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Yoko Tsuno t. 5 : Sous le ciel de Chine, Roger Leloup

yoko_tsuno5Quatrième de couverture

La Chine et tous ses contrastes, la Chine et ses décors sublimes, la Chine d’aujourd’hui et la Chine d’hier… Où, ailleurs qu’en Chine, trouver un dragon bercé par le gazouillis d’une flûte enfantine… mais aussi un autre monstre capable de détruire un port ? Où, ailleurs qu’en Chine, une poupée de tissu peut-elle rappeler le sort horrible d’une enfant princesse sacrifiée au XIe siècle ? Où, ailleurs qu’en Chine, une pagode noyée dans les brumes peut-elle servir de repaire à une créature terrifiante au souffle de feu ? Au fil de ses aventures, Yoko Tsuno va en découvrir les multiples facettes, mais aussi les innombrables pièges.

Mon avis

Yoko Tsuno, bien que d’origine japonaise, a une grand-mère chinoise. Aussi Roger Leloup a-t-il choisi la Chine pour cadre dans plusieurs de ses aventures, rassemblées dans cette cinquième intégrale. Deux d’entre elles ayant lieu également à une époque lointaine, on voyagera autant dans le temps que dans l’espace 🙂

La première aventure, Le Dragon de Hong Kong, nous permet de découvrir comment Yoko rencontra la petite Rosée du Matin et en devint la tutrice (souvenez-vous, on la rencontrait déjà dans l’intégrale t. 3, puisque le découpage des intégrale suit des thématiques plutôt que la chronologie originelle). En séjour dans la ville du même nom, Yoko est confrontée à deux « dragons », l’un avec lequel la petite Rosée entretient une relation qui tient tant du miracle que de l’enchantement, l’autre semant la destruction. Et quand la vie de l’enfant se trouve menacée par ce dernier, Yoko fera tout pour la protéger. Cette histoire me plaît car elle permet de découvrir une nouvelle facette de Yoko, son côté maternel, sans pour autant gommer son statut de femme forte. Protectrice envers Rosée, Yoko n’en reste pas moins capable de lutter contre des personnages aux motivations douteuses, voire violentes. Et, comme toujours, elle tente de vaincre sans user d’inutile violence. Par ailleurs, les sujets de l’histoire – les dragons, même s’ils n’ont de dragons que le nom – offrent autant un aspect légendaire plaisant qu’une réflexion sur l’influence de l’homme sur la nature ou sa soif de reconnaissance et de célébrité.

Les deux autres aventures contenues dans l’intégrale se suivent et étaient parues, originellement, l’une à la suite de l’autre. Dans la première, La Jonque céleste, Yoko remonte le temps pour sauver une enfant. Nommée troisième épouse de l’empereur à l’âge de six ans, Sin-Yi est utilisée par des comploteurs et sera tuée si personne ne la sauve. Ce n’est pas la première fois que Yoko remonte le temps pour sauver la vie d’un personnage – et, à l’instar de l’épisode relaté dans Le matin du monde, il s’avèrera au final que Yoko avait bien fait de suivre son intuition. Les voyages dans le temps donnent parfois ce sentiment de boucle bouclée ! 🙂

Si le début de cette histoire m’a paru tiré par les cheveux – je trouve que Lin accepte trop facilement l’idée d’une machine à voyager dans le temps – et le personnage de Sin-Yi, enfant gâtée et manipulée, semble assez détestable, découvrir la Chine du XIe siècle est en revanche passionnant, sans compter tous les jeux de pouvoirs qui pimentent le tout.

Nous retrouvons cette même époque dans La pagode des brumes. Sin-Yi réclame à revoir sa servante préférée. Son caprice est exaucé, mais surtout parce que le lieu où vit désormais cette jeune femme fait écho aux souvenirs de Yoko, souvenir d’une légende que lui racontait sa grand-mère. Il se dit en effet qu’un dragon dort dans les brumes qui enveloppent la pagode, mais que son esprit s’est détaché de son corps et demeure dans la pagode. Et lorsque Yoko rencontre une jeune fille portant sur elle un équipement trop avancé pour l’époque, le mystère s’épaissit !

Le voyage dans le temps est, de par sa nature, un élément de science-fiction, mais cette aventure-ci est davantage ancrée dans le genre que La Jonque céleste, qui touchait plus à l’aventure historique. J’ai beaucoup apprécié le mariage entre légende chinoise et récit de science-fiction, l’exotisme de l’époque comme du pays apportant du dépaysement.

Si ces trois aventures ne figurent pas parmi mes préférées, elle restent néanmoins d’agréables balades en Chine, au XXe et au XIe siècles, et nous permettent de constater qu’être la tutrice d’une petite fille ne retire en rien à Yoko son sens de l’action. Bien au contraire ! 🙂

Intégrale n°5, comprenant les volumes 16, 22 et 23 de la série

Éditions Dupuis, 164 pages, 2008.

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Retour vers le futur organisé par Lune.

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Yoko Tsuno t. 3 : A la poursuite du temps, Roger Leloup

yoko_tsuno3Quatrième de couverture

Avec Monya, la dernière terrienne en vie au 39e siècle, et sa machine à voyager dans le temps, Yoko Tsuno va tenter de sauver la planète des pires cataclysmes: la destruction de toute l’humanité par une bombe à contraction en 3872 ou une épouvantable épidémie de peste noire, en 1545, qui menace de se déclencher à notre époque. Passé, présent et futur s’entremêlent dans une rivière du temps dont Yoko va suivre les méandres pour y réparer les erreurs des hommes… ou, tout simplement, pour libérer une jeune danseuse de Bali, en 1350, condamnée à un terrifiant destin.

Mon avis

Après les intégrales 1 et 4 consacrées aux aventures spatiales de Yoko Tsuno, je vous parle de la 3 – non, toujours pas d’avis de lecture sur la 2 mais il va arriver, rassurez-vous ! 🙂

Et, cette fois, petit changement : autant les intégrales dont j’ai parlé précédemment pouvaient se lire sans problème, les albums compilés suivant un même arc narratif à défaut d’être compilés dans leur ordre de parution, autant cette intégrale consacrée aux premiers voyages dans le temps de Yoko fait exception. Si l’arc narratif du Translateur (nom de la machine à voyager dans le temps) est bel et bien respecté dans son déroulement, les lecteurs qui n’avaient encore jamais lu les aventures de Yoko risquent d’être déstabilisés par l’apparition de Rosée du Matin dans Le Matin du monde, seconde aventure de cette intégrale. Et pour cause : la petite fille apparaît en fait dans l’album Le Dragon de Hong-Kong, album n°16 qui sera repris seulement dans l’intégrale 5 (vous suivez toujours ? ^^ »). Cette fois, donc, je ne saurai que trop vous conseiller de lire l’album concerné avant de vous lancer dans l’intégrale À la poursuite du temps, afin de comprendre d’où vient Rosée et quels sont ses liens avec Yoko.

La première aventure de cette intégrale se nomme La Spirale du temps. Dès le titre, l’auteur nous prévient : Yoko va voyager dans le temps, et le moins que l’on puisse dire c’est que cette première aventure temporelle offre déjà une intrigue complexe, bien ficelée, qui maîtrise de bout en bout les difficultés inhérentes au voyage dans le temps. Ce qui n’empêche pas la BD d’être tout à fait accessible aux enfants (en tout cas, je l’ai lue avec autant de plaisir que les autres aventures de Yoko, même petite, et en plus je les lisais dans le désordre. Donc bon ^^). Yoko, au début de l’histoire, se trouve à Bornéo avec ses compagnons Vic et Pol dans le cadre de son travail et en profite pour revoir son cousin, qui s’y est installé. Aimant contempler les ruines d’un temple, c’est au cours de l’une de ses balades dans ses ruines qu’elle est témoin d’une scène des plus étranges : des hommes installent un mystérieux petit appareil et une machine apparaît alors, dans un halo de lumière. Une toute jeune fille en sortira. Cette jeune fille, c’est Monya, venue d’un futur apocalyptique pour prévenir cette fin terrible, justement. Mais rien ne se passe comme prévu et l’adolescente trouvera en Yoko une précieuse alliée.

La Spirale du temps propose, classiquement, le thème d’une fin du monde à éviter grâce à une machine à voyager dans le temps. Mais, comme souvent avec les albums de Roger Leloup, cette aventure de Yoko est plus riche qu’il n’y paraît. Déjà, on y découvre tout un pan de l’histoire familiale de Yoko. Car, pour aider Monya, notre électronicienne va devoir elle aussi remonter le temps et rencontrer son oncle, durant la Seconde Guerre Mondiale, toujours à Bornéo. Roger Leloup se sort très bien des problèmes que peuvent poser un tel voyage et une telle rencontre (d’autant que l’oncle en question passera un coup de fil à la mère de Yoko, alors âgée de seulement 13 ans !). Il est d’ailleurs indiqué dans le dossier précédent les aventures compilées qu’il a pris grand soin dans la conception de ses intrigues temporelles, pour qu’elle soit le plus crédibles possibles. Et c’est tout à fait réussi ! 🙂

Au travers de l’histoire de Monya, l’auteur aborde également la dangerosité de la course à l’armement, même préventive, puisque c’est elle qui causera la perte de l’humanité. Enfin, il ajoute une autre touche de science-fiction pour parfaire cette première aventure temporelle 🙂

On retrouve Monya dans la seconde aventure temporelle : Le Matin du monde. L’action se situe cette fois à Bali, où Monya s’est installée. Désireuse de mieux connaître l’histoire de ce pays d’adoption, elle a évidemment fait usage de sa machine à voyager dans le temps. Mais, au cours de l’un de ces voyages, elle a malencontreusement provoqué la condamnation à mort d’une danseuse sacrée. Elle fait appel à Yoko et ses amis pour tenter de lever cette condamnation ou, en cas d’échec, sauver la danseuse. Pol pointe alors du doigt ce que vous vous dites probablement : pourquoi chercher à sauver une personne morte depuis des siècles ? Il vous faudra lire la BD pour le savoir mais je puis vous dire que, pour ce détail-là, Roger Leloup s’appuie une fois encore sur les règles habituelles du voyage dans le temps, notamment celle qui précise qu’un changement a ses répercussions 😉 Bon, dans l’aventure en question, c’est un poil différent, mais si je vous dis tout, il ne vous restera plus grand-chose à découvrir. Cette aventure précise me plaît beaucoup parce qu’elle offre un beau voyage en une contrée et une époque méconnue, celle de Bali en 1350. Comme souvent, Roger Leloup s’est beaucoup documenté et le dessin, très précis, offre un véritable voyage au lecteur.

C’est là, aussi, que Rosée du Matin expérimentera son premier voyage dans le temps. Rosée est une petite fille que Yoko a rencontrée dans Le Dragon de Hong-Kong. Orpheline, recueillie par son grand-père au coeur fragile, elle sera d’emblée prise d’affection par Yoko et le lui rendra bien. Soucieux de son avenir et conscient que le courant passe bien entre elles, le grand-père demande à Yoko d’en devenir la tutrice, ce qu’elle accepte. C’est pourquoi la petite fille se trouve avec Yoko dans Le Matin du monde. Au départ, elle ne devait pas accompagner Yoko en 1350, mais ce sont les événements qui obligeront notre héroïne à l’emmener.

On arrive ensuite à la troisième et dernière aventure de cette intégrale consacrée aux voyages dans le temps : L’astrologue de Bruges. Yoko est contactée par un peintre belge qui désire la rencontrer. Lors de l’entrevue, le peintre lui affirme l’avoir déjà vue et peinte, en 1545 (il aurait bénéficié d’un philtre d’immortalité, délivré au compte-gouttes par une autre personne, et il souhaite profiter de l’élixir de Yoko, qu’il croit provenir du même siècle que lui). Pour Yoko, tout cela n’a aucun sens mais le portrait est bien le sien, et Monya y figure également ! Le peintre ayant aussi rencontré Rosée au XVIe siècle, Yoko se retrouve alors forcée d’embarquer tout le monde à cette époque pour démêler toute cette histoire.

D’un abord compliqué et certes un peu tiré par les cheveux, l’intrigue s’avère au final finement menée. Le thème de la quête d’immortalité est abordée à travers les personnages du peintre et de son acolyte. On y trouve aussi celui de l’épidémie – avec la peste noire et la menace d’un retour à notre époque moderne. Mais aussi un peu d’alchimie. Entre le dessin – toujours très détaillé – et ces multiples éléments, ce dernier voyage dans le temps, plus complexe que les autres, s’avère pourtant bien sympathique à lire, du fait que l’action est présente de bout en bout, comme dans un film d’aventures.

Trois voyages dans le temps en une seule intégrale, c’est donc ce que nous offre À la poursuite du temps. Ces différentes aventures sont aussi un bon moyen de découvrir tout ce que peut impliquer de tels voyages. Bien sûr, Yoko n’en restera pas là et retournera régulièrement dans le passé dans certaines des aventures suivantes, mais ces trois-là sont, à mes yeux, les meilleures et comme en plus elles sont proposés en intégrale avec un dossier intéressant sur leur genèse, que demander de plus ? 🙂

Intégrale n°3, comprenant les volumes 11, 17 et 20 de la série

Éditions Dupuis, 164 pages, 2007.

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Retour vers le futur organisé par Lune.

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Yoko Tsuno t. 4 : Vinéa en péril, Roger Leloup

Yoko Tsuno : Vinéa en péril, Roger LeloupQuatrième de couverture

À deux millions d’années-lumière de la Terre, sur la planète Vinéa, commence une exploration qui va tourner au cauchemar. Dans ces contrées hostiles, de menaçants insectes géants sont programmés pour tuer ; sur un satellite, des ouvriers meurent irradiés pour fournir de l’énergie à une cité-planète en errance dans l’espace ; dans une ville sous-marine, des enfants sont conçus pour devenir des techniciens de la mort… Sur Vinéa comme sur la Terre, la quête du pouvoir absolu conduit aux pires extrémités… et il faudra le courage et la ténacité de Yoko Tsuno pour redonner l’espoir à l’humanité.

Mon avis

Oui, je sais, je n’ai chroniqué que la première intégrale. Mais puisque cette dernière présentait l’arc narratif vinéen et que le challenge Summer Star Wars Episode II se termine ce jour (en même temps que démarre mon challenge Halloweenesque (oui, je fais de l’auto-promo ^^)), j’ai décidé de chroniquer l’intégrale n° 4 avant les intégrales 2 et 3. Parce que, dans cette intégrale, les trois aventures de Yoko se déroulent soit sur le sol de Vinéa, soit sur Ixo, le satellite d’une autre planète du même système solaire que Vinéa. Trois aventures que l’on peut donc ranger sans hésitation sous la bannière du planet opera ! 🙂

Dans Les Titans, Yoko et ses amis sont invités à aider les Vinéens à identifier une espèce inconnue dont une patte a été retrouvée, charriée avec des débris dans une région aquatique. Cette patte ressemblant fort, mais en version géante, à celle d’un insecte terrien, on comprend le sens de cette invitation. Mais la patte en question est renforcée par du titane – ces insectes géants pourraient donc fort être aussi une espèce intelligente. À ceci près que les Vinéens n’ont jamais entendu parler de telles créatures dans la faune de leur planète… cette nouvelle aventure de notre électronicienne préférée trouverait une belle place dans un pulp, avec ce décor de jungle humide, ces bestioles géantes, et ces damoiseaux en détresse – oui parce que Yoko s’en sort relativement mieux que ses compagnons, ces derniers étant vite escamotés de l’intrigue ^^ ». Une aventure de planet opera plaisante, pas originale pour un sou mais – et là j’insiste dessus – qui aborde la question du spécisme comme ça, l’air de rien. Enfant, je n’avais pas vraiment fait attention à cet aspect de l’histoire – même si la tolérance de Yoko, qui persiste en dépit des frontières même des espèces, n’avait fait qu’ajouter à l’admiration que je vouais déjà au personnage – mais aujourd’hui, alors que je suis adulte et, depuis quelque temps, intéressée par les rapports qu’entretient l’Homme avec les autres espèces vivantes qui peuplent la planète, certaines étant aussi douées d’intelligence, je me dis que cette aventure qui sonne comme un récit de détente possède une réflexion sous-jacente des plus intéressantes.

La lumière d’Ixo nous emmène hors de Vinéa, sur un satellite glacial sur lequel les Vinéens entreposèrent toute matière dangereuse pour la vie – et là, alors qu’on pensait ce peuple extraterrestre si évolué, notre opinion en prend un coup : eux aussi ont leurs décharges à ciel ouvert et ne savent que faire de matières telles qu’acide corrosif, piles irradiées, etc. Du coup, tout a été placé sur un satellite qui n’est autre qu’une boule de glace sas atmosphère, où il n’y a donc aucun risque pour que les matières entreposées ne se dégradent et ne tuent. Oui mais, de ce satellite normalement dénué de vie part à intervalle régulier, selon un cycle de plusieurs années bien précis, un rayon de lumière. Un mystère que Khâny, Yoko et leurs amis vont s’efforcer de percer. Et, lorsqu’ils arriveront sur Ixo, ils constateront vite une chose : la planète n’est pas aussi déserte qu’on le pensait ! Dans ce nouveau récit, outre le fait que l’on change de décor, on découvre une autre forte tête et son entrevue avec Yoko va faire des étincelles ! Un duo intéressant, qui montre bien le caractère de notre héroïne et sa façon de réagir quand elle rencontre une personne aussi têtue et dotée d’une forte personnalité qu’elle – son personnage s’affine ainsi. L’histoire permet aussi, en plus d’évoquer la question du devenir des déchets dangereux, de poser la question du mysticisme chez les Vinéens. Je n’en dis pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue mais cet épisode permet de redonner aux Vinéens un visage plus humain, puisque eux aussi peuvent se retrouver pris dans une foi aveugle.

On retourne sur Vinéa avec Les Archanges de Vinéa. Les Vinéens, toujours à la recherche des survivants du cataclysme comme de l’Histoire (les Cités restantes s’étaient livrées une guerre meurtrière), partent sur les traces d’un mystère non résolu : des enfants bloqués à l’adolescence. Aidant Khâny à résoudre ce mystère, Yoko, accompagnée de la petite Poky, découvre une cité sous-marine. Une cité gouvernée par une reine des plus autoritaires… nouvelle forte tête face à Yoko dans ce récit qui, pour une fois, ne se déroule ni dans l’espace ni sur « terre » mais sous l’eau ! L’occasion de découvrir la technologie adaptée des Vinéens, quelques bestioles et de nouveaux robots. Dont certains ont un visage très humain… Une histoire sympathique, qui traite aussi l’air de rien de la question de l’embrigadement des enfants dans la guerre.

On le voit, dans ces trois récits de planet opera, l’aventure n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît au premier abord. Roger Leloup en profite pour glisser des pistes de réflexions à ceux qui souhaiteraient s’y intéresser, sans ôter l’émerveillement et le dépaysement de ces trois aventures. Un alliage idéal qui explique, entre autre, pourquoi les aventures de Yoko peuvent parler à tous les publics, quelque soit l’âge ! 🙂 On notera aussi que les rencontres avec de fortes personnalités permettent d’affiner encore le personnage de Yoko.

Intégrale n°4, comprenant les volumes 8, 10 et 13 de la série.
Éditions Dupuis, 163 pages, 2007

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Yoko Tsuno t. 1 : De la Terre à Vinéa, Roger Leloup

Yoko Tsuno : De la Terre à Vinéa, Roger LeloupQuatrième de couverture

Venus d’une planète transformée en enfer par une étoile trop proche, les Vinéens se sont réfugiés dans les entrailles de la Terre, il y a quatre cent mille ans. En leur sein, s’est développée une force maléfique qui rêve de transformer les Humains en esclaves. La puissance des Vinéens est considérable. Yoko Tsuno a une alliée parmi eux. Toutes deux vont tenter d’empêcher les catastrophes qui se préparent. Avec un espoir : partir dans l’espace, à deux millions d’années-lumière de la Terre, à la recherche de Vinéa. Mais a-t-elle survécu au cataclysme ?

Mon avis

Ah ! Yoko Tsuno ! L’héroïne de mon enfance ! 🙂 Si, côté masculin, j’avais l’embarras du choix entre Tintin, Astérix, Lucky Luke et Boule et Bill, côté féminin, c’était Yoko. Yoko, jeune femme d’origine japonaise, électronicienne. Une héroïne qui allie donc connaissances techniques à qualités humanistes, capacités physiques (la demoiselle est ceinture noire d’aïkido) et sensibilité. Une héroïne comme on en faisait peu lorsqu’elle fut créée par Roger Leloup, dans les années 70. Une héroïne qui, pour ma part, est liée à mon enfance et à ma famille – en effet, les albums ont fait le tour de mes soeurs, je crois qu’on possèdes toutes encore tous les albums ou presque, et je suis toujours ravie de voir, à la bibliothèque où je travaille, des mères emprunter les aventures de la plus célèbres des électroniciennes pour leurs petites filles.

Vu ce succès qui dure et l’ancrage de Yoko dans le paysage de la bande dessinée franco-belge, les éditions Dupuis ont rassemblé toutes ses aventures sous forme d’intégrales. Dans chaque intégrale, trois albums sont réunis et non pas par ordre chronologique de parution, mais par arcs narratifs. Que vous connaissiez ou non les aventures de Yoko Tsuno, peu importe que vous préfériez lire dans l’ordre les albums un à un ou les intégrales. Tous les sens se valent et, à mes yeux, les intégrales l’emportent car non seulement un même arc narratif est réuni (alors qu’album par album, ce n’est pas toujours le cas, Yoko vivant parfois une aventure totalement différente avant de renouer avec un autre personnage récurrent), mais le tout est précédé d’un mini dossier où Roger Leloup lui-même s’exprime sur la genèse de telle ou telle aventure, documents de travail à l’appui. Avec à la fin, quelques illustrations pleine page, sous la forme d’un petit portfolio. Sans oublier que ces intégrales sont superbes 🙂

La première rassemble le premier arc narratif vinéen des aventures de Yoko. Vinéen ? Oui, de la planète Vinéa, d’où est originaire Khâny, que Yoko et ses compagnons vont rencontrer lors de leur toute première aventure, Le Trio de l’étrange. Dans cette histoire, on découvre d’abord Vic et Pol, qui seront par la suite les sidekicks de Yoko. Celle-ci n’apparaît qu’au bout de quelques pages mais, très vite, elle se révélera une forte tête et prendra la direction du trio. Vic et Pol, qui travaillent pour la télévision, désirent réaliser une série de reportages en commençant par le mystère d’une eau s’écoulant dans le siphon d’une grotte montagneuse sans que sa résurgence en ait été identifiée. Yoko, qui les a rejoint, est de la partie. Mais l’aventure va rapidement tourner à la science-fiction : sous terre se cachent en effet les Vinéens, peuple extraterrestre humanoïde, à la peau bleue et à la technologie très avancée. Ils sont venus se réfugier en ces lieux voici des milliers d’années, chassés de leur planète par un cataclysme cosmique. Bien vite, Yoko se liera d’amitié avec Khâny, jeune femme qui a été réveillée de son sommeil magnétique des années avant sa jumelle, Poky, désormais petite fille. Au cours de cette aventure, tous auront à faire à un ennemi glaçant, lié à la technologie vinéenne.

L’amitié de Yoko et Khâny est florissante puisque les deux amies se retrouvent ensuite dans le volume 3, La forge de Vulcain. La première aventure mettait Yoko aux prises avec les dérives d’une technologie, celle-ci repose sur la même base à ceci près que c’est l’utilisation de la technologie en elle-même qui menace l’île de la Martinique, toute proche. En effet, dans le but de révéler leur existence aux Terriens et de s’arroger le droit d’y vivre, les Vinéens ont acheminé de la lave sous un bouchon rocheux sous-marin pour le faire remonter, afin d’éviter un combat pour une terre émergée et de démontrer leur puissance. Hélas, un accident s’est produit et une dissidence s’est faite au sein du peuple vinéen : ceux qui cherchent à éviter la catastrophe et ceux qui la désirent, préférant s’emparer de terres déjà occupées par la force des éléments plutôt que d’en produire de nouvelles. L’aide de Yoko et ses amis est donc appelée afin d’éviter la catastrophe.

Suite à ces événements, les Vinéens décident de retourner sur leur planète d’origine et de découvrir ce qu’il en reste, voir d’y revivre si cela est possible. Une aventure à laquelle le trio est convié et qui nous est contée dans Les Trois soleils de Vinéa, originellement le tome 6 de la série. C’est aussi le volume qui lève le voile sur le reste de la famille de Khâny – attention, préparez vos mouchoirs ! – et qui montre, pour la première fois, le trio évoluer dans l’espace et fouler le sol d’une planète étrangère. Un volume passionnant, émouvant même – le peuple vinéen, exilé depuis des milliers d’années, ne retrouve pas sa planète d’origine sans émotion – et où les technologies futuristes (mais crédibles) ont la part belle !

Cette première intégrale est donc l’entrée idéale dans le monde de Yoko. Si Le Trio de l’étrange souffre d’un trait de crayon qui cherche encore son style et frôle la caricature, le dessin s’affine rapidement pour adopter un réalisme des plus agréables. La personnalité de Yoko se dessine dès le premier volume – forte tête mais aussi humaniste, jamais elle ne cherche à tuer et, si un méchant périt, il lui arrive de le pleurer – et c’est un plaisir de voir évoluer une héroïne alliant ses qualités.

Une BD devenue un classique, à recommander à tous, de 7 à 77 ans ! 🙂

Intégrale n°1, comprenant les volumes 1, 3 et 6 de la série.
Éditions Dupuis, 164 pages, 2006

Pour aller plus loin