10 bibliothécaires qui sauvent le monde

Les livres sont des objets de pouvoir par leur contenu. Ils offrent une porte sur d’autres mondes, ils permettent d’enrichir nos connaissances. Les livres, ce sont aussi des armes. Contre l’ignorance ou l’ennui, selon que l’on veuille s’instruire ou se détendre en les lisant. Des objets qui sont donc tout sauf anodins. Que dire alors de ceux dont le métier est d’être leurs gardiens ?

Si les super-héros sont à la mode avec les adaptations des comics qui déferlent sur nos écrans, petits comme grands, et qu’ils s’affichent désormais partout, les bibliothécaires qui sauvent le monde restent, quant à eux, bien discrets. Serait-ce un trait de leur attitude professionnelle, qui est de mettre en avant le livre, et non leur gardien ? On pourrait se le demander…

En tout cas, lorsque j’ai découvert ces listes de bibliothécaires qui, en plus de leur métier de jour, sauve régulièrement le monde la nuit (ou le jour aussi, d’ailleurs), je me suis dit que j’allais me fendre de mon petit panthéon personnel de « super-héros » dont le métier est le même que le mien. Certains utilisent d’ailleurs les livres qu’ils conservent pour les aider dans leur périlleuse mission 😉

  • 1. Rupert Giles

giles_buffy

L’Observateur de Buffy, dans la série télévisée Buffy contre les vampires, est chargé de guider et former la Tueuse. Giles officie également comme bibliothécaire au lycée où étudie cette dernière. Doté d’un flegme britannique à toute épreuve (encore que certains épisodes dévoilent qu’il conserve quelques restes de son passé mouvementé…), Giles possède nombre de vieux ouvrages traitant des démons et autres créatures maléfiques que Buffy doit combattre, ainsi que des livres de magie. Grâce à des recherches dans ces livres datés, qu’il effectue seul ou avec l’aide de la bande, Giles offre maintes fois la clé pour vaincre un monstre ou déjouer l’Apocalypse. Aussi, si ce n’est pas toujours lui qui officie sur le terrain, n’en possède-t-il pas moins un rôle des plus importants !

  • 2. Evelyn Carnahan
Oups ! © Universal Pictures
Oups ! © Universal Pictures

Alors oui, vous allez me dire qu’Evelyn est responsable du réveil de la momie dans le film du même nom (comme quoi la lecture à voix haute de livre ésotérique et millénaire doit être évitée. Et ce n’est pas Ash qui me contredira ! ). N’empêche que cette jeune femme maladroite va se révéler pleine de ressources et que ses connaissances en matière d’Égypte antique seront de précieux atouts pour vaincre la dite-momie.

  • 3. le bibliothécaire du Disque Monde
Quiet please © Paul Kidby
Quiet please © Paul Kidby

Transformé en orang-outan, le bibliothécaire de l’Université de l’Invisible a préféré garder cette forme, plus pratique pour aller chercher des livres sur les plus hautes étagères. Comme la ville d’Ankh-Morpork – en particulier l’Université – est régulièrement confrontée à d’inquiétants phénomènes menaçant l’intégrité du Disque-Monde, le bibliothécaire a plus d’une fois participé à rétablir l’ordre des choses.

(je reste volontairement floue car si je connais un fan au savoir encyclopédique qui m’a confirmé le rôle  essentiel du bibliothécaire, je ne veux pas me spoiler : il me reste encore des tomes des Annales du Disque-Monde à lire ! ^^ »)

  • 4. Flynn Carsen (Carson en VF)
Flynn Carsen © Electric Entertainment, TNT
Flynn Carsen © TNT

Héros des trois téléfilms The Librarian, Flynn Carsen possède 22 diplômes (!) et travaille au sein d’une bibliothèque qui conserve, entre deux rangées de livres, des artefacts mythiques tels que la lance du Destin, la boîte de Pandore, etc. En partant à la recherche d’objets légendaires et magiques pour les rapporter à la Bibliothèque où ils seront précieusement conservés, Flynn évite qu’ils tombent entre de mauvaises mains ce qui provoquerait, à coup sûr, la fin du monde.

  • 5. The Librarians
Cassandra (Lindy Booth), Eve (Rebecca Romijn), Jacob (Christian Kane), Jenkins (John Larroquette) et Ezekiel (John Harlan Kim) dans l’Annexe en désordre (S2E5 And the Hollow Men)

C’est le nom donné tant à la série qu’à l’équipe qui prend la suite de Flynn Carsen. Composée de trois bibliothécaires talentueux et de leur gardienne, cette fine équipe est plus d’une fois amenée à sauver le monde. Que ce soit d’un personnage malfaisant échappé d’un livre ou des conséquences malencontreuses d’un artefact légendaire, Cassandra, Ezekiel, Jacob et Eve ont du pain sur la planche ! Tout ceci en devant gérer leur Annexe, souvent mise à mal elle aussi.

  • 6. les bibliothécaires de Library Wars
Affiche du film live Library Wars

Library Wars, à la base, c’est une série de light novels de Hiro Arikawa. L’histoire a ensuite été adaptée en une série de mangas, puis en série d’animation, en film d’animation et enfin en film live. Rien que ça ! L’intrigue principale, c’est l’instauration d’une loi de censure qui condamne littéralement la plupart des livres. Révoltés, les bibliothécaires s’organisent alors en factions paramilitaires pour défendre les précieux ouvrages. Iku Kasahara, une fervente lectrice, rêve d’ailleurs d’intégrer leurs rangs. Le contexte science-fictif de l’histoire renforce l’idée du bibliothécaire défenseur du savoir face à l’obscurantisme qui menace le monde.

  • 7. Barbara Gordon

Qui, en l’occurrence, appartient bien à l’écurie des super-héros ! En effet, cette employée de la Bibliothèque municipale de Gotham City revêt le costume de Batgirl pour lutter contre divers criminels et autres vilains. Plus tard, elle deviendra Oracle, l’agent de renseignement de bien des super-héros.

  • 8. Bufkin
Couverture de Fables réalisée par Joao Ruas

Attention spoilers ! Si vous n’avez pas lu la série Fables de Bill Willingham, ne lisez pas ce paragraphe !

Bibliothécaire de Fableville, on ne catalogue pas Bufkin dans la catégorie « sauveurs du monde » dans les premiers volumes de la série. Mais alors, vraiment pas ! Pourtant, c’est bien lui qui, tandis qu’il est bloqué dans les ruines de la ville des Fables, s’occupera de « faire le ménage » avant de se rendre à Oz, sa patrie d’origine, pour libérer le pays de la tyrannie. Il se fera ensuite fervent défenseur des opprimés, où qu’ils soient, tout au long de sa vie. Pas mal, non, pour un singe ailé amateur de bouteille ?

  • 9. La Mémoire dans Mémoire de sable de Isabelle Dethan
Première page du premier tome de la BD Mémoire de sable de Isabelle Dethan

Cette drôle de créature possède un savoir qui remonte aux temps anciens. Animal familier du bibliothécaire, elle assiste à la destruction des ouvrages contenus dans la tour, destruction ordonnée par le tyran Shemenit VII dont la plus grande crainte est que son peuple ne découvre qu’il est en fait un usurpateur. La Mémoire, du fait de son savoir, risque alors sa vie. Elle va croiser sur sa route Naomi et le Conteur et, tous trois vont vivre d’incroyables aventures… Si la Mémoire ne sauve pas le monde à proprement parler, elle va cependant participer à la transformation de ce pays désertique.

  • 10. Isaac Vainio de la série Magie Ex Libris de Jim C. Hines

Isaac Vainio, en plus d’être bibliothécaire, est un bibliomancien : il peut sortir un objet d’un livre ! Et comme c’est un fan de SFFF, il ne s’en prive pas ! 🙂 Il est aussi membre de l’organisation secrète les Douze Gardiens de la Porte, fondée par Gutenberg lui-même afin de préserver la Terre des menaces magiques. Et dès le premier volume de la série, dès les premières pages, même, Isaac va faire face à une attaque de vampires, avant-goût d’une série de problèmes de taille !

Mais, il importe de le souligner, en tout bibliothécaire sommeille un super-héros ! 🙂

Photographie personnelle

Pour aller plus loin

Et comme les super-héros ne sont rien sans leurs super-vilains :

Les annales du Disque-Monde : Le Père Porcher, Terry Pratchett

pere_porcherQuatrième de couverture

La nuit du père Porcher…
Neige, rouges-gorges, chorales et sapins décorés…
Mais le gros bonhomme de rouge vêtu, celui qu’on attend en cette nuit de fête… a disparu.
En lieu et place, faisant fonction, un autre bonhomme de rouge vêtu, dans son traîneau tiré par des cochons sauvages, avec sa hotte, sa fausse barbe et son oreiller pour simuler un ventre qu’il n’a pas. Un bonhomme plus habitué à manier la faux qu’à descendre dans les cheminées distribuer des jouets par milliers.
Mais quand le devoir appelle…
Car certains préméditent l’assassinat du père Porcher. Et s’ils arrivent à leurs fins…
… le soleil ne se lèvera pas.

Mon avis

Pour Noël dernier, en guise de lecture de saison, j’ai choisi Le Père Porcher de Terry Pratchett – car quoi de mieux qu’un volume des Annales du Disque-Monde qui parodie Noël pour être dans l’esprit des fêtes ? 😉 L’emploi du temps rempli aidant, je n’ai terminé ma lecture que début 2016. Mais peu importe, car c’est l’une des meilleures lectures sur et de Noël que j’ai lues. LA meilleure, même ! 🙂

Si j’ai eu un peu de mal à accrocher au début – l’intrigue suit plusieurs personnages situés en des lieux différents et l’auteur zappe des uns aux autres – une fois dedans, il m’a été impossible de lâcher le roman !

Imaginez… C’est le coeur de l’hiver sur le Disque-Monde. Tout le monde s’apprête à célébrer la fête du Porcher (le Porcher étant un bonhomme barbu et vêtu de rouge qui distribue des cadeaux aux enfants sages durant la nuit du Porcher, aidé de son traîneau tiré par des cochons). Tout le monde ? Non. Dans l’ombre, de mystérieux êtres mettent en place un plan machiavélique : éliminer le père Porcher, à l’aide d’un assassin particulièrement effrayant, embauché auprès de la Guilde. Mais retirer un tel personnage du monde risque de déséquilibrer les forces magiques… surtout quand la Mort décide alors d’endosser le rôle du père Porcher.

Voilà pour la base de l’intrigue. Si vous ne connaissez pas l’univers du Disque-Monde, ne soyez pas effrayés par la mention de la Mort. Dans le monde imaginé par Terry Pratchett, la Mort est de sexe masculin, s’exprime en majuscules, et porte une certaine affection aux humains (d’ailleurs il prend très à coeur son rôle de père Porcher remplaçant, trop même, selon son assistant !). Bref, c’est un personnage attachant que je n’avais fait que croiser jusque là et c’est un plaisir d’en savoir plus sur lui.

Parmi la galerie de personnages hauts en couleurs qui mènent le récit se trouve également Suzanne, gouvernante qui chasse les monstres de sous le lit à coups de tisonnier (et ce, quand bien même les autres adultes ne voient rien et pensent qu’il s’agit de psychologie enfantine rusée) et qui est, accessoirement, la petite-fille de la Mort.

On croise également les mages de l’Université (Ridculle, qui fait ouvrir une porte pourtant marquée d’une mention indiquant qu’il ne faut l’ouvrir sous aucun prétexte, l’économe, et bien d’autres !), des bandits un peu dépassés, la Mort-aux-Rats et un corbeau, et un oh bon dieu de la gueule de bois qui n’a pas la charge facile !

Comme d’habitude avec Terry Pratchett, le roman nous régale de nombreux moments savoureux (malgré l’inquiétant monsieur Lheureduthé, l’assassin). Tellement nombreux et savoureux que je préfère ne pas vous en citer quelques exemples afin que vous gardiez intacte la surprise si vous vous lancez dans la lecture du Père Porcher ! 😉

Mais loin d’être une simple parodie qui vous fera rire et sourire (et frissonner avec Lheureduthé), Le Père Porcher est une belle revisitation de notre fête de Noël. Tout y passe : de ses racines folkloriques à son aspect consumériste d’aujourd’hui, de son ancienne signification de changement de saison (Noël marque la nuit la plus longue de l’année et le début du rallongement des jours) célébrée par tous à sa récupération commerciale qui en fait une fête pour les enfants, bref, tous les aspects de Noëls sont abordés, parfois étrillés, parfois détournés, parfois sous forme d’hommage, mais rien n’est oublié !

Et c’est ce qui fait tout le sel de ce roman. Que vous aimiez Noël ou que vous vilipendiez cette célébration, croyez-moi, Le Père Porcher est la lecture de Noël qu’il vous faut ! Pour ma part, je me suis ré-ga-lée ! 🙂 Je savais déjà que Terry Pratchett était un auteur de talent, je savais que je passerai un bon moment, mais pour le coup, cette lecture de Noël a plus que dépassé mes attentes et est un gros coup de coeur ! 🙂

D’ailleurs, j’ai vu qu’il avait été adapté sous forme de téléfilm et je sais donc déjà quel sera mon film de Noël 2016 😉

Éditions L’Atalante, 397 pages, 2002.

Les annales du Disque-Monde : Pyramides, Terry Pratchett

pyramides_pratchettQuatrième de couverture

Assis sur un bloc de pierre, le fantôme du pharaon regardait les deux embaumeurs s’affairer sur sa dépouille. Tout compte fait, on a du mal à se réjouir du spectacle de deux artisans plongés jusqu’aux coudes dans ses entrailles. Quant aux blagues de circonstance…
« Maître Aneth, dit le nouvel apprenti, ce boulot, ça remue les tripes mais qu’est-ce qu’on se boyaute ! »
Car Teppicymon XXVII est mort et son fils va lui succéder. Pas facile d’hériter du trône quand on est encore un ado et qu’on vient d’achever ses études à la Guilde des Assassins…
Vous voilà responsable du lever du soleil comme de l’abondance des récoltes. Et les ennuis vous guettent : vaches grasses, vaches maigres (par 7, bien entendu), sphinx, prêtres fanatiques, crocodiles sacrés et momies vagabondes.
Sans compter que la Grande Pyramide a précipité le royaume dans une faille spatiotemporelle.

Mon avis

Une petite balade dans le désert, plus exactement au pays du Jolhimôme, ça vous dit ? Allez, le Jolhimôme, son grand soleil, son fleuve magnifique, ses pyramides… Vous l’aurez compris, dans ce volume des Annales du Disque-Monde, Terry Pratchett nous convie dans une Égypte antique revue à sa sauce. Musclez vos zygomatiques, car ils vont être souvent sollicités ! 🙂

À la mort de son père, roi du Jolhimôme, Teppic se retrouve roi à son tour. Mais il a quitté le royaume pour suivre une formation d’assassin à Ankh-Morpork et ignore beaucoup de son pays comme de ses nouvelles charges. Dios, le grand prêtre, se charge donc de veiller à ce que les rituels immuables et millénaires continuent de tourner et à ce qu’une pyramide gigantesque, la plus grande qui ait jamais été construite, soit élevée à la gloire du roi récemment décédé. Et peu importe que Teppic ne soit pas convaincu, peu importe que le spectre du roi, invisible de tous, clame son désaccord à l’idée d’être enfermé pour l’éternité dans un tel caveau, peu importe le coût, la pyramide va être érigée. Mais à quel prix ?

Un roi qui ne veut pas l’être et qui a reçu son diplôme d’assassin de la Guilde, un grand prêtre rigoriste à l’extrême, des pyramides qui jouent avec l’espace-temps, une courtisane aux charmes déroutants et à la langue bien pendue, des dieux en pagaille et surtout en folie, préparez-vous à une plongée dans l’Égypte (pardon, le Jolhimôme) telle que vous ne l’avez jamais vue ! 😉

Comme toujours, Terry Pratchett nous régale de ses traits d’humour et de ses notes de bas de page désopilantes. La parodie est, comme toujours également, très réussie, le dépaysement et le rire, garantis ! Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai explosé de rire à la lecture d’un passage. Ma lecture fut un régal de bout en bout et un baume au coeur lors des coups de mous du moral. En cas de baisse de forme, toujours lire un Pratchett, et celui-là n’a pas dérogé ! 🙂 Mais même si le moral est au top, Pyramides reste une lecture que je vous conseille grandement si vous cherchez un roman dépaysant, plein de verve et de drôlerie.

Un très bon cru que cet ouvrage, donc, qui s’inscrit dans le même mini-cycle que Les Petits Dieux (mais les deux peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre).

Éditions L’Atalante, 364 pages, 2009

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Je suis éclectique du forum Mort-Sûre, catégorie Fantasy

challenge_jesuiseclectique2015

Les annales du Disque-Monde : Les Petits Dieux, Terry Pratchett

les-petits-dieuxQuatrième de couverture

Or il advint qu’en ce temps-là le grand dieu Om s’adressa à Frangin, l’Élu :
« Psst ! »
Frangin s’arrêta au milieu d’un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. « Pardon ? » lança-t-il.
C’était une belle journée du printemps prime. Les moulins à prière tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles.
Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons.
Le grand dieu Om s’adressa derechef à Frangin, l’Élu :
« T’es sourd, mon gars ? »
Une lourde responsabilité attend le jeune novice : prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre, contrairement au dogme de l’église que le monde est plat et qu’il traverse l’univers sur le dos d’une immense tortue…

Mon avis

Je poursuis ma balade dans le Disque-Monde imaginé par sir Terry Pratchett avec Les Petits Dieux. On y suit Frangin, un novice au sein d’un gigantesque monastère qui, un beau jour, entend une tortue lui parler. Une tortue qui ne serait autre que le grand dieu Om, celui-là même qui est révéré par la communauté à laquelle appartient Frangin. Sauf qu’il n’est pas censé être sous la forme d’une tortue. Et que Frangin, malgré sa mémoire phénoménale, est un être simple. Ajoutez à cela le fait que le diacre Vorbis, exquisiteur, prévoit un voyage dans la contrée d’Éphèbe, et que rien ne va vraiment se passer comme prévu. Ou peut-être que si. Et vous aurez un roman plein de pépites d’humour, d’action, de dialogues croustillants, de frissons, de surprises, bref, un livre que j’ai adoré lire ! 🙂

Vous l’aurez compris, la religion tient une grande place dans ce roman. Mais on a affaire à l’inénarrable Terry Pratchett ! Et il démontre là tout son talent. Car il ne fait pas que faire preuve d’humour. Outre la parodie, l’auteur sait proposer une vision critique de thèmes aussi sérieux que la religion et l’intolérance, en utilisant le rire (tiens, d’ailleurs, ce n’est pas sans me rappeler un passage du Nom de la rose, sur le rire et la religion, justement ^^). Ainsi, le personnage de Vorbis, particulièrement cruel et inquiétant, incarne clairement l’obscurantisme religieux, le rigorisme dans la croyance, et l’intolérance extrême mêlée à une ruse terrifiante. À l’autre bout du spectre, nous avons Frangin. Frangin qui a été élevé dans les préceptes omniens, mais qui entend la voix du dieu Om. Et, même s’il ne le croit pas au début, il reste ouvert d’esprit à ce qui se produit, bien que ballotté par les événements.

Terry Pratchett avance aussi des réflexions sur la divinité – souvent empreintes d’humour, évidemment ! Et s’attaque également à la philosophie. Les passages se situant à Éphèbe offrent ainsi de vrais moments d’anthologie ! 🙂 Inutile, d’ailleurs, d’avoir fait de longues études en philosophie pour comprendre tout le sel de ces passages parodiques, même si je pense qu’un bagage minimum (= les cours dispensés en terminale) est nécessaire.

On trouve aussi, pêle-mêle, une petite réflexion sur le destin (l’introduction sur l’expression « C’était écrit », qui m’a régalée !) et sur les bibliothèques (un passage en particulier m’a rappelé la bibliothèque d’Alexandrie – inutile de dire que ce passage-là est mon préféré du livre ;))

Rarement j’avais vu un aussi bel équilibre entre la parodie et l’esprit critique, engageant la réflexion, dans un roman de fiction. En ce sens, Les Petits Dieux montre que Terry Pratchett n’a pas volé son statut d’écrivain de talent.

Le hasard a fait que j’ai achevé ma lecture de cet ouvrage fin 2014/début 2015, soit quelques jours avant l’attaque dans les locaux de Charlie Hebdo. De fait, cette lecture m’est apparue sous un jour encore plus actuel, puisque, bien que la religion omnienne soit calquée sur la religion chrétienne, le thème de l’intolérance religieuse et de la violence perpétrée au nom de celle-ci, traité sous l’angle de l’humour, faisait tristement écho à la réalité.

Éditions L’Atalante, 390 pages, 2012.

Les Annales du Disque-Monde : Carpe Jugulum, Terry Pratchett

Carpe Jugulum, Terry PratchettQuatrième de couverture

« J’peux pas les vaincre, dit Mémé Ciredutemps. Ils ont l’esprit comme de l’acier. J’ai tout essayé. Toutes les ficelles que j’connais ! Le meilleur a failli m’avoir dans ma chaumière. Ma chaumière, tu t’rends compte ? J’ai jamais rien connu de tel. Ces vampires, ils ont appris des trucs. J’ai trouvé aucune faille chez eux, nulle part. Ils sont plus forts, ils réfléchissent vite… Moi je te l’dis, les affronter par l’esprit, c’est comme cracher contre une tempête.
— Tu vas faire quoi, alors ? demanda Nounou.
— Rien ! J’peux rien faire ! Tu comprends donc pas ce que j’te dis ? Ils connaissent tout en magie, ils sont rapides, ils nous prennent pour du bétail doué d’la parole… J’ai examiné le problème sous toutes les coutures et j’vois pas ce que j’peux faire. J’suis vaincue. D’avance. »

Mon avis

Je continue – et achève – ma lecture du cycle des sorcières avec Carpe Jugulum 🙂

Attendez, je rembobine. La grande oeuvre de Terry Pratchett, Les annales du Disque-Monde, peuvent très bien se lire dans le désordre (c’est un peu ce que j’ai fait, au début). On peut aussi préférer suivre (dans l’ordre) les aventures de nos personnages préférés, l’auteur mettant l’accent sur un ou des personnages précis selon les tomes (j’ai fait comme ça aussi pour les sorcières, après avoir démarré dans le désordre).

Carpe Jugulum est le dernier volume centré sur les sorcières, mais pas le dernier de la saga. C’est aussi un ouvrage qu’il vaut mieux avoir lu après son prédécesseur chronologique (au niveau de l’histoire) : Masquarade. Pourquoi ? Parce qu’un personnage de premier plan a droit à son récit dans Masquarade et qu’une de ses particularités, mise en avant dans Carpe Jugulum, y est explicitée. (Alors qu’en lisant direct Carpe Jugulum, le choc risque d’être un peu rude ^^ »)

Vous avez compris ? Non ? Ce petit tableau devrait vous aider à vous y retrouver dans votre exploration du Disque-Monde 😉 Quant à moi, je remercie une fois de plus mon expert à domicile pour ses conseils avisés et passionnés ❤

Revenons-en donc à Carpe Jugulum ! 🙂

Mémé et Nounou sont revenues à Lancre, accompagnées d’Agnès. Magrat et Vérence, qui célèbrent la naissance de leur fille, invitent tout le royaume au château pour l’événement. Ils invitent même les voisins d’autres royaumes. Y compris les Margopyr. Qui sont des vampires. Et, si vous connaissez un tant soi peu ces créatures, vous savez qu’il ne faut *pas* les inviter chez vous…

Nos trois sorcières vont tenter de chasser les viles créatures aux dents longues mais vont se heurter à un problème : les Margopyr sont des vampires modernes, bien décidés à faire la peau aux clichés. Oubliez l’ail et l’eau bénite, ils en rient. Pire : ils savent contrôler les esprits. Nounou tombe sous leur joug, Mémé, vexée de n’avoir pas été invitée (enfin, c’est ce qu’elle pense) par Magrat et Vérence, est portée disparue, et Agnès débute en sorcellerie…

Que faire pour sauver le royaume de Lancre ?

On l’aura compris, les vampires sont le sujet parodié par l’inénarrable sir Terry Pratchett dans ce volume. On y ajoutera aussi, pêle-mêle et toujours de façon si réjouissante, de la religion, des morts-vivants, un zeste de loups-garous (tout petit, hein, juste parce que les Margopyr viennent d’un pays sombre et peuplé de tout un tas de créatures fantastiques), et, bien sûr, les sorcières.

Comme toujours, Terry Pratchett nous livre une histoire désopilante mais pas que ! Qui dit vampires, dit frissons, et il est vrai qu’à maint moments je me suis demandée comment nos héroïnes allaient bien pouvoir s’en sortir, tant la situation semblait désespérée.

À d’autres moments, j’ai bien ri ! Pratchett n’a pas son pareil pour trouver LA façon de parodier sans trahir son sujet ni le tordre trop. Par ailleurs, chapeau bas au traducteur qui parvient à conserver la drôlerie de certaines répliques, descriptions et autres images chatouilleuses de zygomatiques 🙂

Une excellente lecture, qui mélange avec brio le rire et l’effroi, qui présente des vampyres à la fois pareils et différents de l’imagerie typique, bref, un très bon cru du Disque-Monde !

Seule note de tristesse, c’est là le dernier volume (pour le moment ?) dans la saga de nos sorcières préférées 😦 … Se pose donc la question suivante : quel cycle vais-je entamer à présent ?

La Mort, le Guet, Rincevent ? Ou bien le mini-cycle des anciennes civilisations, qui, je l’avoue, me font les yeux doux ? 😉

L’Atalante, 411 pages, 2004

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Je suis éclectique du forum Mort-Sûre, catégorie Fantasy

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