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L’année du loup-garou, Stephen King

Quatrième de couverturealbin24512-2012

Tout a commencé en janvier, une nuit de pleine lune… Le premier hurlement fut celui d’un employé des chemins de fer quand il sentit les crocs lui déchirer la gorge. Depuis, chaque nuit de pleine lune, la petite bourgade de Tarker Mills est en proie à l’horreur. Qui sera le prochain ?

Mon avis

La première fois que j’ai lu ce roman de Stephen King, c’était dans sa version poche intitulée Peur Bleue. Cette version contenait également le scénario tiré du roman et des photographies noir et blanc du film. Plusieurs années plus tard, Albin Michel a réédité le roman, cette fois sans scénario ni photo mais avec les illustrations de Bernie Wrightson qui accompagnaient l’édition originelle.

Si, à l’époque de ma lecture de Peur Bleue, j’étais dans ma période romans d’horreur – je lisais tout ce que je pouvais trouver de la plume de Stephen King, Dean Koontz et Graham Masterton – lorsque je me suis lancée dans une relecture grâce à cette réédition, c’était cette fois pour satisfaire mon intérêt pour cette créature fantastique qu’est le loup-garou.

Que donne le garou à la sauce King ? Rien que du très classique : bête sanguinaire à la pleine lune, suspect longuement recherché, et à la fin une balle en argent. Mais Stephen King s’est amusé avec le calendrier lunaire (il s’excuse d’ailleurs auprès des lecteurs les plus tatillons sur ce point) et a calé des dates emblématiques du calendrier américain aux nuits de pleine lune évoquées dans son livre. Ce, pour notre plus grand bonheur ! 🙂 Par ailleurs, l’identité humaine du garou offre une ironie assez mordante…

Peu de frissons d’horreur, donc, le récit étant trop classique pour cela, mais un bon moment de lecture quand même. Car le véritable point fort de L’année du loup-garou, c’est le personnage de Marty. Marty, petit garçon d’une dizaine d’année, est le héros de l’histoire. Marty va avoir à affronter le garou, sous sa forme animale comme humaine. Marty est paraplégique. Voilà, tout est dit ! Il est assez rare, dans les livres, de trouver des personnages principaux qui soient handicapés. Stephen King a choisir de faire de son héros un garçon en fauteuil roulant, autant dire une proie toute trouvée pour le garou. Mais Marty est plein de ressources et, même si son handicap est présenté sans fard (sa soeur en souffre beaucoup et à certains passages, Marty va se trouver en grande difficulté à cause de ses jambes paralysées), il reste un petit garçon comme les autres et s’oppose au garou avec beaucoup de courage, là où les adultes font chou blanc.

En résumé, si l’amateur de garou ne trouvera guère d’originalité, le lecteur se régalera tout de même avec ce court récit où Stephen King propose une histoire de garou plaisante et, surtout, marque avec un héros peu ordinaire. J’aimerais en voir plus souvent, des personnages principaux comme Marty ! 🙂

Éditions Albin Michel, 125 pages, 2012

Cette lecture s’inscrit dans les challenges Attention à la pleine lune et Je suis éclectique (catégorie Fantastique) du forum Mort-Sûre ainsi que le challenge Halloween organisé par Hilde & Lou.

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Halloween, anthologie dirigée par Paula Guran

Quatrième de couverture

Shivers and spirits…the mystical and macabre…our darkest fears and sweetest fantasies…the fun and frivolity of tricks, treats, festivities, and masquerades mixed with the deepest and most profound of frights. Halloween is a holiday filled with both delight and dread, beloved by youngsters and adults alike. Celebrate the most magical season of the year with this sensational treasury of seasonal tales — spooky, suspenseful, terrifying, telling, and teasing — harvested from a multitude of master storytellers.

Mon avis

Photographie personnelle
Photographie personnelle

Rien de tel comme lecture halloweenesque qu’une anthologie intitulée Halloween ! Celle-ci réunit des textes – non inédits – de pointures comme Lovecraft, Bradbury, de Lint ou Straub et des noms moins connus mais non moins talentueux. Tous se déroulent lors de la fameuse nuit d’Halloween. En avant pour un festival d’Halloweens !

Conversations in a Dead Language de Thomas Ligotti : on ouvre le bal avec un texte qui laisse volontairement un certain flou régner. Au lecteur de comprendre, au final, où se trouve l’horreur. Un texte dans la plus pure veine du fantastique, halloweenesque à souhait. Et que les non anglophones se consolent, il est disponible en français dans le tout récent recueil de l’auteur paru chez Dystopia.

Monsters de Stewart O’Nan : quand un malheureux incident se produit le jour même d’Halloween… point de fantastique dans ce texte qui n’en remue pas moins les tripes, puisqu’il est à hauteur d’enfant et que l’on y ressent ce que peut ressentir le dit-enfant lors de pareil incident. Poignant.

The Halloween Man de William F. Nolan : retour au fantastique pur jus avec cette nouvelle où une petite fille trop imaginative se laisse convaincre de l’existence du Halloween Man. Les conséquences en seront terrifiantes.

The Young Tamlane de Sir Walter Scott : un poème autour de Tamlin, où un homme, capturé par la Reine des fées, ne pourra en être délivré que si celle qui l’aime remplit avec exactitude plusieurs conditions. Et seule la nuit d’Halloween pourra permettre cette libération, puisqu’en cette nuit les portes entre les royaumes – féeriques et humains – sont grandes ouvertes. Si la lecture est quelque peu ardue en VO du fait que Sir Walter Scott est écossais et qu’il s’agit d’un anglais plutôt vieillot, l’histoire, très féerique et ancrée dans le folklore anglo-saxon, est fort agréable à découvrir (ou redécouvrir).

Pork Pie Hat de Peter Straub : un jeune homme interviewe une légende du jazz qui raconte un souvenir d’enfance, un Halloween qui le dégoûta à tout jamais de cette fête. Si l’auteur est célèbre pour ses oeuvres horrifiques, je dois dire que j’ai été quelque peu déçue par ce texte. L’action met longtemps à se mettre en place, trop longtemps, et je pense que le texte aurait gagné à être un peu plus épuré car il est vraiment long. Une première déception pour cette anthologie jusque là de très bon niveau.

Three Doors de Norman Partridge : une variation sur le fameux conte de la Patte de singe, où s’exprime la douleur de la perte de l’être aimé et l’un des aspects d’Halloween, seule nuit de l’année où le voile entre le monde des morts et des vivants, de la magie et de la réalité, disparaît.

Auntie Elspeth’s Halloween Story (or The Gourd, The Bad, And The Ugly) de Esther Friesner : quand l’horreur rencontre l’humour. Se retrouvant avec ses trois neveux-nièces sur les bras, tante Elspeth, pas très contente de ce fait, leur raconte une histoire. Mais une histoire d’Halloween ! Où l’on suit les péripéties d’une petite citrouille, qu’un hibou a convaincu qu’être choisie pour devenir une « jack o’ lantern » était la meilleure chose qui soit. Le final sera bien loin de ce que vous pensez et vous, adultes, en sourirez malgré vous en songeant aux enfants qui écoutent pareille histoire. Sacrée tante Elspeth !

Struwwelpeter de Glen Hirshberg : un jeune adolescent, aussi intelligent que malicieux, propose à ses amis, tous fascinés par ses actes défiant l’ordre établi, d’aller faire sonner la cloche qui trône dans le jardin d’un vieil homme acariâtre. Cloche qui, à l’en croire, réveillerait les morts. Un texte qui prend son temps pour bien poser la psychologie de ses personnages et avec raison, car ce sont eux qui donnent toute sa puissance à ce texte qui mêle avec brio surnaturel et réel, horreur bien humaine et celle née de l’occulte. L’histoire n’est pas sans rappeler Monsters, que l’on découvrait plus tôt dans l’anthologie, mais avec des personnages plus âgés.

Hallowe’en in a Suburb de H.P. Lovecraft : encore un poème – oui, Lovecraft a aussi écrit des poèmes ! Je le découvre avec cette pièce, sympathique à lire, qui contient notamment des goules que l’on croise dans d’autres oeuvres du même auteur.

On the Reef de Caitlin R. Kiernan : dans cette nouvelle aux airs lovecraftiens (d’où son placement dans le sommaire), Halloween est l’une des nuits de l’année où d’étranges pélerins se réunissent à un certain endroit bien connu des amateurs de l’oeuvre de Lovecraft – Innsmouth. Ou plutôt devrai-je dire, les ruines d’Innsmouth. Pour y faire quoi ? Je vous laisse le découvrir…

The Sticks de Charlee Jacob : quand Halloween se mêle au vaudou… voici comment l’on pourrait résumer cette nouvelle dont l’action se déroule au sein de The Sticks, un petit bourg planté dans les marais, et où, chaque Halloween, les habitants souffrent de trois nuits de fléaux, l’apex étant la nuit d’Halloween qui verra disparaître un enfant. Ceux-ci, abandonnés des adultes qui déambulent grimés en morts, doivent donc veiller toutes bougies allumées, en priant pour ne pas être celui choisi cette année. Un texte original et puissant.

Riding Bitch de K.W. Jeter : je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi de ce texte qui mêle deuil, motos et croque-morts. Mais si je suis plutôt passée à côté de l’intrigue, la tristesse qui émane de son personnage principal a été assez bien rendue pour que je perçoive les émotions de cette nouvelle.

Memories of el Dia de los Muertos de Nancy Kilpatrick : un très court texte évoquant la célébration mexicaine du Jour des Morts. Subtil, mais fort.

Halloween Street de Steve Rasnic Tem : l’auteur imagine toute une rue dédiée à Halloween, pas moins ! Je vous laisse découvrir son univers original, introduit par cette nouvelle, et dont l’exploration se poursuit avec Tricks & Treats: One Night on Halloween Street, texte situé juste après dans le sommaire et qui rassemble, sous la forme de douze vignettes, autant d’aperçus de cette rue très spéciale.

Memories de Peter Crowther : retour à l’horreur avec ce texte, qui contient majoritairement un dialogue téléphonique. L’horreur n’en est que plus présente, le surnaturel s’infiltrant à pas de loup. Méfiez-vous des ombres, lors de la nuit d’Halloween, et de votre mémoire. Il se pourrait que des souvenirs importants, des personnes même, en aient été effacés…

Ulalume de Edgar Allan Poe : un troisième poème, cette fois signé par Poe. On y retrouve un thème identique à celui du fameux poème Le Corbeau, le poème évoquant un voyage onirique du narrateur, qui a perdu l’être aimé, voyage qui, se déroulant une nuit d’octobre, lui rappellera la triste réalité de son deuil.

Mask Game de John Shirley : une famille américaine – mère divorcée, deux enfants, le beau-père, le petit dernier que le père a eu avec sa nouvelle femme et une amie – attend l’arrivée de la cousine Neva qui, pour cette année, propose un jeu avec des masques qu’elle a elle-même confectionnés. Très beau texte, qui aborde habilement le sujet des secrets familiaux et de la force des traditions – ici, la puissance magique liée à Halloween est évoquée d’une façon qui rappelle le paganisme. Quant au masque, il est également utilisé avec tout ce qu’il symbolise, notamment le fait qu’il révèle autant qu’il dissimule.

By the Book de Nancy Holder : un peu de légèreté avec cette réjouissante nouvelle où une mère au foyer dépassée va trouver une bouée via… un livre du type « romance Harlequin ». Si Halloween ne figure là qu’en fête provoquant de multiples préparatifs, le texte prête à sourire – et même à rire, rien que de repenser à une certaine image, vers la fin de la nouvelle, je m’esclaffe ! – et offre une pause bienvenue. Tout en rappelant, mine de rien, que prendre du temps pour soi (par exemple en lisant une romance… ;)) de temps en temps peut avoir des conséquences aussi sympathiques que… surprenantes !

Hornets de Al Sarrantonio : si vous avez la phobie des frelons, passez votre chemin pour aller directement au texte suivant. Si vous ne l’avez pas, je gage que vous l’aurez une fois terminée la lecture de ce texte, avec l’impression persistante d’entendre la bestiole du titre vrombir aux alentours. Quant au rapport entre les frelons et Halloween, vous le découvrirez en lisant cette nouvelle. Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler – le titre donne déjà suffisamment d’indices et le texte, qui se déroule selon un schéma somme toute classique, joue surtout sur l’ambiance qu’il instaure au fil des phrases – et je me contente de vous préciser que, pour ce qui est de vous laisser tout frissonnant d’horreur à la fin, Hornets remplit fort bien son office.

Pranks de Nina Kiriki Hoffman : un ton plus léger avec ce texte qui nous invite à suivre la nuit d’Halloween d’un esprit malin qui prend la forme d’un petit garçon qui adore les farces – mais n’a aucune conscience des conséquences que les dites farces peuvent prendre. Ton plus léger, certes, mais c’est Halloween et la noirceur n’est jamais bien loin.

Pumpkin Night de Gary McMahon : on repart sur un texte très fort, là encore sur le deuil de l’être aimé, mais aussi sur les jack o’ lantern, ces citrouilles sculptées. Que peut-il arriver si celles-ci revêtent le visage de la disparue ? Un texte dont l’horreur n’est pas tant due à l’action qu’à la terrible perte vécue par le personnage principal. Le final achève complètement le lecteur sur ce point.

The Universal Soldier de Charles de Lint : décidément, il faudra que je me procure un jour un recueil de cet auteur. On retrouve un texte magique, empli de tendresse malgré son sujet – la guerre et ses fantômes, dont l’un revient un soir d’Halloween – et qui évoque la force des histoires au travers de deux personnages très particuliers – mais, en l’occurrence, des histoires humaines. Un très beau texte qui figure parmi mes préférés de cette anthologie et qui offre un vibrant plaidoyer pour la paix et l’importance de garder en mémoire les destinées passées.

Night Out de Tina Rath : très bref, très classique aussi, ce texte m’a rappelé une célèbre série télévisée. Se lit agréablement malgré son dénouement des plus téléphonés.

One Thin Dime de Stewart Moore : un texte qui, je pense, aurait mérité un peu plus de développement. Le thème du cirque et des monstres de foire y est évoqué, mais je n’ai pas saisi le lien avec Halloween – bien que l’action se déroule durant cette nuit-là. En fait, j’ai eu l’impression qu’il me manquait des morceaux pour pleinement appréhender cette histoire et c’est dommage.

Man-Size in Marble de E. Nesbit : célèbre pour ses récits pour enfants, Edith Nesbit a également commis des textes fantastiques pour les grands. Elle nous offre ici un texte classique pour le genre, avec un charmant côté suranné, et une approche de la nuit d’Halloween totalement dénuée de citrouilles et autres trick or treats – mais pas de spectre, loin de là !

The Great Pumpkin Arrives at Last de Sarah Langan : deux jeunes gens s’apprêtent à effectuer une séance de spiritisme la nuit d’Halloween. Un texte qui monte en puissance au fil des phrases et s’achève sur un final horrifique.

Sugar Skulls de Chelsea Quinn Yarbro : on retrouve la célébration mexicaine avec cette belle tranche de vie, bien que marquée par le deuil et la misère, d’une grand-mère et de sa petite-fille en train de confectionner les célèbres crânes en sucre. J’aurai aimé que le texte se poursuive et lève davantage le voile sur la destinée de ces deux personnages, mais je pense qu’il laisse suffisamment d’indices pour se faire sa propre idée à ce sujet.

On a Dark October de Joe R. Lansdale : un texte horrifique classique, mettant en scène des hommes vénérant une créature aux appétits spéciaux. Sympa par son côté « gore classique », malgré cette énième revisitation de la face occulte du succès de certains hommes d’affaire.

The Vow on Halloween de Lyllian Huntley Harris : mêlant une intrigue convenue et des dialogues peu crédibles par leur emphase, ce texte vaut surtout par son côté suranné.

The October Game de Ray Bradbury : une nouvelle que j’avais déjà lue, en français, dans le recueil Bien après minuit. Du coup, si le dénouement m’est rapidement revenu en mémoire, j’ai cependant savouré la redécouverte de ce texte noir en VO. Avec, comme toujours, le talent de novelliste de Ray Bradbury.

The November Game de F. Paul Wilson : texte-hommage à la nouvelle précédente, il en est aussi sa suite. Je n’en dis pas plus car cela reviendrait à spoiler deux textes en un seul ^^ »

Tessellations de Gary Braunbeck : un final en forme de novella qui m’a déplu. L’histoire suit une famille tellement corrompue par son obsession de la transmission de la mémoire et par la culpabilité qu’elle en tourne au glauque – et pas qu’un peu. J’aurai préféré terminer l’anthologie sur une note moins malsaine.

Au final, Halloween s’avère un bon petit pavé – 500 pages ! – mais offre un bon bouquet d’histoires d’Halloween, souvent placées sous l’angle de la terreur et du fantastique. De fait ma petite âme sensible a trouvé qu’il y en avait un peu trop, heureusement qu’il y avait des textes plus « légers ». Comme anthologie à thème, malgré la qualité parfois inégale des textes proposés, Halloween est la lecture parfaite pour cette fête et vous permettra, ce soir-là, une lecture et des frissons d’horreur (avec quelques fous rires ici et là) garantis tout au long de la nuit.

Éditions Prime Books, 528 pages, 2011

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Le bal des loups-garous, anthologie dirigée par Barbara Sadoul

Le Bal des loups-garous, dirigée par Barbara SadoulQuatrième de couverture

Immortalisé au cinéma par des films aussi différents que Wolfen, Le Loup-garou de Londres ou Hurlements, le loup-garou est avec le vampire et le fantôme une des figures centrales du fantastique. Prenant racine dans le folklore de quasiment tous les pays de l’hémisphère Nord, le loup qui dévorait les cadavres du Moyen Âge et décimait les troupeaux des bergers a toujours été associé au mal… Symbole de la résurgence de l’animalité prédatrice chez l’homme civilisé, symbole du lien homme-animal en tant que retour aux racines, la lycanthropie a toujours alimenté la littérature. Des auteurs aussi marquants que Jim Harrison, Stephen King, C.S. Lewis mais aussi Jack Williamson en ont fait la figure centrale d’un de leurs livres.

Mon avis

Les loups-garous, voilà un thème que j’adore ! Plus largement, les métamorphes sont l’un de mes thèmes favoris et, donc, les loups-garous. Alors une anthologie consacrée au thème et qui explore d’autres concepts que le sempiternel récit d’horreur avec une bête qui hurle à la pleine lune, ça ne pouvait que me plaire.

Et en effet, un régal que cette antho ! 🙂 Entrez dans la danse des loups, quand la lune pleine inonde la Terre de ses rayons d’argent, révélant la bête qui dort…

Opération éfrit de Poul Anderson : les États-Unis sont en guerre contre les Sarrasins. Leurs armées magiques s’affrontent depuis longtemps sans qu’il y ait de vainqueur, encore.  Le capitaine Matuchek, loup-garou de son état, et une sorcière sont envoyés en mission secrète pour neutraliser un éfrit que l’ennemi compte utiliser… On démarre fort l’anthologie avec ce texte très sympa, situé dans un monde alternatif où la magie remplace la science, où les troupes aériennes sont composées de dragons et autres sorciers/sorcières monté(e)s sur balai. Notre loup-garou y arbore une bien sympathique figure, le récit comporte son lot d’humour et sort des sentiers battus avec cette histoire de guerre magique.

L’Horreur immortelle de Manly Wade Wellman : un homme trouve refuge pour la nuit dans une cabane isolée. Pour se distraire, il lit des papiers qu’il a trouvé sous le plancher moisi. Le récit qu’il découvre va le glacer d’horreur… retour aux grands classiques avec ce récit horrifique où le loup-garou terrorise autour de lui et ne peut être tué définitivement que d’une certaine façon. L’auteur parvient très bien à rendre l’angoisse montante du narrateur, et ce même si l’on devine le dénouement. Frissons garantis.

Coupable de Stephen Laws : un jeune homme aviné descend de l’autobus de nuit. S’étant trompé d’arrêt, il se retrouve dans la campagne. Quand une ombre menaçante commence à le suivre… entre classique du loup-garou terrifiant et vendetta familiale, une histoire pétrie de fantastique et de désespoir.

Le Loup de Saint-Bonnot de Seabury Quinn : lors d’une soirée, les convives organisent une séance de spiritisme. Peu de temps après, l’une des jeunes femmes présentes est prise d’étranges crises de somnanbulisme. Elle est vue errant la nuit avec un gros loup. Pour Jules de Grandin, détective spécialiste en surnaturel, tout est vite clair… Loup-garou et spiritisme, voilà un joli cocktail qui sort des sentiers battus du récit horrifique lupin. Allié à une atmosphère de début de siècle fort délicieuse, cela donne un joli récit où le frisson se dispute le plaisir de la lecture.

La Proie de Roberta Lannes : un jeune homme s’arrête pour la nuit dans une maison en piteux état. Il propose de la retaper. La famille – une bande de loup-garou – qui voulait le dévorer séance tenante, diffère le repas lorsqu’un de leurs membres, une jeune femme, se dit hantée par une intuition… Cette fois, le récit se situe du point de vue du loup-garou. On découvre des bêtes qui agissent en bande, dissimulées parmi les humains. Une histoire à la fois terrible et triste, par son évolution et son dénouement. Être un loup-garou n’offre pas du bonheur, la narratrice le découvrira bien vite.

Norne de Lireve Monet : Mary Rose adore sa tante Norne. Celle-ci, par son étrangeté, a toujours su gagner l’affection de sa nièce adorée. Puis les années passent, et Mary Rose, en grandissant, s’éloigne de Norne. Mais cette dernière n’a pas dit son dernier mot… encore un texte qui s’éloigne des sentiers battus. Si l’on devine facilement la véritable identité de chacun, le combat de Mary Rose contre ces personnages qui veulent l’évincer serre le coeur et infuse toute la tension nécessaire pour dévorer le récit jusqu’à la dernière page, souffle suspendu. Un texte intéressant aussi par sa vision métaphorique de la famille lorsque celle-ci comporte des membres dit « toxiques ».

La Marque de la bête de Kim Antieau : un jeune homme passe quelques semaines chez un ami de son père pour se remettre de sa mélancolie. Cet ami, marié à une toute jeune fille qu’il déteste de toute évidence, aime à chasser du loup… encore une histoire plus ou moins cousue de fil blanc, mais qui s’amuse aussi à brouiller les pistes. Le loup, ici, n’est pas celui que l’on croit et le dénouement offre un bel hommage à ce qu’est véritablement le loup-garou comme l’homme. Je n’en dit pas plus pour ne pas déflorer cette fin que j’ai adoré. Elle est vraiment magnifique.

La Main de la fille O’Mecca de Howard Wandrei : Elof veut la main de la fille O’Mecca. Après deux rencontres, le voilà parti de nuit, ivre, pour se déclarer. Récit horrifique classique, mais avec une pointe d’humour noir qui change tout – la fin, surtout, vaut son pesant d’or en la matière !

Le Changement de Ramsey Campbell : un homme écrit sur les loups-garous. Il peine à avancer dans son roman car, de sa fenêtre située tout près d’un arrêt d’autobus, il voit aller et venir la foule et se retrouve constamment dérangé. Ici, l’originalité est au rendez-vous. On assiste au stress de cet écrivain qui, incapable de conserver sa concentration pour écrire à cause de la foule à l’arrêt d’autobus, se voit progressivement atteint des symptômes d’un stress intense autant que d’un étrange changement. Les frontières se brouillent vite avec le surnaturel… Un récit horrifique glaçant, en tous points de vue.

Au sud d’Oregon City de Pat Murphy : aux États-Unis, pendant ces temps dits du « Far-West », un jeune métis dont la mère était amérindienne rencontre une jeune femme qui se vêt en homme et voyage seule. Il se propose comme époux et l’invite  à vivre avec lui dans sa cabane isolée au milieu des bois. Pour clore cette anthologie, un magnifique récit empreint de nature, de sauvage liberté et de paix. Où l’homme et la bête vivent côte à côte en toute sérénité. Une ode au loup-garou tel que vu dans d’autres sociétés (notamment amérindiennes), à la nature lorsqu’elle est encore un vaste espace intouché.  Superbe.

En une dizaine de nouvelles sélectionnées par ses soins, Barbara Sadoul nous offre un panel de lycanthropes qui collent autant aux classiques qu’ils s’en éloignent, offrant un portrait tout en nuances de cette créature devenue classique parmi les figures du fantastique. Un régal pour tous les amateurs de loups-garous mais aussi pour ceux qui recherchent une excellente anthologie de fantastique – même si la fantasy s’y invite quelque peu.

Éditions Denoël, 1999, 280 pages.

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Parution dans Horrifique

horrifique_89Le recyclage, ça a du bon ! 🙂 Je ne parle pas ici du recyclage des déchets – même si celui-ci a aussi du bon – mais du recyclage de textes. De quoi s’agit-il ? Et bien d’envoyer à un autre éditeur ou fanzine un texte qui a été refusé ailleurs. Et ma parution toute fraîche dans le numéro 89 du fanzine Horrifique est un texte qui avait été refusé pour une anthologie. Mais comme le refus disait, en substance, que ma nouvelle possédait des qualités narratives mais qu’elle restait trop classique pour le ton que l’anthologiste souhaitait donner à l’ouvrage fini, je me suis dit que cette nouvelle avait bien droit à une seconde chance. Je l’ai alors envoyée à l’AT Femmes de l’étrange organisé par le fanzine Horrifique, et j’ai eu raison : Petite musique de nuit a ainsi trouvé sa place entre ses pages ! 🙂

Horrifique est un fanzine spécialisé dans les littératures de l’horreur, au Québec. Oui, vous avez bien lu : je m’exporte outre-Atlantique ! 🙂 Et, donc, Horrifique publie régulièrement des numéros spécial Femmes de l’étrange consacré aux auteurs de sexe féminin qui officient dans le genre littéraire horrifique. Vous l’avez deviné, Petite musique de nuit est une nouvelle de fantastique terrifique, à ne pas lire après la tombée de la nuit 😉 On suit Olivier, un musicien qui vient d’emménager dans une demeure au passé tragique pour se consacrer à l’oeuvre de sa vie. Mais la maison cache plus qu’il ne semble et son secret est effroyable…

Voici le sommaire complet du numéro :

  • Mortelle angoisse de Brigitte Verguet
  • The Room de Samia Dalha
  • Petite musique de nuit de Magali Lefebvre
  • Miriam de Florence Cochet
  • Lilith de Deirdre Campbell

Illustrations de couverture et illustrations intérieures : Adeline Lamarre

Horrifique numéro 89, spécial Femmes de l’étrange #15, mars 2013, 10 $ CA pour la France, 5 $ CA pour le Québec (pour toute commande, contacter l’équipe du fanzine : fanzinehorrifique[at]gmail[.]com)

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Skin Trade, George R. R. Martin

Quatrième de couverture

Il fut un temps où cette ville était au centre du monde. Un temps où sa puissance se nourrissait du sang et du fer. Mais aujourd’hui elle n’est plus que rouille et elle attend la ruine. C’est un territoire parfait pour Willie Flambeaux et Randi Wade. Lui est agent de recouvrement, elle, détective. Mais lorsqu’une série de meurtres particulièrement atroces ensanglante cette ville qu’ils croyaient si bien connaître, ce n’est plus dans le labyrinthe des rues qu’ils auront à mener l’enquête, mais dans les recoins les plus sombres de leurs propres passés. Là où se cachent leurs plus grandes peurs.

Mon avis

Les métamorphes (et donc les loups-garous), j’adore ! Mais attention : je ne raffole pas de cette figure quand elle est utilisée comme élément d’épouvante dans certains films d’horreur. Non, ce que j’aime, c’est découvrir ces créatures au fil de mes lectures, leur symboliques – et, pourquoi pas, au détour d’un bon film qui creuse un peu la signification de cette ambivalence homme-animal.

Skin Trade était donc fait pour prendre place sur mes étagères. Écrite par G.R.R. Martin, cette novella a tout pour plaire ! Une écriture maîtrisée, un mélange de polar, de fantastique et de terreur. L’intrigue se déroule dans une ville qui n’aurait pas déparé dans un film noir : ville en chute libre, où le chômage explose, où la splendeur passée n’est plus que ruines et rouille. Et puis la pluie, qui tombe encore et encore, trempant les personnages principaux jusqu’aux os.

Ajoutez une détective privée – Randi – et une mort mystérieuse (une jeune handicapée massacrée dans une pièce fermée) et vous avez là le côté polar. Pour ce qui est du fantastique (on pourrait aussi parler de fantasy urbaine, puisque la figure du loup-garou est très vite démasquée (je ne spoile donc personne) mais comme elle fait partie du panthéon des créatures de la littérature fantastique, je classe la novella là-dedans. M’enfin bon, les étiquettes, hein, elles sont là surtout pour pouvoir être mélangées ! ;)). Bref, revenons à nos loups-garous, qui sont donc l’élément fantastique du récit. Et on en croise, du loup-garou ! Du « gentil » qui ne mange pas les gens aux enragés qui boulotteraient bien tout ce qui leur passe sous la dent. Avec un peu de nuance entre les deux, sinon ce n’est pas drôle.

Et pour ce qui est de la terreur, c’est tout simple. Un loup-garou qui attaque, qui dévore, ça n’a rien de très poétique. Et pour ce qui est de dépeindre la violence, G.R.R. Martin est maître, comme le savent les lecteurs de sa série Le Trône de Fer (lequel a d’ailleurs droit à un dossier, à la fin de la novella, qui n’a pas vraiment de rapport avec l’intrigue… à part peut-être les direwolves des Stark mais encore, c’est vraiment parce que je cherche pourquoi un tel dossier est venu se glisser dans ce livre ?)

Dans les petits bémols, on notera le défaut récurrent de Martin (qui m’agace déjà dans Le Trône de Fer, mais les tomes en étant plus épais, cela reste très dilué), à savoir l’emploi un peu trop gros et surtout trop fréquent de ce que les anglophones appellent cliffhanger (en gros, le suspense laissé à la fin d’un chapitre pour pousser le lecture à continuer). Comme là, nous avons affaire à une novella (donc un roman court), le procédé est trop gros pour être avalé avec autant de facilité que dans un roman plus long.

Heureusement, c’est là le seul bémol de Skin Trade et il est largement compensé par la qualité de l’intrigue ! Car non, vous n’aurez pas le dernier mot de l’énigme même quand vous penserez que si. Et, ce qui m’a énormément plu, c’est l’appropriation par Martin de la figure du loup-garou. Dans Skin Trade, le loup-garou est à la fois conforme aux poncifs qui lui sont attachés et original. En d’autres termes, l’auteur les a repris à sa sauce tout en respectant certains traits ultra-connus. De quoi donner une certaine fraîcheur à la lecture car, un peu comme les vampires, les loups-garous ont eu droit à pléthore d’oeuvres (notamment cinématographiques) et cela devenait lassant de revoir la même chose à chaque fois.

Ici nous avons un apport personnel, une touche d’originalité qui fait du récit un vrai régal ! Et le mariage au polar n’est pas dépareillé, au contraire, on est happé par les événements dès les premières pages. Petit avertissement aux âmes sensibles : quelques scènes sanglantes risquent de vous valoir des cauchemars (surtout si vous les lisez un soir de pleine lune).

Une très bonne novella, qui plaira autant aux amateurs de loups-garous que de polars bien noirs, qu’aux lecteurs à la recherche d’un bon récit fantastique mariant originalité et classicisme.

Éditions ActuSF, 2012, 236 pages

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