La mille et unième nuit, Etienne Le Roux et Vincent Froissard

Quatrième de couverture

Venez ! Approchez-vous ! Prenez le temps de vous asseoir confortablement. Maintenant, regardez vers l’Orient. Entre le désert et les montagnes se dissimule la cité de Rum.

Mon avis

La collection Métamorphose des éditions Soleil propose des bandes dessinées aux dessins magnifiques et aux récits enchanteurs, quoique parfois bien sombres ou torturés. L’une d’entre elles avait attiré mon attention à sa sortie : La mille et unième nuit. Pour la passionnée de contes que je suis, ce titre sonnait tout de suite comme une invite !

Un pélerin s’égare en la ville de Rum, où règne le sultan Shahriar, qui chaque nuit ne se lasse pas d’écouter les contes merveilleux de son épouse, Shéhérazade. Mais cela fait déjà de nombreuses nuits, et sa soeur Dinarzade s’inquiète qu’elle n’épuise ses histoires. Partant en quête de nouvelles histoires, Dinarzade tombe sur le pélerin égaré et le surprend en pleine conversation avec sa mule ! Il lui conte alors son histoire, tandis que le sultan, parti à la chasse, s’égare au royaume des lions…

Nous voilà donc avec un conte inédit des Mille et une nuits, comme le titre l’indique. Commençons par étudier l’objet livre : la couverture comme le dos sont agrémentés de superbes dorures ; des motifs moyen-orientaux viennent sublimer l’illustration principale. À l’intérieur, le dessin, splendide, nous transporte à merveille en ces contrées désertiques, peuplées de djinns et de lions, où l’on voyage à bord de tapis volants et où les tempêtes sont une proie rêvée pour le grand roi Salomon. Le style de dessins me rappelait celui de Edmund Dulac, illustrateur anglais qui a notamment illustré des contes, dont ceux des Mille et une nuits.

Penchons-nous à présent sur le récit. L’histoire est digne des mille et une nuit ! Il s’y mêle amour et cruauté, ruse et mésaventure. Plusieurs récits s’entremêlent : celui du pélerin, celui de Shéhérazade et de sa soeur Dinarzade, celui du sultan. Passé et présent se mélangent, lorsque les personnages content leurs mésaventures, avant qu’au final, chaque histoire ne trouve sa résolution. Comme dans les contes originaux, cette bande dessinée n’est pas à mettre entre toutes les mains : le cruel sultan était prêt à tuer sa femme si elle ne l’avait pas diverti tout ce temps avec ses histoires ; un épisode ne sera jamais explicité quant à sa nature (je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler) ; en résumé, vous ne trouverez pas là d’exemples de relations saines, qu’elles soient amoureuses ou simplement humaines !

En revanche, toute l’ambiance aussi magique que sombre des contes est là, avec ses djinns, ses animaux parlants, ses objets magiques, ses personnages humains aux prises avec des êtres qui ne le sont pas. Enchantement et effroi bien dosés offrent un conte digne de ceux des temps anciens, sublimé par l’illustration.

Une bande dessinée qui tient toutes les promesses faites par sa belle couverture comme son titre !

Éditions Soleil, collection Métamorphose, 2017, 82 pages

Lupus in Fabula, Jérôme Akkouche

Quatrième de couverture

Paris, 1925.

La Grande Guerre a vu s’affronter des troupes d’un genre nouveau, nées de la folie des hommes. Des soldats cybernétiques français, conçus par Marie Curie, ont défait les Mutants, mi-hommes mi-animaux, de l’Allemagne. Amadeus Wolf, créateur du Mutagène, a fui un Berlin en pleine débâcle et s’est réfugié chez l’ennemi, à Paris, où, métamorphosé en homme-loup et sous un faux nom, il a ouvert un cabinet de psychanalyse. Il pense avoir réussi à disparaître, jusqu’au jour où une mystérieuse patiente, tout de rouge vêtue, vient ranimer d’anciens et douloureux souvenirs…

Commence alors une course éperdue dans la capitale teintée de radium, pour Wolf qui, devenu proie, tente d’échapper à ses ennemis d’hier et d’aujourd’hui, aux ombres du passé et aux menaces de l’avenir, tout en cherchant, toujours, une inaccessible rédemption…

Lupus in Fabula vous entraînera dans un Paris, éblouissant et irradié, où les contes de fées et le réel s’entremêlent, à la découverte du Gatsbypunk, le steampunk des Années folles !

Mon avis

Lupus in Fabula est le premier roman de Jérôme Akkouche. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur en salon, pour de sympathiques discussions, et je me suis plongée rapidement dans son ouvrage, attirée par la mention « réécriture de contes de fées » – sans compter mon intérêt pour tout ce qui tourne autour de la figure du loup-garou, alors avec un héros homme-loup, forcément, je ne pouvais que craquer !

Amadeus Wolf est devenu un homme-loup après s’être administré le mutagène qu’il a mis au point, durant la Grande Guerre. Il a fui l’Allemagne pour la France, qui l’a emporté grâce aux Cybernétiques conçus par Marie Curie. Quand une mystérieuse femme vêtue de rouge le contacte, c’est le début d’un enchaînement de problèmes qui pourraient bien prendre racine dans son passé scientifique, lors de la guerre…

Lupus in Fabula, c’est d’abord un mélange détonnant des genres : uchronie, steampunk et réécriture de contes se téléscopent en un mélange original et cohérent. Le steampunk, ce n’est pas ma tasse de thé, d’habitude, mais là c’est passé tout seul. Peut être parce qu’on est davantage dans du Gatsbypunk, pour reprendre le terme de l’auteur ! Et très certainement aussi parce que ça fonctionne : on est plongé dans l’univers alternatif imaginé par Jérôme Akkouche, sans aucun accroc.

Les multiples références aux contes de fées, plus ou moins légères, sont un régal. Je me suis amusée à les débusquer, comme des cailloux laissés par le Petit Poucet. On les trouve de façon ponctuelle dans l’arc narratif, dans un clin d’oeil ou encore dans les titres de chapitres. Ce ne sont d’ailleurs pas les seules références : le roman fourmille de clins d’oeil et de références plus ou moins appuyées, qu’elles soient littéraires (notamment La métamorphose de Franz Kafka, fort bien reprise ici) ou historiques (Kiki de Montparnasse, entre autres figures célèbres de l’époque faisant leur apparition). Je suis sûre que j’ai raté certaines d’entre elles, mais j’ai beaucoup apprécié ce jeu de pistes des références, d’autant qu’elles apportent à l’univers uchronique du roman une solidité appréciable.

L’intrigue est menée tambour battant, nous tenant en haleine jusqu’au bout. Il n’y a pas de temps mort, et si j’avais parfois du mal à suivre, c’était davantage du à un manque de concentration (lire avec deux chatons qui font les fous juste à côté de soi n’est pas une tâche aisée, sachez-le ! 😅), car au fil des péripéties, des rappels sont régulièrement glissés quant à la situation géopolitique complexe et les différentes factions en lutte. Le tout étant inséré de façon tout à fait fluide dans l’histoire, ça ne sonne pas comme de l’info dump, c’est vraiment bien intégré.

Mais Lupus in Fabula n’est pas qu’un roman d’action : en filigrane transparaissent des thématiques profondes, et sombres. Il y a une réflexion sur l’éthique scientifique, au travers des expérimentations allemandes (avec le mutagène) comme françaises (les cybernétiques – qui m’évoquaient d’ailleurs les Cybermen de Doctor Who, peut-être une référence ?). Les scènes où Amadeus Wolf se remémore son passé, comme celles où son esprit scientifique prend le dessus, froid et sans âme, ne font qu’enfoncer le clou. Le roman évoque aussi sans concessions les ravages de la guerre, sur les corps comme les esprits. Il y a des scènes dures, des scènes sanglantes, nous sommes dans l’entre-deux guerre, avec une génération de combattants traumatisée par leur expérience sur le front. Enfin, Lupus in Fabula interroge sur la notion même d’humanité, dans un tel contexte. Les questionnements d’Amadeus sur sa propre nature sont à ce titre éloquents, et m’ont rappelé la célèbre locution « l’homme est un loup pour l’homme ». Des réflexions entremêlées entre deux scènes d’action, en un bon équilibre entre intrigue enlevée, dramatique et questionnements profonds, sous-jacents.

Action et réflexion, scènes choc et humour se côtoient donc pour offrir un roman aussi original que bon, à plusieurs niveaux de lecture. Pour un premier roman, c’est une belle réussite !

Éditions du Chat Noir, 290 pages, 2022

Retrouvez d’autres avis sur Lupus in Fabula : Au pays des Cave Trolls, Les tribulations de Miss Chatterton, Moonlight Symphony.

Les amoureux de la Lune, Lizzie Felton

Quatrième de couverture

À 16 ans, troquer sa vie parisienne pour suivre sa famille sur la côte d’Azur est un enfer pour Lucie. Pourtant, la jeune fille y intègre bien vite le cercle de la jeunesse dorée locale, qui l’initie à l’effervescence nocturne, synonyme de soirées endiablées, où l’alcool coule à flots, les rencontres sans lendemain se succèdent et l’insouciance adolescente rayonne.
Mais lorsque Lucie rencontre Ulysse, le monde de la nuit prend un tout autre visage sous le regard azur de ce jeune peintre. Malgré les avertissements de ses nouveaux camarades, la jeune fille est attirée par ce mystérieux artiste qu’elle ne croise qu’à la nuit tombée, lui qui voit dans les ombres des couleurs que personne ne décèle, une magnificence que tout le monde ignore, une fascination pour l’astre argenté.
Lui qui voit et révèle en elle cette même beauté invisible…
S’épanouissant avec Ulysse dans la nuit, comme une fleur au soleil, Lucie est alors emportée par un tourbillon d’émotions, un amour de la Lune qui changera à jamais sa vision de la vie.

Mon avis

Je n’aurais sans doute pas lu ce roman s’il n’y avait pas eu le retour enthousiaste de Zoé. Je ne sais pas pourquoi, mais l’effet du résumé comme de la couverture me donnait l’impression que ce n’était pas pour moi. Vu la chronique de Zoé, je me suis rendue compte que je faisais erreur et qu’en fait, cette histoire me parlerait sûrement !

Confiante en l’avis de Zoé, j’ai donc craqué pour le roman aux dernières Imaginales – l’occasion de rencontrer également son autrice, Lizzie Felton, qui est adorable et avec qui j’ai pu échangé quelques mots ! 🥰 J’ai lu Les amoureux de la Lune lu au mois de juin, car la période estivale me semblait une bonne période pour le lire. Et j’ai adoré ! 🙂

Lucie quitte Paris pour la Côte d’Azur. Un déménagement qu’elle vit mal. Jusqu’à ce qu’une nuit, elle rencontre Ulysse sur la plage. Ulysse, mystérieux garçon qui ne peut sortir que la nuit. Ulysse, dont elle tombe aussitôt amoureuse. Au fil de leurs rencontres, cet artiste qui manie si bien les pinceaux apprendra à Lucie à porter sur le monde un autre regard…

Un grand merci à Zoé pour m’avoir fait comprendre qu’il fallait que je lise ce roman, car j’ai frôlé le coup de coeur ! 😍 D’une plume à la fois douce, poétique et pleine d’émotions, Lizzie Felton nous peint une histoire qui recèle beaucoup de profondeur, derrière ce qui paraît n’être au premier abord qu’une histoire d’amour adolescente.

Il n’en est rien : à travers cette histoire transparaît bien d’autres choses ! Il y a d’abord l’importance de porter sur le monde un regard d’artiste, prêts à en découvrir les beautés, même les plus subtiles. Ulysse, avec sa sensibilité, apprend ainsi à Lucie à découvrir les merveilles que recèlent son environnement, la poésie qui se dégage d’un fragment de nature comme la beauté inhérente de la nuit.

C’est aussi un roman qui parle de ces rencontres qui nous font ressortir grandis. Lucie, après avoir croisé la route d’Ulysse, ne sera plus jamais la même. À son contact, puis au fil de ses sentiments, Lucie va mûrir, éprouver les émotions d’un grand amour (de ceux qu’on n’oublie jamais), se confronter à ses propres failles.

Enfin, Les amoureux de la Lune évoque aussi ce que peuvent apporter l’art et de la créativité. Ces derniers sont présents partout – que ce soit au travers d’Ulysse, qui dessine et peint, de ses parents, chacun artiste à leur manière, ou même de Lucie, amatrice de littérature. La beauté de l’art, ses vertus pour ceux qui créent comme ceux qui l’admire, sont ainsi abordés avec beaucoup de finesse.

C’est un roman beau et lumineux, doux et pourtant triste – Les amoureux de la Lune rejoint d’ailleurs les rares livres à m’avoir fait pleurer…

Nimbé d’onirisme, Les amoureux de la Lune a parlé droit à mon coeur. Je ne suis pas prête d’oublier les rendez-vous de Lucie et d’Ulysse, sous le regard complice de l’astre nocturne.

Éditions du Chat Noir, 308 pages, 2018

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Mots’Arts, catégorie Frida Kahlo (le challenge se déroulait tout au long du mois de juin, et c’est justement au cours de ce mois que j’ai effectué ma lecture (mais mon retour arrive un peu tardivement !))

Retrouvez d’autres avis sur Les amoureux de la Lune : Zoé prend la plume, Recto Verso, Ombre Bones, Les confidences de Julie, Elo-Dit et Livraisons littéraires ont aussi adoré ce roman !

[TAG] Autrices incontournables en SFFF

Durant l’été 2020, Nevertwhere proposait de lister nos dix incontournables (récents) en SFFF. Cet été, elle nous propose cette fois de lister nos autrices incontournables en SFFF – soit dix livres signés par des autrices, soit dix autrices qui sont, à nos yeux, incontournables.

Étant donné que mes cinq auteurs préférés sont des autrices, voici quelles sont mes dix autrices incontournables – sans ordre de préférence et en toute subjectivité, bien entendu ! 😉

(et parce qu’il était trop difficile de ne lister que dix livres, même si ce fut difficile de me restreindre aussi à dix autrices, ma première liste approchait la vingtaine 😅)

Léa Silhol

Léa Silhol a marqué le paysage de la fantasy française par sa plume inimitable comme sa réappropriation du folklore féerique. Au fil des oeuvres, des liens se tissent, chaque texte ayant un lien plus ou moins ténu avec les autres. Un style ciselé, poétique ; une reprise des mythes et légendes avec le souffle épique des grandes sagas et la grandeur tragique des personnages des pièces de Shakespeare, voilà qui pourrait donner une idée des chefs-d’oeuvre offert par Léa Silhol. Fantasy, fantastique, réalisme magique s’entremêlent et donnent à voir une grande fresque qu’on ne se lasse pas de parcourir.

Tanith Lee

Autrice trop peu traduite en France, et c’est bien dommage, Tanith Lee a eu une carrière prolifique et laissé des univers marquants. Que ce soit Le Dit de la Terre Plate, cycle de fantasy aux parfums de Mille et une nuits, ou ses revisites de contes aussi sombres que percutantes, le style riche et sensuel de Tanith Lee est inoubliable ! Vampires, déesses et démons valsent sous sa plume, pour le plus grand régal de son lectorat. Elle a reçu le World Fantasy Award et le British Fantasy Award, et son oeuvre mériterait d’être davantage mise en avant.

Élisabeth Ebory

Si des périodes plus ou moins longue séparent chaque publication d’Elisabeth Ebory, c’est toujours un régal de lire sa plume ! Elle a un style bien à elle, à la fois fluide et poétique, saupoudré de poussière de fée. Et elle nous prépare un nouveau roman pour cette rentrée, ce qui me réjouit !

Becky Chambers

Faut-il encore présenter Becky Chambers ? Ses romans font preuve d’une bienveillance et d’un humanisme précieux. Ils ont même hérité du qualificatif de space opera feel good ! Un terme qui convient à merveille à ces oeuvres de science-fiction au plus près de l’humain, dans toute sa diversité et même au travers de personnages non humains.

Catherynne Valente

Quasiment pas traduite en français, Catherynne Valente a pourtant reçu plusieurs prix pour son chef-d’oeuvre de fantasy, The Orphan’s Tales (j’attends toujours qu’un éditeur français finisse enfin par se rendre compte d’à quel point cette merveille mériterait de toucher le public francophone, c’est une véritable pépite !). Un style riche, une plume brillante, des récits aussi profonds qu’originaux, Catherynne Valente ne m’a jusqu’alors jamais déçue. Elle va de la fantasy inspirée des contes au space opera en passant par l’uchronie avec une aisance qui fait la marque des grandes plumes.

Martha Wells

J’ai glissé Martha Wells dans ma liste à cause d’AssaSynth. Je suis devenue une fan absolue de ce personnage dès le premier volume, et je ne suis pas la seule au vu du nombre de lecteurs enthousiastes comme de fan art créé en hommage à l’androïde imaginé par cette autrice ! Au fil des volumes, AssaSynth explore son libre arbitre tout neuf, en toute indépendance du contrôle que voudraient conserver les humains sur l’intelligence artificielle. Au-delà du simple récit initiatique, Martha Wells inscrit son oeuvre dans un futur crédible, et pointe du doigt différentes thématiques qui résonnent avec force dans notre société actuelle.

Louise Le Bars

Louise Le Bars a fait son entrée sur la scène fantastique française avec un bijou : Vert-de-Lierre ne cesse de séduire de nouveaux lecteurs, un succès mérité ! Une plume poétique, gothique, un récit simple en apparence mais aux multiples et riches thématiques, voilà l’empreinte de Louise Le Bars. Vampire végétal ou dans la plus pure tradition de la littérature d’épouvante, Louise est aussi à l’aise avec la littérature jeunesse, proposant des albums illustrés pour les plus petits. Des albums à l’image de ses romans, pétris de ses valeurs comme de sa lumineuse personnalité, et gothiques, évidemment.

Shirley Jackson

Plume incontournable du fantastique et du gothique moderne, Shirley Jackson connaît un renouveau éditorial en France qui n’est pas pour me déplaire ! Ses textes, brillants, se situent à l’exacte lisière qui sépare le fantastique du réel, créant un sentiment de malaise. Des motifs classiques se voient ainsi revisités avec une ambiance à faire dresser les cheveux sur la tête, non pas par la débauche d’événements surnaturels, mais bien par cet insidieux doute comme par ses personnages à l’esprit perturbé. Elle est devenue une autrice classique du genre, et pour cause !

Terri Windling

Voici Terri Windling, encore une autrice peu représentée en France, hormis son roman L’épouse de bois, véritable chef-d’oeuvre de fantasy urbaine, qui convoque la féerie et l’art dans le désert d’Arizona. Passionnée de contes et de féerie, Terri Windling a également écrit plusieurs contes pour enfants, illustrés par Wendy Froud, et dirigé de nombreuses anthologies de nouvelles revisitant contes et légendes, avec au sommaire des plumes reconnues. Elle est donc incontournable à mon coeur d’amatrice de contes de fées !

Nina Gorlier

Jeune plume francophone, Nina Gorlier promettait déjà de belles choses avec son premier roman, La bête du bois perdu, revisite originale du conte La Belle et la Bête. Un sentiment qui ne s’est pas démenti avec ses parutions suivantes, qui n’ont fait que gagné en maîtrise et en maturité. Des personnages nuancés, des revisites de contes ou de motif fantastique classique avec une voix qui lui est propre, une plume solide, Nina Gorlier est une autrice que je suis de près depuis ce premier roman où je pressentais un talent en train d’émerger.

Et bien d’autres…

J’aurais pu vous citer également Mélanie Fazi, dont les nouvelles fantastiques explorent la psyché humaine avec un mélange de délicatesse et de force déconcertant ; Estelle Faye, qui navigue dans les différents genres avec aisance et promeut la place des plumes féminines dans le paysage de l’imaginaire francophone d’une voix sans concession ; Karine Rennberg, qui a proposé un premier roman si brillant que nul doute qu’elle nous prépare de beaux bijoux pour la suite ; Nnedi Okorafor, avec des romans puissants, aux thèmes évocateurs, et multi-récompensés ; Madeline Miller, qui revisite si brillamment la mythologie grecque ; Cécile Guillot, plume francophone qui explore avec poésie et douceur les sentes sombres du fantastique ; ou encore la regrettée Vanessa Arraven alias Vanessa Terral, trop tôt disparue, et dont la voix unique portait des valeurs humaines au sein de récits de bit-lit ou de fantasy urbaine imprégnés de légendes… Et bien d’autres encore !

Et vous, quels seraient vos dix autrices incontournables ?

Ailleurs

Retrouvez les listes des différents participants sur le billet récapitulatif de Nevertwhere. Parmi celles-ci, les listes de Zoé prend la plume avec qui je partage plusieurs noms, Au pays des cave trolls, L’ours inculte, Ombre Bones et Yuyine.

Blue, Annabelle Blangier

Quatrième de couverture

Charles est employé au café Les Deux Sœurs, lorsque son regard croise pour la première fois celui envoûtant de Blue. La jeune femme l’éblouit aussitôt par sa beauté sans nom et par l’aura de mystère qui l’entoure. Elle est le modèle idéal pour ce peintre ignoré.

Au fil des jours, une routine de séduction s’installe entre les deux jeunes gens et, très vite, Charles fou amoureux fait sa demande en mariage. Les noces sont célébrées dans la foulée, même si la sœur de l’artiste voit d’un mauvais œil son engagement précipité auprès de cette veuve aussi belle qu’inquiétante.

Une bâtisse à la réputation funèbre accueille le couple et la vie se fait enfin douce pour Charles. Si ce n’est l’obscurité dans laquelle se coule sa femme à la nuit tombée … Que fait-elle lorsqu’elle s’absente au cœur des ténèbres ? Pourquoi ne veut-elle jamais évoquer son passé en Europe de l’est ? Que cache-t-elle dans ce cabinet dont elle lui a interdit l’accès mais lui a confié la clé ?

Les réponses permettront-elles enfin à Charles de terminer un portrait fidèle de son épouse, ou est-ce qu’ouvrir cette boîte de Pandore signera la fin de sa vie rêvée ?

Mon avis

Voici ma seconde lecture dans le cadre du challenge Mots’Arts, une lecture qui fut pour moi un défi, car le conte revisité fait partie de ceux qui me terrifient le plus.

Charles est peintre amateur. Il travaille au café Les deux sœurs. Un jour, une cliente entre. Elle s’appelle Blue et elle est d’une beauté parfaite, si éblouissante que Charles tombe aussitôt sous le charme et n’a qu’une envie : réaliser son portrait. Mais aucun de ses essais ne le satisfait. Très vite, une idylle se noue et après leur mariage, Blue lui confie les clés de la maison, à une condition : ne pas utiliser celle de son cabinet. Car elle tient à son jardin secret…

Vous aurez reconnu le conte réécrit : Annabelle Blangier fait en effet le choix audacieux de reprendre la célèbre histoire de Barbe-Bleue en inversant les genres. Un choix qui ne diminue en rien l’impact du récit : Blue est tout aussi terrifiant et sanglant que le conte originel. Même si l’on se doute de la tournure des événements, connaissant le conte, cela n’atténue en rien les frissons. Pour être honnête, j’ai d’ailleurs préféré Le musicien car ma petite âme sensible a été mise à rude épreuve avec Blue !

Le roman s’inscrit dans une veine horrifique, teintée d’une touche de fantastique. Autant dire que mes nerfs ont été mis à rude épreuve ! Pourtant, j’ai trouvé que le choix de l’autrice d’inverser les genres apporte un souffle nouveau au conte. Elle y mêle d’autres inspirations, qui rendent Blue d’autant plus terrifiante.

Le roman évoque aussi le thème de l’art, à travers l’activité de Charles, peintre amateur, et la fixation qu’il fait sur le portrait de Blue. La présence de l’art s’efface au fil du roman, mais elle tient tout de même une place tout du long. J’ai d’ailleurs trouvé intéressant que la créativité de Charles s’assèche après son mariage, alors que son désir de réaliser un portrait aussi parfait que sa femme tourne à l’obsession stérile. C’était un indice subtil de ce que l’autrice nous préparait pour la révélation finale, et j’ai trouvé cela fort bien trouvé. Par ailleurs, cela m’apparaissait comme un signal fort du déséquilibre qui existe, dès le départ, dans le couple. Un parallèle symbolique bien vu, qui apporte une belle profondeur au récit.

J’ai aussi adoré la présence de la soeur Anne, la fameuse soeur du conte ! C’est en effet la soeur de Charles, elle officie comme policière et sent tout de suite que quelque chose n’est pas net, du côté de Blue. Malheureusement, sans preuve, difficile de faire entendre quoi que ce soit à son frère éperdu d’amour… À mesure qu’elle lève le voile sur les mystères de Blue, nos frissons croissent. À l’instar du conte, nous sommes suspendus à cet instant : pourra-t-elle sauver Charles à temps ?

Blue est donc une revisite de conte réussie, le roman renouvelle l’histoire en inversant les genres, tout en en gardant l’aspect horrible. Malgré la trame très connue du conte, le suspense reste présent. C’est un roman à ne pas mettre entre toutes les mains ! Les scènes sanglantes sont de mise, tout comme dans l’histoire originelle. Je vous préviens, il faut parfois avoir le coeur bien accroché !

Après Le musicien, Annabelle Blangier prouve qu’elle sait mettre en scène des personnages cruels, des monstres humains. Ce qui promet pour sa prochaine parution, annoncée comme une réécriture de Hansel et Gretel du point de vue de la sorcière. De quoi m’offrir de nouvelles nuits blanches, à être bleue de peur !

Éditions Magic Mirror, 263 pages, 2020

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Mots’Arts, catégorie Frida Kahlo.

Retrouvez d’autres avis sur Blue : Livres à croquer, La demoiselle aux cerfs et Moonlight Symphony.

TW : ce livre comporte des scènes de meurtre, de cannibalisme, des descriptions graphiques et une tentative de viol (surlignez pour voir les éléments mis en spoiler)