[Le mardi c’est permis !] Thermae Romae Novae

J’avais beaucoup aimé le manga Thermae Romae, qui contait les aventures désopilantes d’un architecte de la Rome antique transporté par accident au Japon, à une époque contemporaine. Une série centrée sur les bains publics, qu’ils soient romains ou japonais, et qui mêlait humour, voyage dans le temps et informations passionnantes sur le sujet. Alors quand Netflix a annoncé son adaptation en anime, et bien que je ne sois pas forcément amatrice du format, je n’ai pas hésité !

On retrouve donc Lucius, architecte romain en mal d’inspiration chargé de rénover des bains publics. Parti se relaxer dans un établissement de bain, il est aspiré par la bonde… et resurgit dans un onsen japonais, de nos jours ! Pour surmonter le choc culturel spatio-temporel, il se concentre sur ce qu’il connaît le mieux : les bains. Et retournera chez lui avec des trouvailles d’un autre lieu comme d’un autre temps… non sans avoir vécu des aventures pleines de quiproquos !

L’autrice du manga, Mari Yamazaki, a participé à l’élaboration des scénarios de l’anime, et les épisodes suivent l’intrigue du manga*, à quelques exceptions près… En effet, du contenu inédit à été ajouté – dès le début, d’ailleurs, puisqu’on en apprend plus sur la jeunesse de Lucius ! Cela permet aux aficionados du manga de découvrir de nouvelles histoires, en plus des aventures qui leur sont familières.

*(tout du moins les premiers volumes de la série, à voir si d’autres saisons permettront de suivre les intrigues des autres volumes… mais ne le sachant pas, les scénaristes ont préféré proposer une intrigue bouclée, ce qui fait une autre différence par rapport à l’arc narratif du manga. Une précaution sans doute pas inutile, vu la tendance de Netflix à ne pas toujours renouveler ses séries…)

Les scènes humoristiques mettent un peu de temps à arriver, avec un début centré sur la jeunesse du héros, mais elles sont bien là ! J’ai peut-être un moins ri qu’avec le manga, sans doute parce que je connaissais déjà l’histoire, mais je me suis tout de même bien amusée en visionnant l’anime ! C’était le moment de détente et de rigolade du jour quand je mettais un épisode. Petit plus non négligeable si vous le regardez en VO (mais c’est peut-être aussi rendu en VF) : lorsque Lucius se trouve au Japon, il s’exprime en latin ! Du latin fortement marqué par un accent japonais, mais du latin quand même, ce qui renforce l’incompréhension totale entre cet homme venu de l’Antiquité et les citoyens japonais.

Autant vous le dire de suite, si l’humour décalé et les bains publics, ça n’est pas votre tasse de thé, cet anime n’est pas fait pour vous. Mais si c’est le cas, vous allez vous régaler ! 🙂 Les aventures de Lucius, avec le décalage créé par ses voyages spatio-temporels, sont sources de scènes drôlissimes (l’épisode des toilettes, notamment). Et si vous vous intéressez à la culture japonaise, Thermae Romae Novae vous apprendra beaucoup sur un de ses pans en particulier : les bains !

Chaque épisode se conclut par un mini-documentaire de quelques minutes, où Mari Yamazaki nous entraîne à la découverte d’un onsen, pour explorer l’un des nombreux aspects de cette institution. C’était passionnant, et cela m’a rappelé le manga, où chaque tome se terminait par une interview qui faisait la part belle à ce genre d’informations. On en apprenait autant sur les bains japonais que sur les thermes romains, et c’est le cas aussi avec l’anime, qui marie bien le divertissement à la pédagogie !

Ce que j’adore dans cette histoire, c’est justement cela, ce mélange entre aventures rigolotes et exploration des bains, en des lieux et époques différentes. La passion de la mangaka pour les bains, qu’ils soient japonais ou romains, est communicative et donne envie d’aller nous immerger dans un bon bain chaud, pour se délasser !

Thermae Romae Novae

Réalisée par Tetsuya Tatamitani, scénarisée par Yûichirô Momose et Mari Yamazaki, 2022

Ce visionnage s’inscrit dans le cadre du Hanami Book Challenge, menu Le Japon de l’imaginaire, catégorie Goldorak go !

Générique

Meute, Karine Rennberg

Quatrième de couverture

Roman atypique lycantrope, Meute suit les traces de Nathanaël, Val et Calame. Le premier est un loup-garou né de la violence et de la solitude, qui se débat au sein d’une meute qui ne lui convient pas. Le second est un humain à qui l’on a volé la voix. Quand le troisième entre dans leur vie bien malgré eux, des tensions s’installent et menacent de tout déchirer. Comment trouver son équilibre, dans un monde où les secondes chances n’existent pas ?
Ce récit fantastique est avant tout celui d’une tranche de vie, de ce moment où tout bascule entre le noir et la couleur.

Mon avis

Le loup-garou est ma créature fantastique préférée. J’aime les thématiques qu’il peut offrir, avec sa dualité humain/animal. D’ailleurs, je déteste les histoires où le garou n’est là que pour permettre des scènes gores. Non, ce que j’aime, avec les garous, c’est l’aspect psychologique et légendaire. Alors, quand j’ai entendu parler de Meute, dès le début, je savais que je serais séduite ! J’ai même failli me jeter dessus à sa sortie, mais je suis parvenue à patienter et attendre de voir l’autrice en salon, ce qui m’a permis de bénéficier d’une dédicace !

Sitôt en mains, j’ai entamé ma lecture ! (pour une fois, un livre n’aura pas trop traîné dans ma PAL). Dès le départ, j’ai été happée par le récit. La narration à la deuxième personne du singulier, peu courante, peut dérouter. Pour ma part, je n’ai pas été perturbée, j’ai même trouvé que l’effet était très immersif et permettait de mieux éprouver les pensées et émotions des personnages. D’autant plus que Karine Rennberg rend très bien les trois différentes voix des personnages que l’on suit : Nath, Val et Calame.

Meute, c’est l’histoire de Nath, garou solitaire au tempérament agressif qui a poussé dans la violence des Docks ; c’est celle de Val, tueur humain aussi froid qu’efficace mais qui fond sous le regard d’un chaton. Tous deux sont amis depuis l’enfance et se vouent une confiance inébranlable. C’est aussi l’histoire de Calame, un gamin, un garou, brisé, traumatisé, et qui éprouve le monde en couleurs. Un gamin qui va remuer l’univers de Nath. Ensemble, peut-être parviendront-ils à créer leur meute…

Karine Rennberg offre un roman atypique autour de la figure du loup-garou. Un roman centré sur les personnages, avec leurs douleurs et leurs défauts, et pourtant si attachants, même Val, le tueur à la solde d’un gang. Chacun d’eux, même ceux qui ne sont pas narrateurs, possède une psychologie fouillée. Le comportement des loups transparaît à merveille au travers de celui des garous, permettant un portrait fin et plausible de cette figure classique du genre. Et si l’univers dans lequel ils évoluent est violent, le centre de l’intrigue est bien les personnages, pas les effusions de sang, même s’il y en a quelques unes, contexte post-apo oblige.

Le coeur du récit, ce sont bien Nath, Val et Calame et leur évolution au fil des pages, la façon dont chacun d’eux va surmonter (plus ou moins facilement) leurs failles comme leur traumas. J’ai particulièrement aimé Calame, avec sa perception du monde toute en couleurs, qui offre une certaine poésie dans la transmission des émotions. Calame, ce gamin brisé, qui me fendait le coeur… Calame, qui va pousser Nath a apprendre beaucoup de lui-même. Nath qui va beaucoup douter, d’ailleurs, de sa capacité à gérer un adolescent aussi cassé… alors que lui-même n’est pas exempt de fragilités.

Meute, c’est avant tout une histoire autour de l’amitié, des liens qui se créent et de la famille qu’on se choisit. C’est l’histoire de personnes qui s’entraident, qui cherchent à se comprendre. La façon dont Nath appréhende les traumatismes de Calame, gamin muet, est particulièrement touchante. La scène du chocolat chaud m’a vraiment émue !

Parmi les petits détails éditoriaux qui m’ont plu, côté forme, ce sont les lunes qui ponctuent les changements de points de vue et permettent de suivre les phases de la lune, si importantes pour les garous. Phases visibles aussi dans le texte, mais c’est le genre de petit détail qui ajoute au plaisir de la lecture !

Vous l’aurez compris, c’est un coup de coeur pour ce roman garouesque, à mi-chemin entre fantastique et récit de vie. Un roman centré sur ses personnages, des persos cassés, pas parfaits, attachants. Un style original et immersif. J’ai savouré les pages et fait durer le plaisir autant que j’ai pu, quittant cette meute de coeur avec beaucoup de regrets.

Meute est sorti comme Pépite de l’imaginaire, pour moi c’est aussi une Pépite de la littérature garoue. Il rejoint d’emblée mes quelques oeuvres garoues favorites !

A lire avec un chocolat chaud !

Éditions ActuSF, 2022, 567 pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Cauchemarder, catégorie Hantise.

Retrouvez d’autres avis sur Meute : Sometimes A Book, Yuyine, L’ours inculte, Les Fantasy d’Amanda et Les Carnets d’une Livropathe.

Entretien avec Nina Gorlier

Nina Gorlier

Nina Gorlier est une autrice dont j’aime beaucoup la plume, et qui a publié cette année son troisième roman, Le Reflet Brisé. Pour l’occasion je lui ai posé quelques questions.

Merci Nina d’avoir bien voulu répondre à mes questions ! 🙂

Bonjour Magali ! Merci à toi de m’inviter sur ton blog pour cette interview 🙂

Tout d’abord, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Nina Gorlier, autrice de SFFF passionnée par les contes, les folklores et les mythologies. Je suis publiée chez Magic Mirror Editions et prochainement aux Editions du Chat Noir. En parallèle de ma vie d’autrice, je suis professeure documentaliste dans un collège. Et je tiens également un blog littéraire appelé Moonlight Symphony.

Après La Belle et la Bête, revisité dans La Bête du Bois Perdu, et Les Sept Corbeaux, revisité dans La Mélodie des Limbes, Le Reflet Brisé réécrit Blanche-Neige, du point de vue de la Méchante Reine. Comment t’es venue l’idée de revisiter ce conte, et de ce point de vue en particulier ?

Grâce à la collection Bad Wolf de Magic Mirror Editions, consacrée aux antagonistes de conte. J’avais déjà publié dans les collections Enchanted et Forgotten, je voulais donc tenter l’aventure du côté des “méchants”. Le choix de Blanche-Neige était un défi pour moi car j’ai eu pendant longtemps un rapport particulier à ce conte, faussé par le film Disney. D’un côté, je trouvais l’héroïne insipide, de l’autre la version “vieille sorcière” de la reine me terrifiait. Plus tard, j’ai appris à redécouvrir ce conte à travers le texte original des Frères Grimm. La Méchante Reine est une femme exerçant seule le pouvoir à une époque où la place des femmes n’était pas aussi reluisante. Je voulais donc me pencher sur ce personnage d’exception tout en dépoussiérant son image et, par la même occasion, redonner un peu de piquant aux autres personnages.

L’héroïne, Kirsten, se dévoile au fur et à mesure du récit. Femme complexe, fascinante et terrifiante tout à la fois, elle incarne avec majesté la Méchante Reine. Peux-tu nous raconter comment tu as vécu l’expérience d’écrire ce personnage de méchante ?

C’était parfois un peu laborieux. Même avec du recul, je ne sais pas comment j’ai fait pour mettre Kirsten sur papier. D’après le retour des premiers lecteurs, c’est un personnage que l’on aime ou que l’on déteste. Pour moi, je passais de l’un à l’autre en fonction des scènes. Ce fut un travail fascinant en tant qu’autrice de pouvoir explorer les méandres de sa psyché. Je voulais expliquer qui elle était sans pourtant excuser ses actions. Comprendre son parcours sans le porter aux nues. Parfois, rester trop longtemps dans sa tête était épuisant, alors les passages du point de vue de Weiss et Kai étaient des bouffées de fraîcheur. Mais Kirsten reste tout de même le personnage dont je suis le plus fière aujourd’hui.

L’histoire se déroule au XVIe siècle, avec des royaumes imaginaires inspirés des configurations historiques. Les mœurs, les costumes… tout est là pour nous immerger dans cette Renaissance alternative. Pourquoi avoir choisi cette époque pour situer ton histoire ?

J’ai toujours associé Blanche-Neige à cette époque. Je ne sais pas si c’est à cause des adaptations plaçant l’intrigue au cœur de la Renaissance allemande, mais pour moi c’était une évidence. Ajoutons à cela mon amour pour les films et séries se déroulant durant cette période. La Renaissance est également la sortie de l’obscurantisme après le Moyen-Âge. Je trouvais que des personnages comme Kirsten et Weiss, en avance sur le temps ou en décalage avec leurs pairs, réprésentaient bien ce renouveau, cette transition d’un monde à l’autre.

Le Reflet Brisé se présente comme de la fantasy historique, avec une absence presque complète de magie. Un choix surprenant, étant donné que la Méchante Reine est aussi appelée la Reine Sorcière, du fait de ses pouvoirs magiques. Ce choix ne retire pas pour autant son aura glaçante au personnage, bien au contraire. Pour quelle raison as-tu préféré ce contexte plus historique que fantasy ?

Tout est parti du miroir, du reflet qui donne son titre à mon roman. Quand on pense à la Méchante Reine, on pense immédiatement à son fameux miroir magique, dépeint de multiples façons dans les différentes adaptations. Parfois un visage grimaçant chez Disney, parfois un double pour la version campée par Julia Roberts ou bien une forme dorée se détachant de sa prison dans la version de Charlize Theron. Je me suis donc demandée : quelle serait la mienne ?

J’ai préféré me rendre à la limite du fantastique, laissant planer le doute. Ce reflet avec qui s’entretient Kirsten, existe-t-il réellement ? Est-ce un miroir maudit ayant déjà condamné son ancienne propriétaire ou bien n’est-il que le produit de l’esprit malade de Kirsten ? C’est aussi le cas pour ces “femmes de la forêt” que nous rencontrons au fil du récit. Sont-elles de véritables sorcières ou bien de simples guérisseuses ostracisées par un peuple trop méfiant ?

Le récit est construit en trois actes, avec la présentation des personnages en préambule, à la façon d’une pièce de théâtre. L’intrigue va crescendo, avec l’emphase et les retournements de situations digne des plus belles pièces dramatiques. Cela m’a rappelé certaines pièces de Shakespeare, qui mettent en scène des personnages d’anti-héros, comme Othello. Que penses-tu de cette comparaison ?

Elle est très pertinente 🙂 J’ai construit Le Reflet Brisé comme un drame en trois actes. Le personnage de Kirsten, par son rapport au pouvoir, a tout de l’une de ces têtes couronnées shakespearienne, telle une Lady Macbeth ou un Richard III. Je rajouterai également l’influence d’un autre dramaturge : Racine. Je parle souvent de mon roman comme d’un mélange entre Blanche-Neige et Phèdre et je laisse à tes lecteurs la curiosité de trouver pourquoi.

Le roman aborde la thématique du pouvoir, au travers des différents personnages et de leur rapport avec ce dernier – certains le convoitent, d’autres le subissent, d’autres, encore, le rejettent. Un thème aussi fort que riche, que tu abordes de façon complète, sous ses différentes facettes. Est-ce un thème qui te fascinait particulièrement ?

Pour moi, il est indissociable de la Méchante Reine. Comme je le disais plus haut, c’est une figure d’exception dans un monde d’hommes. Certes, elle est devenue reine en épousant le père de Blanche-Neige, mais ensuite ? Comment a-t-elle fait pour conserver seule le pouvoir après le décès de celui-ci ? L’intrigue se déroulant à la cour, le pouvoir ne pouvait être que le cœur du roman. Le pouvoir dans ce qu’il apporte, mais aussi ce qu’il détruit.

Je voulais me pencher sur les différents rapports au pouvoir selon les genres. Durant cette époque, on ne peut pas agir pareil si on est un homme ou une femme. Le Reine n’a pas les mêmes droits et la même influence que son époux. On pardonne au prince Weiss des écarts que Kirsten ne pourrait jamais se permettre.

Plus précisément, je voulais dresser le portrait de différentes femmes de la cour. Outre Kirsten, nous rencontrons d’autres dames de la noblesse gravitant autour de la couronne : Annelise, la princesse de l’empire voisin, Sophie, la mère de Kirsten, Claude, sa dame de compagnie, Angela et Lotte, les favorites du roi… Chacune d’elles montrent un rapport différent du pouvoir et la façon de l’obtenir (et le garder) en tant que femme.

Tout au long du roman, Kirsten dispute régulièrement des parties du jeu des Hespérides, qui mélange jeu d’échecs et mythologie, tout en offrant une version subtile des jeux de pouvoirs en cours, offrant ainsi davantage de profondeur aux intrigues qui se tissent au sein du château. J’ai trouvé cette idée géniale et adoré les scènes où ont lieu ces parties. Comment as-tu imaginé ce jeu ?

Je voulais à tout prix que mes personnages disputent des parties d’un jeu de stratégie. Malheureusement, je ne connais pas assez les échecs pour bâtir des scènes entières dessus. J’ai donc imaginé le jeu des Hespérides car je pouvais en dicter moi-même les règles. J’y ai trouvé l’occasion d’y mettre mon amour pour la mythologie comme je le fais à chaque fois. Dans le mythe, les Hespérides sont des nymphes chargées de garder un arbre aux pommes d’or. Hercule, pour son onzième travaux, devait dérober ces fruits merveilleux. Un joueur incarne donc les nymphes devant protéger le pommier, l’autre incarne Hercule devant voler les pommes.La symbolique de la pomme est, je pense, assez évidente quand on la rapproche de celle de Blanche-Neige. Outre le fruit interdit, la pomme est ici symbole du pouvoir, car c’est là le véritable enjeu. Après tout, c’est une pomme d’or où il était gravé “à la plus belle” qui est à l’origine de la Guerre de Troie.

Il y a trois parties d’Hespérides notables dans Le Reflet Brisé, située à des moments charnières de l’intrigue. Chacune d’elle est une mise en abyme de la scène, révélant les véritables enjeux de la confrontation, les forces et faiblesses des personnages. Le choix des pions a également un sens. Chaque pièce représente un personnage. Le roman, dans son ensemble, est une partie d’Hespérides grandeur nature.

J’ai noté la présence discrète d’autres éléments du conte – le corset, le peigne – est-ce un clin d’oeil délibéré à ces épisodes du conte originel, comme les cailloux blancs du Petit Poucet ?

Je ne peux pas m’empêcher à chaque réécriture de glisser ce que les anglophones appellent des easter eggs, des petits clins d’œil que certains passionnés de contes pourront relever. Dans La Bête du Bois Perdu, c’étaient l’apparition de personnages issus d’autres contes de fées. Dans La Mélodie des Limbes, c’étaient les noms des personnages ou la symbolique des lys, reprise des Douze Frères, une variante des Sept Corbeaux.

Dans Le Reflet Brisé, je voulais à tout prix glisser quelques clins d’œil à des éléments oubliés du conte original, comme les premières tentatives de la Reine pour tuer Blanche-Neige ou même la fin tragique de la souveraine, assez cruelle dans le conte. Il y en a d’autres aussi, comme les noms de Weiss, Bianca, Yuuki ou Waldeck (sauriez-vous trouvé leur signification ?). Et puis, comme je ne peux pas faire simple, il y a aussi des références à mes autres réécritures de contes d’un roman à l’autre. Le genre de détails que personne ne remarquera à part moi x)

Dans La Bête du Bois Perdu, tu avais écarté l’histoire d’amour du conte au profit d’un approfondissement du côté bestial et sombre de la Bête. Dans Le Reflet Brisé, le rôle de Blanche Neige est attribué à un homme, Weiss, ce qui offre un angle de relecture intéressant, en interrogeant notamment la différence de traitement des hommes et des femmes de même niveau social. Des choix originaux, qui offre des revisites rafraîchissantes de ces contes célèbres. D’où te vient ton inspiration pour tes revisites de conte ?

Les contes ont déjà été adaptés et réécrits tant de fois, j’ai parfois peur de faire une redite. Je cherche donc l’originalité, à sortir des sentiers battus, à proposer aux lecteurs autre chose. C’est là toute la difficulté de la réécriture de contes : le roman doit à la fois être un terrain familier pour le lecteur, tout en parvenant à le surprendre.

Pour Le Reflet Brisé, l’idée m’est venue de l’appel à texte Inversions de Magic Mirror, proposant d’inverser le genre d’un personnage. En faisant de Blanche-Neige un homme, j’ai tout de suite eu en tête de nouveaux enjeux pour le personnage et un nouveau rapport avec la Reine.

Pour La Bête du Bois Perdu, c’était un peu mon esprit de contradiction. La Belle et la Bête étant l’un des contes les plus connus et appréciés, adapté maintes fois, je me suis demandée : comment m’en démarquer ? Le conte est connu pour son histoire d’amour, eh bien retirons-la ! C’était un pari risqué mais réussi auprès du comité de lecture.

As-tu un ou des projets en cours d’écriture ? Peux-tu nous en parler ?

En ce moment, je suis en plein travail éditorial sur Miranda, une novella fantastique qui sortira au mois de juin aux éditions du Chat Noir. Un projet loin des réécritures de contes, assez différent de mes premiers romans par le fond et par la forme.

J’ai plein de projets en tête, peut-être même un peu trop… Je vais donc me contenter du concret. Il y a quelques mois, j’ai terminé l’écriture d’une nouvelle pour un projet de recueil chez Magic Mirror Editions qui, normalement, verra le jour en 2023. Plus récemment, je viens de terminer le premier jet d’un roman de fantasy Young Adult, le premier tome d’une trilogie. Je ne sais pas si celui-ci trouvera une maison d’édition qui voudra bien de lui, mais l’avenir nous le dira. Croisez les doigts pour moi !

Puisque je parle lectures sur ce blog, tu n’échapperas pas à la question-piège 😉 Quel est ton livre préféré ?

Que c’est dur de n’en choisir qu’un ! Je vais donc tricher et en donner plusieurs x) Pour moi, Les Misérables est un classique intemporel que je porterai toujours dans mon cœur. Mais récemment, j’ai lu deux romans qui m’ont chamboulée : Le Chant d’Achille de Madeline Miller et La Nuit des Temps de Barjavel. Je suis loin d’être une romantique, pourtant ces deux histoires d’amour m’ont bouleversées. Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais il est fort possible que ces deux oeuvres m’aient marquée à jamais.

Pour finir, aurais-tu un ou des conseils à donner à d’autres auteurs et autrices ?

Aïe ! C’est peut-être ça, la véritable question piège ? Je ne sais pas si je me sentirai un jour assez légitime pour donner des conseils, mais je peux me baser sur mon expérience en tant que jeune autrice et les erreurs que je ne fais plus :

Ecrivez dès que vous le pouvez, même si vous sentez que “l’inspiration” n’est pas là, que vous pensez que votre premier jet n’est pas parfait. C’est justement le but d’un premier jet, que vous allez pouvoir peaufiner ensuite. Si vous persistez à écrire et réécrire le même passage parce qu’il ne vous convient pas, vous n’allez jamais avancer dans votre projet. De plus, vous n’aurez pas le recul nécessaire et votre scène risquerait de vous sortir par les yeux. Il est préférable d’avancer et de revenir dessus une fois l’ensemble fini, car vous aurez plus de recul pour déceler le “problème”. Et vous constaterez que le problème en question n’était pas si énorme que ça.

Un fois votre roman publié, ne vous précipitez pas sur tous les retours des lecteurs. Je suis le genre de personne qui, si elle recevait 99 critiques élogieuses pour 1 critique négative, ne retiendrait que la négative. Depuis, j’ai appris à accepter que mon roman ne serait jamais pour tout le monde, et ce n’était pas grave. Surtout, il faut dissocier votre œuvre de vous-même, même si vous l’avez porté en vous pendant des années. C’est un roman que jugerons les lecteurs, mais pas vous en tant que personne.

Merci pour tes réponses et à bientôt, au détour d’un livre ! 🙂

Point Plume – Mars 2022

Photo CC0 by Clark Young via Unsplash

Nous voilà déjà arrivés en avril ! Les jours défilent, le printemps est là, et côté écriture, je ne chôme pas ! Faisons le point sur les avancées de mars 🙂

Écriture

Comme annoncé le mois dernier, j’ai bouclé la dernière relecture du tome 2 de Bérénice Libretti et l’ai ensuite soumis à mon éditrice. Qui l’a accepté ! Je suis donc heureuse de vous annoncer que vous pourrez retrouver les nouvelles aventures de Bérénice cette année, à la fin de l’été ! 🙂

J’ai également travaillé sur le premier jet de mon Projet Imprévu, j’en suis à trois chapitre et demi rédigés, car j’y suis allée tranquillement, pour ménager mes forces en prévision d’avril et mai, qui vont être chargés.

Aussi, j’ai terminé de travailler sur l’un des projets secrets dont je vous parlais brièvement dans mon bilan de fin d’année (non, ce n’est pas un roman !).

Autour de l’écriture

Very Important Book et Déjeuner sous la pluie ont créé un podcast, Les grimoires de l’imaginaire. Et j’ai eu l’honneur, pour le 2e épisode, d’être interviewée ! Nous y parlons de mes romans, parus comme à paraître, de mon univers créatif et de mes techniques d’écriture, entre autres. Vous pouvez écouter cette interview sur Spotify, Anchor et Google Podcasts.

Prévisions pour avril

Qui dit avril, dit Camp NaNo. Et vu la montagne de travail éditorial qui m’attend, autant dire que je vais y participer ! Car j’ai plusieurs romans sur ma table de travail, dont le tome 2 de Bérénice Libretti, à rendre à des dates similaires. Et j’espère bien poursuivre, si c’est possible et à petits pas, la rédaction du premier jet du Projet Imprévu.

Cela va m’occuper jusqu’à fin mai, il n’y aura donc pas de Point plume fin avril (et moins d’articles de blog).

En attendant, je vous souhaite un beau printemps ! 🌺

Vert-de-Lierre, Louise Le Bars

Quatrième de couverture

Olivier Moreau, écrivain délaissé par la Muse, retourne dans le village de sa Grand-Mère, récemment décédée, pour mettre de l’ordre dans ses affaires comme dans son esprit. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, cet antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l’écrivain en mal d’imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l’une que l’autre.
À quel prix Olivier retrouvera-t-il sa muse ?

Mon avis

Vert-de-lierre traînait dans ma PAL depuis un peu trop longtemps, alors que je me doutais que j’adorerai la plume de Louise Le Bars, dont j’avais beaucoup aimé le conte jeunesse Le prince sans sourire. Et, en effet, j’ai dégusté ce court roman (pour adultes) en peu de temps ! 🙂

Nous voilà entraînés à la suite d’Olivier Moreau, écrivain à succès de polars et en mal d’inspiration. Il décide de se rendre dans le village de sa grand-mère, récemment disparue, en espérant que cette retraite de quinze jours lui redonnera l’étincelle créative perdue. Mais voilà qu’il apprend l’installation d’une Anglaise qui suscite bien des réactions. Une Anglaise qui va rapidement le fasciner, tout comme la légende de son enfance, celle du Lierreux…

Vert-de-lierre cache bien son jeu. C’est un roman court, à l’intrigue simple en apparence – j’ai deviné certaines révélations à l’avance – et pourtant, rien n’est plus trompeur ! Car le texte aborde, à la manière des cernes d’un tronc d’arbre, plusieurs thèmes. Pour tout vous dire, une fois refermée la dernière page, je me suis rendue compte que ces thématiques s’étaient déposées en moi comme des graines, et que des réflexions en germaient. Même des jours après ma lecture, j’y pensais encore.

La créativité si essentielle à l’artiste, qui se heurte aux ambitions commerciales ; la féminité libre, si souvent et malheureusement écrasée ; le sort affreux des femmes dites « hystériques » à une époque ; et bien d’autres thématiques affleurent ainsi. Des références aux Métamorphoses d’Ovide, à la figure du vampire (mais légère, vous ne trouverez pas de créature à canines ici), une ambiance gothique, et le végétal, triomphant, qui marque chaque page, jusque dans les en-tête de chapitre, avec sa bordure lierreuse… Autant d’éléments qui font de Vert-de-lierre un texte qui ne laisse pas indifférent !

Un roman bien plus riche qu’il n’y paraît au premier abord, porté par une plume délicate et poétique, et qui dévoile toute sa profondeur de façon subtile. Le personnage masculin s’efface progressivement, au profit d’un autre, féminin, laissant éclore toute une variété de thèmes liés à la femme et à sa place dans la société, qu’elle soit passée ou présente.

Le récit se construit avec, à l’intérieur, un autre récit enchâssé. Ce procédé m’a rappelé Le Moine de Matthew Gregory Lewis, où à un moment du récit, l’auteur avait intégré l’intégralité d’un texte lu par un personnage. Autant cela m’avait complètement coupée dans ma lecture dans Le Moine, autant dans Vert-de-Lierre, c’est très bien amené, et cela apporte de la profondeur à la réflexion sur la création artistique comme intrinsèquement liée à l’histoire personnelle. On a beau écrire de la fiction, on ne peut pas se défaire de soi, quand on pose des mots pour rédiger une histoire. Cette part sera peut-être infime, dans le texte final, mais toujours est-il qu’elle y sera.

J’ai beaucoup aimé la façon dont Vert-de-Lierre se posait à la croisée du fantastique, du gothique et de l’onirisme. Si la thématique de la nature sauvage et indomptée pouvait rappeler le roman Sous le lierre de Léa Silhol, les deux textes sont pourtant très différents, car Louise Le Bars se concentre sur la Nature dans son aspect poétique, mais aussi sans pitié. Une Nature aussi triomphante et renaissante que celle du printemps, mais qui peut se révéler mortelle. Un thème imbriqué à ceux de la création et du féminisme.

Pour résumer, Vert-de-Lierre est un roman qui ne dévoile pas tous ses trésors au premier abord. Il nous happe doucement dans son étreinte de lierre, jusqu’à ce que, la dernière page tournée, on se rende compte qu’il nous fait réfléchir sur bien des thèmes, abordés au fil du texte de façon subtile, mais frappante.

Éditions Noir d’Absinthe, 193 pages, 2019

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Printemps de l’imaginaire francophone, menu Cauchemarder, catégorie Terreur nocturne.

Retrouvez d’autres avis sur Vert-de-Lierre : Zoé prend la plume, Light and Smell, Vibration littéraire et L’imaginaerum de Symphonie.