Jane Eyre, Charlotte Brontë

Quatrième de couverture

Le vent dans les landes désolées a creusé l’âme des soeurs Brontë. Seules, elles se sont inventé une compagnie, célibataires, elles ont rêvé l’amour. Publié en même temps que le livre de sa soeur Emily, Les Hauts de Hurle-Vent, le roman de Charlotte Brontë connut d’emblée un immense succès.
Une jeune gouvernante aime le père de ses élèves [sic] et est aimée de lui. Mais elle résiste à cet amour, découvrant avec horreur l’existence de la première femme de Rochester, pauvre folle enfermée par son mari. L’histoire, qui trouve son origine dans la jeunesse tourmentée de son auteur, fait se succéder coups de théâtre et de passion, fuite éperdue dans les landes et sens du devoir jusqu’à l’héroïsme.
Jane Eyre est l’un des plus beaux romans d’amour anglais du XIXe siècle. Tout y est romantique et tout y est vrai. Jane Eyre, c’était Charlotte Brontë elle-même.

Mon avis

J’ai profité de la période hivernale pour me replonger, en fin d’année, dans la lecture d’un roman bien-aimé. Bien-aimé pour son intrigue, que je relis toujours avec autant de ravissement, mais aussi pour l’histoire qui me lie à ce roman en particulier. Car Jane Eyre ce fut pour moi, d’abord, un roman illustré, hérité de ma soeur aînée, et qui a enchanté la petite fille fleur bleue que j’étais. Pensez-donc ! L’histoire de cette jeune orpheline, détestée de sa tante et ses cousins, envoyée dans un pensionnat aux conditions propices aux maladies, qui devient gouvernante à l’âge adulte et gagne l’amour du maître des lieux. Avant de fuir, découvrant au jour de ses noces que son fiancé est déjà lié par le mariage à une autre… Une histoire romantique, pleine de coups de théâtre, de quoi affoler mon imagination, déjà bercée par les aventures de Princesse Sara (le dessin animé comme le livre) ! ^^ J’adorais également le côté surranné des illustrations qui l’accompagnaient.

Et puis, un jour, alors que je le relisais adolescente, une ligne sur la page de titre attira mon attention. « Texte adapté ». Comment ? Ce ne serait pas là le véritable roman ? Ni une ni deux, j’ai acquis la version poche, avec en couverture l’affiche du film avec Charlotte Gainsbourg dans la peau de l’héroïne. Et je m’y suis plongée.

C’était il y a 20 ans (ça ne me rajeunit pas ^^ »). J’ai toujours mon exemplaire, acheté en 1999, avec sa reliure toute craquelée à force d’avoir été lu et relu (j’ai en revanche égaré mon vieil exemplaire illustré, celui en ma possession actuellement provient d’un site de vente de livres d’occasion). Car je ne me lasse jamais de lire l’histoire de Jane Eyre. Une histoire pleine de romantisme, de passion mais sans le côté sauvage, presque brutal des Hauts de Hurlevent – signé par la soeur de Charlotte, Emily Brontë. Et pourtant, les sentiments y sont tout aussi puissants ! Une histoire pleine de descriptions, d’ambiances qui en font aussi un roman gothique par excellence. Pensez à la première rencontre de Jane avec M. Rochester, ou à sa fuite éperdue !

La plume de Charlotte Brontë est un vrai délice. Le parcours de son héroïne – le roman est sous la forme d’une autobiographie du personnage par lui-même – se suit avec un intérêt avide. Je pense, d’ailleurs, que si je suis autant attachée à ce personnage, si entier et pourtant si réservé, c’est aussi parce que j’ai toujours été très timide. Voir une jeune femme toute aussi réservée être l’héroïne d’un roman, ça me permettait de ne pas voir en ce trait de caractère le défaut tant souligné par mes différents professeurs ou proches. De l’envisager sous un angle plus positif.

Jane Eyre, c’est aussi des paysages de bruyères, des dialogues poétiques, des descriptions d’une Angleterre à une époque révolue, où parcourir quelques miles prenait davantage de temps qu’aujourd’hui, où se rendre dans un autre comté d’un même pays prenait plusieurs jours de voyage. Il y aurait tant de choses à dire sur ce roman ! Mais je préfère ne pas me lancer dans un décortiquage en règle. Jane Eyre fait partie de mes livres favoris, je l’ai d’ailleurs choisi pour figurer dans la section « les livres à emporter sur une livre déserte » de mon profil Babelio.

Non, je ne me lasse jamais de relire cette magnifique histoire, passée depuis à la postérité (il suffit de voir la longue liste de ses adaptations cinématographiques !). J’en possède d’ailleurs plusieurs exemplaires tellement je l’apprécie, notamment lorsqu’il dispose d’un bel écrin, comme c’est le cas avec sa réédition illustrée par Nathalie Novi aux éditions Tibert. De quoi me rappeler ma première découverte de ce récit, il y a de nombreuses années, avec une édition illustrée pour enfants.

Mes différentes éditions du roman Jane Eyre – Photographie personnelle

Cette relecture s’inscrit dans le challenge XIXe organisé par Alphonsine (validation du sous-menu #Jelalis du menu Le siècle des révolutions) et le challenge Madeleine de Proust organisé par Lune.

Édition Le Livre de Poche, 539 pages, 1999

Comment le dire à la nuit, Vincent Tassy

Quatrième de couverture

La dame en noir vivait seule dans son château. Elle ne pouvait pas mourir. De tout ce temps qu’elle avait, elle ne faisait rien. Et puis un jour, elle trouva sur son chemin le garçon aux cheveux blancs.
Elle l’enleva.
Elle voulait vivre une histoire. Une histoire d’amour et de nuit qui traverserait les siècles.

Mon avis

Si, en lisant le résumé, vous pensez avoir affaire à une nouvelle histoire romantique et vampirique façon Twilight, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil, jusqu’au coude. La couverture, avec son cygne noir et ses fleurs toutes en noir et blanc sur fond de pleine lune, donne pourtant le ton. Tout comme le titre. Comment le dire à la nuit est un roman mélancolique et romantique, dans le sens littéral de ses termes.

Plusieurs personnages vont se croiser au fil du texte, comme au fil des époques. Adriel, captif d’Athalie, la fameuse dame en noir du résumé. Egmont, jeune homme du XIXe siècle promis à un mariage arrangé alors qu’il entretient une relation aussi passionnée que secrète avec son ami Léopold. Rachel, de nos jours, qui traverse la vie comme si elle n’en attendait que la fin. Sauf lorsqu’elle écoute les chansons de Cléopâtre, chanteuse à la voix subjuguante. Parascève, jeune femme transexuelle passionnée de livres à l’eau de rose et qui travaille dans ce domaine.

Tous ces personnages vont, au fil de l’intrigue, se croiser, s’aimer, vivre des déchirements. Le tout sous la menace perpétuelle d’Athalie, aussi folle qu’immortelle. Athalie, qui n’hésite pas à massacrer, à transformer des êtres pensants en pantins de chair, pour satisfaire ses désirs les plus étranges et les plus fous.

Le récit nous entraîne d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, tisse des carrefours entre eux pour mieux les éloigner ensuite, à la manière d’un ballet. Malgré son apparente complexité, on se laisse vite envoûter par la toile réalisée de main de maître par Vincent Tassy.

Comment le dire à la nuit est servi par une plume très poétique, qui rend à merveille toute la mélancolie exsudant de ces personnages. D’ailleurs je vous déconseille la lecture de cet ouvrage si vous êtes dans un moment difficile. C’est une histoire de solitude, de folie, de perte, de tristesse, d’amours contrariées (parfois de manière déchirante). Une histoire romantique dans le sens des romantiques du XIXe siècle, avec cet aspect mortifère qui plaisait tant dans le genre. Une histoire qui, à mon sens, s’inscrit parfaitement dans la mouvance du roman gothique, mais dans un cadre moderne (pour les parties du récit se déroulant à cette époque).

Si vous avez envie de lire une histoire de vampires résolument différente, si vous aimez les romans gothiques classiques, vous trouverez là un excellent roman gothique moderne. Certes, il ne respire pas la joie de vivre, mais il est rédigé avec une plume magnifique et l’auteur décrit ses personnages avec une tendresse visible, malgré le cauchemar dans lesquels il va les plonger.

Aux âmes sensibles, un petit avertissement cependant, l’ouvrage comporte des scènes difficiles.

Éditions du Chat Noir, 368 pages, 2018