynisme mordant, il ne se pose pas en donneur de leçons au lecteur. Il avoue lui-même, en préface, continuer à manger de la viande, mais en moindres quantités.

Non, l’intérêt de cet ouvrage, c’est de vous ouvrir les yeux sur ce que l’industrie de la viande vous cache. Et, on s’en doute, non seulement ce n’est pas joli, mais c’est tout simplement scandaleux. Inacceptable.

Après avoir lu Bidoche, vous saurez. Ensuite, libre à vous de changer ou non votre régime alimentaire. Mais vous saurez. Et, déjà, rien que ça c’est un grand pas.

Pour aller plus loin

Pour aller encore plus loin

Éditions Actes Sud (Babel), 2011, 380 pages.