Les femmes et le pouvoir, Mary Beard

Quatrième de couverture

« Mère, retourne dans tes appartements, reprends tes travaux […] discourir est l’affaire des hommes. » Ainsi dans l’Odyssée d’Homère, Télémaque s’adresse-t-il à Pénélope. Révolte adolescente ou misogynie systémique ?

Pour mieux cerner la violence exercée sur les femmes afin de leur intimer le silence, Mary Beard puisse dans l’histoire de Méduse, d’Elizabeth Ière ou d’Hillary Clinton. Elle revisite ainsi, avec humour, la question de l’égalité des sexes et explique pourquoi, depuis deux mille ans, l’on a donné aux femmes qui s’expriment et revendiquent le pouvoir une image détestable.

Mon avis

Mary Beard est une historienne britannique qui a notamment rédigé plusieurs ouvrages concernant l’histoire romaine. Dans Les femmes et le pouvoir, elle propose d’étudier le silence imposé aux femmes dans l’espace public comme l’image négative qui leur est attachée lorsqu’elles sont au pouvoir, au prisme de l’Antiquité gréco-romaine.

Rédigé dans un style limpide, parfaitement accessible à toutes et tous, et pour cause, il s’agit de deux conférences que l’autrice a donnée. Mais si l’ouvrage est bref, une centaine de pages seulement, cette brièveté ne diminue en rien ni la richesse du texte, ni son impact.

Le premier texte, La voix publique des femmes, porte sur la façon dont le silence a été et continue d’être imposé aux femmes en matière de discours publics. Mary Beard remonte le temps pour nous démontrer, à travers différents exemples tirés de l’Antiquité, de la Renaissance, du XIXe, et de notre époque contemporaine, comment les femmes étaient écartées et mises au silence dans les espaces publics, politiques. L’autrice explique aussi comment celles qui, malgré tout, prenaient la parole, étaient dénigrées, insultées, présentées de façon négative (ce qui est toujours le cas à notre époque, il suffit de voir comment les femmes politiques sont jugées sur leur apparence plutôt que leurs discours ou voient leur temps de parole sans cesse interrompus).

Un exemple m’a frappée car je l’avais justement vu récemment sur les réseaux sociaux. Mary Beard décrit, à un moment, que les femmes qui prennent la parole (que ce soit en politique ou sur les réseaux sociaux, pour les personnes comme vous et moi), et en particulier quand elles le font pour défendre des sujets qui les concernent, voient leurs paroles rabaissées et vidées de leur sens par les qualificatifs de « geignardes » ou « pleurnicheuses » qui leur sont accolées aussitôt. Or, il y a peu, suite aux remous provoqués par la couverture sexiste d’une anthologie, j’avais effectivement vu dans les commentaires une personne se plaindre que « les pleureuses » venaient gâcher cela… Le terme désignait toutes les personnes qui avaient exprimé leur malaise et leur colère face à cette couverture sexiste. Quand j’ai lu ce passage, j’ai immédiatement pensé à ce commentaire et cet internaute, qui sans le savoir offrait un exemple criant du fait qu’encore aujourd’hui, quand des femmes défendent des sujets qui les concernent (ici l’hypersexualisation et l’objectification d’un personnage féminin), on les qualifie de manière à rabaisser leur parole, pour mieux les renvoyer au silence…

Ce texte, aussi court soit-il, met au jour un système millénaire qui vise à étouffer la parole des femmes, à la dénigrer. Mary Beard n’étant pas dénuée d’humour, ni d’optimisme, pense cependant qu’être conscient de cet héritage est un pas important à réaliser pour pouvoir mieux le questionner et le remettre en question.

Le second texte, intitulé Les femmes et le pouvoir, est plus court que le précédent. Mary Beard y aborde cette fois la tendance millénaire de la société à écarter les femmes du pouvoir, et à bousculer celles qui osent s’en saisir en les attaquant et en les rabaissant. Elle cite notamment en exemple comment, dans un débat opposant une femme politique et un homme politique, là où tous deux ont fait preuve d’erreurs et bêtises dans leurs propos, la première sera lynchée – une façon de la décourager de recommencer à tenter de se présenter aux élections – quand l’autre sera plutôt qualifié comme ayant mal préparé son affaire – sous-entendu, il pourra faire mieux la prochaine fois. De nombreux autres exemples sont cités pour appuyer son propos, avec notamment l’histoire de Méduse, châtiée pour le crime dont elle a été victime (!) et qui, étant devenue une femme puissante, se retrouve réduite à la décapitation. Un symbole repris encore de nos jours pour décrédibiliser et diaboliser les femmes politiques.

Et de conclure que le problème réside avant tout dans la structure même du pouvoir, qui répond à des codes masculins, structure qui doit être changée si l’on veut voir la place des femmes progresser dans les hautes sphères (évidemment, le propos est bien plus riche et étayé, je résume assez grossièrement ^^ »)

Deux postfaces concluent ce petit ouvrage, postface où Mary Beard aborde le mouvement #MeToo et apporte encore un peu plus aux propos livrés dans les deux textes précédents.

Percutant, concis, s’appuyant sur des références tant historiques que contemporaines, Les femmes et le pouvoir est un petit livre à mettre entre toutes les mains. Il donne envie de creuser encore plus la question en lisant d’autres textes, mais il propose déjà des réflexions fort intéressantes pour nourrir sa propre pensée sur notre société et sur le statut des femmes dans celle-ci.

En un mot : à lire !

Ce livre a été lu dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio. Merci aux éditions Pocket pour leur confiance !

Éditions Pocket, 2020, 103 pages

4 commentaires sur « Les femmes et le pouvoir, Mary Beard »

  1. Aaaah mais ça a l’air super intéressant ET accessible !
    Je me le note en wish-list, merci.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :