La voix des ombres, Frances Hardinge

Quatrième de couverture

La jeune Makepeace avait pourtant appris à se défendre contre les fantômes. Mais aujourd’hui, un esprit habite en elle. Il est sauvage, fort, en colère… et il est aussi son seul rempart contre la cruelle dynastie de son père. Dans un pays déchiré par la guerre, Makepeace va devoir faire un choix difficile: la liberté ou la vie.

Mon avis

L’ouvrage est attrayant, avec sa chouette en couverture et sa tranche verte. Le contenu ne l’est pas moins ! Écrit avec une plume fluide, La Voix des ombres nous entraîne dans les pas de Makepeace et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette toute jeune fille aura bien des fantômes à affronter… dans tous les sens du terme.

Makepeace possède en effet un don. Un don inquiétant, que sa mère lui force à apprendre à affronter. Un don qui suscite certaines convoitises par des personnages non moins effrayants… et dans les mains desquels Makepeace va tomber, après la mort de sa mère.

Mais commençons par le commencement. Makepeace mène une vie routinière dans une petite ville de campagne, dans l’Angleterre du XVIIe siècle. Elle n’est cependant pas paisible, cette vie, car Makepeace est régulièrement visitée par des fantômes et cela la terrifie. Pour l’aider à maîtriser son don, sa mère l’enferme régulièrement dans un lugubre grenier. Makepeace réagit très mal à cette façon violente de la forcer à se confronter à son don, tout comme elle peine de plus en plus à se retenir de poser des questions sur son mystérieux géniteur. Un jour, deux drames surviennent : Makepeace, à proximité d’un ours battu à mort par ses dompteurs, reçoit l’esprit de l’animal et sa mère meurt, prise dans un mouvement de foule dans la ville proche. Makepeace, affolée par ce deuil comme par cette cohabitation forcée avec un ours enragé, s’enfuit. Elle se fait engager comme servante auprès des Fellmotte, famille d’aristocrates d’où serait enfuie sa mère, autrefois. Mais ce faisant, elle se jette aussi dans la gueule du loup…

Sise dans l’Angleterre du XVIIe siècle, l’intrigue mêle le fantastique avec, en toile de fond, les remous qui agitent le pays à cette époque. Makepace s’efforce de survivre et d’échapper aux fantômes, ceux qui la hantent comme ceux qui la poursuivent, avant de s’affermir et d’apprendre à vivre avec eux. Le spectre de l’ours, notamment, qui la possède tôt dans le récit.

La présence de cet animal fantôme m’a bien plu. Il souligne à merveille la métaphore de la part animale que chacun porte en soi. Il est ce avec quoi Makepeace à également du mal – partager son enveloppe corporelle entre deux esprits n’est pas aisé en soi ! Mais plus elle approchera d’une cohabitation harmonieuse, plus Makepeace mûrira et deviendra forte.

Récit initiatique, récit fantastique, La Voix des ombres est un roman qui se lit bien et qui offre une histoire de fantômes qui sort des sentiers battus. Certains spectres donnent particulièrement froid dans le dos. Un autre roman qui prouve que la littérature young adult n’est pas à réserver qu’à son public cible, il ravira aussi des lecteurs plus âgés.

Éditions Gallimard Jeunesse, 512 pages, 2019

Publicités

La sirène et la licorne, Erin Mosta

Quatrième de couverture

La Licorne, c’est Lili, passionnée de cinéma et d’effets spéciaux. La Sirène, c’est Cris, prête à tout risquer pour naviguer. Toutes les deux cachent une blessure… Elles ont un été pour se reconstruire, se découvrir et s’aimer.

Mon avis

La Sirène et la licorne se déroule le temps d’un été et c’est justement une lecture idéale pour cette période même si, à mon sens, il peut se lire n’importe quand ! Ce petit roman pour adolescents et jeunes adultes fut pour moi une véritable petite douceur, une histoire aussi plaisante à lire que réchauffant le coeur.

Mais je commence ma chronique à l’envers. Lili a 17 ans, des cheveux multicolores et la passion des effets spéciaux. C’est elle qui nous raconte l’histoire. On comprend très vite que si elle passe l’été chez sa tante, au bord de la mer, c’est avant tout pour fuir le harcèlement de ses pairs. Harcèlement dont elle a été particulièrement victime sur les réseaux sociaux. Pourquoi ce déchaînement, on le saura plus tard, mais déjà cela m’a plu que le roman aborde ce sujet.

Au cours de cet été, Lili rencontre Cris, passionnée de voile mais qui a du renoncer à son sport favori à la suite d’une blessure. Entre ces deux jeunes filles en reconstruction va se nouer une relation qui les aidera, l’une comme l’autre, à aller de l’avant.

Sous sa couverture rose bonbon et sa jolie illustration, La Sirène et la licorne aborde avec beaucoup de tendresse, de douceur mais aussi de justesse, certains affres de l’adolescence tels que le harcèlement ou la pression familiale, mais avant tout la naissance d’un amour. La plume est délicate, le personnage de Lili très attachant par ses goûts hors normes (j’ai adoré les passages où elle fabrique son faux sang ou maquille Cris) comme son enthousiasme maladroit.

La Sirène et la licorne, c’est livre bienveillant, une lecture doudou que j’ai parcourue avec délice et que je vous recommande plus que chaudement !

Éditions Rageot, 268 pages, 2018

Illuminae t. 3 : Dossier Obsidio, Amie Kaufman et Jay Kristoff

Quatrième de couverture

Rebelles comme Kady, Ezra, Hanna et Nick, ou simple officier enrôlé par BeiTech comme Lindstrom, réfugiés à bord du vaisseau Mao ou résistants sur la planète Kerenza…

Tous attendent l’ultime combat.

Mais personne n’imagine un instant comment Aidan, l’intelligence artificielle la plus imprévisible de l’espace, a décidé de jouer le dernier coup de la partie.

Mon avis

Première lecture de l’année 2019, Dossier Obsidio est aussi le point final de la trilogie Illuminae. Nous y retrouvons les personnages principaux des deux premiers tomes ainsi que quelques petits nouveaux.

[SPOILER ALERT] Ce billet porte sur le dernier volume de la trilogie. En toute logique, certains éléments des précédents tomes apparaîtront au cours de la critique. Si vous n’êtes pas à jour dans votre lecture de la série, passez votre chemin !

L’avertissement étant posé, parlons maintenant de ce fameux dernier tome. J’avais adoré les autres volumes (voir mes avis du tome 1 et du tome 2), inutile de dire que j’étais impatiente de découvrir la conclusion de ce space opera YA ! 🙂 Le procédé stylistique reste le même : le tome est un dossier rassemblant extraits de conversations par e-mails ou radio, description de vidéos recueillies sur des caméras de surveillance ou personnelles, plans, schémas, etc. Après deux tomes du même style, je suis désormais habituée à ce procédé original qui permet aux pages de se tourner toutes seules, malgré l’épaisseur du livre, et qui nous plonge aussi dans l’action sans souci.

Les protagonistes survivants des précédents volumes sont en route vers Kerenza. Un chemin pavé d’embûches car le vaisseau où ils ont trouvé refuge n’est pas conçu pour accueillir autant de monde. Sans compter que la station Heimdall étant hors service, les différentes destinations au vu du carburant disponible ne sont pas légion et les chances d’être secouru, infimes, pour ne pas dire impossibles.

À Kerenza, les survivants de la première attaque vivent sous le joug des troupes de BeiTech, elles aussi coincées sur place du fait des dommages causés sur leur système de propulsion. C’est là que nous faisons notamment la connaissance du couple-phare du tome, qui a ceci de particulier que leur situation équivaut à celle de Roméo et Juliette : l’une est une survivante, l’autre un membre de BeiTech. Et ils ne sont plus ensemble depuis quelques années, leur relation tumultueuse ayant autrefois causé la vindicte de leurs familles.

Autant dire que dans un cas comme dans l’autre, la situation est explosive.

Dossier Obsidio remplit ses promesses en terme de suspense, de personnages attachants et de péripéties. J’ai aimé aussi la façon dont les auteurs présentent les soldats de BeiTech – loin d’en faire des « méchants » caricaturaux, ce sont des hommes et des femmes avec toutes les nuances de gris possible, ni tous blancs, ni tous noirs. Cela ne les rend que plus humains, surtout lorsqu’ils sont confrontés à des choix moraux, et rend plus abjects encore les actes de ceux qui font le choix de la brutalité. Les résistants ne sont pas non plus dépeints comme les « gentils », eux aussi ont leur lot de personnalités différentes, aux réactions différentes face à une situation traumatisante. D’ailleurs, des passages sur Kerenza comme le Mao me rappelaient certains événements de la série Battlestar Galactica (à ceci près qu’il n’y a pas de Cylons) (enfin, sauf si on considère Aidan comme un cousin éloigné des Cylons…). Une comparaison que j’avais eu aussi à l’esprit lors de ma lecture du tome 1 et, dans les deux cas, sans que cela soit péjoratif, au contraire.

J’ai juste été déçue par le final cousu de fil blanc. Mais ma foi, le voyage aura été si mouvementé dans ces trois tomes, l’histoire tellement captivante, que je pardonne bien volontiers ce bémol, surtout que les romans de space op’ ne sont pas légion en Young Adulte, en tout cas de cette qualité !

Un beau final pour cette trilogie, dont j’aurai dévoré chaque tome avec un plaisir renouvelé ! 🙂

Éditions Casterman, 631 pages, 2018

Illuminae t. 2 : Dossier Gemina, Amie Kaufman et Jay Kristoff

Quatrième de couverture

Sur la station spatiale Heimdall, tout le monde se prépare à la grande fête de Terra. Certains plus intensément que d’autres : la fille du commandant, Hanna Donnelly, experte en mode et en arts martiaux, aimerait bien faire la fête jusqu’au bout de la nuit.

C’est à ce moment précis que BeiTech lance son attaque, envahissant la station avec une violence inouïe. Ceux qui résistent sont éliminés. Les autres, capturés. Quant aux fuyards, ils sont traqués sans relâche.

Parmi les rescapés : Hanna et Nik, un véritable bad boy issu d’une grande famille mafieuse.

Les deux ados que tout sépare s’allient pour sauver leur peau. Pendant que s’amoncellent les cadavres, dont certains d’êtres très proches…

Mon avis

J’avais adoré le premier tome d’Illuminae et c’est avec un plaisir gourmand que je me suis plongée dans ce second volume. J’ai eu plus de difficulté à m’immerger dans l’histoire que dans le premier volume. En cause, le fait que je n’appréciais guère Hanna ni Nik au début, alors qu’ils sont pourtant les personnages principaux. Et puis… à mesure que les événements se sont précipités, ils ont révélé leur personnalité et je me suis attachée à eux, si bien que j’ai avalé les pages en quelques jours, inquiète pour leur sort et celui de leurs proches.

Autant le tome 1 d’Illuminae, Dossier Alexander, rappelait fortement la série Battlestar Galactica par cette fuite éperdue dans l’espace, autant le tome 2, Dossier Gemina, tient plutôt du huis-clos terrifiant. C’est parce que le vaisseau survivant du tome 1 s’approche que la station est attaquée, BeiTech cherchant toujours à éliminer tous les témoins de son attaque. Entre les habitants de la station Heimdall et les tueurs envoyés pour « faire le ménage », c’est une course contre la montre et pour la survie qui va s’enclencher.

Ajouter à cette ambiance déjà fortement tendue une bestiole peu ragoûtante qui rappelle (dans une moindre mesure) Alien et un trou de ver et vous aurez un roman brillant, qui utilise avec brio ces deux éléments supplémentaires pour offrir de belles nuances dans le suspense comme dans les retournements de situation. Alors que je râlais un peu sur certaines évolutions narratives cousues de fil blanc dans le tome 1, j’ai d’abord cru en retrouver ici mais j’avoue avoir été agréablement surprise, au final. J’ai aussi beaucoup aimé la façon dont sont amenées les utilisations du trou de ver. On sent que c’est bien documenté et que les auteurs ont extrapolés à partir des connaissances scientifiques existantes, sans pour autant recracher le tout de façon indigeste.

Du côté de l’intrigue sentimentale, malgré quelques développements que j’avais vus venir bien à l’avance, j’ai été ravie de découvrir que je n’avais pas toujours tout deviné. Le personnage d’Hanna, en particulier, révèle toute sa profondeur au fil du récit, effaçant mes premières impressions à son égard, qui étaient plutôt mauvaises.

Enfin, la forme est la même que le tome 1 : on a là un dossier rassemblant descriptions des caméras de surveillances, conversations par chat, extraits d’encyclopédie en ligne, communications internes et externes, pages du carnet de dessins d’Hanna, bref, une forme originale dans laquelle on se plonge, au final, plutôt facilement et qui rend la lecture de ce pavé étonnamment rapide !

Comme son prédécesseur, Dossier Gemina est donc une excellente lecture de science-fiction YA. Inutile de dire que j’attends avec impatience le tome 3 ! 🙂

Éditions Casterman, 688 pages, 2017

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Summer Star Wars : Episode VIII organisé par RSF Blog.

Illuminae t. 1 : Dossier Alexander, Amie Kaufman et Jay Kristoff

illuminae1Quatrième de couverture

Ce matin de 2575, lorsque Kady rompt avec Ezra, elle croit avoir vécu le pire moment de sa vie. L’après-midi même, leur planète est attaquée par une entreprise interstellaire sans foi ni loi – BeiTech. Obligés de fuir, Kady embarque sur le vaisseau Hypatia, Ezra sur l’Alexander.
Très vite, Kady soupçonne les autorités de leur cacher la vérité. Avec l’aide d’Ezra – le seul en qui elle peut avoir confiance -, elle pirate le réseau informatique de leur flotte, accédant ainsi à des données confidentielles qui mettent en cause leur propre état-major.
Alors qu’ils sont toujours traqués par BeiTech, l’Intelligence Artificielle censée les protéger se met à agir d’une façon étrange…

Mon avis

À voir le livre, on peut être un peu effrayé par son côté pavé. Mais quand on l’ouvre et qu’on commence à le lire, on découvre qu’en fait de pavé, l’histoire est des plus accrocheuses et la présentation des textes, peu commune. Car Illuminae t. 1 : Dossier Alexander est ce que le titre nous indique, un dossier contenant rapports de conversations par e-mails ou de surveillances vidéo, plans de vaisseau, rapports d’avaries et autres documents. Cet aspect est assez déroutant au début mais on s’y fait rapidement car le tour de force des auteurs, c’est de réussir à capter notre attention malgré cette forme qui rappelle les romans épistolaires sans en être un.

Le livre démarre par les interrogatoires d’un psychologue de Kady et Ezra. Ils viennent de survivre à l’attaque de leur planète minière, survenue le jour même de leur rupture. Le traumatisme est là, mais les épreuves sont loin d’être terminées : l’entreprise qui a détruit leur planète poursuit la flotte survivante composée d’un vaisseau militaire, l’Alexander, seul venu à la rescousse et à en être sorti indemne, d’un vaisseau de recherche, l’Hypatia, et du Copernicus. Bien évidemment, la flotte belliqueuse ne compte pas les secourir quand elle les rattrapera mais bien achever le travail de destruction. Ici, le résumé doit vous rappeler fortement Battlestar Galactica, et en effet, le rapprochement est assumé par les auteurs qui résument leur livre comme « un mélange de Battlestar Galactica et de 10 bonnes raisons de te larguer ». Kady et Ezra ne sont pas interrogés pour leur seul bien-être psychologiques, mais pour les évaluer. Là où Kady est jugée inapte – mais on apprend bien vite qu’elle s’est arrangée pour que personne ne repère son talent de pirate informatique – Ezra est recruté pour pallier au manque d’effectifs parmi les pilotes. Je pensais encore à Battlestar Galactica lors des combats spatiaux entre petits vaisseaux, et la présentation est fort bien choisie, puisque lors des sorties dans l’espace de nos pilotes, on suit le fil de leur histoire sous la forme du tracé de leur vol. Un procédé immersif, qui permet même aux personnages les plus secondaires de se valoir l’attachement du lecteur.

Mais la menace de voir les vaisseaux de BeiTech surgir n’est bientôt plus le seul problème auquel les survivants vont devoir faire face… ajoutez à cette situation déjà difficile que l’IA de l’Alexander, endommagée lors de la première attaque, présente des signes de malfonctions préoccupants (coucou, HAL 9000 !) et que des personnes semblant atteintes d’un trouble du stress post-traumatique se transforment graduellement en fous criminels assoiffés de sang sous l’effet d’un virus (coucou, les Reavers de Serenity !). Au milieu de ça, il y a Kady et Ezra, deux ados qui, malgré la rupture qui aura marqué le jour de l’attaque, s’aiment encore. Chacun va tenter de survivre et, surtout, que l’autre survive, car ils ont tant perdu que l’idée de se perdre l’un l’autre leur est insupportable.

Malgré les nombreuses références à d’autres oeuvres de SF (qui ne seront pas forcément notées par le public visé, d’ailleurs), Illuminae dégage sa propre identité en se centrant sur deux personnages qui ont l’âge de nos lycéens et sur sa mise en forme. L’intrigue, vite passionnante, m’a fait tourner les pages à toute vitesse. Même les documents qui semblent les plus ennuyeux telle la liste des victimes d’un vaisseau valent le détour (il y a de jolis Easter Eggs dedans 😉 ). Mais ne vous fiez pas non plus à l’étiquette Young Adult du livre : il y a des passages violents et bien que l’intrigue amoureuse soit plus ou moins cousue de fil blanc, les différents personnages, adultes ou non, possèdent des caractéristiques cohérentes et l’intrigue n’est pas si simpliste que ça.

Au final, Illuminae est un très bon livre de SF Young  Adult, qui s’appuie sur de bonnes références pour construire son propre univers. Kady et Ezra, par leur courage et leur débrouillardise, mais aussi par la façon dont ils réagissent à cet événement qui les oblige à grandir trop vite, sont très touchants. Je me suis vraiment régalée avec ce livre – peut-être, justement, parce qu’il évoquait des oeuvres SF qui m’ont marquée, mais je ne pense pas que ce soit la seule raison – je l’ai dévoré en peu de temps au regard de son épaisseur. La bonne SF de type space opera n’est pas si fréquente dans la littérature Young Adult, aussi ce livre mérite-t-il le détour malgré un élément de sa fin un peu trop  téléphoné.

Vivement la suite !

Éditions Casterman, 607 pages, 2016

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Je suis éclectique (catégorie Jeunesse) du forum Mort-Sûre.

challenge_jesuiseclectique2016