I love you so mochi, Sarah Kuhn

Quatrième de couverture

Le destin de Kimiko semblait tout tracé : entrer dans une grande école d’art et devenir une peintre renommée, pour la plus grande fierté de sa mère.
Seulement, voilà : depuis plusieurs mois, alors qu’elle doit bientôt présenter sa candidature à la Liu Academy, Kimi est incapable de peindre quoi que ce soit. Il n’y a bien que dans la création de vêtements, son péché mignon, qu’elle trouve encore de l’inspiration !
Lorsque sa mère découvre le pot aux roses, l’atmosphère à la maison devient étouffante. Aussi, quand ses grands-parents l’invitent à leur rendre visite au Japon pendant les vacances, Kimi saute sur l’occasion.
Arrivée sur place, elle a tôt fait de se perdre dans le dédale des rues de Kyoto.
Et c’est au détour d’un stand de mochis, cette délicieuse pâtisserie aux multiples couleurs , que Kimi fait la rencontre d’un étudiant pas comme les autres : Akira. Drôle et généreux, le jeune homme va se donner pour mission de l’aider à trouver sa voie, au sens propre comme au figuré !

Mon avis

Je n’aurais sans doute pas entendu parler de ce livre si je n’avais pas lu la sélection de sorties du mois de Planète Diversité (au passage, je vous recommande ce blog, qui est devenu pour mois une mine supplémentaire d’idées de lectures, en plus de mes canaux habituels). Le résumé comme la couverture m’ont tout de suite fait craquer et, le jour de sa sortie, je me suis précipitée en librairie avant de le déguster tout au long du weekend, comme je le ferai d’un délicieux mochi fourré à l’anko ! 🙂

Kimiko, adolescente californienne d’origine japonaise, est en pleine crise d’inspiration. Elle n’a rien peint depuis des mois alors qu’elle est censée, à l’issue de son année de terminale, intégrer la prestigieuse Liu Academy, pour la plus grande fierté de sa mère, elle-même peintre. Lorsque cette dernière découvre la vérité, c’est la crise entre les deux femmes. C’est là que les grands-parents de Kimi, qu’elle ne connaît pas, l’invitent à venir leur rendre visite au Japon.

Basée en grande partie à Kyoto et ses alentours, l’intrigue de I love you so mochi suit les pas de Kimi dans sa découverte d’elle-même, de sa famille et, bien évidemment, de l’amour ! Le titre donne la couleur d’emblée, d’ailleurs, et est fort bien choisi – les mochis auront leur rôle à jouer dans cette histoire 😉

J’ai beaucoup aimé ce roman Young  Adult. Kimi cherche sa voie professionnelle, sa voix créatrice. Une quête qui ne peut se faire sans décortiquer l’historique familial – après tout, comment savoir où aller si on ignore d’où on vient ? Elle découvre également un pays dont elle ne connaît au final pas grand-chose – mis à part ce que ses parents lui ont transmis.

Sa relation avec Akira, un garçon du cru qui va se mettre en tête de l’aider dans sa quête, apporte une belle touche sentimentale à cette histoire où se mêlent évolution personnelle et recherche des racines familiales. Les réactions de Kimi, toujours enthousiastes et pleines de fraîcheur, souvent maladroites, la rendent très attachante.

J’ai dévoré ce roman avec grand délice ! Il correspond tout à fait au mochi : doux et tendre, avec un parfum marqué. On se promène au Japon aux côtés de Kimi, on découvre – ou redécouvre – avec elle mille merveilles et on suit avec tendresse son parcours, à mesure qu’elle prend confiance en elle et dénoue des noeuds familiaux.

C’est un très chouette roman avec un personnage principal réussi et des thèmes qui parleront à nombre de lecteurs et lectrices.

Éditions Fleurus, 379 pages, 2020

Les révoltés d’Athènes, Mathilde Tournier

Quatrième de couverture

Ve siècle avant J.-C. Au bout d’une guerre interminable, la puissante flotte d’Athènes est réduite en cendres par l’armée de Sparte. Rescapé du massacre, le bel Héraclios, citoyen de vingt-deux ans, rentre chez lui, au Pirée, où l’attendent sa mère et sa soeur Myrto. La cité est méconnaissable : vide, paralysée par la faim, le froid, et bientôt assiégée par les Spartiates.
Pour survivre, protéger les siens et défendre la démocratie de la tyrannie des Trente, Héraclios est prêt à tout.

Mon avis

Après La fille du monstre de Florence Aubry, qui abordait avec beaucoup de délicatesse le thème des conséquences du suicide sur les proches, Les révoltés d’Athènes est ma seconde lecture d’un ouvrage de la collection Scripto des éditions Gallimard. Et vu comment cette lecture m’a plu et interpellée, je pense que je vais aller fouiner d’un peu plus près dans cette collection !

Les révoltés d’Athènes aborde un épisode de l’Histoire de la Grèce antique de façon fracassante. Le style de Mathilde Tournier est en effet résolument contemporain. Cela rend le récit d’Héraclios d’autant plus vivant et d’autant plus accessible. Héraclios nous raconte son histoire à la première personne du singulier. On s’attache très vite à ses pas.

J’avoue, au début de ma lecture, j’étais intéressée mais pas plus que ça. Et puis… et puis le charme du livre a fait son office. Je me suis surprise à enchaîner les pages, à avoir de la peine à lâcher le livre. Entre le suspense lié au sort d’Héraclios, de ses proches, de sa cité ; l’intérêt historique (le style choisi rend vraiment tout ce pan de l’Histoire aussi vivant que s’il s’était déroulé hier) ; les guest-stars de la Grèce antique qui apparaissent de temps à autre dans le récit (Socrate et ses petites piques philosophiques, poussant le héros – et nous avec – à nous interroger sur certains concepts) et, ici et là, des réflexions sous-jacentes sur la démocratie, son rôle, ses faiblesses, Les révoltés d’Athènes est un court roman historique enlevé et ancré dans notre présent, bien que parlant du passé.

J’ai beaucoup apprécié également le fait que les relations homosexuelles du personnage principal – qu’elles soient amoureuses ou nées de la nécessité – soient abordées avec un naturel tout à fait plausible, étant donné les moeurs de l’époque. Héraclios partage en effet ses états d’âme sans complexe ni embarras, ni sans s’y attarder, sauf lorsqu’il se surprend à s’attacher à quelqu’un.

Mais c’est surtout avec le fil rouge de l’intrigue, autour de la tyrannie des Trente et de la lutte contre cette tyrannie, que j’ai trouvé que ce livre pouvait entrer en résonnance avec les remous qui agitent nos démocraties modernes.

Cerise sur le gâteau (ou plutôt livre sur ma PAL), ce petit roman m’a donné envie, l’air de rien, d’aller bouquiner du côté des oeuvres de Socrate et de Platon (certes, le style sera certainement moins accessible que celui de Mathilde Tournier. Mais à mes yeux, si un auteur m’a donné envie de creuser plus loin, c’est un très bon signe de l’impact de son oeuvre !).

Bref, ce roman pour jeunes adultes est une vraie réussite dans sa façon d’allier le passé et le présent ! 🙂

Éditions Gallimard Jeunesse, 239 pages, 2019

Hazel Wood, Melissa Albert

Quatrième de couverture

« Ne t’approche sous aucun prétexte d’Hazel Wood. »
Ces quelques mots, laissés par la mère d’Alice juste avant son enlèvement, scellent à tout jamais le destin de la jeune fille.
Hazel Wood, la résidence légendaire d’Althea Proserpine, auteure des célèbres Contes de l’Hinterland. Hazel Wood, d’où semblent s’échapper des personnages inventés par Althea. Hazel Wood, où sa petite-fille, Alice, va devoir s’aventurer. Hazel Wood, dont personne ne revient jamais.
Et si Hazel Wood était bien plus qu’un simple manoir ? Un leurre ? Une porte d’entrée sur un autre monde ? Et si Alice était bien plus qu’une simple New-Yorkaise ? Une princesse ? Une tueuse ?
Il était une fois… Hazel Wood.

Mon avis

Hazel Wood a fait partie de mes semi-coups de coeur de l’année 2018. Pourquoi semi ? Je vais y revenir plus loin.

Je n’aurais sans doute jamais eu connaissance de ce livre si je ne l’avais pas vu passer sur le Net – je ne me rappelle plus quelle personne avait parlé de cette lecture sur son blog ou son Twitter, mais toujours est-il que la couverture – délicieusement foisonnante – comme le résumé m’avait interpellée.

Fin 2018, donc, je me lance enfin dans sa lecture. Lecture que j’entame dans le train. L’histoire est celle d’Alice, jeune fille en perpétuelle errance avec sa mère. Les deux femmes espèrent cependant se fixer enfin lorsque la mystérieuse grand-mère, une autrice célèbre de contes, décède. Dès lors, d’étranges et inquiétants événements se produisent, jusqu’à pousser Alice à enfreindre l’interdit que lui avait fixé à sa mère : ne jamais, jamais approcher du domaine où vivait sa grand-mère.

J’ai très vite été happée par cette histoire. Il faut dire que j’avais de quoi être séduite ! L’autrice, Melissa Albert, a puisé dans les contes de fées (les originaux, ceux des frères Grimm, ceux des temps où les contes n’étaient pas pour les enfants et recelaient nombre d’aspects sombres). Non seulement cela, mais elle utilise ce riche terreau pour concevoir son univers, jusqu’à en extraire un conte original : Hazel Wood.

J’ai adoré découvrir les contes de l’Hinterland, imaginés par Althea. J’ai adoré glisser, aux côtés de l’héroïne, de la familiarité de nos villes urbaines à l’étrangeté magique des royaumes féeriques. J’ai adoré découvrir les inquiétantes figures féeriques qui dansent autour d’Alice. Et surtout, j’ai adoré suivre le cheminement de cette jeune fille, qui va de découverte en découverte, qui scelle son destin sans le savoir lorsqu’elle se rend à Hazel Wood.

Ensorcelée ? C’est le sentiment que j’ai ressenti au fil de la première partie du livre. Je m’en suis vraiment arrachée de mauvaise grâce, lorsqu’est arrivée l’heure de changer de train. J’étais dans une sorte de torpeur, comme encore embrumée de toute cette magie. Et lorsque je me suis replongée dans le livre, pour la dernière partie, je n’ai pas réussi à retrouver cet envoûtement. Est-ce parce que ce fameux changement de train, en me tirant brutalement hors de ma fantastique lecture, m’a coupée dans mon élan ? Est-ce que parce que le final tient un peu trop du soufflé qui s’effondre ?

Pourtant, Hazel Wood est une très belle variation autour d’un thème commun à la féerie (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler). Une véritable ode aux contes dans ce qu’ils ont de plus sombres mais aussi de plus riches en terme d’enseignements. Alice suit réellement tout un parcours initiatique, à l’instar de tous ces héros et toutes ces héroïnes de contes. Elle sortira changée de tout ce qu’elle va vivre. Changée, grandie. Mûrie.

Mais cette seconde partie où j’ai eu la sensation de manquer de la magie de la première fait que, pour moi, Hazel Wood est un semi-coup de coeur.

Il n’empêche, je me jetterai sans aucune hésitation dans la suite de ce roman, suite annoncée en V.O. pour l’année 2020. Je sais d’avance que je vais adorer retourner là-bas, dans les féeriques mais dangereuses contrées d’Hinterland…

Éditions Milan, 384 pages, 2018

La fille du monstre, Florence Aubry

Quatrième de couverture

Comment vivre avec un papa qui a voulu partir?
Un père qui a voulu en finir.
Un père qu’on ne reconnaît plus, dont le visage aimé a disparu, pulvérisé. Et devenir du jour au lendemain la fille d’un monstre aux yeux des autres…

Mon avis

C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai abordé La fille du monstre. Le sujet principal du livre, à savoir le suicide et ses conséquences sur les proches, est en effet des plus délicats. Et quand on est, comme moi, une âme sensible, il y a de quoi s’inquiéter de la façon dont le livre pourrait traiter un sujet aussi douloureux.

Mais Florence Aubry traite ce difficile thème avec une délicatesse rare. Nous vivons l’histoire du point de vue de Tess. Depuis le jour où son père a tenté de se tuer. Un acte désespéré auquel il survit, certes, mais qui le laisse défiguré à vie. Et pour Tess commence alors un douloureux chemin. Dans son village, elle n’est désormais plus que « la fille du monstre », un sobriquet lourd à porter quand on est encore une petite fille. Surtout, elle ne comprend pas la raison de cette tentative de suicide.

Le livre est court mais il n’a pas besoin d’être plus long. Avec les mots de Tess, avec sa sensibilité, l’autrice met en lumière les conséquences du suicide sur les proches. Elle nous présente le cheminement d’une adolescente qui mettra des années avant d’accepter, puis de pardonner à ce père qui, un jour, lui est soudainement devenu si étranger. Et elle le fait avec une plume précise, à la fois pudique mais sincère, sans tirer le sujet vers le glauque ou le pathos.

Un exercice d’équilibre d’autant plus remarquable qu’il est brillamment réussi. Malgré tout, si le livre s’adresse à un public d’adolescents et de jeunes adultes, si le sujet est bien traité, je pense que sa lecture nécessite un minimum d’accompagnement pour les plus jeunes ou les plus sensibles.

Éditions Gallimard Jeunesse, 192 pages, 2019

La voix des ombres, Frances Hardinge

Quatrième de couverture

La jeune Makepeace avait pourtant appris à se défendre contre les fantômes. Mais aujourd’hui, un esprit habite en elle. Il est sauvage, fort, en colère… et il est aussi son seul rempart contre la cruelle dynastie de son père. Dans un pays déchiré par la guerre, Makepeace va devoir faire un choix difficile: la liberté ou la vie.

Mon avis

L’ouvrage est attrayant, avec sa chouette en couverture et sa tranche verte. Le contenu ne l’est pas moins ! Écrit avec une plume fluide, La Voix des ombres nous entraîne dans les pas de Makepeace et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette toute jeune fille aura bien des fantômes à affronter… dans tous les sens du terme.

Makepeace possède en effet un don. Un don inquiétant, que sa mère lui force à apprendre à affronter. Un don qui suscite certaines convoitises par des personnages non moins effrayants… et dans les mains desquels Makepeace va tomber, après la mort de sa mère.

Mais commençons par le commencement. Makepeace mène une vie routinière dans une petite ville de campagne, dans l’Angleterre du XVIIe siècle. Elle n’est cependant pas paisible, cette vie, car Makepeace est régulièrement visitée par des fantômes et cela la terrifie. Pour l’aider à maîtriser son don, sa mère l’enferme régulièrement dans un lugubre grenier. Makepeace réagit très mal à cette façon violente de la forcer à se confronter à son don, tout comme elle peine de plus en plus à se retenir de poser des questions sur son mystérieux géniteur. Un jour, deux drames surviennent : Makepeace, à proximité d’un ours battu à mort par ses dompteurs, reçoit l’esprit de l’animal et sa mère meurt, prise dans un mouvement de foule dans la ville proche. Makepeace, affolée par ce deuil comme par cette cohabitation forcée avec un ours enragé, s’enfuit. Elle se fait engager comme servante auprès des Fellmotte, famille d’aristocrates d’où serait enfuie sa mère, autrefois. Mais ce faisant, elle se jette aussi dans la gueule du loup…

Sise dans l’Angleterre du XVIIe siècle, l’intrigue mêle le fantastique avec, en toile de fond, les remous qui agitent le pays à cette époque. Makepace s’efforce de survivre et d’échapper aux fantômes, ceux qui la hantent comme ceux qui la poursuivent, avant de s’affermir et d’apprendre à vivre avec eux. Le spectre de l’ours, notamment, qui la possède tôt dans le récit.

La présence de cet animal fantôme m’a bien plu. Il souligne à merveille la métaphore de la part animale que chacun porte en soi. Il est ce avec quoi Makepeace à également du mal – partager son enveloppe corporelle entre deux esprits n’est pas aisé en soi ! Mais plus elle approchera d’une cohabitation harmonieuse, plus Makepeace mûrira et deviendra forte.

Récit initiatique, récit fantastique, La Voix des ombres est un roman qui se lit bien et qui offre une histoire de fantômes qui sort des sentiers battus. Certains spectres donnent particulièrement froid dans le dos. Un autre roman qui prouve que la littérature young adult n’est pas à réserver qu’à son public cible, il ravira aussi des lecteurs plus âgés.

Éditions Gallimard Jeunesse, 512 pages, 2019