Circé, Madeline Miller

Quatrième de couverture

Fruit des amours d’un dieu et d’une mortelle, Circé la nymphe grandit parmi les divinités de l’Olympe. Mais son caractère étonne. Détonne. On la dit sorcière, parce qu’elle aime changer les choses. Plus humaine que céleste, parce qu’elle est sensible. En l’exilant sur une île déserte, comme le fut jadis Prométhée pour avoir trop aimé les hommes, ses pairs ne lui ont-ils pas plutôt rendu service ? Là, l’immortelle peut choisir qui elle est. Demi-déesse, certes, mais femme avant tout. Puissante, libre, amoureuse…

Mon avis

TW : viol

La figure de la sorcière me fascine depuis de nombreuses années, mais jusqu’à il y a peu, rares étaient les romans que j’ai lus qui abordaient ce sujet de façon intéressante, à mes yeux. Ces dernières années, et pour mon plus grand plaisir, la sorcière est revenue en force sur le devant de la scène, et pas seulement littéraire ! S’il y a, comme souvent lorsque un thème devient récurrent, des reprises mercantiles sans âme, il y a cependant des chef-d’oeuvre qui s’approprient avec brio cette figure.

C’est le cas de Circé de Madeline Miller. Circé, l’enchanteresse qui, dans l’Odyssée d’Homère, change les hommes d’Ulysse en pourceaux, avant de nouer une relation amoureuse avec le célèbre héros aux milles ruses. Circé, l’une des plus anciennes des sorcières – ainsi que l’a dépeinte Julie Proust Tanguy, dans la partie consacrée à l’Antiquité de son ouvrage Sorcières !, ouvrage que je vous recommande vivement. Circé, si ambivalente, et pourtant si fascinante !

Mais le roman de Madeline Miller ne s’attache pas qu’à ce célèbre épisode de l’Odyssée comme de la vie de Circé. Elle nous dépeint sa vie, depuis sa naissance, jusqu’à, après une lente et longue évolution, la présenter face à un choix majeur.

Circé (enchanteresse) par Edmund Dulac

Outre ma fascination pour la figure de la sorcière, je suis aussi férue de mythologie. Autant dire qu’avec Circé, j’en ai eu largement pour mon comptant ! 🙂 Madeline Miller a une solide culture antique – elle enseigne d’ailleurs le latin, après avoir suivi un cursus de latin et de grec ancien. Tout en respectant les éléments connus du mythe de Circé comme de sa généalogie divine – Circé est fille d’Hélios, le Soleil, et de Persé, une Océanide – Madeline Miller tisse sa propre trame à partir de ces mythes, plus ou moins connus. Ainsi, outre les fameux épisodes avec Ulysse, Scylla et Glaucos, on retrouvera le Minotaure, Dédale, et bien d’autres. Un régal !

Certains détails, d’ailleurs, je les ai découverts grâce à ce roman. J’ai beau connaître la mythologie, je n’en ai pas forcément toutes les parties en tête ! J’ai aimé découvrir ces éléments, ces petits détails, au point d’ailleurs que j’allais régulièrement compulser mes livres sur le sujet pour explorer davantage les dits-détails, même si Madeline Miller les aborde également. Une sorte de retour aux sources, si vous voulez ! ^^

De sa plume à la fois fluide et poétique, Madeline Miller nous peint, au fil des siècles qui s’écoulent en un instant pour Circé, l’immortelle, le portrait d’une femme née déesse mais au coeur de mortelle. Une femme qui, dès la prime jeunesse, ne se sent pas à sa place dans le palais de son père.

Circe Invidiosa par John William Waterhouse

Certaines parties du récit pourraient paraître s’étirer en longueur mais, à mes yeux, elles ne font que refléter le positionnement de l’héroïne, qui est ballottée par les événements et ne prend pleinement en mains son pouvoir que tardivement. J’ai aimé, d’ailleurs, que l’autrice choisisse de ne pas faire de Circé une femme sûre d’elle dès le départ. Cela la rendait plus nuancée, plus imparfaite. Plus humaine. Cela lui donnait l’espace de s’affirmer et d’évoluer.

Son évolution, tout au long du livre, est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt du roman, en plus des différents épisodes de la mythologie réinterprétés par Madeline Miller. De femme passive, elle finit par prendre en main son destin. Ses connaissances magiques – basées sur ses connaissances des plantes – s’affûtent à mesure que son assurance grandit.

Le seul bémol que j’aurais à apporter à ce roman, que j’ai adoré malgré tout, reste le trope du viol dans lequel est tombée l’autrice. Fallait-il vraiment user de ce poncif pour justifier les actions de Circé ? Il ne s’agit certes que d’un paragraphe sur toute l’histoire, mais à mon sens, cet épisode était tout à fait inutile pour expliquer la volonté de Circé de transformer les hommes en pourceaux. Avant même l’agression, leur simple attitude à la fois méprisante et concupiscante, de même que le traitement dont avait fait l’objet Circé auparavant (le fameux double standard, là où Circé est condamnée à l’exil pour sa sorcellerie, son frère Æétès ne l’est pas), comme les maltraitances de sa famille, en particulier son père, tout cela suffisait amplement à provoquer ce choix.

Circe offrant la coupe à Ulysse par John William Waterhouse

Le premier quart du roman pose également la question du pouvoir, de façon très subtile. Et, en ce sens, le double standard entre Circé et Æétès souligne bien comment, quand une femme use du même pouvoir qu’un homme, celle-ci est punie mais pas lui. Parce qu’elle ose se saisir d’une puissance, loin de la place où la société voudrait que son sexe la cantonne. J’ai apprécié que cette thématique soit abordée, tout comme le fait que Madeline Miller pose la problématique créé par des longévités différentes – entre les dieux, pour qui les millénaires ne sont que des heures, et les mortels avec qui ils usent comme de jouets, si éphémères et si fragiles, comment tisser son destin pour Circé, déesse qui s’attache à des mortels ?

On n’est donc pas loin du coup de coeur, pour ce roman, seul le trope du viol l’en prive. Car hormis ce bémol, je me suis vraiment régalée à lire Circé ! Au point, d’ailleurs, que je ne vais pas tarder à lire son autre roman mythologique, Le Chant d’Achille, consacré quant à lui au célèbre guerrier et à son amant Patrocle. J’ignore si un troisième roman est en préparation (il s’est écoulé 7 ans entre les deux parutions, et Le Chant d’Achille lui a pris 10 ans de rédaction), mais une chose est sûre, je surveillerai sa prochaine sortie de très près ! 🙂

Vous aurez noté que cette chronique est agrémentée de plusieurs portraits de Circé. Quand je vous disais en ouverture que la figure de la sorcière figurait parmi mes préférées, je ne vous avais pas dit une chose : dans mes cinq sorcières favorites, figure justement Circé ! 😉

Esquisse de Circé par John William Waterhouse

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, menu Automne frissonnant, catégorie Double, double toil and trouble.

Éditions Pocket, 571 pages, 2019

Dix minutes, Morgane Stankiewiez

Quatrième de couverture

Dix minutes, une broutille dans une journée, une poussière dans une vie, un battement de cils face à l’éternité. C’est le temps d’une rencontre, d’une blessure, de larmes comme d’un fou rire, d’une pizza ou d’un court-métrage, d’un échange, d’un rejet parfois, d’une pause clope en bas de l’immeuble, d’une passion d’un soir, de rêves et de trêves. D’un pari, aussi. Et pour Lucie, jeune femme dont l’espoir s’est flétri dans une relation toxique, c’est la rencontre de Morgane, celle qui pourrait lui permettre de se redécouvrir, de se reconstruire, de s’épanouir, d’aimer et de s’aimer à nouveau.

Mon avis

Lucie vit au jour le jour. Hors de question de s’embarquer dans une relation sérieuse, ni même dans une relation tout court ! Lucie écrit des romances, sans croire à l’amour. Un comble ! Un jour, un pari lancé par des amis change le cours de sa vie : Lucie doit parler à une inconnue pendant dix minutes, sans la faire fuir. C’est ainsi que Lucie rencontre Morgane et qu’en dix petites minutes, une étincelle naît, l’une de celles qui peuvent nourrir une magnifique flamme.

J’avais déjà pu lire et apprécier la plume de Morgane Stankiewiez dans le registre de la romance contemporaine avec Sextape. C’est donc avec la certitude de passer un bon moment que j’ai ouvert Dix minutes. Si le point commun entre les deux romans est la romance saphique, nous sommes pourtant dans un registre différent.

Lucie traite sa vie sentimentale quasi inexistante avec légèreté. Marquée par une relation abusive, elle préfère fuir toute ébauche de relation. Mais Morgane va tout changer. Car dès les premières dix minutes, les deux femmes le sentent, quelque chose se passe. Quelque chose de fort. Au fil des pages, une relation va se nouer, et elles vont apprendre à se connaître. Mais on ne se remet pas de ses blessures facilement, et celles de Lucie risquent bien de menacer cette belle idylle.

Dix minutes fait partie de ces romances pleines de douceur et de bienveillance. Nous ne sommes pas dans les grands élans de passion, ni dans l’ambiance rock n roll de Sextape. Il y a bien la présence – légère, ce n’est pas non plus le sujet central – de la pratique BDSM, qui m’a d’ailleurs surprise et mise un peu mal à l’aise, tout comme Lucie, mais le personnage de Morgane explique bien de quoi il s’agit, bien loin des clichés ou idées reçues que l’on peut avoir sur ces sujets.

Au final, Dix minutes est une jolie romance qui montre comment, même lors d’un amour qui paraît une évidence, les blessures du passé peuvent présenter un obstacle difficile à surmonter, et que la confiance en l’autre importe plus que les préjugés.

Je vous disais en préambule que Lucie écrivait des romances sans y croire. Cette précision n’est pas anodine, car au fil du texte et de l’évolution de l’héroïne se pose aussi une réflexion sur l’Art. Quelle place donne-t-on à celui-ci, quand on est artiste dans une société qui oblige à travailler parfois sur des secteurs aux antipodes ? Nos oeuvres ne sont-elles pas meilleures lorsqu’on y met de soi, sans forcément verser dans l’auto-biographie, mais écrire avec son coeur, avec son âme ? Autant de réflexions qui, si elles apparaissent par petites touches, ont parlé à l’autrice que je suis ! 🙂

Une belle lecture qui réchauffe le coeur tout en douceur, avec deux beaux personnages qui apprennent à se connaître et à s’aimer. Et tout ça grâce à dix petites minutes !

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, menu Automne enchanteur, catégorie Princesse Princesse

Éditions Noir d’Absinthe, label Fleur d’Absinthe, 2020, 269 pages

La Cité des Saints et des Fous, Jeff VanderMeer

Quatrième de couverture

Peuplé de meurtriers, d’artistes fous, de Saints Vivants, de calmars géants intelligents ou d’étranges créatures furtives semblables à des champignons, ce livre-univers d’un Rabelais qui aurait lu Nabokov, grotesque, tragique et parfois déchirant dessine un des plus beaux portraits de ville de la littérature moderne : Ambregris, métropole tentaculaire où toutes les folies trouvent refuge.

Mon avis

Ce livre a été lu dans le cadre d’un service presse. Merci aux éditions Au Diable Vauvert ainsi qu’à Babelio pour leur confiance !

Quand je me lance dans un roman de Jeff VanderMeer, je me doute que le voyage sera placé sous le signe du bizarre. Depuis sa Trilogie du Rempart Sud, où j’ai découvert le genre new weird qu’il affectionne et a contribué à créer, j’ai pu explorer quelques autres de ses oeuvres. Mais malgré cela, je n’étais pas du tout prête à l’expérience que fut La Cité des Saints et des Fous !

La cité du titre, c’est Ambregris. Pour nous la faire visiter, Jeff VanderMeer nous égrène, au fil de nouvelles, les aventures de Dradin, amoureux. Une première nouvelle qui donne à voir la folie amoureuse d’un missionnaire revenu de la jungle, mais sa folie semble trouver un pendant dans les us et coutumes des habitants de la ville. Où l’on découvre, un peu étonné, un univers aussi étrange que grotesque, parfois obscène. Et puis, les choses se corsent ensuite : le Guide Hoegbotton de l’Ambregris des Premiers Temps nous offre l’extrait d’un livre d’Histoire fictif, qui permet de découvrir les origines d’Ambregris comme de ses autochtones, les champigniens (des êtres mi-champignons, mi-humanoïdes), accompagné de notes de page de l’historien des plus caustiques pour ses confrères ! La forme rend la lecture intéressante, surtout avec les notes.

Vient ensuite mon texte préféré du recueil, La transformation de Martin Lac. Le texte marie cette fois plusieurs formes, alternant la nouvelle classique avec des extraits d’une biographie critique de l’artiste, rédigée par une critique littéraire. Le parallèle entre les deux est des plus passionnants, car il permet de voir tout le fossé entre la réalité de ce qu’à vécu Martin, artiste peintre, et l’interprétation donnée à ses oeuvres, parfois à côté de la plaque ! Cela m’a rappelé tous ces cours où l’on disséquait des oeuvres littéraires, et où je me demandais, parfois, si l’auteur avait vraiment mis tout cela derrière ses mots, où s’il s’agissait de simples hypothèses de ma professeure.

On termine la partie « recueil classique » (vous comprendrez plus tard pourquoi je la décris ainsi) avec L’étrange cas de X, où cette fois on plonge plus loin encore dans le délire : l’auteur met en scène un double de lui-même, qui se serait perdu dans sa propre création, Ambregris. J’avoue avoir été un peu dérangée par ce texte. Quand on crée ses propres univers, comme je le fais (je suis autrice), l’idée de pénétrer pour de vrai dans ses mondes peut paraître alléchante sur le papier, mais est en réalité terrifiante, et ce texte rend bien cette ambivalence que l’on peut ressentir, en tant que créateur, face à ses oeuvres.

On arrive ensuite à la seconde partie, nettement plus expérimentale : notes, lettres, textes courts, reproductions d’un texte fictif illustré de gravures et orné de commentaires de textes, bibliographie fictive (!) pour conclure un essai tout aussi fictif, Jeff VanderMeer a décidé de nous montrer son laboratoire littéraire. Tout tourne toujours autour d’Ambregris, sa ville fictive, et l’on explorer ainsi un peu plus cette Cité qui, en effet, comporte autant de Saints (vulgaires et obscènes) que de Fous (criminels ou artistes).

J’avoue avoir eu du mal avec ce livre. Sa forme, certes remarquable par son originalité et la diversité de ses aspects, rendait la lecture fatiguante. Par ailleurs, Ambregris m’a déplu. Trop grouillante, trop mortelle, trop grotesque, trop obscène, trop inhumaine. J’ai été plutôt soulagée de tourner la dernière page et de quitter Ambregris, qui m’a mise très mal à l’aise.

Autant j’avais apprécié mes autres lectures de cet auteur, autant celle-ci m’a laissée de côté. Je pense que ce livre est à réserver aux aficionados de l’auteur, aux amateurs de littérature expérimentale ou à ceux qui ont envie de visiter un cité fictive complètement barrée (et mortelle).

Éditions Au Diable Vauvert, 2021

Sous le sceau de l’Hiver, Hermine Lefebvre

Quatrième de couverture

Paris, de nos jours.

Les hommes ont découvert l’existence de la magie et des Cours Faëriques, l’Été et l’Hiver. Après des années de conflits sans merci, la paix établie demeure fragile. Et lorsque des chevaliers de la Cour d’Été disparaissent sans laisser de trace, elle ne tient plus qu’à un fil… Accusée, Medb, la reine de l’Hiver, fait régner par vengeance un hiver glacial dans les rues de la capitale.

Le jour où Virgile, changelin doué de magie et orphelin, tente de se suicider, Medb le sauve contre son gré et lui propose un pacte : s’il veut mourir, il n’a d’autre choix que d’enquêter pour retrouver les chevaliers disparus et prouver l’innocence de l’Hiver. Heureusement, il croise le chemin de Camille, qui a des contacts privilégiés avec les Faës et lui offre son aide. C’est le début d’une course contre la montre effrénée pour éviter une nouvelle guerre et sauver Virgile…

Mon avis

Après avoir lu trois livres de Léa Silhol se déroulant dans l’univers de Cours Féeriques, et dont le personnage principal appartenait à l’Hiver, je n’ai guère été dépaysée avec Sous le sceau de l’Hiver de Hermine Lefebvre ! Pourtant, l’approche d’Hermine Lefebvre est très différente de celle de Léa Silhol. Là où la seconde nous plaçait du côté des Faes, Hermine Lefebvre s’attache à l’Humain. Dans son livre, les Cours cohabitent – difficilement – avec notre univers depuis 1990. Deux jeunes, Virgile et Camille, vont se retrouver à devoir s’épauler pour découvrir ce qui est arrivé aux chevaliers de Titania, reine de l’Été, avant qu’une nouvelle guerre n’éclate entre Faës et humains.

L’histoire est précédée d’un avertissement et de fait, au cours des premières pages, je n’étais pas très sûre de ce que serait mon avis final. Sous le sceau de l’Hiver aborde de front des thèmes très durs, et ce dès le départ : Virgile est dépressif, suicidaire et drogué. Sa narration, à la première personne, accentue de fait la difficulté à s’attacher à lui, alors qu’il rejette tout et tout le monde et fait preuve d’un caractère des plus antipathiques. En contrepoint, il y a Camille, dont la narration est à la troisième personne. Camille, sympathique, lumineux, mais qui souffre aussi. Camille se remet difficilement d’une maladie qui a laissé des séquelles aussi importantes que douloureuses. Camille est intersexe et non-binaire, ael peine à se faire accepter tel qu’ael est alors qu’hormis ses parents, tout le monde fait pression pour qu’ael choisisse d’être fille ou garçon.

Deux personnages aux caractères très différents, mais confrontés à des épreuves. Deux personnages que les événements vont forcer à faire équipe, à contre-coeur pour Virgile qui ne cesse de ruer dans les brancards. Pourtant, au fil des pages, j’ai fini par m’attacher même à Virgile. À mesure qu’il baisse, lentement et par à-coups, ses barrières face à la douceur et la compréhension de Camille, à mesure que l’on découvre dans quel univers il a grandi, difficile de ne pas éprouver de l’empathie pour lui, en dépit de ses sautes d’humeurs et de son addiction à l’héroïne.

C’est cet équilibre entre ces deux personnages, aux caractères différents mais pourtant complémentaires, qui porte tous deux leurs propres fardeaux, un équilibre renforcé par une alternance entre leurs deux points de vue, qui fait toute la richesse de ce roman.

L’univers est bien brossé, ce Paris alternatif où l’humanité a du apprendre à vivre avec la Faërie, où les brouillards recèlent des créatures mortelles, où Titania et Medb font régner, tour à tour, l’été puis l’hiver, où les pixies sont facétieuses et les sirènes, dans la Seine, rôdent en quête d’une proie.

L’enquête est bien menée, bien dosée : Virgile et Camille font avec leurs moyens, progressent par à-coups, et la tension monte progressivement jusqu’à atteindre son paroxysme vers les deux-tiers du récit, où tout s’accélère et où je ne pouvais définitivement pas lâcher le livre avant de connaître le dénouement !

Destiné à un public Young Adult, Sous le sceau de l’Hiver aborde des thématiques dures sans concession, au sein d’un univers féerique, certes, mais pas enchanteur pour autant. Un roman qui m’a beaucoup plu, une fois passés mes préjugés sur Virgile et mes appréhensions quant aux thèmes difficiles évoqués.

J’avais déjà noté de lire La Chasse fantôme, roman précédent de Hermine Lefebvre, je m’y pencherai sans hésiter, après la claque que fut Sous le sceau de l’Hiver.

Oh, et la fin ! Qu’est-ce que j’ai aimé cette fin !

Éditions Scrinéo, 2021, 452 pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, menu Automne enchanteur, catégorie Princesse Princesse

La Glace et la Nuit 3 : Cauda Pavonis, Léa Silhol

Quatrième de couverture

Les royaumes faes viennent de subir le plus grand choc qui leur ait été infligé depuis la fondation : le retour de Seuil, la Cour Périlleuse, qui menace d’abolir des millénaires de concessions politiques, et de fragile statu quo avec les autres Sphères.
Tandis que les Monarques se déterminent, et que le conflit se dessine, les conquérants de Seuil font face à la rétivité du fief qu’ils ont voulu donner comme dernier refuge aux réfractaires, qui ne cesse d’éprouver ses citoyens et de mettre en opposition les valeurs de ceux qui prétendent à la gouverner. Leur utopie est-elle une citadelle inhabitable ?
Dans cet affrontement où chaque inimitié et chaque alliance met en mouvement la complexe et létale mécanique de Faerie, les nouveaux souverains de l’ancienne cour des Tuatha dé Danann doivent faire face aux intérêts contradictoires des Faes et à d’inaliénables dissensions internes. Un dédale dont l’antique Maison des Portes pourrait être à la fois la solution, et l’hypothétique bourreau.

Mon avis

Troisième opus de La Glace et la Nuit, mais quatrième de la saga Vertigen, Cauda Pavonis nous présente les conséquences de la conquête de Seuil. Car ce nouveau royaume va bouleverser l’échiquier politique des Cours Féeriques, et contrarier les plans de Titania, la Haute-Reine. Mais comme si cela ne suffisait pas, Angharad et Finstern vont également être confrontés à un problème venu de l’intérieur : Seuil étant ce qu’elle est, entrer en ses murs n’était pas la seule étape. Il leur faut, à présent, apprivoiser la ville elle-même. Et rien ne sera plus difficile, là où tant d’autres ont échoué avant eux.

J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume toujours aussi superbe de Léa Silhol dans ce nouvel opus, où l’on continue de suivre la quête d’Angharad. À peine a-t-elle remporté une victoire qu’un autre obstacle se dresse sur son chemin !

J’ai apprécié de retrouver d’autres Faes dans cet opus, ainsi que quelques petites références subtiles à d’autres mythologies. Il n’y a guère de suspense, on sais qu’Angharad surmontera tous les obstacles, mais l’intérêt de l’histoire est tout autre : on assiste à la construction d’un nouveau monde féerique, à un changement majeur dans leur structure même. Un bouleversement qui crée soit l’adhésion, soit le refus, soit encore une attitude neutre de la part des autres Faes. Une ombre reste au tableau : le fameux ennemi encore caché, issu d’une guerre millénaire, et qui avait déjà cause la chute d’Angharad dans sa précédente incarnation. Cet ennemi-là est encore lointain, mais je m’interroge sur ce qui adviendra le jour où Angharad y sera à nouveau confrontée !

Quelques intrigues amoureuses viennent aussi se mêler de la grande intrigue politique, et vont parfois risquer d’envenimer les choses – ou de les apaiser. Elles apportent aussi au récit, qui à l’aspect des grandes sagas mythiques, avec ses personnages distants car trop inhumains, une certaine douceur et une sorte d’humanité, si je puis dire, considérant que l’on parle de personnages non humains.

Le titre de chacun des opus trouve aussi son éclairage dans ce volume – il s’agit d’une référence à un procédé alchimique. N’y entendant goutte à l’alchimie, j’ai apprécié que, au cours d’un dialogue, on ait l’explication de ces titres. Et cela fait sens !

J’ai hâte, à présent, de connaître la suite des événements, dans le 4e et dernier opus de La Glace et la Nuit, Rubedo, qui devrait paraître d’ici la fin de l’année.

Édition Nitchevo Factory, 2021, 311 pages

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