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Techno Faerie, Sara Doke

techno_faerieQuatrième de couverture

Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenues et bon an mal an l’univers de la Faerie s’est intégré à la société technologique. Depuis les premiers contacts d’enfants-fae avec la civilisation de l’automobile jusqu’aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l’histoire d’une évolution différente de notre monde.

Mon avis

Après L’autre herbier de Nicolas et Amandine Labarre, je poursuis mon retour en terres féeriques avec Techno Faerie de Sara Doke. Et c’est en me plongeant dans ce roman que je réalise à quel point ça m’avait manqué ! D’autant plus que l’ouvrage de Sara Doke est véritablement enchanteur.

Sous une couverture aux airs d’Art nouveau s’ouvre un roman en forme de fix up (c’est-à-dire une mosaïque de textes courts qui forment un tout cohérent). Futur proche. La pollution a augmenté, le monde a changé du fait de bouleversements climatiques et technologiques. Sous la Colline, où se sont réfugiées les Faes depuis que l’Homme a délaissé le bronze pour le fer – métal auquel elles sont hautement allergiques – une révolution est en marche. Une révolution qui atteindra ensuite le monde humain. Car la Terre, menacée par les dégradations de l’environnement, est autant la planète des Hommes que des Faes. Et seule l’union des savoirs-faire des deux peuples pourrait encore sauver tout le monde du désastre…

Si le roman est profondément militant – et pas seulement sur un plan écologique – il nous offre aussi un réel ré-enchantement. Dans Techno Faerie, les Faes ont profité de nos avancées technologiques. C’est ainsi que l’on y trouve de l’informagie ou des OMM (Organismes Magiquement Modifiés). Certaines traditions ont cessé, comme celles d’enlever des humains pour faire couler le sang en Faerie ou d’échanger des enfants Faes malformées contre des enfants d’Hommes (mais toutes les Faes ne sont pas forcément d’accord avec ces évolutions).

Les différentes histoires nous permettent de découvrir ainsi la Faerie de cette époque future (mais pas si lointaine), puis la révolution induite par la révélation de leur existence au monde et enfin, la mise en commun des savoirs des deux communautés. Et, au passage, le lecteur pourra cheminer aux côtés du dernier Changelin, assister à l’apprentissage d’Arthur Passeur – si bien nommé – comme à la naissance d’un livre (inutile de dire que c’est ce texte-là qui a remporté mon coup de coeur ; bien que la scène finale soit de toute beauté, le texte entier nous la prépare et vaut aussi largement que l’on s’y attarde !), découvrir les réactions d’humains après l’arrivée des Faes et même, à la fin, lorsque la fantasy urbaine devient science-fantasy, voyager dans les étoiles dans un vaisseau alliant technologies humaine et Fae.

Et parmi tout cela se nichent aussi une pointe d’humour (le passage avec la licorne ! ^^), des réactions violentes (tant parmi les Faes que les Hommes), mais aussi de belles amitiés et des collaborations fructueuses.

Quand la science redevient magie, que le moderne s’allie au rêve, cela donne Techno Faerie. Un très beau roman féerique, ancré dans un futur proche, militant mais aussi véritable ode au rêve, à l’espoir, malgré la peinture assez pessimiste de ce futur avant intervention féerique. La mosaïque des textes ne fait que renforcer l’impression de tenir en main un carnet de voyage, écrit à plusieurs mains, tant le procédé permet de découvrir toutes ces évolutions, toutes ces révolutions, par les yeux de différents personnages et avec des tons de voix différents. Un voyage dans le futur, un voyage en Faerie mais aussi une redécouverte de notre monde comme de ceux qui restent encore invisibles à nos yeux, là-haut, très loin dans les étoiles.

Si un certain texte a donc toute ma préférence, c’est bien tout le roman qui est un véritable coup de coeur. Je le recommande notamment à tous les amoureux des fées, qui y trouveront sans aucun doute leur bonheur.

L’ouvrage comporte à la fin, sur un bon tiers, plusieurs fiches illustrées et toutes en couleur où sont décrites toutes sortes de Faes. De quoi achever le voyage en en prenant plein les mirettes et l’imagination ! 🙂

Éditions Les Moutons électriques, 346 pages, 2016

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Je suis éclectique du forum Mort-Sûre (catégorie Fantasy).

challenge_jesuiseclectique2016

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L’autre herbier, Nicolas et Amandine Labarre

autreherbierQuatrième de couverture

Valentine s’ennuie, comme on peut s’ennuyer, bloquée en été avec ses parents sans ami ni téléphone. Elle a bien trouvé cet herbier et cette carte, près de la maison en rénovation, mais les herbes et les chemins qui s’y trouvent ne mènent nulle part, n’existent sans doute même pas.

Valentine va pourtant suivre ces sentiers qui ne peuvent se trouver là, passer de l’autre côté de cette rivière impossible, malgré les ombres entraperçues. Elle va y découvrir une forêt, infinie et sublime, que parcourent d’un pas lent des géants végétaux. Derrière elle, le chemin du retour disparaît déjà. Les feilges pourront-ils l’aider à repartir ?

Mon avis

Amandine Labarre est une illustratrice dont j’apprécie beaucoup le travail. J’avais déjà eu des coups de coeur pour ses projets solo (notamment son Précis de cuisine féerique) et j’ai sauté sans hésiter sur cette nouvelle parution, cette fois réalisée en duo avec son frère, Nicolas Labarre, à la plume.

L’autre herbier se présente comme un album au niveau du format. L’objet est beau et les illustrations tout simplement magnifiques ! Toutes en teintes sépia, fourmillant de détails, elles accompagnent à merveille l’histoire de Valentine. Cette jeune ado (ou grande fillette, son âge n’est pas précisé) trompe son ennui lors de vacances d’été à la campagne en explorant les alentours. Elle trouve dans la remise un étrange herbier et une carte, qui semble représenter le terrain mais où sont précisées des choses qui n’existent pas (une rivière, notamment). En poussant davantage ses recherches, Valentine va trouver cette rivière impossible et se retrouver dans un monde tout autre, peuplé de feilges, de cervidés géants, et d’arbres immenses…

C’est à un voyage féerique que nous convient les deux auteurs – car, en l’occurrence, les illustrations complètent à merveille le texte, apportant du détail aux créatures qui ne sont pas toujours décrites dans le texte – mais un voyage qui rappelle celui de Chihiro dans le film éponyme de Hayao Miyazaki. En effet, Valentine est avant tout perdue loin de chez elle. Que les feilges soit d’adorables créatures ne change rien à cet état de fait et la jeune fille devra faire preuve de courage et de débrouillardise pour retrouver son chemin. L’histoire oscille ainsi entre enchantement, mélancolie, découragement, succès et joie. Un vrai récit initiatique, une histoire qui ne met pas de côté les émotions, quelles qu’elles soient.

Et, bien sûr, il y a la forêt. La forêt magique et ses merveilles, mais aussi ses dangers. Une forêt qui mêle celle des contes occidentaux à celle aperçue dans les films de Miyazaki (les cerfs géants m’ont rappelé Princesse Mononoké). La végétation, la faune, qu’elles soient réelles ou féeriques, sont omniprésentes. Le langage, assez recherché et poétique, accentue ce côté conte d’autrefois mais situé à notre époque moderne, avec une petite fille moderne comme héroïne. Il est d’ailleurs très dommage que de grosses coquilles gâchent le texte ! (et ce sera mon seul bémol).

C’est donc une bien belle balade que nous offre Nicolas et Amandine Labarre. Le récit est classé en Jeunesse, mais je pense qu’il s’adresse à tous les âges. C’est un beau cadeau de Noël pour un enfant ou un adulte.

Éditions Les Moutons électriques, 2015, 103 pages.

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Je suis éclectique du forum Mort-Sûre (catégorie Jeunesse)

challenge_jesuiseclectique2015

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L’Épouse de bois, Terri Windling

epouse_de_boisQuatrième de couverture

Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, David Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain. Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson). Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds…

Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ? Qui est l’étrange fille-lapin qui s’abrite sous les grands cactus ? La magie de ces collines désertiques est puissante, Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison — ou la vie.

Mon avis

Cela faisait quelque temps que L’Épouse de bois attendait sur mes étagères et j’ai choisi de le lire pour débuter l’année 2015. Première lecture de l’an, premier coup de coeur ! (non, ce n’est pas Fairest, puisque bien que chroniqué en 2015, je l’avais lu en 2014). Et un gros, gros coup de coeur ! C’est aussi la raison pour laquelle cet avis de lecture a tardé à venir. Car je ne sais comment mettre des mots sur ce que roman m’a fait éprouver.

Nous accompagnons Maggie Black, qui vient de recevoir en héritage les biens et les terres du poète Davis Cooper, avec qui elle entretenait une correspondance. Surprise tant de cette volonté testamentaire que de la mort du vieil homme, retrouvé noyé dans un lit de rivière asséché, elle se rend chez lui, dans le désert d’Arizona. Si les quelques habitants de ce coin perdu l’accueillent à bras ouverts, Maggie Black va vite découvrir que le désert abrite bien des secrets. Et que d’étranges esprits le parcourent, comme cette fille-lièvre ou cet homme trop beau pour être réel.

L’Épouse de bois s’inscrit dans le genre de la fantasy urbaine, bien que l’intrigue se déroule dans un paysage inhabituel : le désert d’Arizona. Terri Windling a été inspirée, pour ce roman, par une oeuvre de Brian Froud (reproduite en couverture) et lui rend hommage tout au long du livre avec des allusions à ses peintures. Étant très admiratrice de cet artiste, j’étais donc déjà séduite par l’habillage de l’ouvrage ! 🙂 (bien qu’il existe en poche, je vous recommande donc plutôt d’acquérir le grand format, pour mieux profiter de sa sublime couverture). Le texte, lui, ne m’a pas déçue du tout. À vrai dire, je m’attendais à une belle lecture car j’avais déjà lu des anthologies dirigées par Terri Windling (les six excellentes anthologies de nouvelles revisitant les contes de fées, dont seul le premier volume fut traduit en français) et exploré quelque peu son site, qui comporte entre autres articles et bibliographies sur le même thème.

L’Épouse de bois, disons-le tout net, a été pour moi un ensorcellement plus qu’un enchantement. Dès le début, je me suis trouvée happée par l’histoire, par l’Arizona, par ses habitants qu’ils soient humains, animaux ou féeriques. Au fil du récit, à mesure que Maggie Black s’enfonce du côté surnaturel des lieux, je me suis moi-même retrouvée de plus en plus happée profondément. C’était au point que, autant au début j’arrivais à poser le livre pour vaquer à mes occupations, autant arrivée vers la moitié, il m’était impossible de le lâcher. Peu importait que l’heure de plonger dans les bras de Morphée fût depuis longtemps passée. Je ne pouvais tout simplement pas poser le livre. Il me fallait lire encore un chapitre, puis encore un autre. Jusqu’à la fin.

Cela faisait longtemps qu’un livre ne m’avait pas fait un tel effet, comme un hypnotique, un sort, un charme. Longtemps que je n’avais pas ressenti une telle magie exsuder d’un récit. Une magie aussi belle que dangereuse, une magie sans loi ni morale. Les esprits, même féeriques, ne répondent pas aux mêmes règles que le monde des hommes et cela, cette étrangeté, ce mélange de beauté, de danger et de douceur, cet aspect résolument autre, Terri Windling a su le rendre à la perfection. Ses personnages humains sont tous aussi bien rendus, leur psychologie finement abordée et quant à l’Arizona, ah ! Elle nous y emmène littéralement. C’est tout juste si l’on sent le souffle sec du vent chaud sur notre peau, même lorsqu’on lit le roman en plein hiver.

L’Épouse de bois, c’est tout un hommage au désert d’Arizona, sa faune, sa flore, son folklore, ses habitants. C’est aussi un roman qui ne met pas seulement en scène des esprits. Il traite également de l’art et de l’inspiration, deux thèmes qui m’ont d’autant plus parlé que, vous le savez, je suis moi-même une « scribouilleuse ». Si les personnages de Davis Cooper et Maggie Black sont des poètes, on croise également des peintres et des musiciens. C’est véritablement l’art, ce qu’il implique – que ce soit les problèmes inhérents à l’inspiration lorsqu’elle vient à manquer, ou lorsqu’elle se fait trop présente – qui est abordé avec beaucoup de force, dans un style époustouflant, et au travers de personnages magnifiquement campés.

Un roman riche, donc, à la plume superbe (malheureusement écaillée ici et là de vilaines coquilles). Un livre infusé de magie et que l’on referme avec, encore aux oreilles, le chant des coyotes et le murmure des esprits.

Éditions Les Moutons électriques, 320 pages, 2010

Cette lecture s’inscrit dans les challenges Je suis éclectique du forum Mort-Sûre (catégorie Fantasy), Winter Mythic Fiction et SFFF au féminin.

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Plus grands sont les héros, Thomas Burnett Swann

plus_grands_sont_les_herosQuatrième de couverture

Ceci est l’histoire d’une reine de Judée qui était plus qu’humaine, de son fils qui devint une légende et de leur ennemi cyclopéen dont le nom devint synonyme de colossal.
Ceci est l’histoire des combats, des amours et des loyautés qui fixèrent pour toujours les fondations de la société humaine.

Mon avis

La Trilogie du Latium de Thomas Burnett Swann m’avait conquise par sa réécriture de l’Énéide et de la mythologie antique avec un phrasé sensuel, magnifique. Aussi, lorsque j’ai appris la sortie de Plus grands sont les héros, encore inédit en français, dans la collection poche du collectif Les Indés de l’imaginaire, je n’ai pas hésité une seule seconde ! Et c’est avec bonheur que j’ai retrouvé l’enchantement du Phénix vert et de La Dame des abeilles… 🙂

Cette fois, l’auteur revisite un passage très célèbre de la Bible, plus exactement de l’Ancien Testament : le combat entre le géant Goliath et David. David, qui, plus tard, deviendra roi. David, qui entretint une relation laissée ambiguë dans les textes avec Jonathan. Mais résumer l’ouvrage à ce simple passage du combat entre David et Goliath serait un crime : on découvre ici un âge, une époque très ancienne, le tout saupoudré de mythologie. Ainsi, Achinoam, épouse du roi Saül et mère de Jonathan, est une sirène, Goliath, un cyclope. Et ne voyez pas en la reine – personnage ici superbe de dignité dans son rôle de monarque comme de mère aimante – une sirène à queue de poisson, l’auteur la dépeint telle que l’étaient les sirènes de l’Antiquité : ailées. Il leur adjoint cependant des membres palmés, pour les lier à la mer. La passion de l’auteur pour les abeilles – que l’on avait pu voir dans la Trilogie du Latium – transparaît également dans sa description de l’ancien royaume d’Achinoam et de ses moeurs, avant qu’elle et son fils n’échouent en Judée.

Quant à la relation entre David et Jonathan, Thomas Burnett Swann choisit de la rendre sans équivoque. Si les spécialistes qui étudient l’Ancien Testament se déchirent encore quant à la nature de cette relation, pour l’auteur, il s’agit ni plus ni moins d’amour. Un amour fort, tendre quoique passionné, entre deux hommes. Un amour dépeint avec pudeur, sans aucune crudité ni vulgarité, mais au contraire avec une plume tellement belle que l’on ne peut qu’être touché par ce lien qui unit David et Jonathan. Comme toujours avec l’auteur, les métaphores fleurissent et appellent tous nos sens, nous plongeant ainsi avec délice dans le récit et offrant là une peinture très émouvante de cette relation interdite. Interdite, car pour Yahvé, dieu des Israéliens, deux hommes ne peuvent s’aimer, tandis que la déesse Astarté (déjà évoquée dans La Dame des abeilles) approuve toute forme d’amour. Or, David et Jonathan servent Saül, Israélien, tandis que la déesse Astarté, si elle est révérée en secret par Achinoam et son fils, est celle du peuple contre lequel les Israéliens combattent : les Philistins.

Au drame de l’amour interdit s’ajoute donc celui de la guerre, comme celui du poids du pouvoir. Que ce soit Saül, qui plie de plus en plus sous cette couronne trop lourde pour lui, à en devenir fou, ou David, qui devra sacrifier ce qu’il a de plus cher pour atteindre le pouvoir, être roi ne semble pas apporter le bonheur pour ceux qui possèdent ce pouvoir ultime. Et la guerre, impossible à achever au vu des croyances et modes de vie fort différents des deux peuplades opposées. S’ajoutent à cela la vindicte contre tout être non naturel – Achinoam et Jonathan ont du se résoudre à se mutiler pour ne pas être reconnus comme non entièrement humains.

Plus grands sont les héros est donc un très beau roman de fantasy biblique, un roman qui mêle amour, guerre, tendresse, drame, réflexion sur le pouvoir et la grandeur. Un roman qui trouve un étrange écho dans l’actualité française (à noter, par ailleurs, qu’une association chrétienne visant à aider, entre autres, les homosexuels à concilier leur orientation sexuelle avec leur foi a justement choisi pour nom celui de David et Jonathan. Thomas Burnett Swann n’est donc pas le seul à avoir cette image de leur relation)

Un gros coup de coeur, pour ma part, pour ce roman riche qui sait évoquer des sujets forts avec autant de subtilité que de sensualité, qui émeut autant qu’il emporte en un temps lointain, mythologique. Les ouvrages qui osent se servir du terreau de la Bible pour construire de la fantasy ne sont pas légion, et celui-ci en est une petite pépite que je ne peux que vous conseiller !

Pour terminer, un lien vers la critique approfondie qu’en a fait le site Elbakin.net.

Éditions Les Moutons électriques (collection Hélios), 220 pages, 2014.

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La Dame des abeilles, Thomas Burnett Swann

dame_des_abeillesQuatrième de couverture

Dans le bruit et la fureur des passions antiques, voici la tragique histoire de Romulus, décidé à tout conquérir, de son frère Rémus, qui désire suivre la sagesse de la nature, et de la belle dryade Mellone, qui parce qu’elle est la maîtresse de Rémus va se trouver impliquée dans un conflit déchirant.

Et voici également la sombre et captivante histoire de Didon, la reine fondatrice de Carthage, de son amant Énée et de son fils Ascagne, ainsi que de la cruelle néréide Électre et du roi-éléphant Iarbas.

Entre amour et colère, beauté et cruauté, sensualité et combats épiques, deux légendes appartenant à la mythologie de la fondation de Rome se trouvent réinventées de manière magique.

Mon avis

Ce volume-ci est composé de deux courts romans, Le Peuple de la mer et La Dame des abeilles, considérés respectivement comme les tomes 2 et 3 de la Trilogie du Latium (je vous ai parlé précédemment du premier tome, Le Phénix vert). Cependant, chaque histoire peut se lire indépendamment. Le seul point commun, ce sont les personnages, et encore, ils n’apparaissent pas systématiquement dans chaque texte.

L’action du Peuple de la mer se déroule chronologiquement avant Le Phénix vert mais, comme je le disais, peu importe l’ordre dans lequel on lit les récits. Le Peuple de la mer se focalise sur Didon, sur Carthage, sa fondation, sur l’arrivée d’Énée et de son fils – alors encore petit garçon – et les conséquences qui en déroulent. Un très beau récit, où Didon apparaît comme une reine dans toutes les images que laisse paraître ce mot. Une reine au coeur blessé, une reine qui s’est liée d’amitié avec un roi exclusif, Iarbas, l’éléphant, qui craint les hommes en raison de leur intérêt trop grand pour l’ivoire. À l’instar du Phénix vert, on retrouve toujours ces métaphores si sensuelles, ces images qui font appel à tous nos sens, qui explosent de beauté. Mais – et là je pousse un gros coup de gueule envers le traducteur – ces magnifiques métaphores sont truffées de coquille. Une pitié alors que le phrasé de Thomas Burnett Swann donne tout son charme à cette revisitation d’une aventure de l’Énéide ! Le traducteur, dans une note à la fin du texte, précise que le manuscrit ne put être achevé par l’auteur. De fait, il a souhaité rester au plus près du texte afin de respecter l’écrit de l’auteur. Personnellement, je ne sais pas si pousser ce respect au point de laisser toutes ces coquilles rend vraiment hommage à Thomas Burnett Swann – à mes yeux, c’est plutôt l’inverse.

Dans le second récit, La Dame des abeilles, on retrouve tout simplement la nouvelle Où est-il donc, l’oiseau de feu ? qui était présente dans Le Phénix Vert, mais allongée pour former un roman. Où est donc l’intérêt, me direz-vous, de relire cette revisitation du mythe de Romulus et Rémus ? Eh bien l’intérêt se trouve dans le point de vue de Mellone, qui alterne avec celui du faune – seul narrateur dans la nouvelle de départ. L’intérêt réside aussi dans un développement de la naissance des jumeaux ainsi que de la vie dans la forêt. Un peuple non présent dans la nouvelle apparaît ainsi, un peuple qui a son rôle à jouer dans l’histoire : les télesphores. Le passage qui se déroule dans leur lieu de vie est d’ailleurs une bouffée de verdure et de zénitude (agrémentée d’une touche d’humour) bienvenue ! 🙂 On redécouvre donc l’histoire, même si certains passages sont les mêmes, grâce à ces nombreux ajouts et développements. Et les coquilles se font moins nombreuses (ouf).

Pour ma part, j’ai été aussi enchantée par ces deux récits que par le volume précédent, bien que j’ai grincé des dents sur les coquilles. Une belle ballade mythologique et antique, contée par la plume riche et sensuelle de Thomas Burnett Swann.

Et cette fois, quelques exemples de cette plume si plaisante (pour compenser les coquilles) :

Mais un coeur aimant, dans un corps qui n’aime point, peut prendre l’acidité du coing.

Concernant un essaim d’abeilles volant de nuit :

Saupoudrées de lune, elles tourbillonnaient comme une Voie lactée au-dessus de nos têtes. Les abeilles sont familières au berger. Mais celles-ci…

À noter que si cette édition est épuisée, vous pouvez cependant retrouver l’intégralité de la Trilogie du Latium chez le même éditeur, au format numérique, ou bien au format poche chez Points (en trois volumes au lieu de deux, pour le format papier).

Les Moutons électriques, 262 pages, 2006