Bonne année 2019 ! :)

Photo CC0 par Eli DeFaria via Unsplash

Une année se termine, une autre commence, comme on referme un bon livre pour en ouvrir un autre aussitôt. J’espère que votre année 2018 fut heureuse et je vous souhaite une belle année 2019, créative et joyeuse ! 🙂

Comme chaque année, j’en profite pour partager un petit bilan de mes lectures et de mes projets d’écriture.

Lecture

En 2018, je m’étais fixé les objectifs suivants :

Pour 2018, l’objectif va être simple : baisser ma PAL ! Cela fait des années qu’elle possède de belles proportions et il est temps que je m’en occupe, au lieu d’emprunter encore et encore des livres (en même temps, je travaille dans une bibliothèque, c’est sûr qu’il est difficile de résister quand les collections vous passe entre les mains régulièrement ^^ »). Je rempilerai pour le challenge Summer Star Wars et, m’étant réinscrite pour le challenge À la recherche de Faerie, je vais essayer de faire mieux cette fois-ci.

Sans surprise, ma PAL n’aura guère diminué cette année – elle a même augmenté un peu, suite à une paire de descentes en librairie ^^ ». Ma LAL, par contre, a baissé grâce à mes nombreux emprunts à la bibliothèque, ça compense donc un peu. Côté challenges de lecture, j’ai participé comme d’habitude à Summer Star Wars mais avec un seul billet au lieu des trois au moins que j’avais en tête, la faute à une connexion Internet des plus récalcitrantes. En revanche – et la connexion n’y est pour rien – À la recherche de Faerie est complètement passée à la trappe ! :-s

J’ai également entamé un challenge Goodreads après m’y être créé un compte. Sur les 100 lectures que je m’étais fixé, je boucle l’année avec 93 au compteur, soit un résultat plus qu’honorable.

Pour 2019, je vais faire simple en terme d’objectifs : le traditionnel et estival challenge Summer Star Wars, un nouveau challenge de 100 lectures sur Goodreads et, au passage, baisser ma fameuse PAL d’au moins 10 livres !

Écriture

L’année dernière, mes objectifs en terme d’écriture étaient les suivants :

Pour 2018, mes objectifs seront, sans surprise, de boucler les corrections de Bibliomancienne et de LSDC, ainsi que de finaliser mon projet de recueil de nouvelles. S’y ajouteront le bouclage du roman-surprise (dont le nom de code est TCDF) et, très probablement, la rédaction d’une novella qui, bien qu’indépendante, prendra place dans le même univers que Bibliomancienne.

Vous connaissez la rengaine. Comme d’habitude, je suis en retard, en retard, j’ai rendez-vous quelque part… Ai-je rempli ces objectifs ? La réponse est donc non. La faute à deux choses. La première, c’est un gros projet personnel (et un chouette ! :)) dont la concrétisation a phagocyté une bonne partie de mon année 2018, me réclamant beaucoup de temps et d’énergie, m’occasionnant aussi du stress, faisant ainsi passer l’écriture à l’arrière-plan. La seconde, plus récurrente, est un problème de procrastination (et non pas d’organisation, puisque je suis quelqu’un d’organisé par nature). Je mène deux boulots de front : celui de bibliothécaire et celui d’auteure. Or, quand j’ai terminé ma journée de bibliothécaire, surtout quand elle me bouffe une partie de la soirée ou de mes weekends, j’ai envie de souffler, pas d’enfiler ma casquette d’auteure, même si ça ne m’empêche pas de réfléchir à mes intrigues n’importe quand et même si j’adore ça, écrire. Écrire reste un travail (ce n’est pas mes collègues écrivains qui me contrediront, alors qu’on a tant de peine à faire reconnaître ce métier comme un métier, justement !). Écrire nécessite du temps et de l’énergie et je ne maîtrise pas encore très bien l’articulation entre mes deux métiers à ce niveau. Sans parler de la vie familiale et sociale, que je me refuse à sacrifier – heureusement, j’ai la chance d’avoir un mari très compréhensif quand j’ai besoin d’être dans ma bulle pour écrire. Tout cela fait donc que mes projets avancent peu, depuis que je suis passée du format nouvelle au format roman. Et ça me frustre d’autant plus que je fourmille d’idées. Si vous saviez le nombre de projets de romans, novellas et nouvelles que j’ai dans mes carnets…

Or, je peux travailler sur ces derniers points. J’ai tâtonné, testé différents outils (me fixer des deadlines personnelles, un journal d’écriture, etc) sans succès. Depuis quelques mois, j’utilise le Bullet Journal et j’ai récemment pris en main la méthode GTD (Getting Things Done), vue chez Lionel Davoust et que Dominique Lémuri expérimente également. Il est encore trop tôt pour savoir si ces deux outils couplés portent leurs fruits mais j’ai bon espoir qu’ils me permettront d’avancer plus efficacement.

Malgré tout, l’année 2018 ne fut pas si improductive que cela. D’une part, côté Bibliomancienne, même si les corrections sur le papier ont avancé à la vitesse d’un escargot, mentalement, ça a beaucoup turbiné. J’ai désormais une vision très claire de l’ensemble de la trilogie (oui, il y aura trois tomes ! ^^) et je suis super contente de la direction que prend ce projet qui m’enthousiasme depuis le début. Normalement, le bébé (c’est-à-dire le tome 1) devrait être soumis aux éditeurs en début d’année. Je croise les doigts très fort pour qu’il trouve preneur ! 🙂 (à ce propos, LPC cherche encore preneur. Mis à part les refus-type, je n’ai pas reçu de refus décourageants donc je ne décroise pas les doigts ! ^^).

D’autre part, j’ai participé à trois appels à textes et ai été retenue pour l’un d’entre eux mais il est encore trop tôt pour en dire plus. L’autre bel accomplissement de 2018, c’est l’acceptation par les éditions Alter Real de ma nouvelle Tyger, Tyger qui paraîtra au format numérique pas plus tard que demain ! 🙂

Pour 2019, les objectifs d’écriture seront donc simples : boucler ces satanées corrections (Bibliomancienne et LSDC), boucler TCDF (ce coquin de roman qui réclame de l’architecture alors que je suis une jardinière !) et boucler ce fameux projet de recueil de nouvelles qui traîne depuis trop longtemps. Quant aux éventuels projets supplémentaires, je préfère ne pas m’avancer si tôt. On verra au fil de l’année ! 😉

Et vous, avez-vous réalisé vos objectifs prévus pour 2018 ? Quels sont ceux que vous vous fixez pour 2019 ?

Très bonne année à toutes et tous ! 🙂

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Les derniers jours du Nouveau-Paris, China Miéville


Quatrième de couverture

1950. Dans Paris occupé, les oeuvres surréalistes ont pris vie et combattent les démons et leurs maîtres nazis aux côtés de la résistance.
1941.
 À Marseille, André Breton et ses pairs s’apprêtent à fuir la France quand débarque un ingénieur américain bien décidé à stopper Hitler par tous les moyens, y compris occultes.

Mon avis

Tout d’abord, merci aux éditions Au Diable Vauvert et à Babelio, qui m’ont envoyé ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique.

Il s’agit du premier roman de China Miéville que je lis – je devrais même dire novella, puisqu’il s’agit d’un texte court, et non pas d’un roman à proprement parler. On suit Thibaut dans un Paris uchronique, la Seconde Guerre Mondiale s’étant prolongée dans les années 1950. Une bombe S a en effet provoqué la matérialisation des oeuvres surréalistes qui déambulent désormais dans la ville, quand les monuments n’ont pas été modifiés par les retombées artistiques de la bombe. Ajoutez à cela que les nazis ont conquis la France en s’aidant de démons et vous aurez une idée de l’univers aussi délirant qu’occulte dans lequel nous convie l’auteur.

L’idée, originale, d’oeuvres art prenant vie m’a beaucoup plu, en particulier s’agissant des oeuvres surréalistes. Lors des pérégrinations de Thibaut dans Paris, on croise ainsi de bien étranges créatures ou des pans de la ville revisités par les visions des artistes appartenant à ce mouvement. Le texte oscille entre 1950 et 1941, jusqu’à ce que les fils se rejoignent et que les pièces du puzzle se mettent en place. Le style est fluide et sert bien les apparitions surréalistes comme démoniaques qui traversent le récit. Les démons n’ont d’ailleurs rien à envier, en terme de bizarreries, aux créatures surréalistes – oubliez le bestiaire démoniaque classique, surtout qu’en l’occurrence, le pacte passé entre nazis et démons rend les uns comme les autres malheureux. L’idée d’une scission dans l’Église est d’ailleurs bien trouvée, entre membres du clergé collaborateurs, qui deviennent donc satanistes, ceux qui collaborent mais voient la présence des démons comme une hérésie et ceux qui résistent. La situation, inédite, provoque d’ailleurs différents mouvements de résistance dont celui de Thibaut, la Main à plume, qui fait écho au mouvement réel de surréalisme qui a existé pendant la Guerre (sans forcément prendre part à la Résistance, même si certains membres en firent partie).

Vous l’aurez compris, les références aux oeuvres d’art sont présentes à foison, j’ai d’ailleurs apprécié la présence, en fin de texte, d’une sorte de glossaire où l’auteur explicitait plusieurs d’entre elles. En revanche, j’ai regretté l’absence d’illustrations – quelques unes sont présentes, heureusement. Cependant, avec le recul, je me dis que vu l’abondance de créatures surréalistes, présenter les oeuvres originelles pour chacune aurait été l’équivalent de joindre un catalogue d’exposition au récit et ça n’aurait pas été une bonne idée ! ^^ » (pour le prix de l’ouvrage, en tout cas – pour le régal des yeux, c’est autre chose)

L’autre point négatif, c’est la postface. Quel besoin de faire croire que l’auteur a rencontré Thibaut, sorti on ne sait comment d’une ligne temporelle parallèle ? L’uchronie se suffisait très bien à elle seule. Ou bien était-ce une stratégie pour se dédouaner en cas d’erreur ou d’invention d’oeuvres artistiques surréalistes ? Quelle que soit la raison, je trouve que la novella se suffisait vraiment à elle-même. Et comme j’ai horreur d’être prise pour une idiote – le même procédé, dans un recueil de Fabrice Colin, m’avait aussi hérissé le poil – ça a refroidi l’enthousiasme que j’avais en terminant la novella.

Car j’ai beaucoup aimé ce mélange d’oeuvres d’art vivantes, d’Histoire et de créatures infernales. Il y a, dans le ton, à la fois une légèreté et une tension qui rendent le récit plaisant à lire. Présenter l’art comme une façon de résister à l’obscurantisme, en prenant le message au sens propre, m’a beaucoup parlée. Les personnages semblent avoir un peu pâti dans la construction de cet univers si riche, car ils manquent pour la plupart d’épaisseur, mais au fur et à mesure que l’histoire avance, quelques surprises compensent cette absence d’épaisseur.

Je pense que Les derniers jours du Nouveau Paris plaira beaucoup aux amateurs de surréalisme comme à ceux qui connaissent, même un peu, ce mouvement. Si vous ne le connaissez pas du tout, vous pourrez tout de même savourer cette balade dans un Paris parallèle et envahi par de bizarres créatures. Saisir la référence n’est pas un obstacle à la compréhension du récit.

Enfin, si ma lecture était un peu décousue au début – en cause, le fait que je n’étais pas attachée aux personnages – j’étais bien plus accrochée par la suite. Jusqu’au final, qui donne le frisson.

Une belle découverte que cette novella, même si je n’irai pas à dire que c’est un coup de coeur, j’ai trouvé l’expérience de lecture intéressante !

Éditions Au Diable Vauvert, 254 pages, 2018

Gwendy et la boîte à boutons, Stephen King et Richard Chizmar

Quatrième de couveture

Trois chemins permettent de gagner Castle View depuis la ville de Castle Rock : la Route 117, Pleasant Road et les Marches des suicidés. Comme tous les jours de cet été 1974, la jeune Gwendy Peterson a choisi les marches maintenues par des barres de fer solides qui font en zigzag l’ascension du flanc de la falaise. Lorsqu’elle arrive au sommet, un inconnu affublé d’un petit chapeau noir l’interpelle puis lui offre un drôle de cadeau : une boîte munie de deux manettes et sur laquelle sont disposés huit boutons de différentes couleurs.
La vie de Gwendy va changer. Mais le veut-elle vraiment ? Et, surtout, sera-t-elle prête, le moment venu, à en payer le prix ? Tout cadeau n’a-t-il pas sa contrepartie ?

Mon avis

En cette période précédent Halloween, voici une autre chronique d’un roman à frissons, signée de la main d’un maître du genre, j’ai nommé : Stephen King ! 🙂 Le cru 2018 est une novella rédigée en collaboration avec Richard Chizmar, un auteur dont j’ignorais l’existence auparavant. Mais, à la lecture du texte, comme je ne connais pas cet auteur, j’ai surtout vu la patte de Stephen King (que pour le coup, j’ai lu en long en large et en travers même si j’e n’ai pas tout lu de lui, loin de là !)

Gwendy et la boîte à boutons est une novella, l’histoire se lit donc en une paire d’heures, soit l’idéal lorsqu’on a un emploi du temps bien rempli ou une baisse de tonus. On suit Gwendy, petite fille qui aime courir sur les marches accrochées à flanc de falaise chaque jour. Or, un homme mystérieux et un peu inquiétant lui propose un jour un bien étrange cadeau : une boîte en bois. Sur chaque côté, un levier – l’un donne un chocolat au goût incomparable et qui donne satiété, l’autre un dollar en argent. Sur le dessus, des boutons : plusieurs de couleurs différentes correspondant au 5 continents, 1 rouge qui réalise le voeu auquel on pense en appuyant dessus et 1 noir que l’homme se refuse à détailler mais qui semble source d’un grand, très grand danger.

Gwendy récupère donc cette boîte. Elle est censée la garder jusqu’au jour où l’homme la récupèrera. Gwendy grandit donc avec la mystérieuses boîte, tentant d’en percer les mystères. Car cette boîte ne semble pas sans influence sur la vie de Gwendy. Et lorsqu’elle appuie un jour sur l’un des boutons pour en déterminer l’effet, elle regrettera rapidement son geste…

Gwendy et la boîte à boutons est un récit fantastique où le psychologique prévaut sur le surnaturel. Car le poids de la boîte et des conséquences possibles si l’on appuie sur ses boutons pèsera sur la conscience de Gwendy tout au long des années qu’elle la possédera. En ce sens, le texte m’a rappelé la nouvelle Le jeu du bouton de Richard Matheson où un couple se voyait offrir un support avec bouton et, s’ils appuyaient dessus, il recevrait de l’argent en échange de la mort d’une personne qu’ils ne connaissaient pas. C’est ce côté « cadeau empoisonné » qui donne toute la tension au récit.

Côté horreur, une seule scène gore sur une page mais le simple fait de l’existence de cette boîte suffit à donner le frisson. D’autant plus lorsque l’on devine l’identité du mystérieux donateur, qui se présente comme Richard Farris – les lecteurs aguerris de Stephen King auront leur petite idée de qui se cache derrière ce pseudonyme !

Certains lecteurs y ont vu la métaphore de la fameuse « boîte à boutons » nucléaires que les grands de ce monde ont en charge – et la perspective terrifiante offerte lorsque le « possesseur » du moment semble dangereusement incontrôlable.

Métaphore politique soulignant les angoisses d’une partie des Américains sous la présidence de Donald Trump, récit initiatique terrible d’une petite fille qui grandit trop vite à cause d’une responsabilité énorme, ou simple histoire fantastique jouant sur le classique du cadeau à double tranchant offert par une entité par forcément bienveillante, chaque piste est possible. Au lecteur de se faire sa propre idée mais dans tous les cas, cette novella fonctionne très bien et offre ce petit frisson attendu lorsqu’on lit une oeuvre du maître.

Éditions Le Livre de poche, 155 pages, 2018

Éclosion t. 1, Ezekiel Boone

Quatrième de couverture

Au cœur de la jungle péruvienne, une étrange et menaçante masse noire s’abat sur un groupe de touristes américains en excursion. Et les dévore vivants. Dans le Nord des États-Unis, un agent du FBI enquête sur le mystérieux crash de l’avion d’un milliardaire. Un peu partout dans le monde, des phénomènes anormaux et inexpliqués se produisent. Jusqu’à ce qu’une bombe nucléaire explose en Chine, transformant tout l’Ouest du pays en un vaste champ de ruines atomiques.
Que contient ce colis en provenance d’Amérique du Sud, qu’une scientifique renommée, spécialiste des araignées, vient de recevoir ? Est-ce là, à l’intérieur de ce fossile qui semble lutter pour revenir à la vie après un sommeil de plusieurs milliers d’années, que se trouve la clef de l’énigme ?

Mon avis

Halloween, c’est dans une semaine. C’est donc le moment pour se plonger dans des lectures à frissons ! Mais quel auteur choisir sur les rayonnages ? Stephen King, le maître de l’horreur ? Lovecraft, classique du genre ? Ou encore Dean Koontz, ou Graham Masterton ? Eh bien je vous propose un petit nouveau : Ezekiel Boone. Sous ce pseudonyme, l’auteur nous propose en effet le premier volume d’une trilogie qui promet d’être terrifiante à souhaits !

Quand on parle de littérature horrifique, l’une des créatures classiques qui vient à l’esprit est l’araignée. C’est autour de cette bestiole que le roman bâtit son intrigue. D’ailleurs, elle est présente sur la couverture, sur le logo du titre, discrète mais déjà terrifiante. Car l’araignée imaginée par Ezekiel Boone n’a rien du sympathique faucheux ou même de l’inoffensive, quoique énorme, tarentule. Dès les premières pages du récit, on est confronté à une espèce invasive, qui se déplace par dizaines de milliers d’individus et surtout, qui ne se nourrit que de chair et de sang.

Aux quatre coins du monde surgissent ces terrifiantes araignées. Face à la menace, les gouvernements tentent différentes tactiques. Au milieu du chaos, plusieurs personnages nous apportent leur point de vue sur le désastre annoncé – une spécialiste des araignées, un guide péruvien, une chercheuse indienne qui surveille l’activité sismique, un agent du FBI, l’assistant de la présidente des États-Unis, un millionnaire américain, des survivalistes américains, un jeune ouvrier chinois, un auteur écossais se succèdent ainsi pour nous placer au coeur de l’action.

Dire que j’ai dévoré ce livre serait un mauvais jeu de mots et pourtant, une fois commencé, j’avais du mal à le lâcher. Le récit suit plusieurs personnages que l’on retrouve de manière régulière. Le procédé nous permet d’être au cœur de l’action, partout dans le monde. Mais surtout, il induit un suspense certain quant au devenir des personnages. Car l’auteur les approfondit tous, sauf que tous ne seront pas vivants une fois la dernière page tournée…

L’autre intérêt du roman, c’est cette étrange fascination, mêlée de frissons d’horreur, qui nous prend lorsque l’espèce d’araignée atavique imaginée par l’auteur commence à se manifester de manière agressive. On ne peut s’empêcher de tourner les pages, curieux de savoir jusqu’où l’horreur à huit pattes va aller, curieux aussi de savoir d’où peut bien provenir cette espèce.

Éclosion est donc une réussite et le final, glaçant, augure d’une suite aussi prenante que le premier opus. Ezekiel Boone revisite avec maestria un thème classique et nous offre un excellent roman d’horreur à suspense. Autant dire que si vous êtes arachnophobes, ce livre vous est absolument déconseillé ! Mais si vous voulez frissonner, lecture recommandée ! 😉

Éditions Actes Sud, 363 pages, 2018

La fille qui brûle, Claire Messud

Quatrième de couverture

Julia et Cassie se connaissent depuis toujours. Amies siamoises, copines jumelles, elles savent tout l’une de l’autre et se fraient ensemble leur chemin vers l’adolescence. L’été précédant leur entrée en cinquième, elles fuient leur petite ville de Royston, dans le Massachusetts, par le biais de l’imagination. Enfoui au milieu d’une forêt subsiste un ancien asile dans lequel elles s’inventent des vies dangereuses. Et puis le quotidien reprend son cours, elles ne sont plus dans la même classe, se font de nouveaux amis et s’éloignent peu à peu. Élève studieuse, Julia se prépare pour un concours d’éloquence tandis que Cassie se perd dans de mauvaises fréquentations. Julia observe, impuissante, son amie de toujours lui échapper et se fondre dans la peau, à vif, de quelqu’un qu’elle ne reconnaît pas. Jusqu’à ce que Cassie disparaisse.

Mon avis

C’est par une chaude journée d’été que j’ai dévoré, d’une traite, La fille qui brûle. Aucun rapport entre la météo et le titre, pourtant. La fille qui brûle, c’est avant tout Cassie Burns, au nom si transparent, La fille qui brûle, c’est cette jeune fille sur la couverture, si blonde, les yeux brillants – car pour une fois, la couverture reflète fort bien le contenu. La fille qui brûle, c’est un roman qui m’a happée, marquée, envoûtée. Clairement ma lecture coup de cœur de cet été !

On suit l’histoire du point de vue de Julia, narratrice à la première personne de la déliquescence de l’amitié si forte qui l’unissait autrefois à Cassie. Les premières pages posent le cadre et parle du dernier été où les deux filles étaient complices, le dernier été avant que tout bascule. Dans cette petite ville environnée d’une vaste forêt, Julia et Cassie explorent les bois et y découvrent les ruines d’un asile, où elles connaîtront plusieurs journées d’aventures passionnées, laissant libre cours à leur imagination débordante. Des jeux d’enfants, qu’elles sont encore. Puis arrive la rentrée en cinquième et là, tout change.

Tout change parce que Cassie et Julia ne sont plus dans la même classe, tout change parce que chacune grandit, entrant dans l’âge si complexe et si difficile qu’est l’adolescence. Et là où Julia pose un regard observateur, presque distancié mais pourtant sensible sur ces transformations, Cassie, elle, se lie à une nouvelle élève qui l’entraîne vers la fête, l’alcool, les excès en tous genres. Tout change.

La fille qui brûle, c’est l’histoire du chemin de deux amies qui se désagrège lentement lorsque l’adolescence surgit, chacune grandissant différemment. Étude subtile autant que juste de cet âge charnière où la personnalité se construit, le roman évoque aussi, sans aucun fard, ce que c’est qu’être adolescente. Avec un « e ». Ce que c’est que de devenir une femme, dans un monde où cela implique tant. La fille qui brûle offre aussi une peinture de la difficile construction de soi quand mensonges et omissions entoure son passé, quand aucune liberté d’être soi s’y mêle. Et Cassie se consume, au milieu de tout cela, alors que Julia, blessée d’être mise à l’écart comme un vieux jouet, bénéficie d’un entourage stable pour l’aider à se construire sans trop de heurts.

Malgré sa quatrième de couverture et le petit suspense qui court jusqu’à la dernière partie du livre, La fille qui brûle n’est pas un thriller. C’est véritablement une peinture de l’adolescence, très fine et très bien écrite. C’est aussi une description d’une amitié forte et des chemins différents que l’on peut prendre lorsqu’on grandit, mais aussi une évocation nette de la difficulté de grandir lorsque la pression des adultes s’y mêle, du regard soudainement acéré que l’on porte sur soi et les autres à mesure que l’on mûrit et de l’amère constatation que, quelle soit la force des liens, on n’est jamais sûr de connaître par cœur une personne.

La fille qui brûle, un très beau roman tel que je n’en avais pas lu depuis longtemps – en terme de littérature générale, j’entends. Un roman envoûtant, qui hante bien après que la dernière page en ait été tournée. Un roman où l’adolescence est décrite avec toutes ses nuances au moyen d’une plume remarquable.

Éditions Gallimard, 253 pages, 2018