Mers mortes, Aurélie Wellenstein

Quatrième de couverture

Mers et océans ont disparu. L’eau s’est évaporée, tous les animaux marins sont morts.
Des marées fantômes déferlent sur le monde et charrient des spectres avides de vengeance. Requins, dauphins, baleines…, arrachent l’âme des hommes et la dévorent. Seuls les exorcistes, protecteurs de l’humanité, peuvent les détruire.
Oural est l’un d’eux. Il est vénéré par les habitants de son bastion qu’il protège depuis la catastrophe, jusqu’au jour où Bengale, un capitaine pirate tourmenté, le capture à bord de son vaisseau fantôme.
Commence alors un voyage forcé à travers les mers mortes… De marée en marée, Oural apprend malgré lui à connaître son geôlier et l’objectif de ce dangereux périple.
Et si Bengale était finalement la clé de leur salut à tous ?

Mon avis

Cela faisait longtemps que j’avais ajouté plusieurs romans d’Aurélie Wellenstein dans ma LAL (Liste à Lire) mais je n’avais pas encore eu l’occasion d’en lire un (PAL monstrueuse, so many books so little time, bref, vous voyez ^^ »). Mers mortes fait partie des 5 ouvrages en lice pour le Prix Imaginales des Bibliothèques. Et la bibliothèque où j’officie y participe, justement, donc c’était le moment de découvrir enfin la plume de cette autrice ! 😉

Mers mortes nous présente un monde à l’agonie. Les océans et les mers ont disparu depuis plusieurs années, après des décennies d’agonie. Le monde est une fournaise. Quelques humains survivent mais la fin est proche. Et, régulièrement, des marées fantômes submergent tout. Des marées charriant les spectres de la faune marine, assoiffés de vengeance et qui dévorent les âmes des êtres vivants. Oural est un exorciste, doté d’un don psychique qui lui permet de se protéger et de protéger d’autres de ces marées fantômes. Quand Bengale, capitaine d’un bateau pirate fantôme, le capture, son existence bascule.

D’emblée, Mers mortes se positionne comme de la fantasy post-apo. Le message écologique est on ne peut plus clair, certaines scènes sont de véritables cris du coeur face aux horreurs que l’humanité peut faire subir aux animaux marins. Le fait que l’un des personnages secondaires soit une delphine, Trellia, permet de mieux se glisser dans la peau de ces animaux martyrisés. Bien que déjà sensibilisée à ces horreurs, lire ces scènes m’a vraiment peinée autant que fait éprouver de la honte pour notre espèce.

Mais ce message écologique passerait moins bien sans les personnages auprès desquels nous partageons maintes aventures périlleuses. Oural, personnage principal, a toujours vécu dans un cocon. Son statut d’exorciste en fait un jeune homme respecté, adulé, obéi. Aussi, quand Bengale en fait son otage, il lui faut ravaler sa fierté. Il lui faut s’adapter à cet équipage qui idolâtre son capitaine, malgré le sang qu’il a sur ses mains.

La relation entre Oural et Bengale évoluera finement, subtilement, au fil des pages et des (nombreuses) avanies qui leur arrivent. Voyager, dans un tel contexte apocalyptique, n’est pas de tout repos !

J’ai littéralement dévoré Mers mortes en un weekend. Le roman se lit tout seul, je me suis rapidement attachée à Oural, même dans ses moments tête à claques, et à Bengale, malgré ses sombres secrets et sa violence. Bengale qui, au fil des pages, nous apparaît bien plus nuancé qu’on ne pourrait le croire au début du roman.

La fin m’a tiré des larmes. Elle est tellement forte, tellement émouvante ! Si vous êtes sensibles, préparez vos mouchoirs.

C’est ma seconde lecture dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothèques mais la première pour laquelle j’éprouve un tel enthousiasme ! C’est pourquoi Mers mortes a droit à sa chronique ici, puisque le blog est réservé aux lectures que j’ai aimées 🙂

Édition Scrineo, 2019, 363 pages.

I love you so mochi, Sarah Kuhn

Quatrième de couverture

Le destin de Kimiko semblait tout tracé : entrer dans une grande école d’art et devenir une peintre renommée, pour la plus grande fierté de sa mère.
Seulement, voilà : depuis plusieurs mois, alors qu’elle doit bientôt présenter sa candidature à la Liu Academy, Kimi est incapable de peindre quoi que ce soit. Il n’y a bien que dans la création de vêtements, son péché mignon, qu’elle trouve encore de l’inspiration !
Lorsque sa mère découvre le pot aux roses, l’atmosphère à la maison devient étouffante. Aussi, quand ses grands-parents l’invitent à leur rendre visite au Japon pendant les vacances, Kimi saute sur l’occasion.
Arrivée sur place, elle a tôt fait de se perdre dans le dédale des rues de Kyoto.
Et c’est au détour d’un stand de mochis, cette délicieuse pâtisserie aux multiples couleurs , que Kimi fait la rencontre d’un étudiant pas comme les autres : Akira. Drôle et généreux, le jeune homme va se donner pour mission de l’aider à trouver sa voie, au sens propre comme au figuré !

Mon avis

Je n’aurais sans doute pas entendu parler de ce livre si je n’avais pas lu la sélection de sorties du mois de Planète Diversité (au passage, je vous recommande ce blog, qui est devenu pour mois une mine supplémentaire d’idées de lectures, en plus de mes canaux habituels). Le résumé comme la couverture m’ont tout de suite fait craquer et, le jour de sa sortie, je me suis précipitée en librairie avant de le déguster tout au long du weekend, comme je le ferai d’un délicieux mochi fourré à l’anko ! 🙂

Kimiko, adolescente californienne d’origine japonaise, est en pleine crise d’inspiration. Elle n’a rien peint depuis des mois alors qu’elle est censée, à l’issue de son année de terminale, intégrer la prestigieuse Liu Academy, pour la plus grande fierté de sa mère, elle-même peintre. Lorsque cette dernière découvre la vérité, c’est la crise entre les deux femmes. C’est là que les grands-parents de Kimi, qu’elle ne connaît pas, l’invitent à venir leur rendre visite au Japon.

Basée en grande partie à Kyoto et ses alentours, l’intrigue de I love you so mochi suit les pas de Kimi dans sa découverte d’elle-même, de sa famille et, bien évidemment, de l’amour ! Le titre donne la couleur d’emblée, d’ailleurs, et est fort bien choisi – les mochis auront leur rôle à jouer dans cette histoire 😉

J’ai beaucoup aimé ce roman Young  Adult. Kimi cherche sa voie professionnelle, sa voix créatrice. Une quête qui ne peut se faire sans décortiquer l’historique familial – après tout, comment savoir où aller si on ignore d’où on vient ? Elle découvre également un pays dont elle ne connaît au final pas grand-chose – mis à part ce que ses parents lui ont transmis.

Sa relation avec Akira, un garçon du cru qui va se mettre en tête de l’aider dans sa quête, apporte une belle touche sentimentale à cette histoire où se mêlent évolution personnelle et recherche des racines familiales. Les réactions de Kimi, toujours enthousiastes et pleines de fraîcheur, souvent maladroites, la rendent très attachante.

J’ai dévoré ce roman avec grand délice ! Il correspond tout à fait au mochi : doux et tendre, avec un parfum marqué. On se promène au Japon aux côtés de Kimi, on découvre – ou redécouvre – avec elle mille merveilles et on suit avec tendresse son parcours, à mesure qu’elle prend confiance en elle et dénoue des noeuds familiaux.

C’est un très chouette roman avec un personnage principal réussi et des thèmes qui parleront à nombre de lecteurs et lectrices.

Éditions Fleurus, 379 pages, 2020

Les révoltés d’Athènes, Mathilde Tournier

Quatrième de couverture

Ve siècle avant J.-C. Au bout d’une guerre interminable, la puissante flotte d’Athènes est réduite en cendres par l’armée de Sparte. Rescapé du massacre, le bel Héraclios, citoyen de vingt-deux ans, rentre chez lui, au Pirée, où l’attendent sa mère et sa soeur Myrto. La cité est méconnaissable : vide, paralysée par la faim, le froid, et bientôt assiégée par les Spartiates.
Pour survivre, protéger les siens et défendre la démocratie de la tyrannie des Trente, Héraclios est prêt à tout.

Mon avis

Après La fille du monstre de Florence Aubry, qui abordait avec beaucoup de délicatesse le thème des conséquences du suicide sur les proches, Les révoltés d’Athènes est ma seconde lecture d’un ouvrage de la collection Scripto des éditions Gallimard. Et vu comment cette lecture m’a plu et interpellée, je pense que je vais aller fouiner d’un peu plus près dans cette collection !

Les révoltés d’Athènes aborde un épisode de l’Histoire de la Grèce antique de façon fracassante. Le style de Mathilde Tournier est en effet résolument contemporain. Cela rend le récit d’Héraclios d’autant plus vivant et d’autant plus accessible. Héraclios nous raconte son histoire à la première personne du singulier. On s’attache très vite à ses pas.

J’avoue, au début de ma lecture, j’étais intéressée mais pas plus que ça. Et puis… et puis le charme du livre a fait son office. Je me suis surprise à enchaîner les pages, à avoir de la peine à lâcher le livre. Entre le suspense lié au sort d’Héraclios, de ses proches, de sa cité ; l’intérêt historique (le style choisi rend vraiment tout ce pan de l’Histoire aussi vivant que s’il s’était déroulé hier) ; les guest-stars de la Grèce antique qui apparaissent de temps à autre dans le récit (Socrate et ses petites piques philosophiques, poussant le héros – et nous avec – à nous interroger sur certains concepts) et, ici et là, des réflexions sous-jacentes sur la démocratie, son rôle, ses faiblesses, Les révoltés d’Athènes est un court roman historique enlevé et ancré dans notre présent, bien que parlant du passé.

J’ai beaucoup apprécié également le fait que les relations homosexuelles du personnage principal – qu’elles soient amoureuses ou nées de la nécessité – soient abordées avec un naturel tout à fait plausible, étant donné les moeurs de l’époque. Héraclios partage en effet ses états d’âme sans complexe ni embarras, ni sans s’y attarder, sauf lorsqu’il se surprend à s’attacher à quelqu’un.

Mais c’est surtout avec le fil rouge de l’intrigue, autour de la tyrannie des Trente et de la lutte contre cette tyrannie, que j’ai trouvé que ce livre pouvait entrer en résonnance avec les remous qui agitent nos démocraties modernes.

Cerise sur le gâteau (ou plutôt livre sur ma PAL), ce petit roman m’a donné envie, l’air de rien, d’aller bouquiner du côté des oeuvres de Socrate et de Platon (certes, le style sera certainement moins accessible que celui de Mathilde Tournier. Mais à mes yeux, si un auteur m’a donné envie de creuser plus loin, c’est un très bon signe de l’impact de son oeuvre !).

Bref, ce roman pour jeunes adultes est une vraie réussite dans sa façon d’allier le passé et le présent ! 🙂

Éditions Gallimard Jeunesse, 239 pages, 2019

Hazel Wood, Melissa Albert

Quatrième de couverture

« Ne t’approche sous aucun prétexte d’Hazel Wood. »
Ces quelques mots, laissés par la mère d’Alice juste avant son enlèvement, scellent à tout jamais le destin de la jeune fille.
Hazel Wood, la résidence légendaire d’Althea Proserpine, auteure des célèbres Contes de l’Hinterland. Hazel Wood, d’où semblent s’échapper des personnages inventés par Althea. Hazel Wood, où sa petite-fille, Alice, va devoir s’aventurer. Hazel Wood, dont personne ne revient jamais.
Et si Hazel Wood était bien plus qu’un simple manoir ? Un leurre ? Une porte d’entrée sur un autre monde ? Et si Alice était bien plus qu’une simple New-Yorkaise ? Une princesse ? Une tueuse ?
Il était une fois… Hazel Wood.

Mon avis

Hazel Wood a fait partie de mes semi-coups de coeur de l’année 2018. Pourquoi semi ? Je vais y revenir plus loin.

Je n’aurais sans doute jamais eu connaissance de ce livre si je ne l’avais pas vu passer sur le Net – je ne me rappelle plus quelle personne avait parlé de cette lecture sur son blog ou son Twitter, mais toujours est-il que la couverture – délicieusement foisonnante – comme le résumé m’avait interpellée.

Fin 2018, donc, je me lance enfin dans sa lecture. Lecture que j’entame dans le train. L’histoire est celle d’Alice, jeune fille en perpétuelle errance avec sa mère. Les deux femmes espèrent cependant se fixer enfin lorsque la mystérieuse grand-mère, une autrice célèbre de contes, décède. Dès lors, d’étranges et inquiétants événements se produisent, jusqu’à pousser Alice à enfreindre l’interdit que lui avait fixé à sa mère : ne jamais, jamais approcher du domaine où vivait sa grand-mère.

J’ai très vite été happée par cette histoire. Il faut dire que j’avais de quoi être séduite ! L’autrice, Melissa Albert, a puisé dans les contes de fées (les originaux, ceux des frères Grimm, ceux des temps où les contes n’étaient pas pour les enfants et recelaient nombre d’aspects sombres). Non seulement cela, mais elle utilise ce riche terreau pour concevoir son univers, jusqu’à en extraire un conte original : Hazel Wood.

J’ai adoré découvrir les contes de l’Hinterland, imaginés par Althea. J’ai adoré glisser, aux côtés de l’héroïne, de la familiarité de nos villes urbaines à l’étrangeté magique des royaumes féeriques. J’ai adoré découvrir les inquiétantes figures féeriques qui dansent autour d’Alice. Et surtout, j’ai adoré suivre le cheminement de cette jeune fille, qui va de découverte en découverte, qui scelle son destin sans le savoir lorsqu’elle se rend à Hazel Wood.

Ensorcelée ? C’est le sentiment que j’ai ressenti au fil de la première partie du livre. Je m’en suis vraiment arrachée de mauvaise grâce, lorsqu’est arrivée l’heure de changer de train. J’étais dans une sorte de torpeur, comme encore embrumée de toute cette magie. Et lorsque je me suis replongée dans le livre, pour la dernière partie, je n’ai pas réussi à retrouver cet envoûtement. Est-ce parce que ce fameux changement de train, en me tirant brutalement hors de ma fantastique lecture, m’a coupée dans mon élan ? Est-ce que parce que le final tient un peu trop du soufflé qui s’effondre ?

Pourtant, Hazel Wood est une très belle variation autour d’un thème commun à la féerie (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler). Une véritable ode aux contes dans ce qu’ils ont de plus sombres mais aussi de plus riches en terme d’enseignements. Alice suit réellement tout un parcours initiatique, à l’instar de tous ces héros et toutes ces héroïnes de contes. Elle sortira changée de tout ce qu’elle va vivre. Changée, grandie. Mûrie.

Mais cette seconde partie où j’ai eu la sensation de manquer de la magie de la première fait que, pour moi, Hazel Wood est un semi-coup de coeur.

Il n’empêche, je me jetterai sans aucune hésitation dans la suite de ce roman, suite annoncée en V.O. pour l’année 2020. Je sais d’avance que je vais adorer retourner là-bas, dans les féeriques mais dangereuses contrées d’Hinterland…

Éditions Milan, 384 pages, 2018

La fille du monstre, Florence Aubry

Quatrième de couverture

Comment vivre avec un papa qui a voulu partir?
Un père qui a voulu en finir.
Un père qu’on ne reconnaît plus, dont le visage aimé a disparu, pulvérisé. Et devenir du jour au lendemain la fille d’un monstre aux yeux des autres…

Mon avis

C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai abordé La fille du monstre. Le sujet principal du livre, à savoir le suicide et ses conséquences sur les proches, est en effet des plus délicats. Et quand on est, comme moi, une âme sensible, il y a de quoi s’inquiéter de la façon dont le livre pourrait traiter un sujet aussi douloureux.

Mais Florence Aubry traite ce difficile thème avec une délicatesse rare. Nous vivons l’histoire du point de vue de Tess. Depuis le jour où son père a tenté de se tuer. Un acte désespéré auquel il survit, certes, mais qui le laisse défiguré à vie. Et pour Tess commence alors un douloureux chemin. Dans son village, elle n’est désormais plus que « la fille du monstre », un sobriquet lourd à porter quand on est encore une petite fille. Surtout, elle ne comprend pas la raison de cette tentative de suicide.

Le livre est court mais il n’a pas besoin d’être plus long. Avec les mots de Tess, avec sa sensibilité, l’autrice met en lumière les conséquences du suicide sur les proches. Elle nous présente le cheminement d’une adolescente qui mettra des années avant d’accepter, puis de pardonner à ce père qui, un jour, lui est soudainement devenu si étranger. Et elle le fait avec une plume précise, à la fois pudique mais sincère, sans tirer le sujet vers le glauque ou le pathos.

Un exercice d’équilibre d’autant plus remarquable qu’il est brillamment réussi. Malgré tout, si le livre s’adresse à un public d’adolescents et de jeunes adultes, si le sujet est bien traité, je pense que sa lecture nécessite un minimum d’accompagnement pour les plus jeunes ou les plus sensibles.

Éditions Gallimard Jeunesse, 192 pages, 2019