Élévation, Stephen King

Quatrième de couverture

Dans la petite ville de Castle Rock, les rumeurs circulent vite. Trop vite.
C’est pourquoi Scott Carey ne veut confier son secret à nul autre que son ami le docteur Bob Ellis. Car avec ou sans vêtements, sa balance affiche la même chose, et chaque jour son poids diminue invariablement. Que se passera-t-il quand il ne pèsera plus rien ?
Scott doit également faire face à un autre problème : les chiens de ses nouvelles voisines ont décidé que sa pelouse était le lieu idéal pour faire leurs besoins. Entre le couple et Scott, la guerre est déclarée. Mais lorsqu’il comprend que le comportement des habitants de Castle Rock, y compris le sien, envers les deux femmes mariées met en péril le restaurant qu’elles ont ouvert en ville, il décide de mettre son « pouvoir » à contribution pour les aider.

Mon avis

Après Gwendy et la boîte à boutons, Stephen King nous gratifie d’une autre novella. Mais malgré sa brièveté, Élévation se lit avec délectation.

Scott Carey a un problème. Lorsqu’il se pèse, sa balance affiche invariablement le même poids, quel que soit le nombre d’objets transportés dans ses poches. Il s’ouvre à son ami médecin de ce secret, ne sachant quelle raison peut bien occasionner cette étrange perte de poids. Car plus les jours passent, plus il se sent léger, malgré l’indication contraire de sa balance.

L’autre problème de Scott, c’est le fait que les chiens de ses nouvelles voisines qui viennent souiller sa pelouse. Nouvelles voisines d’un abord peu facile et qui ont ouvert récemment un restaurant, boudé par la population de Castle Rock, peu ouverte à la présence de ce couple de femmes.

Le décor et les personnages sont désormais plantés ! Qu’est-ce donc qu’Élévation ? C’est une histoire entièrement dénuée d’horreur, ce qui est assez rare chez Stephen King pour être noté. Une histoire douce-amère, mais au fond positif. Une histoire qui montre, une fois de plus, que Stephen King est aussi à l’aise dans le registre du fantastique léger, humaniste que dans l’horreur.

Une histoire qui promeut le respect d’autrui, la tolérance et la solidarité dans l’Amérique de Donald Trump, autant dire une histoire lumineuse plus que bienvenue. Scott est attachant, il s’efforce de faire au mieux. Il saura trouver comment faire tomber la barrière qui le sépare de ses voisines – barrière dont il comprendra bien vite la raison.

Le final est mélancolique, apportant une touche de tristesse à cette belle histoire. Mais reste en souvenir cette sympathique lecture, d’autant plus recommandée en ces temps troublés par l’homophobie (qui ne se cantonne pas aux États-Unis, hélas).

Éditions Le Livre de poche, 160 pages, 2019

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La fille du monstre, Florence Aubry

Quatrième de couverture

Comment vivre avec un papa qui a voulu partir?
Un père qui a voulu en finir.
Un père qu’on ne reconnaît plus, dont le visage aimé a disparu, pulvérisé. Et devenir du jour au lendemain la fille d’un monstre aux yeux des autres…

Mon avis

C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai abordé La fille du monstre. Le sujet principal du livre, à savoir le suicide et ses conséquences sur les proches, est en effet des plus délicats. Et quand on est, comme moi, une âme sensible, il y a de quoi s’inquiéter de la façon dont le livre pourrait traiter un sujet aussi douloureux.

Mais Florence Aubry traite ce difficile thème avec une délicatesse rare. Nous vivons l’histoire du point de vue de Tess. Depuis le jour où son père a tenté de se tuer. Un acte désespéré auquel il survit, certes, mais qui le laisse défiguré à vie. Et pour Tess commence alors un douloureux chemin. Dans son village, elle n’est désormais plus que « la fille du monstre », un sobriquet lourd à porter quand on est encore une petite fille. Surtout, elle ne comprend pas la raison de cette tentative de suicide.

Le livre est court mais il n’a pas besoin d’être plus long. Avec les mots de Tess, avec sa sensibilité, l’autrice met en lumière les conséquences du suicide sur les proches. Elle nous présente le cheminement d’une adolescente qui mettra des années avant d’accepter, puis de pardonner à ce père qui, un jour, lui est soudainement devenu si étranger. Et elle le fait avec une plume précise, à la fois pudique mais sincère, sans tirer le sujet vers le glauque ou le pathos.

Un exercice d’équilibre d’autant plus remarquable qu’il est brillamment réussi. Malgré tout, si le livre s’adresse à un public d’adolescents et de jeunes adultes, si le sujet est bien traité, je pense que sa lecture nécessite un minimum d’accompagnement pour les plus jeunes ou les plus sensibles.

Éditions Gallimard Jeunesse, 192 pages, 2019

Comment le dire à la nuit, Vincent Tassy

Quatrième de couverture

La dame en noir vivait seule dans son château. Elle ne pouvait pas mourir. De tout ce temps qu’elle avait, elle ne faisait rien. Et puis un jour, elle trouva sur son chemin le garçon aux cheveux blancs.
Elle l’enleva.
Elle voulait vivre une histoire. Une histoire d’amour et de nuit qui traverserait les siècles.

Mon avis

Si, en lisant le résumé, vous pensez avoir affaire à une nouvelle histoire romantique et vampirique façon Twilight, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil, jusqu’au coude. La couverture, avec son cygne noir et ses fleurs toutes en noir et blanc sur fond de pleine lune, donne pourtant le ton. Tout comme le titre. Comment le dire à la nuit est un roman mélancolique et romantique, dans le sens littéral de ses termes.

Plusieurs personnages vont se croiser au fil du texte, comme au fil des époques. Adriel, captif d’Athalie, la fameuse dame en noir du résumé. Egmont, jeune homme du XIXe siècle promis à un mariage arrangé alors qu’il entretient une relation aussi passionnée que secrète avec son ami Léopold. Rachel, de nos jours, qui traverse la vie comme si elle n’en attendait que la fin. Sauf lorsqu’elle écoute les chansons de Cléopâtre, chanteuse à la voix subjuguante. Parascève, jeune femme transexuelle passionnée de livres à l’eau de rose et qui travaille dans ce domaine.

Tous ces personnages vont, au fil de l’intrigue, se croiser, s’aimer, vivre des déchirements. Le tout sous la menace perpétuelle d’Athalie, aussi folle qu’immortelle. Athalie, qui n’hésite pas à massacrer, à transformer des êtres pensants en pantins de chair, pour satisfaire ses désirs les plus étranges et les plus fous.

Le récit nous entraîne d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, tisse des carrefours entre eux pour mieux les éloigner ensuite, à la manière d’un ballet. Malgré son apparente complexité, on se laisse vite envoûter par la toile réalisée de main de maître par Vincent Tassy.

Comment le dire à la nuit est servi par une plume très poétique, qui rend à merveille toute la mélancolie exsudant de ces personnages. D’ailleurs je vous déconseille la lecture de cet ouvrage si vous êtes dans un moment difficile. C’est une histoire de solitude, de folie, de perte, de tristesse, d’amours contrariées (parfois de manière déchirante). Une histoire romantique dans le sens des romantiques du XIXe siècle, avec cet aspect mortifère qui plaisait tant dans le genre. Une histoire qui, à mon sens, s’inscrit parfaitement dans la mouvance du roman gothique, mais dans un cadre moderne (pour les parties du récit se déroulant à cette époque).

Si vous avez envie de lire une histoire de vampires résolument différente, si vous aimez les romans gothiques classiques, vous trouverez là un excellent roman gothique moderne. Certes, il ne respire pas la joie de vivre, mais il est rédigé avec une plume magnifique et l’auteur décrit ses personnages avec une tendresse visible, malgré le cauchemar dans lesquels il va les plonger.

Aux âmes sensibles, un petit avertissement cependant, l’ouvrage comporte des scènes difficiles.

Éditions du Chat Noir, 368 pages, 2018

Poumon vert, Ian R. MacLeod

Quatrième de couverture

Lors de sa douzième année standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal. Un voyage sans retour — le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille. Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées. Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards — oui, un… mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes…

Mon avis

Cet opus de la collection Une heure lumière a été un coup de coeur pour ma part ! Le résumé et les critiques auguraient déjà une lecture des plus plaisantes mais lorsque je commençais à en parcourir les premières lignes, j’ai su que j’étais, indubitablement, ferrée.

Poumon vert raconte, avant tout, l’histoire de Jalila. Elle vit sur Habara, planète fascinante colonisée par une population humaine qui offre deux particularités : la première, c’est qu’il s’agit d’une population dont la culture est d’inspiration arabe et musulmane. La seconde, c’est qu’elle est entièrement féminine. Pas un homme à l’horizon – à deux exceptions près – et c’en est au point où le vocabulaire, la grammaire même de la langue dans laquelle s’exprime Jalila est féminisée. D’ailleurs, chapeau bas à la traductrice pour avoir su rendre cette prédominance du féminin dans le texte. Cela participe à l’immersion dans cette culture si particulière tout en prêtant à sourire – en tant que lectrice, j’avoue que ça m’a bien plu ! 🙂

La planète Habara, même si l’action se déroule quasi intégralement à Al Janb, une ville côtière, et ses environs, est des plus fascinantes. À l’instar de Dune, on plonge dans un texte où des termes n’ont d’abord pas d’explications particulières mais, au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire, nous pouvons nous en construire une image mentale, plus ou moins précise. Au fil des mois, nous découvrons les différents visages des saisons de Habara ainsi que les activités des habitantes, liées à ces saisons. J’ai adoré découvrir, au fil d’une langue riche, ces paysages, cette faune, cette flore, bien qu’elle ne soit décrites qu’à petites touches, en arrière-plan.

Car le sujet principal de Poumon vert, c’est Jalila. Jalila qui se trouve dans une période charnière, au sortir de l’enfance mais pas encore adulte. Jalila qui va mûrir, au fil de son séjour à Al Janb et de ses amitiés, notamment avec Kalal, l’un des deux seuls représentants du sexe masculin sur Habara. Jalila, qui va apprendre à se découvrir et à lever, petit à petit, le voile sur son véritable désir pour l’avenir.

C’est un récit initiatique sur fond de planet opera, qui laisse aussi entrevoir, un peu, les Dix Milles et Un Mondes, ces autres mondes colonisés par l’humanité. Un récit initiatique qui m’a envoûtée, servi par un style impeccable, avec un personnage qui évolue sous nos yeux jusqu’à trouver puis s’engager sur la route qu’elle s’est choisie. Un personnage entouré de ses mères, de ses paires et d’un ami si étrange de par sa non-féminité.

Voilà une belle petite pépite, dont je ne saurai que trop vous recommander la lecture ! 🙂

Éditions Le Bélial’, 126 pages, 2017

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Summer Star Wars : Solo organisé par RSF Blog.

La voix des ombres, Frances Hardinge

Quatrième de couverture

La jeune Makepeace avait pourtant appris à se défendre contre les fantômes. Mais aujourd’hui, un esprit habite en elle. Il est sauvage, fort, en colère… et il est aussi son seul rempart contre la cruelle dynastie de son père. Dans un pays déchiré par la guerre, Makepeace va devoir faire un choix difficile: la liberté ou la vie.

Mon avis

L’ouvrage est attrayant, avec sa chouette en couverture et sa tranche verte. Le contenu ne l’est pas moins ! Écrit avec une plume fluide, La Voix des ombres nous entraîne dans les pas de Makepeace et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette toute jeune fille aura bien des fantômes à affronter… dans tous les sens du terme.

Makepeace possède en effet un don. Un don inquiétant, que sa mère lui force à apprendre à affronter. Un don qui suscite certaines convoitises par des personnages non moins effrayants… et dans les mains desquels Makepeace va tomber, après la mort de sa mère.

Mais commençons par le commencement. Makepeace mène une vie routinière dans une petite ville de campagne, dans l’Angleterre du XVIIe siècle. Elle n’est cependant pas paisible, cette vie, car Makepeace est régulièrement visitée par des fantômes et cela la terrifie. Pour l’aider à maîtriser son don, sa mère l’enferme régulièrement dans un lugubre grenier. Makepeace réagit très mal à cette façon violente de la forcer à se confronter à son don, tout comme elle peine de plus en plus à se retenir de poser des questions sur son mystérieux géniteur. Un jour, deux drames surviennent : Makepeace, à proximité d’un ours battu à mort par ses dompteurs, reçoit l’esprit de l’animal et sa mère meurt, prise dans un mouvement de foule dans la ville proche. Makepeace, affolée par ce deuil comme par cette cohabitation forcée avec un ours enragé, s’enfuit. Elle se fait engager comme servante auprès des Fellmotte, famille d’aristocrates d’où serait enfuie sa mère, autrefois. Mais ce faisant, elle se jette aussi dans la gueule du loup…

Sise dans l’Angleterre du XVIIe siècle, l’intrigue mêle le fantastique avec, en toile de fond, les remous qui agitent le pays à cette époque. Makepace s’efforce de survivre et d’échapper aux fantômes, ceux qui la hantent comme ceux qui la poursuivent, avant de s’affermir et d’apprendre à vivre avec eux. Le spectre de l’ours, notamment, qui la possède tôt dans le récit.

La présence de cet animal fantôme m’a bien plu. Il souligne à merveille la métaphore de la part animale que chacun porte en soi. Il est ce avec quoi Makepeace à également du mal – partager son enveloppe corporelle entre deux esprits n’est pas aisé en soi ! Mais plus elle approchera d’une cohabitation harmonieuse, plus Makepeace mûrira et deviendra forte.

Récit initiatique, récit fantastique, La Voix des ombres est un roman qui se lit bien et qui offre une histoire de fantômes qui sort des sentiers battus. Certains spectres donnent particulièrement froid dans le dos. Un autre roman qui prouve que la littérature young adult n’est pas à réserver qu’à son public cible, il ravira aussi des lecteurs plus âgés.

Éditions Gallimard Jeunesse, 512 pages, 2019