Publié dans Monde du livre

Quand la librairie indie répond à Amazon

Récemment, Amazon a annoncé que la firme étudiait la possibilité de livrer via des drones. Si, au final, cette annonce relevait du simple coup publicitaire, elle a été reprise par les libraires indépendants pour former des réponses en forme de pieds de nez au cybermarchand. Et non sans humour !

La preuve en vidéo :

Pour aller plus loin

Publicités
Publié dans Monde du livre

L’art des piles de livres

L’un des [Livres d’images] vous avait proposé quelques piles de livres intéressantes, belles, artistiques. Des créations photographiques, sculptées ou dessinées autour de ces amoncellements de livres. Mais, dans la vraie vie, d’autres s’ingénient à faire de ces empilement un art. Ainsi, au Japon, des libraires et autres vendeurs de livres rivalisent de doigté et d’imagination pour offrir la plus originale et la plus belle pile de livres. Bien entendu, il s’agit aussi de s’offrir un peu de publicité par ce biais. Mais il n’en reste pas moins que ce sont de jolies piles ! 🙂

Voici quelques exemples en photo, d’autres sont à découvrir en suivant ce lien.

Notez cependant qu’il vaut mieux ne pas laisser trop longtemps des livres dans de telles constructions – cela risque de les abîmer au bout d’un moment.

 Source
Source
Source
Source
Publié dans Monde du livre

La face cachée d’Amazon (ou l’enfer du décor)

Source
Source

Il y a quelques jours, j’apprenais que la ministre de la Culture souhaitait lutter contre le dumping (= pratiques commerciales déloyales) d’Amazon. Et aussi aider les librairies avec un nouveau plan de soutien. Si la nouvelle est bonne, j’ai eu le malheur de jeter un oeil aux commentaires de l’article, alertée par la consternation d’une connaissance, grande lectrice et proche des libraires elle aussi. Que n’avais-je pas fait là ! J’en fus tout aussi consternée. Beaucoup de commentateurs, en effet, défendaient bec et ongles le cybermarchand. Mais savent-ils vraiment ce qu’ils défendent ? Connaissent-ils le vrai visage d’Amazon ? C’est ce que je me suis demandé, d’où ce nouveau billet sur le sujet.

J’ai déjà évoqué la bataille entre Amazon et les libraires (en particulier les libraires indépendants). Et, récemment, la parution du livre En Amazonie de Jean-Baptiste Malet, où l’auteur s’est fait embaucher par l’enseigne pour mieux la découvrir, a dévoilé les pratiques françaises au sein de l’entreprise. Pratiques qui ne déparent guère de celles de nos voisins allemands et anglais. L’auteur qualifie en effet les conditions de travail chez le cybermarchand comme dignes d’Orwell (l’auteur du glaçant 1984). Souvenons-nous qu’une journaliste avait comparé ces mêmes conditions, côté Grande-Bretagne, comme dignes de chez Zola. En Allemagne, encore plus scandaleux, il a été révélé que des membres de l’équipe de sécurité avaient des accointances avec l’extrême-droite et des groupuscules néonazis.

Sur Amazon (sic), le livre de Jean-Baptiste Malet est fustigé par certains lecteurs. Plusieurs d’entre eux, salariés de l’entreprise, affirment que les conditions de travail ne sont pas si difficiles que cela. D’autres se permettent de dire que le journaliste, de toute évidence, ne fait que découvrir le monde du travail. Mais, comme l’indique cet excellent article qui rebondit lui aussi sur l’ouvrage En Amazonie, certes nombre d’enseignes de grande distribution pratiquent des conditions de travail similaires. Est-ce cependant une raison pour les accepter ? Au XXIe siècle, dans des pays dits civilisés, avec tous les droits obtenus pour avoir des conditions de travail dignes, peut-on encore accepter que des gens soient pressurés comme des citrons aux bénéfices des PDG de leur entreprise ?

Parlons désormais d’un sujet qui fâche. L’argent. Saviez-vous qu’Amazon étant basé au Luxembourg, l’entreprise ne payait que très peu d’impôts en France ? De même en Angleterre où, en ces temps de crise économique, cette annonce a fait bondir les libraires qui ont appelé au boycott. En France, même chose. Lorsque vous achetez sur Amazon, votre argent file directement dans les poches de l’entreprise. Il n’y a pas, ou très peu, de retombées dans l’économie française. Amazon est, par ailleurs, déjà dans le collimateur du fisc français.

Enfin, dernier argument des défenseurs d’Amazon : c’est pratique quand on n’habite pas en ville. Il se trouve que, de nos jours, nombre de librairies proposent désormais site Internet et possibilité de commander en ligne comme d’être livrés chez soi. Exactement comme Amazon. L’enfer du décor en moins, même si les libraires, malheureusement, sont en difficultés à cause, entre autres, d’Amazon. Certes, les libraires vous feront payer les frais de port, ce que ne fait pas Amazon, une pratique décriée depuis longtemps et qui a provoqué des procès. Mais le pris du livre étant protégé par la loi Lang, il sera le même chez l’un comme chez l’autre (livres d’occasion exceptée).

Si vous êtes consommateur du cybermarchand, loin de moi de faire de vous un accusé ! Je suis moi-même une cliente d’Amazon, quand je ne peux pas trouver ailleurs les documents recherchés. Simplement, je souhaitais vous dévoiler la face cachée d’Amazon, que l’entreprise se garde bien de dévoiler à tous vents. Peut-être, sachant cela, changerez-vous vos habitudes ? 😉

Pour terminer, je re-cite la tribune de deux libraires parue en juillet 2012 et qui vous présente 8 bonnes raisons de préférer votre libraire plutôt qu’Amazon. 8 bonnes raisons que je plussoie totalement :

AMAZON : C’est la zone !
Par Frédéric et Jean-­Pierre Delbert, librairie Martin-­Delbert à Agen

Depuis quelque temps, nous sommes soumis à une communication très forte de l’enseigne AMAZON, largement relayée par les medias. AMAZON serait l’enseigne préférée des Français, créerait des milliers d’emplois quand elle implante une plateforme logistique, récupérant ainsi une image positive, les élus locaux déroulent le tapis rouge etc….
Il est temps de dénoncer ce qui est une véritable imposture et de dire à nos consommateurs de livres : n’achetez surtout pas chez AMAZON mais chez votre libraire ! Et vous y gagnerez énormément ! En effet :

1) Le prix : Les livres chez AMAZON sont au même prix que chez votre libraire*
2) Le nombre de références : Votre libraire a accès au même nombre de références et a la même base de données de l’édition française que celle utilisée par AMAZON.
3) Les délais : Votre libraire vous procure votre livre immédiatement s’il l’a en stock et sous 2 à 4 jours s’il doit le commander.
4) L’écologie : Votre libraire reçoit les livres par palette de 400 kg soit environ 1000 ouvrages tous formats confondus ce qui est bien plus écologique que d’envoyer 1000 colis par pack poste.
5) La suppression d’emplois :
Toute création d’emploi chez AMAZON supprime quasi mécaniquement 1,5 à 2 emplois chez votre libraire, mais ceux-­là on n’en parle pas : c’est la petite librairie qui ferme, discrètement et sans tapage ou qui licencie progressivement…. Et il est politiquement plus porteur pour un élu local ou un ministre d’annoncer la création de 1000 emplois d’un coup que la suppression connexe de 2000 libraires.
6) La délocalisation économique et l’aberration des subventions des collectivités locales :
Toute commande effectuée sur le site de ce cybermarchand diminue indirectement la recette fiscale locale, donc augmente vos impôts locaux et diminue également la recette fiscale du pays puisque cette société, dont le siège européen est basé au Luxembourg paie une part infime de l’impôt sur ses bénéfices en France, grâce à une optimisation fiscale extrêmement sophistiquée. Et pourtant, malgré ce comportement peu éthique, l’implantation du dernier site d’AMAZON à CHALON sur SAONE en France est subventionnée par nos élus locaux à des niveaux stupéfiants : 4 500€ par emploi créé** (ou plus exactement pour la suppression de 2 emplois !) et cela avec vos impôts. Cherchez l’erreur…
7) La survie de votre centre-­ville :
Une ville ne survit que grâce à son animation commerciale et culturelle. En tant que client, vous en êtes un des acteurs essentiels : Prenez-en conscience ! Votre centre-ville c’est le forum des Romains ou l’Agora des Grecs : c’est un creuset indispensable au vrai lien social. Votre libraire est au centre-ville et en est un des animateurs vitaux avec des libraires en chair et en os pour vous conseiller et vous accueillir. C’est autre chose qu’un entrepôt logistique avec lequel vous dialoguez par écran interposé.
8) Etes-­vous vraiment un hyper-­capitaliste ?
Amazon,c’est 48 milliards de $ de chiffre d’affaires. Avez-‐vous vraiment envie d’apporter votre obole à ce géant qui essaie par tous les moyens de vous lier à son business (tablette numérique non ouverte, déréférencement des éditeurs qui n’accepteraient pas leurs conditions, etc…) et qui de plus se comporte en spécialiste de l’évasion fiscale légale et organisée ?

En conclusion, pour trouver un bon livre, n’allez pas en Amazonie, allez chez votre libraire !

*Votre libraire vous consent le maximum de remise autorisée sur le livre, soit 5%, par le biais de sa carte de fidélité.
**(La Tribune 25/06/2012)

Pour aller plus loin

Publié dans Livres animés

The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore, William Joyce et Brandon Oldenburg

The_Fantastic_Flying_Books_of_Mr._Morris_Lessmore_posterUn beau matin, je jetais un petit coup d’oeil sur le Web. Quand je suis tombée sur un court-métrage partagée par l’amie Psyché (que je remercie encore aujourd’hui pour celle belle et émouvante découverte :)). Ce court-métrage s’intitule The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore et, à la fin de mon visionnage, je me suis retrouvée avec des larmes au coin des yeux, un sourire aux lèvres et le coeur touché. Car non seulement c’est un petit bijou, mais c’est aussi un superbe hommage à tous les amoureux du livre, qu’ils soient auteurs, lecteurs, bibliothécaires ou libraires, mais aussi au livre lui-même.

On suit Morris Lessmore, qui consigne ses pensées, observations, dans un livre. Survient une violente tempête. La ville est dévastée, le livre de Morris perd tous ses mots, et le monde ses couleurs. S’éloignant des ruines, Morris est soudain survolé par une jeune femme qui tient un bouquet de livres volants. Sur son passage renaissent les couleurs. Elle envoie son livre rejoindre Morris et le guider en un lieu où nichent nombre de livres volants…

Cette histoire est née d’un auteur de livres pour enfants, William Joyce. Celui-ci écrivit le récit d’un homme qui consacrait sa vie aux livres, alors qu’il se rendait chez son mentor, William Morris (éditeur de livres pour enfants chez HarperCollins). William Morris décéda hélas peu de temps après, et l’on peut supposer que le prénom du personnage du court-métrage lui est un hommage.

Mais le récit de cet homme amoureux des livres n’allait pas en rester là. Le destin allait bientôt en faire la coqueluche des amoureux du livre dans la vraie vie 🙂 Car cette histoire est devenue un court-métrage. S’y sont ajoutées d’autres références. Ainsi, l’apparence du personnage principal est-elle un clin d’oeil à Buster Keaton. La tempête qui frappe la ville de Morris Lessmore fait tant écho au Magicien d’Oz (de même que son jeu de noir et blanc/couleurs) qu’à l’ouragan Katrina, qui frappa la Nouvelle Orléans en 2005.

En effet, le court-métrage se veut aussi l’illustration des pouvoirs curatifs de la lecture. Ainsi voit-on Morris Lessmore retrouver sourire et couleur en un lieu où nichent des livres volants 🙂 Des livres aussi nombreux et variés que sympathiques. Et Morris, tout en prenant soin d’eux, leur trouvera des lecteurs adoptifs, des lecteurs victimes eux aussi de la tempête et auxquels les livres redonneront la joie de vivre.

Morris découvre l'abri des livres volants © Moonbot Studios
Morris découvre l’abri des livres volants © Moonbot Studios

Morris se fait tour à tour auteur, bibliothécaire (ou libraire), lecteur dans l’histoire. Mais malgré ces différentes casquettes de métiers du livre, toujours demeure l’amour du livre. The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore se fait un plaisir de montrer toutes les émotions que l’on peut ressentir à la lecture, l’importance que revêt celle-ci, et son intemporalité.

Au-delà du contenu, les techniques mêmes utilisées pour réaliser le court-métrage en font un bijou d’animation ! Car ce n’est pas que de l’animation pure. S’y mêlent le modélisme et l’imagerie numérique. Le résultat est époustouflant, donne toute leur profondeur aux personnages et objets, une sensation « tactile » qui ne rend l’histoire que plus vivante.

Pareil bijou ne pouvait passer inaperçu. Outre un franc succès sur le Web – les amoureux du livre, nombreux, ne s’y sont pas trompés 🙂 – les critiques professionnels ont aussi salué les qualités de The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore.  Pas moins de 14 récompenses ont été attribuées au court-métrage, dont, en 2012, l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation !

Un bien beau destin qui s’est prolongé également par un… livre ! ^^ Livre dont je vous parlerai très bientôt puisque, vous vous en doutez, j’ai craqué et l’ai ajouté à mes étagères 🙂

En attendant, vous pouvez admirer et vous émouvoir devant le court-métrage, visible en intégralité en cliquant sur ce lien.

The Fantastic Flying Books of Mr. Morris Lessmore

Réalisé par William Joyce et Brandon Oldenburg, histoire de William Joyce, 2011, 15 min.

Tout connaître sur le making-of, l’aventure et les prolongements du court-métrage : http://morrislessmore.com/

Publié dans Livres animés

Vous avez un mess@ge, Nora Ephron

Affiche de Vous avez un mess@geParu à la fin des années 90, Vous avez un mess@age est une comédie romantique qui est en fait le remake d’un autre film, The Shop Around the Corner, paru en 1940 et réalisé par Ernst Lubitsch. Ce dernier était lui-même l’adaptation d’une pièce de théâtre ! Mais le film de Nora Ephron transpose l’action dans une librairie (quand il s’agissait d’une maroquinerie dans le premier film). Par ailleurs, Nora Ephron avait déjà fait ses preuves dans le domaine de la comédie sentimentale avec Nuits blanches à Seattle (1993), qui d’ailleurs avait pour couple vedette… Tom Hanks et Meg Ryan !

On retrouve donc les deux mêmes acteurs pour ce nouveau couple vedette, cette fois-ci étant respectivement une libraire indépendante spécialisée dans la littérature jeunesse et un PDG travaillant pour une chaîne de librairies discount. Dans la vraie vie, ce sont des ennemis, mais ils correspondent sans le savoir (leur identité étant dissimulée par leur pseudonyme) via Internet… correspondance à travers laquelle ils nouent un début d’affection.

Pour le côté comédie romantique, on en restera là. De même pour le côté nostalgique qu’il y a à retrouver la connexion Internet de l’époque, avec son bruit caractéristique que les personnes ayant connu l’essor d’Internet reconnaîtront dès les premières notes ! (eh oui, j’en fait partie aussi ^^ »). Non, si je parle de ce film en ces lieux, c’est à cause des métiers des personnages principaux.

D’un côté, nous avons Kathleen Kelly. Elle dirige une librairie pour enfants, The Shop Around the Corner, que tenait sa mère avant elle. Elle dispose d’une petite équipe de trois personnes avec qui elle entretient des liens très amicaux, d’une clientèle fidèle, réalise des animations (lecture de contes). De l’autre, il y a Joe Fox. Sa famille est PDG de Fox Books, une chaîne de magasin qui vend des lives à prix cassés et qui propose aussi espace cafétéria, etc… Or, l’arrivée d’un magasin Fox Books dans le quartier de la librairie de Kathleen va menacer son commerce. Vous voyez maintenant où je veux en venir…

Ce que j’apprécie beaucoup dans ce film, c’est la peinture sans fards et tout à fait véridique de ce qu’est la librairie indépendante, des menaces qu’elle peut encourir. En France, et dans d’autres pays, vous ne trouverez pas de chaînes du type de Fox Books. Et pour cause : grâce à la loi qui fixe un prix unique au livre, tous les revendeurs de livres, qu’ils soient libraires indépendants, grandes chaînes de vente de livres ou supermarchés n’ont pas le droit de pratiquer une réduction de plus de 5% du prix du livre. Chez nous, cette loi est appelée loi Lang, du nom de Jack Lang, alors ministre de la Culture (c’était en 1981). Une loi qui permet d’éviter la concurrence déloyale et qui explique les procès réguliers lancés contre Amazon et autres cybermarchands dont les frais de ports gratuits sont considérés comme une réduction déguisée, donc illégale, du prix du livre. (Pour en savoir plus sur les pratiques déloyales d’Amazon, qui vont bien au-delà de cette affaire de frais de ports, jetez un oeil à ce billet).

Kathleen Kelly (Meg Ryan) ouvre sa librairie © Warner Bros Entertainment
Kathleen Kelly (Meg Ryan) ouvre sa librairie © Warner Bros Entertainment

Malheureusement, aux États-Unis, il n’existe pas de loi semblable. D’où l’existence de chaînes du type de celle de Fox Books, qui propose des livres à des prix pouvant aller jusqu’à moins 40%. Une catastrophe pour Kathleen Kelly, qui ne peut pas se permettre de telles réductions avec sa librairie. Et qui devra malheureusement fermer boutique… la scène où elle vide ses stocks, puis ferme définitivement le rideau est un crève-coeur. Tant pour elle – la librairie avait été lancée par sa mère, ses employés étaient des amis, nombre de ses clients avaient connu la librairie enfants et ont eux aussi le coeur brisé de voir la librairie fermer – que pour nous. Nora Ephron montre l’aspect humain qui règne dans cette petite librairie : l’équipe qui connaît bien la clientèle, la relation parfois très ancienne entre ces derniers et la librairie, le professionnalisme des libraires, qui connaissent parfaitement la littérature enfantine, le côté douillet et chaleureux de la boutique même. Alors qu’en face, Fox Books évoque un grand magasin du livre, vaste et froid, où le client est livré à lui-même, se cale dans son coin pour lire en sirotant un café, sans contact ni avec les autres clients, ni avec l’équipe de vendeurs.

Et si je parle de vendeurs, c’est qu’il s’agit bel et bien de cela. Pas de libraires. Dans une scène, nous voyons une femme chercher un livre pour son enfant. Elle n’en connaît pas l’auteur, ni le titre exact. Le vendeur est incapable de lui répondre. Kathleen, qui passait par là, les larmes aux yeux après avoir fermé boutique et qui veut savoir à quoi ressemble le magasin qui a causé sa perte, répond alors et donne l’auteur, le titre, et tous les titres de la série écrite par le même auteur ! Le vendeur lui demandera même d’épeler le nom de l’auteur. Et c’est non seulement une scène représentatrice de la différence entre une librairie et un site de grande distribution, mais c’est aussi véridique. J’ai vécu moi-même cette scène. Un jour que je flânais dans une enseigne de grande distribution culturelle, j’ai entendu une jeune femme demander un livre à une vendeuse. Elle ne se souvenait plus de l’auteur, ni du titre exact. Devant l’ignorance de la vendeuse, mon sang de bibliothécaire n’a fait qu’un tour et j’ai mis les pieds dans la conversation, donnant titre et auteur.

Ce qui fait l’intérêt de Vous avez un mess@ge, ce n’est donc pas seulement l’histoire d’amour. C’est aussi cet hommage rendu aux librairies indépendantes par la réalisatrice, qui touchera tous les spectateurs, même ceux qui, d’habitude, ne prêtent guère attention à l’endroit où ils achètent leurs livres. Un joli film, qui tire quelques larmes autant que des sourires, un joli hommage à tous ces libraires passionnés qui tentent de garder leur commerce à flots, malgré la concurrence des gros marchands qui, eux, sont intéressés surtout par le profit.

You’ve Got Mail
Réalisé par Nora Ephron, scénario de Nora et Delia Ehpron, 1998, 1h55

Bande-annonce