Le bal des ombres, Joseph O’Connor

Quatrième de couverture

1878, Londres. Trois personnages gravitent autour du théâtre du Lyceum : Ellen Terry, la Sarah Bernhardt anglaise ; Henry Irving, célèbre tragédien shakespearien ; et Bram Stoker, futur auteur de Dracula. Loin d’une légende dorée, la destinée de Stoker se révèle chaotique. Dans ce livre inventif, Joseph O’Connor utilise toutes les ressources du romanesque. Le lecteur tombe sous le charme de la repartie cinglante d’Ellen, des caprices tonitruants de Henry et de ce comte mystérieux tapi dans l’imagination de Bram.

Mon avis

La première chose qui m’a attirée vers ce livre, c’est sa couverture. Bleu de nuit, mystérieuse et surréelle, avec cette femme portant un croissant de lune sur un plateau et le Londres du XIXe – tout du moins, j’imagine que la scène qui transparaît sous sa robe est celle d’une rue londonienne du XIXe siècle. La seconde, c’est sa quatrième de couverture. Y est mentionné Bram Stoker et cela a suffit à me faire acquérir l’ouvrage ! Je ne connaissais ni Henry Irving, ni Ellen Terry, mais la simple évocation du célèbre auteur de Dracula avait déjà aiguisé ma curiosité.

Autant vous prévenir de suite, même si l’auteur, lui, ne le fait qu’à la fin : il s’agit là d’une fiction historique, autrement dit une biographie romancée, autrement dit encore la fiction se mélange tellement avec les faits historiques, de telles libertés sont prises avec l’Histoire que l’ouvrage doit s’approcher davantage comme un roman que comme un livre précis sur certains moments de la vie de nos trois artistes.

L’avertissement posé, je dois dire que la quatrième de couverture n’a pas menti ! En lisant Le bal des ombres, je me suis retrouvée plongée dans le bouillonnant Londres artistique de cette époque ! La majorité de l’intrigue tourne autour du fameux Lyceum, théâtre où vont travailler, se croiser, s’aimer, se détester, s’apprécier les acteurs Henry Irving et Ellen Terry ainsi que l’écrivain Bram Stoker (même s’il ne connaîtra pas le succès de son vivant). Autour d’eux graviteront quelques têtes connues (Oscar Wilde) et, en arrière-plan, plane la menace de Jack l’Éventreur.

Au fil du texte, on rencontre également, ici et là, des traces de la présence du célèbre comte buveur de sang qui a fait rentrer Bram Stoker au panthéon des auteurs classiques de fantastique. Tout cela recrée le formidable chaos qui entoure inévitablement un travail créatif ; le bazar de la préparation d’une pièce de théâtre avant la transfiguration, sur scène, de l’histoire par toute l’équipe qui y a travaillé ; le besoin de solitude de l’auteur pour se mettre à son ouvrage et comment ce qu’il vit, observe, éprouve, bouillonne dans son inconscient telle une potion de sorcière dans un chaudron, avant de pouvoir être couché sur le papier.

Les trajectoires de nos trois têtes connues sont également dépeintes – de manière romancée, bien évidemment – et forment une description douce-amère de leurs différentes destinées. La dernière partie, particulièrement, est à la fois triste et attachante. Personnellement, les dernières pages m’ont laissée le coeur un petit peu serré, je l’avoue. Joseph O’Connor a su décrire fort bien tant la jeunesse que les dernières années de ses illustres personnages.

L’histoire est également servie par une plume dont je me suis régalée ! De nombreux passages aux métaphores inhabituelles, poétiques, frôlant le réalisme magique, côtoient des répliques plus truculentes. Entre descriptions imagées et répliques pleines de gouaille, Joseph O’Connor joue sur un bel équilibre et casse régulièrement le rythme en glissant des lettres fictives ou des retranscriptions d’interviews ou de journaux intimes. Un procédé qui, loin de sortir du texte, permet de garder en éveil un lecteur qui pourrait autrement être hypnotisé par les descriptions si métaphoriques et pourtant ancrées dans tous nos sens qui émaillent le récit. J’ai du noter plusieurs citations, tellement les phrases qui m’ont marquée sont nombreuses.

Pour résumer, je n’ai pas regretté une seconde cet achat imprévu en ce début d’année !

Éditions Rivages, 462 pages, 2020

Cette lecture s’inscrit dans le challenge XIXe organisé par Alphonsine (validation du sous-menu L’atelier de Toulouse Lautrec du menu Scènes de la vie de Bohème).

I love you so mochi, Sarah Kuhn

Quatrième de couverture

Le destin de Kimiko semblait tout tracé : entrer dans une grande école d’art et devenir une peintre renommée, pour la plus grande fierté de sa mère.
Seulement, voilà : depuis plusieurs mois, alors qu’elle doit bientôt présenter sa candidature à la Liu Academy, Kimi est incapable de peindre quoi que ce soit. Il n’y a bien que dans la création de vêtements, son péché mignon, qu’elle trouve encore de l’inspiration !
Lorsque sa mère découvre le pot aux roses, l’atmosphère à la maison devient étouffante. Aussi, quand ses grands-parents l’invitent à leur rendre visite au Japon pendant les vacances, Kimi saute sur l’occasion.
Arrivée sur place, elle a tôt fait de se perdre dans le dédale des rues de Kyoto.
Et c’est au détour d’un stand de mochis, cette délicieuse pâtisserie aux multiples couleurs , que Kimi fait la rencontre d’un étudiant pas comme les autres : Akira. Drôle et généreux, le jeune homme va se donner pour mission de l’aider à trouver sa voie, au sens propre comme au figuré !

Mon avis

Je n’aurais sans doute pas entendu parler de ce livre si je n’avais pas lu la sélection de sorties du mois de Planète Diversité (au passage, je vous recommande ce blog, qui est devenu pour mois une mine supplémentaire d’idées de lectures, en plus de mes canaux habituels). Le résumé comme la couverture m’ont tout de suite fait craquer et, le jour de sa sortie, je me suis précipitée en librairie avant de le déguster tout au long du weekend, comme je le ferai d’un délicieux mochi fourré à l’anko ! 🙂

Kimiko, adolescente californienne d’origine japonaise, est en pleine crise d’inspiration. Elle n’a rien peint depuis des mois alors qu’elle est censée, à l’issue de son année de terminale, intégrer la prestigieuse Liu Academy, pour la plus grande fierté de sa mère, elle-même peintre. Lorsque cette dernière découvre la vérité, c’est la crise entre les deux femmes. C’est là que les grands-parents de Kimi, qu’elle ne connaît pas, l’invitent à venir leur rendre visite au Japon.

Basée en grande partie à Kyoto et ses alentours, l’intrigue de I love you so mochi suit les pas de Kimi dans sa découverte d’elle-même, de sa famille et, bien évidemment, de l’amour ! Le titre donne la couleur d’emblée, d’ailleurs, et est fort bien choisi – les mochis auront leur rôle à jouer dans cette histoire 😉

J’ai beaucoup aimé ce roman Young  Adult. Kimi cherche sa voie professionnelle, sa voix créatrice. Une quête qui ne peut se faire sans décortiquer l’historique familial – après tout, comment savoir où aller si on ignore d’où on vient ? Elle découvre également un pays dont elle ne connaît au final pas grand-chose – mis à part ce que ses parents lui ont transmis.

Sa relation avec Akira, un garçon du cru qui va se mettre en tête de l’aider dans sa quête, apporte une belle touche sentimentale à cette histoire où se mêlent évolution personnelle et recherche des racines familiales. Les réactions de Kimi, toujours enthousiastes et pleines de fraîcheur, souvent maladroites, la rendent très attachante.

J’ai dévoré ce roman avec grand délice ! Il correspond tout à fait au mochi : doux et tendre, avec un parfum marqué. On se promène au Japon aux côtés de Kimi, on découvre – ou redécouvre – avec elle mille merveilles et on suit avec tendresse son parcours, à mesure qu’elle prend confiance en elle et dénoue des noeuds familiaux.

C’est un très chouette roman avec un personnage principal réussi et des thèmes qui parleront à nombre de lecteurs et lectrices.

Éditions Fleurus, 379 pages, 2020

Les Brigades immunitaires t. 1, Akane Shimizu

Quatrième de couverture

Savez-vous ce qui se passe dans votre organisme quand de terribles microbes débarquent ? Des brigades immunitaires d’élite, toutes plus impitoyables les unes que les autres, sont chargées de les éradiquer pour protéger les autres cellules et les globules rouges…
Pneumocoque, allergie, grippe, éraflure…
Les batailles pour votre santé ne font que commencer !

Mon avis

Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’ai visionné durant mon enfance le dessin animé Il était une fois la vie (qui est d’ailleurs de retour sur Netflix, comme quoi il est resté dans les annales). Petit bijou de vulgarisation scientifique à destination des enfants, dans le domaine de la biologie humaine, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle lorsque j’ai lu ce premier tome des Brigades immunitaires, dont quelqu’un m’avait parlé sur Twitter, justement en faisant cette comparaison !

Dans Les Brigades immunitaires, nous faisons connaissance avec une hématie (un globule rouge). D’emblée, elle se retrouve prise dans un combat du système immunitaire contre un pneumocoque. Elle est sauvée par le leucocyte (globule blanc) matricule U-1146. Ces deux personnages à figure humaine sont le fil rouge de ce premier tome, où nous verrons le système immunitaire, ainsi figuré par des humains, affronter pneumocoque, pollen de cyprès, virus grippal et staphylocoque doré. Comme dans le dessin animé Il était une fois la vie, les différents globules blancs sont représentés comme des humains. Mais, à l’inverse du dessin animé où les globules rouges étaient moitié humanoïdes moitié… je ne sais pas quoi ^^ », toutes les autres cellules (comme les globules blancs) sont aussi anthropomorphisées – ainsi les hématies sont des transporteurs qui livrent des paquets pour figurer le transport d’oxygène, entre autres. Quant aux microbes et autres allergènes, ils sont représentés par diverses apparences monstrueuses, certaines très typiques des méchants ou monstres de manga (enfin, tout du moins à mes yeux !), ce qui change de l’éternel virus-à-tête-de-Sarko auquel j’étais habituée avec le dessin animé !

Les combats entre globules blancs et microbes sont plus violents que dans Il était une fois la vie. Il y a du sang, des dégâts, bref, on est bien dans un shônen (type de manga traditionnellement destiné aux garçons entre 8 et 18 ans) (ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas le lire si on n’appartient ni à cette tranche d’âge, ni à ce sexe) (la preuve avec moi-même ! ^^).

Je trouve que la vulgarisation scientifique contenue dans ce volume diffère de celle de Il était une fois la vie dans le sens où elle creuse beaucoup plus précisément le sujet. Certes, on ne reste que sur le système immunitaire et, dans une moindre mesure, la circulation sanguine. Mais le propos est appuyé et très bien mis à la portée de tous par sa représentation du corps humain sous forme de machine bien réglée, où chacun a un rôle à jouer.

J’ai bien aimé suivre les aventures de la maladroite hématie, toujours au mauvais endroit au mauvais moment, et du leucocyte U-1146, toujours efficace. J’ai appris des choses que j’ignorais sur le système immunitaire et la circulation sanguine, ou approfondi ce que je connaissais déjà, le tout en m’amusant. Et en me rappelant avec nostalgie du fameux dessin animé. Il paraît, d’ailleurs, qu’un anime tiré des Brigades immunitaires existe. M’est avis que j’y jetterai un oeil à l’occasion ! 😉

Éditions Pika, 180 pages, 2017

Sacra : parfums d’Isenne & d’ailleurs t. 1 : Aucun coeur inhumain, Léa Silhol

Quatrième de couverture

Au travers d’une boîte de palissandre que les écrivains se transmettent secrètement depuis des siècles ~ des calligraphies du roi des Djinn, même sur un parchemin frauduleux, et de la dialectique des céramistes Satsuma dans le salon de Klimt ~ des bouquets de fleurs blanches envoyées par un père à sa fille, et des visages du Green Man dans des bois interdits ~ des voiles des navires qui filent vers le port, enflées par les chants des passagers, et de la voix de tous ceux que — aimés jadis — nous pensions avoir perdus pour toujours.
D’un bout à l’autre des horizons et hors des cartes, sur le fil d’une errance rythmée du pas des voyageurs inlassables, et des esprits affamés de splendeur, les traces des mortels et immortels se doublent, se croisent, se frôlent… Au centre du compas, la cité légendaire d’Isenne, carrefour hybride entre l’Orient et l’Occident, hantée de fantômes, de rumeurs, de contes et de codes ; dépliant ses mystères autour du Labyrinthe des verriers. Marché gobelin où l’art et la démesure s’échangent, s’offrent, s’achètent et se perdent, entre les ombres vibrantes d’Irshem et les esquisses de Venise…

Mon avis

Cela faisait longtemps, très (trop) longtemps que je n’avais pas parcouru les sentiers d’encre tissés par Léa Silhol. Elle fait pourtant partie de mes auteurs préférés mais, je ne sais pourquoi, j’ai passé plusieurs années sans ouvrir un seul de ses livres, qu’ils aient été déjà lus ou non. Mais quelques fois, prendre le temps avant de revenir vers un auteur ou une autrice qu’on apprécie particulièrement ajoute à l’intensité de la lecture. En ce début d’année, alors que je cherchais quel livre allait constituer ma première lecture de l’an neuf, mon choix s’est ainsi porté vers Sacra : parfums d’Isenne & d’ailleurs, opus un. Le recueil de Léa Silhol attendait patiemment sur mes étagères que je vienne enfin ouvrir son écrin pour en découvrir les trésors.

Certaines personnes pratiquent la bibliomancie. Cela consiste à choisir un livre au hasard, à l’ouvrir à une page au hasard puis à tirer du passage ou de la phrase ainsi lue un oracle. C’est à cela que j’ai pensé lorsque j’ai parcouru les premières lignes de ce recueil, bien que mon choix n’ait rien du au hasard. Ces phrases-là, c’était comme un message de l’Univers, alors que je retrouvais le plaisir d’écrire et ces fameuses fulgurances d’inspiration, cette fièvre créatrice que je croyais à jamais perdues ; un message qui me confirmait que décidément, j’avais bien choisi ma première lecture de l’année 2020 :

Je me suis souvent demandé d’où vient la magie des écrivains.
Cette espèce de transe d’où jaillissent les mots. Des mots qui se font phrases, se font chants, et hissent hors du néant la trame construite des histoires.

C’est ainsi que commence la nouvelle À Travers la Fumée. On y suit, via un traducteur, le parcours d’une autrice alors qu’elle reçoit une mystérieuse boîte de palissandre qui cache en son sein un manuscrit. Dans ce premier texte se dévoilent déjà les thèmes qui vont infuser le recueil : la création et, bien sûr, les parfums. Les parfums qui forment le sous-titre du diptyque, les parfums qui donnent une note précise à chaque texte. Et, bien sûr, la frontière poreuse entre réel et irréel, entre modernité brute, rationnelle, et les antiques magies qui pétrissent les mythologies de tous temps. Un très beau texte pour entrer dans le vif du sujet, qui n’est pas là pour mettre à l’aise, bien au contraire, mais pour poser le ton, les thèmes. Quant à moi, rien que les premiers mots m’avaient déjà séduite alors autant dire que le texte tout entier m’a plu ! 🙂

Litophanie nous offre une nouvelle fantasy digne d’un conte. Un conte comme à l’ancien temps, aussi beau que cruel. Luned vient d’avoir seize ans et son père a décidé de lui offrir, en cadeau, un portrait d’elle réalisé en vitrail. Un travail d’artisan qui sera confié à un Isennien. Isenne, là aussi un nom qui figure en sous-titre du recueil. Isenne, une ville que j’avais déjà parcourue précédemment dans des textes de Léa Silhol (j’en reparlerai plus loin dans cette chronique). Ici, point de balade dans les rues de cette cité d’Artisans, car c’est l’artisan qui vient au château où vit Luned. Mais l’enchantement du premier texte, s’il a changé de temporalité, de lieu et même de thématique (encore que… l’on y parle de création aussi à l’arrière-plan, à travers la conception de ce vitrail), reste intact.

Là où Changent les Formes nous emmène cette fois bien en Isenne. J’ai retrouvé avec délices cette nouvelle familière, parue auparavant dans le numéro d’Emblèmes consacré au Rêve. C’était alors la première fois que je parcourais, guidée par l’autrice, les rues d’Isenne, Cité des Artisans, aux côtés d’Estel qui y revenait après des années passées au loin. C’est aussi avec ce texte que j’avais rencontré pour la première fois la figure de Morphée vue par Léa Silhol. Une interprétation de la divinité grecque qui m’avait laissée le souffle coupé. Autant dire que cette relecture m’a enchantée !

Changement de cap – mais on reste proche de Morphée, puisque les rêves y prennent grande place – avec Le Rêve en la Cité, hommage de l’autrice au cycle d’Elric de Michael Moorcock. Je n’ai jamais lu ce cycle mais cela ne m’a pas manqué à la lecture de cette nouvelle – je pense cependant que, si vous connaissez cette oeuvre, vous découvrirez sans doute des références et des subtilités dans le texte qui m’auront échappées à cause de cette méconnaissance.

Arrive une novella qui m’a laissée pantoise. Gold se déroule au début du XXe siècle, dans la Vienne fourmillant d’artistes. Nous y suivont Izôkage Hakugin, un céramiste japonais spécialisé dans l’art du Kintsugi, ainsi que ses échanges avec Gustav Klimt. Des échanges où les affres de la création, du succès dans son art et de ses conséquences, du lien entre l’artiste et son art comme l’artiste et son public, de l’aliénation que cela peut parfois créer, tous ces thèmes qui n’en sont qu’un sont parties prenantes de ces conversations. Il n’y a aucune once de fantastique ou de fantasy dans ce texte – hormis, peut-être, un léger écho, aussi évanescent qu’un flocon de neige, à la nouvelle La Loi du Flocon qui figure au sommaire du recueil Contes de la Tisseuse. Gold est également lié à Lyron d’Anrheim, personnage du Lied d’intransigeance (nouvelle au sommaire du recueil Conversations avec la mort) et permet de connaître la suite de son destin. Pas d’inquiétude cependant si vous n’avez lu aucun de ces deux textes, malgré ces liens – surtout pour Le Lied d’instransigeance – l’histoire de Gold reste tout à fait compréhensible en elle-même, puisqu’un bref rappel des événements parus précédemment sont glissés au fil des lignes. Une novella magnifique, aux thèmes évocateurs, sans concession, infusés de la Vienne artistique du début du siècle et de l’art japonais du Kintsugi, une novella qui laisse de nombreuses réflexions se dérouler, bref, si le recueil ne comporte – à mes yeux – que des pépites, Gold la bien-nommée est LA pépite entre les pépites !

Retour en Isenne avec Trois Fois, un texte que j’avais pu lire il y a longtemps lors de sa première parution. Je retrouve avec bonheur la cité des Artisans, même si cette fois-ci une créature inquiétante s’en mêle. La figure vampirique du texte n’est cependant pas ce qui m’a le plus intéressée mais j’ai beaucoup apprécié l’originalité de sa mise en scène. En revanche, j’ai littéralement eu le souffle suspendu – malgré ma connaissance du dénouement – par le duel de Payne avec cette Dame Rouge, duel absolument splendide, ainsi que par tous les petits cailloux semés par l’autrice pour nous indiquer les origines d’Isenne. Si la Cité conserve encore des secrets, quelques voiles sont ici soulevés, et pas des moindres !

Après les deux novellas du recueil, retour au texte court avec Under the Ivy. Cette fois, encore, pas de magie. Malgré tout, la figure du Green Man sourd de la description sensuelle de la forêt par le personnage principal, Ivy. Ivy ou Eve, à qui l’on interdit ces bois sauvages, anciens. Mais la nature indomptée de la jeune fille est irrésistiblement attirée, depuis toujours, par cette forêt. Chant d’amour pour les bois intouchés, chant de la nature féminine et sauvage, Under the Ivy nous donne à rencontrer une jeune fille au caractère piquant et libre.

Magnificat boucle magnifiquement le récit. Béata rencontre Ada à Prague pour lui demander de lui déchiffrer un manuscrit persan. Un manuscrit qui aurait été rédigé de la main d’un Djinn. Cette nouvelle oscille entre réalisme magique et fantasy urbaine des années 40. Elle tourne autour du concept de l’extase, cette fois. Préparez-vous, car suivre les pas d’Ada, à l’instar de Béata, ne laisse pas indifférent. Pour ma part, j’ai refermé le recueil – et donc ce texte – avec une sensation de vertige et d’éblouissement, comme envoûtée. Je n’en dirai pas plus sur Magnificat car je pense qu’il nécessite d’être lu dans son entier pour en saisir pleinement chaque détail. C’est comme si chaque texte précédent nous préparait à ce final tourbillonnant.

Ce premier opus du diptyque Sacra est plus qu’un coup de coeur, c’est une expérience de lecture qu’il m’a été donné de vivre. Autant vous dire que je ne vais pas mettre longtemps avant de lire un autre ouvrage de Léa Silhol. Il me tarde de découvrir d’autres facettes d’Isenne, de humer d’autres senteurs, de parcourir d’autres sentiers de mots et d’encre, dans le second opus : Nulle Âme Invincible.

Édition Nitchevo Factory, 295 pages, 2016

Jane Eyre, Charlotte Brontë

Quatrième de couverture

Le vent dans les landes désolées a creusé l’âme des soeurs Brontë. Seules, elles se sont inventé une compagnie, célibataires, elles ont rêvé l’amour. Publié en même temps que le livre de sa soeur Emily, Les Hauts de Hurle-Vent, le roman de Charlotte Brontë connut d’emblée un immense succès.
Une jeune gouvernante aime le père de ses élèves [sic] et est aimée de lui. Mais elle résiste à cet amour, découvrant avec horreur l’existence de la première femme de Rochester, pauvre folle enfermée par son mari. L’histoire, qui trouve son origine dans la jeunesse tourmentée de son auteur, fait se succéder coups de théâtre et de passion, fuite éperdue dans les landes et sens du devoir jusqu’à l’héroïsme.
Jane Eyre est l’un des plus beaux romans d’amour anglais du XIXe siècle. Tout y est romantique et tout y est vrai. Jane Eyre, c’était Charlotte Brontë elle-même.

Mon avis

J’ai profité de la période hivernale pour me replonger, en fin d’année, dans la lecture d’un roman bien-aimé. Bien-aimé pour son intrigue, que je relis toujours avec autant de ravissement, mais aussi pour l’histoire qui me lie à ce roman en particulier. Car Jane Eyre ce fut pour moi, d’abord, un roman illustré, hérité de ma soeur aînée, et qui a enchanté la petite fille fleur bleue que j’étais. Pensez-donc ! L’histoire de cette jeune orpheline, détestée de sa tante et ses cousins, envoyée dans un pensionnat aux conditions propices aux maladies, qui devient gouvernante à l’âge adulte et gagne l’amour du maître des lieux. Avant de fuir, découvrant au jour de ses noces que son fiancé est déjà lié par le mariage à une autre… Une histoire romantique, pleine de coups de théâtre, de quoi affoler mon imagination, déjà bercée par les aventures de Princesse Sara (le dessin animé comme le livre) ! ^^ J’adorais également le côté surranné des illustrations qui l’accompagnaient.

Et puis, un jour, alors que je le relisais adolescente, une ligne sur la page de titre attira mon attention. « Texte adapté ». Comment ? Ce ne serait pas là le véritable roman ? Ni une ni deux, j’ai acquis la version poche, avec en couverture l’affiche du film avec Charlotte Gainsbourg dans la peau de l’héroïne. Et je m’y suis plongée.

C’était il y a 20 ans (ça ne me rajeunit pas ^^ »). J’ai toujours mon exemplaire, acheté en 1999, avec sa reliure toute craquelée à force d’avoir été lu et relu (j’ai en revanche égaré mon vieil exemplaire illustré, celui en ma possession actuellement provient d’un site de vente de livres d’occasion). Car je ne me lasse jamais de lire l’histoire de Jane Eyre. Une histoire pleine de romantisme, de passion mais sans le côté sauvage, presque brutal des Hauts de Hurlevent – signé par la soeur de Charlotte, Emily Brontë. Et pourtant, les sentiments y sont tout aussi puissants ! Une histoire pleine de descriptions, d’ambiances qui en font aussi un roman gothique par excellence. Pensez à la première rencontre de Jane avec M. Rochester, ou à sa fuite éperdue !

La plume de Charlotte Brontë est un vrai délice. Le parcours de son héroïne – le roman est sous la forme d’une autobiographie du personnage par lui-même – se suit avec un intérêt avide. Je pense, d’ailleurs, que si je suis autant attachée à ce personnage, si entier et pourtant si réservé, c’est aussi parce que j’ai toujours été très timide. Voir une jeune femme toute aussi réservée être l’héroïne d’un roman, ça me permettait de ne pas voir en ce trait de caractère le défaut tant souligné par mes différents professeurs ou proches. De l’envisager sous un angle plus positif.

Jane Eyre, c’est aussi des paysages de bruyères, des dialogues poétiques, des descriptions d’une Angleterre à une époque révolue, où parcourir quelques miles prenait davantage de temps qu’aujourd’hui, où se rendre dans un autre comté d’un même pays prenait plusieurs jours de voyage. Il y aurait tant de choses à dire sur ce roman ! Mais je préfère ne pas me lancer dans un décortiquage en règle. Jane Eyre fait partie de mes livres favoris, je l’ai d’ailleurs choisi pour figurer dans la section « les livres à emporter sur une livre déserte » de mon profil Babelio.

Non, je ne me lasse jamais de relire cette magnifique histoire, passée depuis à la postérité (il suffit de voir la longue liste de ses adaptations cinématographiques !). J’en possède d’ailleurs plusieurs exemplaires tellement je l’apprécie, notamment lorsqu’il dispose d’un bel écrin, comme c’est le cas avec sa réédition illustrée par Nathalie Novi aux éditions Tibert. De quoi me rappeler ma première découverte de ce récit, il y a de nombreuses années, avec une édition illustrée pour enfants.

Mes différentes éditions du roman Jane Eyre – Photographie personnelle

Cette relecture s’inscrit dans le challenge XIXe organisé par Alphonsine (validation du sous-menu #Jelalis du menu Le siècle des révolutions) et le challenge Madeleine de Proust organisé par Lune.

Édition Le Livre de Poche, 539 pages, 1999