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Archives de Tag: Je lis des nouvelles et des novellas

Mortal Derby X, Michael Roch

mortal_derby_xQuatrième de couverture

Molly Pop est une jammeuse, une vraie, un fauve dont les patins brûlent la piste, peut-être même la reine du Quad DerbyTM. Mais sa carrière s’arrête brutalement le jour où un terrible accident la laisse amputée des deux jambes, obligeant les médecins à l’équiper de prothèses cybernétiques. Une chose est sûre : la jammeuse ne retrouvera jamais son plus haut niveau. Folle de rage contre la responsable de l’accident, Molly est condamnée à l’exil et expulsée du Cocon, la ville flottante réservée aux privilégiés, pour aller vivre à la surface, parmi les Reclus. En bas, au milieu du chaos et de la destruction laissés par le Grand Effondrement, elle découvre un autre tournoi, le Roller-Quad… et peut-être une manière d’assouvir sa vengeance.

Mon avis

Comme je l’ai révélé lors d’un précédent tag, je pratique le roller derby. Alors, quand une grenouille avisée m’a signalé que le premier titre de la toute nouvelle collection Pulp des éditions Walrus s’appelait Mortal Derby X, je n’ai pas hésité ! Sitôt le titre sorti, sitôt dans ma liseuse ! 🙂

La novella, comme son titre l’indique, se centre donc autour de ce sport. Mais, comme l’intrigue se situe dans un futur post-apocalyptique, les règles comme le nom ont quelque peu changé. Si la base reste la même – et, rassurez-vous, les règles sont expliquées subtilement par le biais des commentateurs du match – le sport a gagné en violence, un parcours plus grand et plus barré, et, conséquence, davantage de joueuses sur le track. De ce côté-là, Michael Roch connaît son sujet et a bien assimilé les règles du roller-derby pour les tourner à sa sauce science-fictive. Bien sûr, si vous lisez ce livre sans connaître le roller-derby, n’allez pas vous imaginer que dans la vraie vie, c’est pareil ! Comme je le disais, on est là dans un récit post-apo, qui se situe dans un monde ravagé, divisé en deux, et tout a changé, même le nom du sport.

Revenons à notre novella : j’avoue que voir mon sport mis en scène m’a fait immensément plaisir ! Surtout marié au côté pulp. Déjà qu’en vrai le sport dépote, là, l’auteur s’en donne à coeur joie ! 🙂 On est emporté dans l’action, les pages se tournent à une vitesse folle comme si on avait chaussé ses quads, les personnages ont la rage pour moteur, celle de vaincre ou celle de se venger, selon les cas, ça se bagarre, ça roule, ça en veut, bref, c’est du pulp pur jus avec de vrais morceaux de derby dedans ! (mais pas de fresh meats :p)

Par ailleurs, derrière toute cette action tous azimuts on sent un univers réfléchi : entre le Cocon, où vivent les privilégiés mais où ceux-ci doivent conserver des pensées et des émotions policées, et le monde des Reclus, où tout le monde laisse libre court à ses pires pulsions, Michael Roch dépeint un monde où il ne fait vraiment pas bon vivre. Et seul le Quad DerbyTM permet, dans le Cocon, d’exprimer des émotions interdites par ailleurs.

Une novella qui se dévore et qui dépote, mission accomplie pour ce premier titre pulp ! 🙂

Éditions Walrus, 68 pages, 2015

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Publié par le 20 juin 2015 dans Lecture

 

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Ainsi commence la nuit, Vanessa Terral

ainsi_commence_la_nuit_terralQuatrième de couverture

On les appelle parfois les « habitants de la Nuit ». Ils errent dans ces heures incertaines où l’humain n’est plus très sûr de ce qu’il voit. À la lisière de notre monde et de nos perceptions, leurs pas claquent sur le bitume en écho aux légendes urbaines et aux puissances oubliées.

Mon avis

Ce recueil de Vanessa Terral regroupe des nouvelles parues en fanzines dont les numéros sont épuisés, ainsi qu’un texte et un poème inédits. L’occasion, donc, pour les amateurs de la prose de l’auteur de découvrir ses oeuvres de jeunesse ! 🙂 Ainsi commence la nuit a pour fil rouge la thématique du vampire – même si d’autres créatures nocturnes se sont glissés entre les pages 😉 Et, s’il s’agit effectivement « d’oeuvres de jeunesse », avec quelques tournures maladroites ici et là, la plume talentueuse de Vanessa Terral est déjà là, bien visible, avec son univers bien à elle et ses histoires prenantes, qui mêlent cadre moderne et fantastique puisant aux racines du folklore. Le recueil se lit donc avec grand plaisir. Mais penchons-nous dessus d’un peu plus près…

Mystères :une première nouvelle qui nous emmène au sein d’un asile, où est retenue une étrange malade… première incursion dans le monde de la nuit, une bonne mise en bouche qui s’amuse à brouiller nos repères.

Cet homme dans l’ombre du cyprès… : Mélissa passe des vacances en Grèce avec des amis. Lorsque soudain, dans l’ombre du cyprès, alors que le soleil vient de se coucher, elle aperçoit un homme mystérieux…En lisant ce texte, j’avais au départ une impression de déjà-vu, avec en tête le souvenir d’un texte plus ancien, d’un autre auteur, dont les éléments étaient les mêmes. Mais à mesure que j’ai avancé, j’ai petit à petit oublié cet autre texte qui lui ressemble, car le dénouement de l’histoire n’a clairement rien à voir à ce à quoi je m’attendais ! Une bonne surprise 🙂

La Fontaine des Innocents : une jeune femme aime à lire la nuit, près de la Fontaines des Innocents… un texte frais, pétri de magie urbaine, une pépite de lumière obscure au milieu des ténèbres. À savourer ! L’action a pour cadre un lieu réel, je pense qu’une lecture du texte dans le lieu dit apportera un cachet indéniable à la nouvelle, mais même sans cela, la lecture reste une belle expérience 🙂

Red Cloud : un homme entre dans un bar avec une mission : celle de tuer. Une histoire de tueur à gages. Un tueur un peu spécial, engagé par quelqu’un d’aussi spécial, mais même comme ça, je pensais au début de la nouvelle avoir à faire ce genre d’histoires que l’on voit au cinéma d’action. Comme d’habitude, Vanessa Terral en profite pour mieux nous tromper par la suite ! Red Cloud, c’est plus qu’une banale histoire de tueur à gages en mission, c’est un aperçu de l’univers vampirique de l’auteur, des personnages plus profonds qu’il n’y paraît au premier abord, et, au final, une histoire qui nous emmène complètement ailleurs, éberlués de voir nos préjugés s’envoler en fumée.

Et si un chat… : une chasse étrange qui mêle des créatures de la nuit. Je n’en dis pas plus, si ce n’est pour dire que cette traque, cette chasse tient en haleine et laisse de délicieux frissons. Les amoureux des chats regarderont les matous aux balades nocturnes d’un autre oeil…

Manu Sarmans, chroniques vampiriques est en fait le titre d’un ensemble de cinq nouvelles mettant en scène une même héroïne, Manu Sarmans. Je préfère ne pas évoquer ces différents textes un à un car chacun apporte sa pierre à l’édifice constitué par Manu, montre son évolution. Cette vampire a bien du mal à accepter sa condition et pourtant nous la verrons mûrir et gagner en confiance au fil des nouvelles, jusqu’au dernier texte qui prend des airs d’Indiana Jones ! 🙂 Ce récit final est d’ailleurs mon préféré du recueil, pas seulement à cause du mélange de mystère, d’aventure et de fantastique, mais parce que Manu y apparaît en pleine maîtrise d’elle-même, après des doutes et des épreuves. Un point final aux quatre récits précédents, sans qui ce dernier texte n’aurait pas tant de saveur.

La Morsure froide est un poème qui clôt le recueil et qui laisse un goût de glace, d’obscurité sur la langue.

Au total, toutes ces nouvelles laissent apercevoir différents pan d’un même monde vampirique et nocturne, comme autant de fragments d’une même image qui, une fois tous lus, parcourus, laissent enfin se dévoiler le tableau final. Un recueil placé sous le signe des ténèbres et des créatures qui y vivent, qui dévoile déjà le talent de la plume de Vanessa Terral. Pour ne rien gâcher, les textes comportent des illustrations en noir et blanc.

Un recueil pour tous les amateurs de fantastique, de vampires, ou de la nuit, tout simplement.

TheBookEdition, 2012, 162 pages.

Cette lecture s’inscrit dans le challenge SFFF au féminin du Dragon Galactique.

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Publié par le 29 juin 2014 dans Lecture

 

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Lancelot

lancelotQuatrième de couverture

Lancelot est le plus grand des chevaliers de la Table ronde mais aussi celui dont le destin est le plus tragique lorsqu’il trahit Arthur, son roi, en tombant amoureux de Guenièvre.

Loyal, pur et traître, il ne cesse de nous interroger depuis des siècles, se réinventant à chaque époque.

Neuf auteurs confirmés de l’imaginaire se sont emparés de sa figure pour lui inventer de nouvelles aventures, donnant un éclairage nouveau à ce personnage résolument moderne. Neuf éclats de son âme. Et un peu de la nôtre.

Mon avis

La légende arthurienne me passionne. C’est donc les yeux fermés que je me suis jetée sur cette nouvelle anthologie portant sur le thème, parue cette année aux éditions ActuSF à l’occasion du festival Zone Franche. Cette fois, et comme le titre l’indique, l’anthologie se concentre sur un personnage particulier : Lancelot.

Lancelot, l’ambivalent : meilleur chevalier de la Table Ronde, beau comme un astre mais qui trahit son roi, pour l’amour d’une femme inacessible. Un paradoxe, un amour interdit, un déchirement entre la fidélité due à son seigneur et ses sentiments. Une chute, une tragédie qui ne pouvait qu’inspirer. La série télévisée Kaamelott avait d’ailleurs bien rendu, à mes yeux, cette dualité propre au personnage : parfait d’un côté mais qui, aveuglé par sa passion, fini par commettre l’irréparable, contribuant ainsi à la chute de Camelot.

Mais voyons ce que les auteurs au sommaire de cette anthologie pensent de Lancelot du Lac ! 🙂

Le Donjon noir de Nathalie Dau : on démarre l’ouvrage avec un texte féerique, dans tous les sens du terme. Nathalie Dau, au fil de sa plume toujours aussi envoûtante, exploite l’ascendance féerique de Lancelot, élevé par la Dame du Lac. Elle puise notamment en cette éducation particulière un motif tissé tant de magie que de drame, car c’est là que se trouvera l’origine des tourments du chevalier. Je n’en dis pas plus pour ne pas trop en dévoiler, mais ce premier texte m’a littéralement enchantée et j’ai été ravie de voir la facette féerique de certains éléments de la légende arthurienne retranscrite de façon si émouvante, si belle.

Lancelot-Dragon de Fabien Clavel : Lancelot part en quête du Graal et se retrouve perdu, confronté à d’étranges visites et visions. Un texte hypnotique, qui rend à merveille la situation de Lancelot qui tourne en rond au milieu de divers sortilèges. Un texte qui interroge, aussi, comment le meilleur des chevaliers a bien pu chuter si bas. S’il ne m’a pas marquée véritablement, je me suis laissée prendre par l’atmosphère de ce récit, comme Lancelot est pris au piège de son échec.

Le meilleur d’entre eux de Lionel Davoust : Lancelot s’en retourne dans un royaume en pleine déliquescence, rapporter à Arthur le résultat de sa quête. Une nouvelle très forte, qui prend aux tripes autant qu’elle fait réfléchir. Le sacrifice prend ici tout son sens, dans ce qu’il a de plus noble comme de plus déchirant. L’une de mes favorites du recueil !

Le voeu d’oubli d’Armand Cabasson : un mystérieux guerrier, redoutablement doué, prête son épée à divers meneurs d’homme… où l’on découvre un Lancelot amnésique, guerroyant à l’étranger. Las ! Le mythe, toujours, le rattrape. Comme toujours, Armand Cabasson sait nous emmener dans une Europe et un Moyen-Orient médiéval avec brio, tout comme il retrace le fracas des armes mieux que ne le ferait un cinéaste. S’ajoute la réflexion sur la légende, plus forte que le destin individuel, ce qui donne un texte plaisant à lire et un Lancelot qui tente désespérément de fuit sa chute, ce qui n’est pas sans rappeler un certain Oedipe…

Je crois que chevalerie y sera d’Anne Fakhouri : partis à la recherche de Lancelot, disparu, quatre chevaliers – Gauvain, Lionel, Bohort et Hector – vont durant un étrange voyage découvrir différentes images du chevalier… Un conte surprenant, envoûtant, où l’auteur se saisit de l’image archétypale liée au personnage de Lancelot pour nous offrir un joli jeu de miroirs avec ces Lancelots projetés par les perceptions qu’en a son entourage. Un texte qui m’a bien plu par son côté « conte » et par cette approche multiple.

La Tête qui crachait des dragons de Thomas Geha : Camelot a été envahi par des dragons. Le royaume est saccagé, les victimes nombreuses. Seul espoir : que Lancelot, qui vit en ermite, traite le mal à la racine… Cette fois, la légende est clairement tordue dans le sens où nous plongeons en pleine fantasy dragonienne ! Un dépaysement surprenant autant qu’agréable, où l’on croise un Lancelot qui préfère se réfugier dans des visions qu’affronter la terrible réalité.

Les Gens des pierres de Franck Ferric : sur une île hors du temps, les chevaliers de la Table Ronde maintiennent en bon état les murailles du château. Au loin, la jeune Elaine s’étiole : elle vit recluse en sa tour. Jamais elle ne peut en sortir, sous peine d’attirer le malheur sur le royaume… Ce texte figure également parmi mes coups de coeur de l’anthologie, en raison de sa très belle reprise de l’histoire de la Dame de Shalott. Une histoire superbe autant que triste.

Lance de Jeanne-A Debats : 1936. Raphaël, vampire de son état, est chargé par le Vatican de réveiller Lancelot de son éternel sommeil afin que ce dernier élimine un dragon réveillé par les Nazis. Là encore, du dépaysement est au programme ! Le personnage du vampire est issu d’un roman du même auteur, Métaphysique du vampire, mais la nouvelle se lit fort bien indépendamment. Elle nous balade et nous présente un Lancelot en total décalage avec l’époque durant laquelle se déroule les événements ! Ceci ajouté à la personnalité fort particulière du vampire nous offre un texte réjouissant 🙂 Cependant, nous ne sommes pas là dans l’humour jovial, mais grinçant. D’autant plus que Lancelot n’apparaît pas sous son meilleur jour dans le texte et pour cause… l’antisémitisme ne fut hélas pas l’apanage des Nazis dans l’Histoire européenne. Un texte sans concession malgré son vernis humoristique.

Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m’égarer de Karim Berrouka : on boucle avec un autre texte humoristique – mais clairement barré, cette fois ! Là, encore, les personnages des brigadiers sont issus d’un roman du même auteur (Fées, weed et guillotine) mais le texte peut se lire tout seul (je précise que dans ce cas comme dans celui de la nouvelle précédente, je n’ai pas lu les dits-romans). Un événement étrange a eu lieu près d’Huelgoat, en Bretagne et notre équipe est chargée d’élucider l’affaire, qui mêle écureuils tueurs et vieillard fou se battant à l’épée. Ne cherchez pas de sérieux ici, il n’y en a pas ! 🙂 On aura affaire à un Lancelot qui a quelque peu perdu l’esprit au fil des siècles, à un combat d’anthologie entre deux chevaliers multi-centenaires (à noter que les multiples insultes que se lancent les belligérants valent leur pesant de cacahuètes ^^), sans oublier les fameux écureuils tueurs, évidemment. ^^

Neuf histoires mettant en scène Lancelot, neuf textes qui ont chacun leur propre vision du personnage, leur ambiance, leur ton. Neuf nouvelles qui m’ont régalée, si bien que, si je puis désigner quelques coups de coeur, je dois avouer que c’est vraiment pour en distinguer, car tous les textes m’ont plu ! 🙂 Une excellente anthologie qui ravira tous les passionnés du mythe.

Éditions ActuSF, 373 pages, 2014

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Publié par le 1 juin 2014 dans Lecture

 

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Gros-Oeuf et Petit-Oeuf et Les Griffes du Grogneur, Timothée Rey

Un petit article pour deux petites nouvelles – raison pour laquelle cet article n’apparaît pas avec la présentation habituelle de mes billets de lecture. Je vous ai livré mon coup de coeur pour Les Souffles ne laissent pas de traces, le polar préhistorique de Timothée Rey paru aux éditions Les Moutons électriques. On y découvrait une enquête de N’a-Qu’un-Oeil, chamane détective de son état, pendant la préhistoire.

Depuis, les Moutons électriques ainsi que l’auteur ont mis à disposition, sous format numérique et de façon gratuite, deux mini-nouvelles qui se déroulent dans le même univers : Gros-Oeuf et Petit-Oeuf et Les Griffes du Grogneur. Le premier récit, fort bref, rappelle les contes et traditions folkloriques qui faisaient office d’intermèdes dans le roman. Vu sa brièveté, je n’en ferai point de résumé et me contenterait de révéler qu’il est fort savoureux 🙂 Je me suis régalée tout au long de ses 4 pages !

Quant au second, il comporte une courte enquête de notre fameux chamane détective, sur une affaire qui n’était qu’évoquée dans le roman. Avec Les Griffes du Grogneur, on peut enfin découvrir toute l’affaire en question, sur une dizaine de pages, et constater déjà du scepticisme de N’a-Qu’un-Oeil. Scepticisme qui en fait un détective hors-pair !

Deux courtes nouvelles qui se lisent rapidement et prolongent l’univers des Souffles ne laissent pas de traces, deux nouvelles qui sont un délice de lecture. Un grand merci à Timothée Rey ainsi qu’aux Moutons électriques pour ces deux cadeaux !

Pour télécharger les deux textes, il suffit d’aller sur le site de l’éditeur, sur la page du livre et d’aller dans l’onglet Extrait. Si vous avez lu le roman, vous vous régalerez ! Si ce n’est pas le cas, peut-être ces deux récits vous convaincront-ils de vous jeter sans plus attendre sur Les Souffles ne laissent pas de traces ! 😉logo_orange_dimanche_jlnn

 

 
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Publié par le 27 avril 2014 dans Lecture

 

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Afrique-s, anthologie dirigée par Sandrine Gaquerel

Afriques_sandrinegaquerelQuatrième de couverture

« Afrique » est un mot magique, un mot dont la force d’évocation alimente nombre de fantasmes, idylliques ou sordides. Treize auteurs ont répondu à l’appel et pétri cette matière à rêves pour y sculpter leurs visions.

Le temps d’un livre, écoutez nos griots raconter un petit morceau d’Afrique, des contes, des exploits, des blessures, des racines, des ramifications et des possibles.

Dans le passé, le présent, et l’avenir, venez découvrir les masques et les atours dont les auteurs de cette anthologie ont paré une Afrique réinventée, riche de magies et de mystères encore jamais décrits.

Mon avis

Il n’existe pas beaucoup d’ouvrages, en SFFF (= Science-Fiction Fantastique Fantasy), qui font la part belle au continent noir. C’est dommage, car ces terres disposent d’un terreau légendaire riche et propice aux histoires. C’est en raison de cette thématique peu fréquente que je me suis laissée tenter par l’anthologie Afrique-s parue aux éditions Parchemins & Traverses. Une fois refermé le livre, j’avais d’abord eu un sentiment de déception. Pourquoi ? Parce qu’aucun texte n’appartient au genre de la fantasy, alors même que j’aurai cru en trouver, au vu des nombreuses légendes africaines. Mais, passé cette déception – momentanée, il faut l’avouer ! – j’ai eu envie de me replonger dans ces textes, sans autre attente, cette fois, que de goûter à nouveau à l’Afrique vue par ces auteurs. Ce qui est plutôt bon signe ! Avoir envie de relire, cela veut dire, pour ma part, que j’ai aimé ma lecture.

Et c’est une fort belle anthologie que celle-ci, ancrée dans l’avenir ou dans le fantastique, où la magie de la savane se mêle aux tragédies d’aujourd’hui, où le sang versé hier à des conséquences sur le présent. Si fantasy il n’y a pas, enchantement, émotion, y sont, et c’est bien là le principal ! 🙂 Oui, passé cette petite déception, Afrique-s m’a bien plu, et c’est pourquoi je partage ici mes impressions.

En avant pour une revue texte par texte :

Toumaï transfert de Don Lorenjy : le texte d’ouverture trouvera sa conclusion dans un texte en avant-dernière position, Toumaï tango. C’est pourquoi je me garderai de résumer même en deux phrases, de peur d’en dévoiler trop. Quant à ce que j’en ai pensé, autant le dire tout net : je n’ai pas aimé. Du tout. Même en ayant la clé du mystère. Trop cynique pour moi ? Sans doute. En tout cas, je n’y ai trouvé aucun plaisir de lecture, aucune autre émotion que du dégoût ou de l’ennui. Comme ouverture, ça commençait mal…

Les crimes des aïeux de Réjane Durand : Nantes, belle ville de France, fit jadis partie de ces villes par où passait la traite des esclaves… Un commerce odieux qui hante encore les lieux. On rehausse tout de suite le niveau avec cette belle nouvelle qui prend au coeur, où les atrocités passées se répercutent sur les bourreaux, même plusieurs siècles après. Une nouvelle fantastique qui évite avec brio l’écueil du manichéisme pour un résultat tout en émotions et humanité.

Au pied du fromager de Ebatbuok : quant l’auteur d’un poème cherchant sa rime touche au coeur de l’âme africaine, cela donne un récit surréaliste, où le réel se mêle au fantasmé, où l’on ne sait plus où trouver ses repères mais où l’on se perd avec délice dans ce dialogue entre le narrateur, une divinité (enfin, je crois que c’en est une) et une autre vie. Un joli texte, aussi enchanteur et tremblant qu’un mirage, mais un mirage qui vire au vrai.

La reine de Kaily Caine : en voyage au Maroc où vécut, enfant, son compagnon, Claire n’arrive pas à suivre le troupeau de touristes guidé par le voyage organisé. Malade – mais l’est-elle vraiment ? – elle est en proie à des visions étranges… Dans ce texte qui pointe du doigt la dictature apparaît l’âme du pays. Une nouvelle sous le signe du fantastique, sur une femme qui refuse de fermer les yeux et qui rencontre bien plus qu’elle ne pensait durant ce voyage sous tension. Entre folie et vérité, une nouvelle que je place dans mes coups de coeur.

Ebola de Eve Oemor : le titre est assez évocateur à lui tout seul pour qu’il n’ait pas besoin de résumé. Triste écho aux actualités, cette nouvelle agite le spectre de la pandémie avec le virus du titre. Un virus redoutable, dont le berceau est en Afrique et contre lequel n’existe aucun traitement. Inutile de dire qu’entre la situation actuelle (une épidémie sévit à ce jour dans certains pays du continent noir) et la tension induite par l’auteur, Ebola est un texte qui fait mouche. Hypocondriaques, s’abstenir.

Yurugu de Gabriel Féraud : ma préférée de l’anthologie ! 🙂 Un homme blanc, élevé par des Dogons, est mis au défi par un Malien après une discussion où ce dernier affirme que tout Blanc, même élevé dans la brousse, ne sentira jamais les mystères du continent noir. Une nouvelle très prenante, par laquelle transpire toute la magie africaine, au travers de ce duel peu commun.

Sous l’aile de l’ange de Yves-Daniel Crouzet : au début, je me suis demandée ce que le texte faisait là. Puisqu’il démarre dans la France rurale des années 50. Mais, bientôt, j’ai compris. Une belle histoire d’ange gardien, très différente de ce à quoi l’on pourrait s’attendre. Une histoire positive, malgré les passages difficiles qu’elle contient, et qui laisse une certaine chaleur à l’âme une fois terminée.

Singeries de Meddy Ligner : quid de la faune africaine ? La voilà enfin avec un groupe de singes qui, sous les yeux éberlués des scientifiques, vont développer un étranger comportement… un texte à chute – et qui a marché sur moi, j’ai été surprise (et ravie) de la tournure inattendue et caustique des choses ! Très sympathique à lire et qui, mine de rien, invite à la réflexion.

Issue de la glaise de Sophie Dabat : coup de coeur pour cette nouvelle qui se situe en Haïti. Haïti ? Mais quel est le rapport avec l’Afrique, me direz-vous ? Il y en a deux : l’esclavage (l’histoire se déroule dans une plantation, à l’aube de l’indépendance) et la magie – celle du vaudou, qui trouve ses racines en Afrique. Le résultat ? Un texte émouvant, imprégné de vaudou, donc, et qui prend aux tripes. Je n’en attendais pas moins de Sophie Dabat ! 🙂

Mirages de Pierre Cuvelier : dans le désert se trouvent les mirages et les nomades. Encore un coup de coeur pour ce texte à l’écriture poétique qui se déroule dans un désert de légende et qui suit une fille, parmi les nomades, en tous points étrange. Un texte comme un vieux conte oublié, un peu flou mais à la trame forte, avec un parfum de grains de dune entre les lignes.

Dala et madame Scar de Perrine Le Querrec : une petite fille qui grandit en portant la même robe et qui, bientôt, subira une initiation, une scarification ; une femme blanche qui se laisse charmer par un autochtone. Une histoire envoûtante, où la chaleur de la savane brouille tout, au point que je ne suis pas sûre d’avoir saisi toute l’intrigue. Reste des impressions, une ambiance, une fournaise, celle du climat et des sens ainsi qu’une senteur âcre, celle du sang et de la peur.

M’bakiri de Fred Guichen : je me plaignais du manque de fantasy, mais voilà un peu de fantasy urbaine ! 🙂 Dans cette nouvelle, des sorciers – vous savez, ceux qui vous laissent leurs cartes de visite promettant succès en tout domaine – s’occupent d’un M’bakiri, un éléphant miniature, vestige d’une légende très ancienne. Une nouvelle réjouissante – oui, c’est encore un coup de coeur ^^ – autant que triste, qui mêle nos villes modernes aux anciens secrets de la jungle. Avec, en prime, une chute à tomber par terre 😉

Toumaï tango de Don Lorenjy : je ne m’étendrai pas sur ce texte, en ayant parlé plus haut puisqu’il s’agit de la suite de Toumaï transfert.

Qui suis-je ? dit le klapoutcheewoc de Timothée Rey : on termine en apothéose ! Un étrange animal, le klapoutcheewoc, interroge tous les animaux de la savane pour connaître son identité. La révélation sera des plus surprenantes… et très triste pour nous autres, humains. Entre conte léger et réflexion grave sur l’un des gros défauts de l’humanité, Timothée Rey nous offre un fort joli texte et je ne suis pas prête d’oublier le fameux klapoutcheewoc ! Inutile de préciser que c’est encore un coup de coeur 🙂

Au final, une anthologie qui comporte nombre de bons textes – voire même excellents – et seulement deux qui m’ont absolument déplu. Un bilan plus que positif 🙂 Pour ceux qui souhaiteraient en lire davantage sur le thème de l’Afrique dans la SFFF, ActuSF en a listé ici. J’irai aussi puiser dans cette liste des idées de lecture.

Et devinez quoi ? Bien sûr que l’anthologie Afrique-s y a sa place 😉

Éditions Parchemins & Traverses, 206 pages, 2010logo_orange_dimanche_jlnn

 

 
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Publié par le 20 avril 2014 dans Lecture

 

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